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Tome 1, Chapitre 59 « Virée sur le littoral (première partie) » Tome 1, Chapitre 59
La lumière n'entrait que difficilement dans l'Untercity, sous le couvert du gigantesque socle. Pourtant, Lukas était presque certain de voir un rayon de soleil frapper les fenêtres un peu troubles du module.
    
    « Alors, Mini-Sig, que fais-tu de beau à Armatis ? » demanda la jeune femme en lui adressant un large sourire.
    
    Il réalisa que ce sobriquet le gênait moins qu'il n'aurait dû le faire. Le fait que monsieur Lorimond soit au courant de sa filiation lui donnait une sorte de notoriété publique.
    
    « J'aide un peu pour tout... Je m'occupe de classer les dossiers pour monsieur Sig et je dirige le drone de surveillance lors des missions.
    
    — La navigation virtuelle ? Ça doit très bien te convenir ! Après tout, un jeune comme toi doit avoir l'habitude des jeux en réseau et comme tu es aussi un pilote de motoglisseur, c'est parfait pour toi ! Je suis sûr que tu y excelles !
    
    — Mer... merci », bafouilla-t-il en se sentant rougir jusqu'aux oreilles sous l'effet de ce compliment inattendu.
    
    Pour cacher son trouble, il prit une longue gorgée de pollune : il était aussi bon que celui de Sila, voire même meilleur.
    
    « Mais c'est excellent ! lâcha-t-il. Pourquoi ce n'est pas toi qui le fais à Armatis ? »
    
    Le plongeur lui lança un regard embarrassé, mais la technotraffiquante ne put s'empêcher de glousser :
    
    « Parce qu'il veut laisser Sila penser qu'elle est meilleure que lui pour ça, voilà pourquoi ! Au fait, comment ça se passe avec elle ? demanda-t-elle d'un ton dégagé qui ne sembla pas particulièrement plaire à Ayrith ; il se garda d'ailleurs soigneusement de répondre.
    
    Sans prêter attention à sa gêne manifeste, la jeune femme poursuivit :
    
    « Il faudrait que tu te décides une bonne fois pour toutes à faire quelque chose, tu sais. Vous ne pouvez pas passer tout votre temps à vous tourner autour de cette manière.
    
    — Il faudrait que tu arrêtes de te faire des idées, Maïa, rétorqua le plongeur avec embarras. Nous sommes partenaires... Et amis – enfin, d'une certaine manière, mais c'est tout.
    
    — Vraiment ? Vu la façon dont elle est continuellement sur ton dos, j'aurais dit le contraire ! ricana Cluz.
    
    — Sérieusement, Crevette, je pense que tu devrais mettre les choses au point une bonne fois pour toutes. Tu ne peux pas continuer à la laisser te tourner autour de cette manière. Soit tu réponds à ses avances, soit tu lui expliques que tu n'es pas intéressé, ce dont je doute. »
    
    Lukas revit les yeux emplis de larmes de la jeune fille ; Maïa marquait un point , mais ce n'était pas son rôle de donner un avis sur la question.
    
    Le teint pâle d'Ayrith ne lui laissait aucune chance de rougir discrètement. Le sang affluant sur ses jours et son front menaçait de le transformer en coquelicot – même si les habitants des zones externes ne devaient pas connaître cette fleur terrienne.
    
    « Je pense que tu te fais des idées, Maïa, dit-il sèchement. J'ai beaucoup de respect et d'amitié pour Sila, mais quant à elle , je n'en suis pas si sûr. Elle est une excellente partenaire et nous arrivons à parfaitement nous coordonner, mais elle me considère comme le dernier des imbéciles. Je pense qu'elle me tolère plus qu'autre chose. Je ne vois vraiment pas ce qui te fait penser qu'elle pourrait éprouver quoi que ce soit pour moi. »
    
    Lukas faillit avaler sa boisson de travers. Il lança un regard éberlué vers le jeune homme : était-il si peu perceptif, ou totalement innocent, ou les deux à la fois ? Le plongeur ignora totalement sa réaction : il se contenta d'examiner le fond de son gobelet d'un air sombre et visiblement malheureux. Le garçon fronça les sourcils : la façon dont Ayrith prenait la situation signifiait-elle que, quelque part, cet état de fait – ou plutôt celui qu'il croyait exister – l'affectait ? Ou était-il simplement peiné par l'attitude de la jeune fille à son égard ?
    
    Dans tous les cas, ils formaient un beau duo d'imbéciles. Lukas ne se sentait aucune envie de jouer les entremetteurs entre ces deux-là : il faudrait bien qu'ils se rendent compte des choses tout seuls.
    
    « Bien, déclara Ayrith en se levant, pressé de couper court à une conversation dont le cours devenait visiblement gênant. Je crois qu'il est plus de temps de décoller pour la Digue, ou il ne restera plus beaucoup de temps. Le matériel est toujours au même endroit.
    
    — Toujours, rétorqua Cluz d'un air ronchon. Mais je décline toute responsabilité.
    
    — Fais attention à toi. Je n'aime pas trop te voir sur ces engins, ajouta Maïa en se levant et en réunissant les gobelets sales pour les mettre dans l'évier.
    
