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Tome 1, Chapitre 1 « Guérison » Tome 1, Chapitre 1
Une douleur sourde et lancinante. Un drap sombre sur une litière où l’on me dépose pour me trainer au dehors. Les cahots d’une route bruyante et encombrée. Une main posée sur mon bras, une voix compatissante qui prend la peine de me murmurer des paroles de réconfort. Des tremblements incontrôlés partant de ma blessure et remontant tout le long de mon corps, me foudroyant l’échine au passage. Il me semble que mon dos pourrait se briser sous les soubresauts qui m’agitent.
    
    Je comprends du peu de mots que les autres échangent qu’ils n’ont pourtant pratiqué la Guérison que partiellement, parant au plus pressé pour pouvoir m’emmener sans tarder. M’emmener où? Je n’arrive pas à le savoir. Tout autant à cause de la douleur m’empêchant de me concentrer qu’à cause du chariot dans lequel on m’a embarqué, trop profond pour que j’aperçoive le chemin suivi.
    
    Je perds connaissance durant un temps indéterminé, puis me réveille dans une pièce enfumée et sombre. A l’odeur qui émane de cette espèce de brouillard, je devine qu’ils sont en train d’utiliser sur moi toutes les plantes médicinales imaginables pour favoriser un rétablissement accéléré. Et ils ne me les administrent pas seulement par inhalation, d’ailleurs. En réalité, ce qui m’a tiré de mon évanouissement est le fait d’être brusquement trempé: on m’a plongé dans un bain boueux, une mixture verdâtre dont je ne voudrais même pas connaitre les composants exacts.
    
    -Ne t’inquiète pas, Kerveris. Tu souffres d’une forte fièvre mais tu iras bientôt mieux.
    
    C’est la fille au masque bleu qui a parlé, celle qui a fait le trajet auprès de moi. Tournant tant bien que mal la tête dans sa direction, je remarque que contrairement à ceux de Mère, ses yeux à elle sont visibles. Les pierres incrustées dans son masque sont peu nombreuses. J’en ai vu d’autres de ce style auparavant et je sais à quoi cela correspond: cette fille n’est encore qu’une Apprentie, pas une Guérisseuse confirmée. C’est sans doute l’autre Mage Bleu qui s’est occupé de ma blessure.
    
    Mes doigts tâtonnent autour de moi pour chercher à déterminer dans quoi je me trouve. C’est une sorte de vaste bassine très basse et métallique. Des cruches et des seaux en bois sont posés non loin sur un sol couvert de paille ; les murs sont en pierre brute, on pourrait croire la pièce taillée à même la roche. Il n’y a qu’une fenêtre étroite et horizontale, placée très haut. Il doit s’agir d’une cave. Je ne vois personne d’autre que la jeune Guérisseuse, mais je sais que nous ne sommes pas seuls ; son regard qui se pose sur un point situé derrière moi me le confirme.
    
    -Mon nom est Sorelle, reprend-t-elle après avoir adressé un petit signe de tête à cet inconnu qui ne se montre toujours pas. Je vais rester avec toi pendant le reste du processus. Il faut que tu gardes ton calme. Ne sois pas inquiet, tout ce que nous faisons est dans ton intérêt.
    
    Elle utilise sa salive pour rien à me parler. D’abord, je n’ai pas envie d’avoir une conversation avec elle. Ensuite, je ne suis pas inquiet. Je suis plutôt à la fois résigné à l’idée que je vais encore subir une séance de Guérison, et passablement furieux d’être à la merci de gens de son espèce. Même si je sais qu’ils me sauvent la vie, ils le font d’une manière que je déteste de tout mon être.
    
    -Tout ira bien.
    
    Tout en parlant, elle se penche vers moi et sa main effleure mon bras. Alors que je m’attends à voir son comparse, l’autre Mage Bleu, apparaitre dans mon champ de vision, je sens tout à coup des doigts se poser sur mes tempes. Un frisson me parcourt, qui n’a rien à voir avec les effets de la fièvre. Ca, ce n’est pas un Guérisseur. C’est un Mage Vert. Vont-ils encore s’amuser à lire mon esprit, dans l’état où je suis ? En profitant de ce que la fatigue physique affaiblisse ma volonté de leur résister? N’en ont-ils pas assez vu lors de mon procès?
    
