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Tome 1, Chapitre 8 « La Grande Horlogère » Tome 1, Chapitre 8
Aux ombres qui s'étiraient sous le hangar, le jour était bien avancé. Dans l'atelier, Cinder finissait de ciseler et polir l'objet, en y apportant tout son soin : sa mère n'aurait pas apprécié de le voir négliger un travail. Il fixa finalement les tenons qui bordaient le demi-masque puis s’effondra, épuisé, les doigts meurtris et les yeux brûlants.
    
    Il ne parvint pas à dormir longtemps : au bout de deux heures seulement, il s'éveilla en sursaut. Un long gargouillis remonta dans son ventre, lui rappelant douloureusement qu'il n'avait pas mangé depuis plus d'une journée. Il sauta dans ses vêtements défraîchis, vissa sa casquette sur son crâne et se dirigea vers la boutique.
    
    Son beau-père tenait le masque de Cinder entre ses mains ; il semblait très fier de lui-même, comme si l'objet avait été le fruit de son travail. Le garçon sentit son cœur se soulever à cette vision, mais plus encore quand il aperçut Ludvik et Piter, qui se rengorgeaient dans leurs habits de fête. Lequel des deux prétendrait avoir été le garçon-automate ? Il poussa un soupir et se plaqua contre le mur, espérant que les trois Ash ne le remarqueraient pas, tandis qu'il se glissait discrètement vers l'étage, dans l'espoir de chiper quelque chose à la cuisine.
    
    Hélas, une lame de parquet craqua sous son pied, attirant l'attention malvenue de Viktor. Le long bras de ce dernier se tendit pour le saisir par le col. Le garçon affaibli ne trouva pas la force de se dégager, tandis que son beau-père le tirait au milieu de la pièce, et que ses deux beaux-frères le regardaient comme une espèce particulièrement répugnante de vermine.
    
    « Je ne sais pas où tu vas comme ça, mais tu as intérêt à retourner d'où tu viens... gronda Ash.
    
    — Mais j'ai fait ce que vous m'avez demandé, protesta-t-il.
    
    — Et tu crois que cela te donne le droit de... »
    
    Il ne termina pas sa diatribe : des coups vigoureux retentirent à la porte. Viktor lâcha Cinder et se précipita pour ouvrir, révélant une petite femme sèche dans une robe noire à l'ancienne mode, au nez chaussé de lorgnons. Elle portait autour de son cou, au bout d'une chaîne, une énorme montre ciselée. Une gardesse du palais l'escortait.
    
    « Vous êtes bien Viktor Ash, de Ash et Kloze ? demanda-t-elle en consultant son calepin.
    
    — Lui-même.
    
    — Puis-je entrer ? »
    
    Viktor s'effaça pour lui laisser le passage, ainsi qu'à la gardesse qui la suivait d'un air blasé.
    
    « Mon nom est Temporea Calculus, déclara-t-elle sèchement, Grande Horlogère du Matriarcat. Ce masque est-il bien issu de votre atelier ? »
    
    Elle tira de la sacoche qu'elle portait en bandoulière la moitié de masque que Cinder avait perdue dans sa fuite.
    
    « J'ai cru reconnaître sur cette pièce le sceau de maîtresse Annet Kloze. Peut-être pouvez-vous nous aider à trouver son possesseur ? »
    
    Son regard vif se promena dans la pièce, se posant tour à tour sur Ludvik, Piter et Cinder.
    
    « Qui sont ces jeunes gens ? demanda-t-elle en ajustant ses lorgnons.
    
    — Voici mes deux fils, Piter et Ludvik Ash.
    
    — Et le garçon blond ?
    
    — Juste un ouvrier, répliqua Viktor avec agacement.
    
    — Ce n'est pas vrai ! s'écria Cinder, serrant les poings. Je suis Cindervale Kloze, le fils de maîtresse Annet Kloze ! »
    
    L'horlogère le fixa pensivement :
    
    « C'est possible... Vous n'êtes pas sans lui ressembler. »
    
    Son beau-père le prit violemment par l'épaule et l'écarta de l'horlogère :
    
    « Ne l'écoutez pas. C'est un menteur et à bon à rien. »
    
    Avant qu'il puisse protester, Viktor le tira vers la porte du hangar et le précipita à l'intérieur. Il atterrit sur le dur sol dallé, étourdi par sa chute. Il se mit debout en frottant sa hanche endolorie et se précipita vers le battant, tentant de l'ouvrir, mais son beau-père avait déjà verrouillé la porte. Il tambourina contre le bois épais, mais ne réussit qu'à meurtrir ses mains déjà abîmées par le dur travail de la nuit.
    
    Il se laissa tomber assis au pied du mur, entoura ses genoux de ses bras et contempla d'un regard morne la foule des automates. Soudain, il avisa Clopin et sa charrette : il connaissait la puissance que le cheval mécanique était capable de déployer. Il se précipita vers son lit pour prendre le masque sous son oreiller et le fourrer dans son gilet, puis il bondit sur la carriole et lança Clopin.
    
    L'automate démarra, d'abord lentement, puis prit progressivement de la vitesse. Cinder savait que le cheval serait endommagé par la collision, peut-être irrémédiablement... Il ferma les yeux, sentant un peu d'humidité s'en échapper.
    « Pardonne-moi ! » murmura-t-il.

Texte publié par Beatrix, 21 mars 2016 à 17h15
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