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Tome 1, Chapitre 9 « Révélation » Tome 1, Chapitre 9
Le choc lui sembla terrible... Mais le mur n'était fait que de vieilles briques dont les joints s’effritaient. Quand elles s’effondrèrent, Cinder sentit des gravas pleuvoir sur lui. Un peu meurtri, il sauta au bas de la carriole, espérant qu'aucun passant occasionnel n'avait été blessé. L'enveloppe extérieure de Clopin était cabossée et enfoncée, mais ses mécanismes internes, à son grand soulagement, ne semblaient pas avoir été abîmés. Sans attendre, il fit le tour du pâté de maison pour se diriger vers la façade de la boutique. Il tourna avec précaution la poignée de la porte, et l'entrouvrit légèrement pour jeter un coup d’œil à l'intérieur.
    
    A priori, personne n'avait entendu le fracas occasionné par son évasion. Madame Calculus était assise devant le bureau, la gardesse debout derrière elle. En face de lui, Viktor exhibait fièrement le demi-masque qu'il avait travaillé si dur à fabriquer.
    
    « Je crains, fit-il d'un air faussement contrit, que mon fils Ludvik ne soit responsable de cette supercherie. Il a fait appel à un de mes anciens ouvriers afin de jouer le rôle de son concepteur... »
    
    Derrière lui, le garçon brun baissait la tête, affichant une expression un peu honteuse.
    
    « Vous m'en voyez navré. Il est cependant tout à fait prêt à accepter toutes les conséquences, s'il le faut. Il n'avait dans l'idée que le bien de cette pauvre jeune fille...
    
    — Eh bien, répondit madame Calculus, je peux vous affirmer que s'il a bien incarné l'automate nommé Gawain, il ne risque pas la moindre peine. Grâce à son visiteur, la jeune Elsebeth a retrouvé sourire et goût de la vie.
    
    — Voilà qui lui ressemble bien à mon fils... déclara Viktor d'un ton attendri.
    
    — Montrez-moi donc ce masque. »
    
    Viktor le lui remit solennellement ; l'horlogère rapprocha les deux moitiés avec soin : elles s'encastraient parfaitement l'une dans l'autre. Déjà, l'orfèvre jubilait, mais c'était sans compter le regard acéré de madame Calculus.
    
    « Attendez, fit-elle en fronçant les sourcils. Ils ne sont pas réalisés dans le même métal. »
    
    Elle pinça les lèvres et releva vers lui des yeux flamboyants :
    
    « Monsieur Ash, auriez-vous cherché à me berner ? »
    
    L’incompréhension se peignit sur le visage mince d'Ash, pour être lentement remplacée par une rage profonde :
    
    « Ce sale petit rat ! » gronda-t-il.
    
    Alarmée par le ton d'Ash, la gardesse s'était rapprochée pour protéger la femme dont elle devait assurer la sécurité.
    
    « De qui voulez-vous parler ? » s'étonna madame Calculus.
    
    Cinder se glissa dans la pièce et s'avança vers le bureau, en déclarant d'une voix ferme :
    
    « De moi, sans doute ! »
    
    L'horlogère se retourna subitement, regardant le jeune homme avec stupeur :
    
    « Cindervale Kloze ? »
    
    Il hocha la tête :
    
    « C'est moi qui ait fait ce demi-masque, sur sa demande, expliqua-t-il.
    
    — Et pourquoi avez-vous obéi ?
    
    — Parce qu'il a menacé de me garder prisonnier dans la fabrique qui a appartenu à ma mère. »
    
    Viktor fit le tour du bureau et s'approcha du garçon d'un air menaçant, mais la gardesse s'avança pour s'interposer entre eux :
    
    « Ne touchez pas ce garçon, décréta l'horlogère. Je veux entendre ce qu'il a à dire. Après la façon dont vous l'avez rudoyé, je me pose des questions. Maîtresse Kloze n'aurait pas élevé un bon à rien. »
    
    Elle saisit ses jupes et se leva avec précaution :
    
    « Approchez, monsieur Kloze. Pourquoi dites-vous que votre beau-père voulait vous garder prisonnier ?
    
    — Pour se servir de moi comme tâcheron. C'est ce qu'il fait depuis la mort de ma mère. »
    
    Elle se tourna vers Viktor Ash :
    
    « Est-ce vrai ?
    
    — Il affabule, siffla-t-il entre ses dents. Comment pouvez-vous le croire une seconde ?
    
    — Il m'a empêché de me rendre à la Présentation, poursuivit Cinder. Mais j'ai tout de même trouvé moyen de m'y rendre, ajouta-t-il en relevant fièrement le menton. D'ailleurs, j'ai quelque chose à vous montrer... »
    
    Il plongea la main dans son gilet et en tira la moitié originale du masque, sous les yeux effarés de son beau-père. Mais avant qu'il ne puisse la remettre à l'horlogère, son beau-père s'en saisit, ouvrit la porte et la lança dans la rue. Une voiture à cheval roula dessus, le réduisant à l'état de morceau de métal tordu. Entre temps, la gardesse s'était saisie de Viktor et l'avait plaqué contre le mur d'une poigne solide. Ludvik et Piter regardaient la scène se dérouler sous leurs yeux d'un air stupéfait, sans dire le moindre mot, au point que tout le monde semblait avoir oublié leur présence.
    
    « Mettez cet homme en état d'arrestation, je vous prie, fit l'Horlogère d'un ton courroucé, pour atteinte à l'autorité matriarcale. Il sera difficile de savoir si ce demi-masque était le vrai... »
    
    Cinder soupira, encore atterré par ce qui venait de se passer :
    
    « Tout ce que je peux vous dire, madame Calculus, c'est que j'ai façonné le faux demi-masque à partir de la moitié que j'avais conservée. Par ailleurs, si dans la ruelle au Trois Chats, vous trouvez la tenue de l'automate Gawain roulée en boule dans un tonneau, sachez que j'en suis le responsable. »
    
    Il baissa la tête :
    
    « C'est bien moi, et non Ludvik qui a incarné ce rôle. Je suis navré de cette tromperie, je ne songeais pas à mal. Tout ce que je souhaite, c'est revoir mademoiselle Elsebeth encore une fois. »
    
    Viktor Ash marmonna quelque chose mais la gardesse le fit taire promptement. L'horlogère le regarda gravement :
    
    « Êtes-vous prêt à nous suivre ?
    
    — Bien sûr, laissez-moi juste le temps de... »
    
    Les mots moururent dans sa gorge. Un terrible étourdissement s'empara de lui et l'obscurité l’avala subitement, tandis qu’il entendait, comme de très loin, le cri d’alarme de madame Calculus.

Texte publié par Beatrix, 21 mars 2016 à 17h17
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