    La colère et le dégoût prennent soudain le dessus sur la résignation. D’un mouvement brusque, je me cambre et lance mes mains vers l’arrière pour tenter d’agripper l’homme qui se tient là. Mais mes gestes sont maladroits. Une erreur de jugement dans ma visée et c’est Sorelle qui, déstabilisée, manque de peu de choir dans la bassine avec moi. Elle pousse un cri de surprise, recule prestement pour se dégager, trébuche sur un seau et chute, emportée par son élan. Je l’ai amplement éclaboussée au passage et une partie de sa robe est maintenant trempée de cette boue verdâtre qui est censée me guérir. Je ne me laisse pas abattre par mon échec et cette fois, je prends sérieusement appui sur ma jambe valide pour tenter de pivoter et sauter à la gorge de quiconque se trouve derrière moi. Trop tard. Quelque soit celui qui a l’intention de sonder mes souvenirs, il a de l’aide avec lui. Plusieurs paires de mains s’abattent sur moi pour me maitriser et me forcer à me rasseoir.
    
    -Il faut qu’il se tienne tranquille, Sorelle, exige le Mage Vert d’une voix sourde.
    
    La jeune Guérisseuse acquiesce et secoue en silence le bas de sa robe, puis sors un instant de la pièce et revient avec un bol. Elle s’approche pour me le faire boire.
    
    -Je te le répète, dit-elle d’un ton toujours aussi doux, nous ne cherchons qu’à t’aider.
    
    J’avale le liquide en la regardant fixement. La douleur et les frissons s’estompent dès les premières gorgées, en même temps que la silhouette de la Guérisseuse se brouille et que les bruits autour de moi deviennent lointains.
    
    
    
    *******************
    
    
    
    Lorsque je me réveille à nouveau, les choses paraissent un peu plus normales. Enfin, si je peux considérer comme « normal » de me retrouver étendu sur une couche confortable, au centre d’une pièce propre, baignée de la lumière du jour et meublée sobrement certes, mais d'un mobilier en bon état. Après avoir passé des lunes dans les cachots sombres de la citadelle, normal n’est peut-être pas le mot que je devrais utiliser pour décrire ma situation présente, tout compte fait.
    
     Durant quelques instants, je reste immobile, étendu les bras en croix, à simplement savourer la différence flagrante avec mon logis précédent. En faisant un effort pour oublier à qui je dois ce changement stupéfiant et pour ignorer l’étrange sensation que je ressens dans ma jambe gauche, le moment est tout à fait agréable. Après tout, je devrai bien assez vite me préoccuper de comprendre ce qui se passe. Je suis assez certain d'ailleurs que cette question se rappelera à mon bon souvenir d'elle-même.
    
    Je tressaille en entendant un bruissement de tissu et une porte qui s'ouvre.
    
    -Tu es réveillé, constate d'un ton enjoué la voix féminine que je commence à bien connaitre. Mère va être ravie de l'apprendre.
    
    Je cligne des yeux, tourne paresseusement la tête vers la jeune femme sans lui répondre et la suis du regard alors qu'elle dépose un plateau sur un petit guéridon. Jusque-là, je ne l’avais pas encore vue en pleine lumière et je prends un instant pour la détailler. Le soleil qui entre à flots par la large fenêtre éclaire son abondante chevelure blonde qui tranche nettement sur sa sobre robe noire typique de l’Ordre. Sa silhouette est longiligne, ses mains fines, ses gestes précis. J’ignore quel âge elle peut avoir, pas plus d’une quinzaine d’années sans doute, si je me réfère à mes maigres connaissances sur l’échelonnement des rangs au sein de l’Ordre. En tous cas, aussi jeune qu’elle puisse être, cela ne l’empêche pas de me parler comme un adulte parlerait à un enfant malade.
    
    -Mange un peu et prépare-toi vite, je reviens bientôt.
    
    Elle repart aussi prestement qu’elle est entrée, sans attendre de réponse de ma part. Je pousse un profond soupir en pensant à ce qui m'attend si je me prépare vite, comme elle le demande. Ma jambe n'est pas douloureuse pour le moment. Il y a seulement cette curieuse impression d'engourdissement. C'est un peu comme si je m'étais assis en la repliant sous moi durant une soirée entière, mais pas tout à fait. Il y a autre chose. Autre chose de très désagréable. Mais que je préfère tout de même à ce qui arrivera dès que je remuerai ne fut-ce qu'un orteil, je le sais.
    
    Je lève le drap immaculé qui me recouvre, m'aperçoit qu'on m'a laissé torse nu, mais qu'on m'a cependant habillé d'un pantalon noir ample qui me cache ma blessure. Avec mille précautions, je m'asseois et me met en devoir de retrousser le vêtement, dévoilant peu à peu l'étendue des dégats. Ou plus précisément, des quelques traces visibles qui en restent. Car Sorelle n'avait pas exagéré en prétendant que j’irais bientôt beaucoup mieux: la plaie est guérie sur toute sa longueur. Ne reste qu'une cicatrice blafarde et tordue zébrant mon mollet de haut en bas, et tout autour d'elle, des chairs marbrées aux teintes bleuies, qu'on dirait mortes si elles ne manifestaient pas qu'elles sont bien vivantes en provoquant de vifs élancements au moindre contact.
    
