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Tome 1, Chapitre 61 « Bienvenue à la maison (première partie) » Tome 1, Chapitre 61
« Réveille-toi, nous sommes arrivés ! »
    
    Lukas sursauta, brutalement tiré de la confortable somnolence où il était plongé depuis qu'ils avaient quitté le module de Maïa et de Cluz dans l'Untercity, après avoir rendu les planosurfs. La camionnette se trouvait de nouveau à sa place dans le parking de la barge.
    
    « Je ne dormais pas, bafouilla-t-il.
    
    — Vraiment ? rétorqua Ayrith avec un sourire. Tu ronflais bien pourtant, pour quelqu'un qui ne dormait pas.
    
    — Je ne ronfle pas ! » protesta le garçon, le visage pivoine.
    
    Il aperçut le sourire ironique du jeune homme et comprit qu'encore une fois, il s'était amusé à le faire sortir de ses gonds.
    
    « C'est malin...
    
    — Arrête de râler et dépêche-toi de sortir. Je te conseille d'aller rapidement te doucher : le fluide de Margarita a une odeur très caractéristique. Tu as envie que Sig ou Vodo découvre ce que nous sommes allés faire ?
    
    — Dans ce cas, c'est toi qui auras des ennuis, plus que moi, répondit malicieusement Lukas. Au pire, on me reprochera de m'être laissé influencer par toi, et c'est tout.
    
    — Faux frère, va », grommela Ayrith en descendant de la camionnette.
    
    Le garçon en fit de même ; il leva son poignet vers son nez, sentant sur sa peau le relent caractéristique de Margarita : une odeur douce, presque sucrée, un peu amère, légèrement piquante, somme toute pas désagréable... mais indubitablement tenace.
    
    « Au fait, dit-il en claquant la porte. Qu'est-ce que nous sommes allés faire, si Vodo ou monsieur Sig nous le demande ?
    
    — Pourquoi crois-tu que j'ai ramené cela ? » répliqua Ayrith en ouvrant l'arrière du véhicule.
    
    À l'intérieur se trouvait un châssis de motoglisseur, sensé servir de base à une nouvelle machine pour Lukas. Le plongeur activa la plaque de suspension pour le descendre et le transporter dans le coin où étaient garés les engins individuels. Le garçon lui jeta un regard sceptique :
    
    « Tu es sûr que ce truc va fonctionner un jour ?
    
    — Avec suffisamment de travail, sans le moindre problème.
    
    — Mais il n'a pas de moteur, pas de suspenseur, pas de commandes... même pas de selle...
    
    — Chaque chose en son temps, répondit le plongeur d'un ton rassurant.
    
    — Je pensais que c'était Cluz, le génie de la mécanique.
    
    — Je suis capable de me débrouiller. Et puis Vodo ne refusera pas de nous aider.
    
    — Et je suppose que tu es courant du fait que je ne pourrais pas te rembourser ? ajouta-t-il sombrement.
    
    — Oui. C'est pour cela que j'ai pris ce que Cluz avait de moins cher.
    
    — Il exagère, quand même, de te faire payer. Il n'est pas censé être une sorte de grand frère pour toi ?
    
    — Justement, répondit Ayrith avec hauteur. Tu apprendras qu'un grand frère ne fait jamais rien pour rien. »
    
    Lukas lança un long regard découragé vers l'esquisse de motoglisseur :
    
    « Et tu es prêt à payer ces pièces au rabais parce que cela te donne un prétexte pour aller faire du planosurf au-dessus des tourbillons, quand bien même ce genre d'exercice t'est... fortement déconseillé ! »
    
    Ayrith finit de positionner le châssis, commanda le désengagement de la plaque à répulsion, et adressa à Lukas un large sourire :
    
    « Tu as tout compris !
    
    — Et moi qui pensais que tu m'avais emmené parce que tu appréciais ma compagnie... maugréa le garçon en levant les yeux au ciel.
    
