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Tome 2, Chapitre 3 « Rancœur et préjugés » Tome 2, Chapitre 3
Défi n° 3
    
    Objet « étable »
    Emotion « colère »
    Couleur « crème »
    Longueur : 1000 +/-

    
    
    
    «Vous êtes vraiment un enfant de la ville, Cindervale !» remarqua madame Valkis avec bonne humeur.
    
    Le jeune garçon esquissa un sourire d’excuse. Lorsque sa bienfaitrice lui avait proposé de visiter la ferme qu’elle possédait dans les environs de Svenne, il avait accepté avec enthousiasme : pouvoir contempler toutes sortes d’animaux, en particulier ceux qu’on ne voyait jamais dans les rues de la ville, était une occasion inespéré pour un concepteur d’automates. Il y avait tout à apprendre de la nature !
    
    Pour l'occasion, il avait choisi les vêtements les plus ordinaires de sa nouvelle garde-robe : un pantalon de toile brune, une veste de drap vert, une chemise de lin crème et une casquette de feutre. Personne ne reconnaîtrait en lui l'assistant de la Grande Horlogère du Palais matriarcal.
    
    Mais à présent qu'il se trouvait dans la cour entouré de vastes corps de bâtiments, il était assailli par une myriade de sons et d’odeurs inconnus. Avec des yeux écarquillés, il contempla le ballet des ouvriers agricoles qui terminaient leurs tâches de la journée et des troupeaux qu'on ramenait vers leur étable. Il finit par tirer de sa sacoche un carnet et un crayon et commença à esquisser des schémas, étudiant les articulation et le jeu des muscles sous la peau.
    
    Alors qu’il était ainsi occupé, une femme grande et robuste s’approcha de madame Valkis et la salua poliment :
    
    « Il fallait me dire que vous veniez, nous aurions préparé votre visite.
    
    - Oh, ce n’est pas la peine, Ruddie. Je souhaitais juste montrer à mon jeune ami les beautés de la campagne. Cindervale, voici Ruddie Karol, l’intendante de ce domaine. »
    
    L’inconnue braqua sur lui un regard peu amène ; Cinder ramena son carnet contre lui et lui adressa un sourire gêné :
    
    « Enchantée de vous rencontrer, madame Karol. Mon nom est Cindervale Kloze et je.. je fabrique des automates.»
    
    Ruddy le considéra d’un air critique, depuis la pointe de ses souliers légèrement élimés jusqu’à la caquette posée de travers sur ses boucles blondes.
    
    « Moi de même, déclara-t-elle d’un ton pincée.
    
    - Ruddie, monsieur Kloze est l’assistant de madame Calculus. Il souhaite étudier les animaux afin de servir son art. »
    
    La femme esquissa une moue sceptique, mais elle ne souhaitait visiblement pas froisser son employeuse. Elle héla un jeune garçon qui passait, pieds nus dans ses sabots et une herbe à la bouche.
    
    « Rupert ! Viens par là !»
    
    Le jeune valet obéit, l'air intrigué.
    
    « Peux-tu montrer à monsieur... Kloze les enclos des chèvres et des moutons ? »
    
    Il opina et fit signe au visiteur de le suivre.
    
    
* * *

    
    
    Un peu plus tard, Cinder se trouvait assis sur un tabouret de traite, défiant bravement l’odeur forte de la gent caprine, à griffonner des cornes, des sabots et des barbiches. Alors qu’il s’efforçait d’étudier la structure des pattes avant, il entendit des voix monter derrière le mur : il reconnut celles de Ruddie et de madame Valkis.
    
    « Vous voulez vraiment dire que ce jeune Kloze a de bonnes chances d’être le successeur de madame Calculus ?
    
    - Bien sûr : il n’est pas que son assistant, il est aussi son apprenti.
    
    - C’est absurde, rétorqua l'intendante. Je veux bien qu’en ville, on accepte quelques hommes dans les corps techniques - c’est sans doute une nécessité. Mais ils ne sont pas fait pour des métiers requérant une peu de finesse et d'intelligence. Il ne sont bons qu’aux travaux de force.
    
    - Certains d’entre eux ont un réel talent, protesta madame Valkis. C’est le cas de Cindervale !
    
    - Peut-être, mais il lui manquera toujours le génie propre aux femmes. On ne devrait pas confier de responsabilités aux hommes : ils manquent de finesse. Au final, il ne fait que prendre la place d’une bonne ingénieure.
    
    - Dans les autres nations, les ingénieurs sont généralement des hommes, et je n’ai pas le sentiment qu’ils en souffrent tant...
    
    - Mais aucun d’entre eux n’a développé le génie technologique du Matriarcat. De toute façon, les nations étrangères ne sont jamais des modèles à suivre et...»
    
    Elle reprirent leur route ; la conversation s'évanouit au rythme de leurs pas. Malgré le soutien indéfectible de madame Valkis, les propos de Ruddie avait laissé un goût amer dans la bouchede Cinder. Il était partagé entre un sentiment de colère, face à tant de préjugés, et la crainte profonde qu’elle dise vrai.
    
    Toute sa motivation s'était envolée ; il rangea ses affaires et attendit que Rupert vienne le chercher.
    
    
* * *

    
    
    Dans la voiture à cheval qui les ramenait vers le Palais matriarcal, le garçon demeura pensif, l'esprit encombré de sombres pensées. Madame Valkis perçut son désarroi :
    
    « Vous voilà bien silencieux, Cindervale... Êtes-vous sur que tout va bien ?»
    
    Il hocha la tête en silence : il ne voulait pas importuner sa bienfaitrice avec ses doutes, mais il se sentait incapable de lui mentir.
    
    « N’auriez -vous pas entendu ma conversation avec Ruddie, par hasard ?»
    
    - Ou... oui, admit-il.
    
    - Et vous y avez prêté foi ?»
    
    Il baissa la tête, penaud.
    
    « Vous savez, poursuivit madame Valkis, vous n’empêcherez jamais les mauvaises langues de trouver des raisons pour vous dénigrer. Quand Temporea était jeune, les jaloux prétendaient qu’elle était trop petite et frêle pour travailler dans un atelier. Ce qui ne l’a pas empêchée de devenir Grande Horlogère, à force de talent et de détermination.»
    
    Cinder écarquilla de grands yeux surpris : Temporea Calculus était si universellement reconnue, si profondément respectée qu’il ne pouvait croire qu’on avait pu un jour la remettre en cause.
    
    « De plus, ajouta malicieusement la notable, il faut savoir que Ruddie, dans sa jeunesse, a tenté d’intégrer l’Académie Technique, et n’a jamais réussi... D’où son acidité envers tous ceux qui sont parvenus à accomplir leurs ambitions.»
    
    Sa main se posa sur celle de selon jeune protégé :
    
    « Cindervale, rappelez-vous que pour toute personne qui doute de vous, il faut croire en vous-même doublement.»
    
    Rassuré par ses paroles confiantes, le garçon laissa enfin ses inquiétudes se dissiper dans les lueurs rosées du jour déclinant.

Texte publié par Beatrix, 25 mars 2016 à 01h21
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