    Je remets le tissu comme il était, puis je prends une profonde inspiration avant de me décider à plier le genou et à me déplacer vers le bord du lit. Le résultat ne serait pas plus douloureux si on venait de me mettre un coup de fouet bien senti en travers de la jambe.
    
    -"Prépare-toi vite", dis-je en grinçant des dents. Elle se moque de moi.
    
    Je me laisse retomber en arrière, les mains plaquées sur le visage. Si la faim ne me tiraillait pas violemment les entrailles et si la curiosité ne me poussait pas à tâcher de découvrir où je me trouve, je pourrais peut-être rester ainsi jusqu'au soir. Ecartant les doigts de la main gauche, je jette un coup d'oeil au guéridon, au pain et aux fruits que j'y aperçois, au bol fumant dont l'odeur annonce une tisane des plus revigorantes. Puis mon regard glisse vers la large fenêtre qui ne me laisse entrevoir qu'un coin de ciel d'azur, de là où je me trouve. Bon. A la vérité, me tenir tranquille n'a jamais été mon fort et l'inaction ne m'a jamais plu bien longtemps. Dans un soudain accès de courage, je me mets debout d'une traite au moment même où Sorelle franchit à nouveau la porte, juste à temps pour m'entendre émettre une série de jurons des plus fleuris envers ses semblables. Cela ne la perturbe pas outre-mesure, je soupçonne même un sourire sous son masque.
    
    -La Guérison est un cadeau des Dieux, commente-t-elle doucement. Il y a un prix à payer: la souffrance. Mieux tu accepteras cette idée, plus vite le mal s'atténuera.
    
    Ce disant, elle me tend un baton qui a du être taillé sommairement dans une solide branche de chêne, puis elle me fait signe de prendre appui dessus pour marcher.
    
    -Cette histoire de cadeau des Dieux est votre vision des choses, lui dis-je tout en examinant d'un oeil critique ma béquille de fortune. Tu te doutes que j'en ai une toute différente.
    
    - Oui, je le sais. Tu fais partie de ceux qui refusent l'idée que nous sommes des envoyés divins. Pour toi, la souffrance engendrée par la Guérison provient de ce que les dons des Mages sont foncièrement maléfiques, c'est cela?
    
    Je me contente d'acquiescer en silence. J'irais volontiers plus loin dans le raisonnement. Je pourrais lui parler du sort que méritent les siens. Je pourrais lui exposer à quel point leur existence même est contre nature, et lui rappeler que c'est là l'opinion d'une grande majorité des habitants de ce continent. Mais quelque chose dans son attitude me fait croire que ce serait peine perdue de lui lancer ces vérités à la figure.
    
    - Je ne peux t'obliger à penser autrement, reprend-t-elle d'un ton compatissant. Je ne peux que te répéter que tu souffriras plus longuement dans ces conditions. C'est dommage. Je garde espoir que tu changeras d'avis avec le temps.
    
    C'est bien ce que je pensais. Elle est soit d'un optimisme à toute épreuve, soit d'une terrible naïveté. Que ce soit l'un ou l'autre, je serais enclin à la prendre en pitié. Si du moins elle n'était pas ce qu'elle est. M'appuyant enfin sur le baton qu'elle m'a donné, je fais un pas de côté pour me rapprocher du guéridon et je me saisis d'un morceau de pain dans lequel je mords avec appétit. Puis je me tourne à nouveau vers elle. Comme son masque ne porte pas encore de ces gemmes qui cachent les yeux, je vois parfaitement deux iris vert pâle suivre chacun de mes mouvements avec intérêt, surveillant la façon dont je pose le pied pour me déplacer.
    
    - Tu es encore une Apprentie, n'est-ce-pas? Ce n'est pas toi qui a pratiqué la Guérison sur moi?
    
    - Tu ne te souviens pas comment cela s’est passé?
    
    Je dépose le pain pour m'emparer d'une pomme juteuse. A la réflexion, être debout commence à me devenir très pénible, je prends le temps avant de lui répondre d’installer le plateau sur le lit et de m’y rasseoir confortablement.
    
    -Avec ce que vous m'avez fait subir, mes souvenirs sont assez obscurs. Bien que je me rappelle avec netteté que tu as faillli prendre un bain de boue forcé grâce à moi.
    