    — Aussi. C'est bien plus amusant d'y aller avec quelqu'un. »
    
    Lukas ouvrit la bouche pour lui répondre, curieusement touché par l'admission du plongeur.
    
    « Mais c'est bien plus drôle quand c'est un débutant, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
    
    Le garçon serra les poings et tourna les talons : Ayrith était décidément incorrigible. Malgré tout, il ressentit une étrange sensation de chaleur à la perspective de monter cet engin avec Ayrith et de retourner chevaucher les tourbillons de Margarita. Et même, encore plus bizarrement, à celle d'aller boire du pollune dans le module misérable et déglingué où vivaient Cluz et Maïa.
    
    Il sursauta en sentant la main d'Ayrith l'attraper énergiquement par l'épaule :
    
    « Allez, à la douche, avant de te faire prendre. Si on te demande pourquoi tu t'es lavé, tu n'as qu'à dire que tu as traîné dans la casse. »
    
    Sans tenir compte des protestations de Lukas, il l'entraîna vers l'ascenseur.
    
    
oOo

    
    Un violent coup de fatigue frappa Lukas en plein repas du midi : suffisamment revigoré par la douche, il avait passé le reste de la matinée à étudier, surpris de la clarté de ses idées. Il avait aidé Shimmer à finir quelques exercices, pendant que Sila profitait de ses conseils, tendant l'oreille tout en affirmant n'avoir besoin d'aucune assistance. Sa présence avait rappelé à Lukas la conversation avec Maïa, mais il s'était bien gardé de lui en parler. Il serait peut-être plus facile de s'adresser à Ayrith qu'à elle.
    
    À présent, il piquait irrémédiablement du nez dans son déjeuner ; il se sentait à peine la force de mâcher et d'avaler le contenu de son assiette.
    
    « Ça ne va pas, Lukas ? demanda monsieur Sig à son fils d'un ton inquiet. Tu es bien silencieux...
    
    — Ça va, répondit-il évasivement. Juste un peu fatigué.
    
    — Il n'a pas l'habitude de se lever tôt, remarqua Ayrith d'un ton amusé. Il va falloir que tu t'endurcisses, Lukas, si tu veux que nous puissions retourner à la casse et que cet engin soit terminé un jour. »
    
    Le garçon lui lança un regard sombre, avant de reporter son attention sur le contenu de son assiette, qui s'amusait à danser devant ses yeux. Ses paupières se fermaient seules, et il avait un mal fou à les maintenir ouvertes.
    
    « C'est une excellente initiative que tu as eue, Ayrith, déclara monsieur Sig avec satisfaction. Je ne peux que t'en féliciter. Lukas ne peut pas se promener sur son engin vert : il attire bien trop l'attention. Et j'avoue que je suis heureux de vous voir entreprendre cela ensemble. Si vous avez besoin d'aide d'une façon ou d'une autre, n'hésitez pas à faire appel à Vodo ou à moi. »
    
    Le mécanicien approuva d'un hochement de tête, mais le regard qu'il braquait sur le plongeur était clairement soupçonneux.
    
    « Comment cette idée t'est venue, Ayrith ? »
    
    Le jeune homme haussa les épaules :
    
    « J'ai toujours aimé bricoler les motoglisseurs. Il ne reste plus grand-chose à améliorer sur le mien, et comme Sila ne veut pas que je touche au sien...
    
    — Il ne manquerait plus que ça ! rétorqua la jeune fille en plantant sauvagement sa fourchette dans son quartier de vinik. Je n'ai pas envie de me retrouver avec un véhicule de pseudo-course totalement excentrique ! »
    
    Lukas ne sut jamais quelles suites avaient eu ses propos : tous les sons se mélangèrent autour de lui tandis qu'il plongeait dans une inconscience béate. Il se réveilla en sursaut en sentant que l'on tirait sa chaise loin de la table.
    