    Elle se dirige vers la fenêtre et s'installe sur l'un des coussièges aménagés dans son embrasure.
    
    -Tu étais d'humeur un peu irritable, lance-t-elle d'un ton léger, je ne suis pas la seule à en avoir pâti.
    
    -J’étais d’humeur massacrante et c’était justifié. Peux-tu m’expliquer en quoi l’intervention d’un Mage Vert était nécessaire pour me guérir ?
    
    Ma question la prend au dépourvu, semble-t-il, mais après un instant d’hésitation, elle se décide à me répondre.
    
    -Nous avions besoin de certaines informations que nous pouvions trouver dans tes souvenirs. Je pense que Mère t’en parlera.
    
    La perspective de revoir Mère ne m’enchante guère, fusse pour recevoir des explications claires sur cette histoire, mais je m’abstiens de commenter là-dessus.
    
    -Maintenant, reprend Sorelle, pour répondre à ton autre question, je suis bien une Apprentie, c'est exact. J'ai seulement assisté Morin pour ta Guérison. Tu es un cas intéressant à observer pour quelqu'un comme moi, qui doit encore améliorer sa pratique.
    
    -Intéressant? fais-je en levant un sourcil étonné.
    
    -Ton long séjour au cachot a mis les ressources de ton corps au plus bas. Or la Magie d'un Guérisseur mobilise ces ressources d'une manière qu'il te serait dificile d’imaginer. Soigner une personne qui est dans un état d'épuisement profond est un des actes les plus délicats à pratiquer.
    
    Machinalement, je porte la main à mon visage. Ses mots me font seulement réaliser que je dois faire peine à voir. On a certes profité des soins qu’on m’a prodigué pour me débarrasser au passage de la crasse et de la vermine accumulées ces dernières semaines, on m’a taillé les cheveux et la barbe à une longueur raisonnable…Mais pour le reste, j’ai sans doute possible l’air d’un cadavre ambulant. Ma silhouette au naturel élancée est devenue d’une maigreur affligeante, ma figure aux traits déjà plutôt fins et allongés à l’origine s’est émaciée d’avantage et mon hâle habituel a viré au gris pâle.
    
     Sans réfléchir, je tends la main vers les vêtements déposés au pied du lit, m’empare de la simple tunique qui trône sur le dessus et l’enfile rapidement. Je ne suis pas particulièrement pudique de nature, ni soucieux de mon apparence, mais je ressens un besoin soudain de dissimuler la déchéance physique qui est la mienne. Cela dit, si d’ordinaire je trouve que les habits sombres s’accordent bien avec ma tignasse noir de jais et mes prunelles presque aussi foncées, j’ai surtout l’impression que la tenue entièrement noire qu’on m’a fournie ne va réussir maintenant qu’à souligner mon aspect maladif.
    
    Sorelle parait comprendre ma réaction sans que je l’aie exprimé tout haut, elle détourne la tête vers la fenêtre pendant que je m’habille, tout en continuant à me faire la conversation sur un ton très naturel.
    
    -J’ai déjà beaucoup appris en observant le travail que Morin a fait sur toi. J’apprendrai encore beaucoup en suivant l’évolution des effets secondaires jusqu’à son terme. C’est pourquoi, ajoute-t-elle d’une voix enjouée, je vais veiller en quelque sorte sur chacun de tes pas tant que tu seras avec nous.
    
    Avec nous? Les sourcils froncés, je termine d’enfiler la solide paire de bottes qu’on m’a fournie - aussi noire que le reste de la tenue - et je me lève, armé de mon bâton, pour me diriger enfin vers cette fenêtre et juger un peu mieux de l’endroit où il m’ont amené.
    
    -Où sommes-nous? fais-je à voix haute tout en avancant à pas mesurés. Un de ces sanctuaires où vous soignez les miséreux assez désespérés pour faire appel à…
    
    Je m’interromps brutalement en voyant apparaitre dans mon champs de vision une forme noire étincelant au soleil. La Tour de l’Ordre. Le lieu de résidence des Mages Supérieurs et centre de formation des Apprentis, c’est là que je me trouve !
    
    -Ho, Mère de Miséricorde, dis-je dans un souffle.
    
    -Tu devrais faire attention à ce que tu dis, commente Sorelle, amusée. En Valdor, cette exclamation fait référence à la déesse Protectrice, mais en Mondazur, on ne vénère pas cette divinité. « Mère de Miséricorde » est ici l’un des surnoms habituels de Mère. Aimerais-tu laisser croire que tu honores le nom de la Supérieure de l’Ordre de cette façon ?
    
    Je lui décoche un regard assassin puis je retourne malgré moi à ma contemplation du paysage, animé d’une fascination mauvaise pour ce lieu où je n’aurais jamais imaginé mettre les pieds un jour. Sauf à supposer que le peuple de Mondazur soit un beau matin pris d’un sursaut de lucidité et se décide à venir éradiquer la menace que représente ce véritable nid d’Aberrants ; auquel cas, tout Valdoran que je sois, je viendrais volontiers leur prêter main forte.
    
    -Elle est magnifique, n’est-ce-pas ? dit Sorelle, qui se méprend très certainement sur la raison qui me fait fixer l’endroit du regard.
    
    -Oui, elle l’est, admets-je à contrecoeur dans un grommellement indistinct.
    
    C’est strictement vrai. La Tour de l’Ordre trône tout en haut de l’un des monts qui entourent la Cité-Aînée du Mondazur et même lorsqu’on la contemple d’en bas, elle est déjà impressionnante. La voir de près est cependant encore autre chose. De par sa constitution, elle devrait être sombre et sinistre. Au lieu de cela, ses pierres d’un noir profond, toujours lisses malgré qu’elles aient été dressées là il y a près d’un siècle, étincellent comme si elles avaient capturé en elles le soleil lui-même.
    
    -Elle a été bâtie selon les plans conçus par Horès, le premier « Père » de l’Ordre, explique Sorelle sur le ton qu’on emploierait pour faire la leçon à un enfant. Les pierres qui composent son pourtour sont issues du Mont de la Révélation, taillées dans l’Obsidienne la plus pure, venant de la même carrière que celles qui servent à fabriquer nos masques. Et elles ont été forgées de Magie tout comme le sont nos masques, d’ailleurs. Lorsque…
    
    -C’est bon, fais-je en agitant la main. Je sais tout cela.
    
    En fait, je ne sais pas tout cela mais je n’en ai cure. Ce n’est plus la Tour que je regarde. Tout autour d’elle sont disposés en arc de cercle une série de bâtisses qui constituent le Refuge de l’Ordre, et celle où je me trouve en fait partie. Ici vivent et étudient des dizaines de Mages… Dans la cour centrale, j’aperçois un groupe d’entre eux, dotés de masques encore dépourvus de signes distinctifs, assis autour d’un Mage Bleu. Plus loin, ce sont des masques rouges qui eux, suivent un enseignement lié au combat, d’après les mouvements que je leur vois faire. Mes mâchoires se contractent rien qu’à imaginer les dégâts qu’ils feront s’ils sont amenés à participer un jour à une guerre telle que celle que le Mondazur a mené contre mon pays quand j’étais enfant. Mon cœur accélère, l’énervement me gagne.
    
    -Kerveris ? m’interpelle Sorelle d’une voix inquiète.
    
    Je serre les poings, m’éloigne de la fenêtre un peu trop précipitamment. La tête me tourne et ma vision se brouille.
    
    -Kerveris ? répète Sorelle, alors que sa main agrippe mon poignet et qu’elle me dirige vers un siège.
    
    Je me redresse, dégage mon bras de son étreinte, continue seul vers la chaise et plante mon regard dans le sien par bravade. Ses yeux expriment le doute encore quelques instants, puis paraissent rassurés.
    
    -Tu as de toute évidence besoin de te reposer encore un peu avant de monter à la Tour pour ton entrevue avec Mère.
    
    -Monter ? Tu veux dire… dans cette Tour-là ? crie-je en pointant le doigt vers la fenêtre. Tu plaisantes?
    
    -Ne t’inquiète pas, contrairement à ce que dit la rumeur, Mère ne réside pas au tout dernier étage.
    
    -Non, mais elle a pris le peine de déplacer sa précieuse personne jusqu’au cachot puant où je résidais, et elle ne peut pas me faire l’honneur de descendre ici? J’aimerais bien qu’on m’explique par quel caprice.
    
    Sorelle croise les bras et reprend une posture de donneuse de leçon. Dans la mesure où, bien que j’ignore son âge exact, elle doit sans doute avoir une bonne dizaine d’années de moins que moi, j’ai vraiment du mal à supporter son attitude, même si je devine qu’elle se veut plus taquine qu’autre chose.
    
    -La Tour est un lieu béni des Dieux, récite-t-elle solennellement. Entre ses murs, tout homme prend des décisions éclairées, sous leur regard bienveillant.
    
    Je croise à mon tour les bras et la considère d’un regard interrogateur, attendant qu’elle continue.
    
    -Et je crois savoir que tu vas avoir une décision des plus vitales à prendre sous peu, ajoute-t-elle d’un ton grave.
    

Texte publié par Spacym, 25 avril 2016 à 20h28
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