    « Allez, debout, tonna la voix goguenarde de Vodo. Tu as manifestement besoin d'une bonne sieste, et je pense que tu seras bien mieux dans ton lit ! »
    
    Un peu mortifié, le garçon se leva sur des jambes engourdies et tituba vers l'ascenseur. Il rentra dans sa chambre en autopilote et prit juste le temps d'ôter ses bottes avant de se laisser tomber sur son lit avec un long soupir de satisfaction. Quand, pour la seconde fois de la journée, des coups sur sa porte l'éveillèrent soudainement, il avait l'impression d'avoir tout juste fermé les yeux.
    
    « Entrez ! lança-t-il en s'asseyant péniblement sur le bord du matelas. Tout son corps lui faisait mal après ces exercices dont il n'avait pas l'habitude, en dépit des entraînements qu'il poursuivait en compagnie de Shimmer.
    
    Il s'était attendu à voir le jeune plongeur blond, ou bien Ayrith, voire Vodo ; mais pas monsieur Sig. Son père referma la porte derrière lui mais ne s'avança pas plus, une expression indécise sur le visage. Lukas le regarda un moment, en s'interrogeant sur le motif de sa présence : s'agissait-il de cette fameuse conversation qu'il devait avoir une fois la mission terminée ? Ou une autre raison plus prosaïque ? Il se sentait incapable de poser la question et il n'était pas sûr de la réponse qu'il espérait.
    
    Au bout d'un moment, le directeur s'avança, saisit la chaise du bureau et la déplaça pour s'asseoir devant son fils. Son visage se fendit d'un large sourire :
    
    « Alors, cette matinée. Tu t'es bien amusé au moins sur la digue ? »
    
    Son père éclata de rire devant son expression interloquée :
    
    « Tu crois que je ne sais pas que tu couvres Ayrith et ses petites excursions sur le littoral ? Je ne suis pas naïf à ce point, Lukas. Je sais que cette activité n'est pas recommandée pour lui, mais ce n'est pas ce qu'il pourrait faire de plus dangereux... crois-moi. Et cela me rassure de te savoir avec lui. »
    
    Le garçon se sentit un peu démoralisé par cette révélation : encore une fois, Ayrith était au centre de la conversation. Il devait admettre que la compagnie du plongeur n'était pas désagréable, et qu'il était plutôt flatté de l'intérêt que lui portait le jeune homme aux cheveux bleus – même pour des raisons égoïstes. Une partie de sa jalousie initiale s'était dissipée comme de la brume au soleil, mais il avait envie d'exister par lui-même, surtout vis-à-vis de son père.
    
    « Ne fais pas cette tête-là. Je sais ce que tu penses, et c'est normal. J'ai eu un frère aîné moi aussi, et c'est très dur d'exister face à quelqu'un de plus âgé de soi. Surtout quelqu'un de brillant... »
    
    Il passa une main sur sa nuque, embarrassé :
    
    « Bien sûr, Ayrith n'est pas ton frère, mais je serais parfaitement hypocrite si je prétendais qu'il n'est pour moi qu'un employé. Je pense que j'ai fait beaucoup d'erreurs, Lukas. À tel point que je me suis demandé si je n'aurais pas mieux fait de te laisser tranquille à Terra, au lieu de venir te chercher... »
    
    Il eut l'air triste soudain, perdu même. Lukas ressentit un petit pincement au cœur. Il avait envie de lui dire...
    
    ... de lui dire quoi ? Il ne pouvait oublier le fait que monsieur Sig lui avait dissimulé la vérité. Mais il ne pouvait pas non plus lui en vouloir. Il espérait juste que son père lui expliquerait son point de vue, et le mieux était de le laisser parler. Il avait tant souhaité que ce moment arrive, il ne pouvait y couper court parce qu'il craignait que les choses ne lui plaisent pas.

Texte publié par Beatrix, 15 septembre 2018 à 00h10
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