    — C'est toi qui m'as appris, déclara le jeune homme en se levant à son tour.
    
    — Peut-être, mais c'était... »
    
    Elle se mordit légèrement la lèvre, retenant le mot que tout le monde entendait comme s'il avait été prononcé à haute voix.
    
    C'était avant.
    
    « Cluz, lança-t-elle soudain d'un ton un peu contrarié, tu crois que c'est moi qui vais laver tout ça ?
    
    — Je travaille, décréta le ferrailleur en se mettant pesamment sur ses pieds.
    
    — Et pas moi peut-être ? Tu vas tout de suite m'aider ! »
    
    Ils commencèrent à se chamailler, tandis qu'Ayrith entraînait Lukas dans un coin du module. Farfouillant dans un amas de plaques de ferrailles et de matériel de toute sorte que Lukas était incapable d'identifier, Ayrith sortit un engin plat et ovoïde, avec une légère quille sur le dessous et une paire d'ailerons latéraux. Il comportait un système très succinct de suspension ou de propulsion.
    
    « Maïa, je peux prendre la tienne aussi ? Comme cela, Lukas pourra s'y essayer. »
    
    La jeune femme abandonna la querelle, que Cluz était en train de perdre, pour répondre :
    
    « Pas de soucis, vas-y ! Et surtout, restez prudent !
    
    — Ne t'inquiète pas, répondit le jeune homme avec désinvolture.
    
    — Si, justement, je m'inquiète. Lukas, je compte sur toi pour l'empêcher de faire n'importe quoi. »
    
    Le garçon leva les yeux au ciel :
    
    « Je ne sais pas si c'est possible, marmonna-t-il en lançant un regard en biais vers Ayrith. Ce dernier lui colla une des deux planches entre les bras.
    
    « Allez, on y va. Autant profiter de la Digue tant qu'elle est déserte. »
    
    Fléchissant légèrement sous le poids inattendu de l'engin, Lukas emboîta le pas au plongeur en direction du véhicule. Ayrith se retourna vers ses deux amis :
    
    « À bientôt ! Nous repasserons dans deux heures environ !
    
    — Faites attention à vous ! » répéta Maïa avec un signe de la main.
    
    Cluz se contenta d'un grognement qui pouvait – avec une certaine dose d'imagination – passer pour un salut.
    
    Une fois hors du module, Ayrith rangea la planche à l'arrière de la camionnette et invita Lukas à en faire de même. Il reprit sa place derrière le volant et attendit que le garçon ait refermé sa portière avant de redémarrer. Lukas ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la curiosité :
    
    « Nous allons à la Digue, c'est bien cela ?
    
    — Oui, effectivement.
    
    — C'est où exactement ?
    
    — À quinze minutes Temps Terrien d'ici.
    
    — Ça ne me dit pas grand-chose, grommela Lukas. Et ces planches, c'est quoi exactement ? »
    
    Il fronça les sourcils, suspicieux :
    
    « Ce ne sont pas des sortes de planoplanches au moins ?
    
    — Pourquoi ? C'est un problème ? demanda innocemment Ayrith.
    
    — C'est juste que c'est terriblement risqué. Tout le monde n'est pas Blue...
    
    — Blue ? »
    
    Ayrith lança vers lui un coup d'œil intrigué.
    
    « Blue se balade sur ce genre d'engin, expliqua Lukas. Mais c'est un effroyable casse-cou. Même toi à côté, tu ne tiens pas la route. »
    
    Le plongeur éclata de rire :
    
    « Merci pour la comparaison. J'avais oublié que tu connaissais Blue aussi intimement, ajouta-t-il malicieusement.
    
    — Je ne dis pas que je le connais. Mais je l'ai approché assez pour me faire une idée. Tu ne le connais pas ? » ajouta-t-il, un peu incrédule.
    
    Le regard d'Ayrith se reporta sur la route qui serpentait entre les monceaux de pièces détachées et d'immondices en tout genre.
    
    « C'est... hum, compliqué, admit-il au bout d'un moment de silence. Je ne peux pas dire que je ne le connais pas, mais d'un autre côté, il n'est pas exactement... comment dire ? Quelqu'un de vraiment proche.
    
    — Ça ne t'a jamais surpris qu'il ait des capacités un peu semblables aux tiennes ? demanda Lukas, un peu surpris par la formulation prudente d'Ayrith.
    
    — Peut-être, mais qui nous dit que les gens avec ces capacités ne sont pas plus nombreux ? Et puis nous les utilisons de façon très différente. Comme tu le sais, je dois toujours être très prudent avec les miens. Le moindre usage excessif pourrait être cause de déséquilibre au niveau de la psychoactivité ambiante... Et puis je le limite à des utilisations très spécifiques.
    
    — Comme quand tu as bloqué le bras de l'Arista ? » remarqua malicieusement Lukas.
    
    Ayrith prit un air légèrement contrit :
    
    « D'accord, j'avoue que ce n'était pas très malin. Mais je t'avouerais, ajouta-t-il avec un sourire, que cela a fait un bien fou. Et de toute façon, si je n'avais pas aidé Beryl, personne ne l'aurait remarqué. »
    
    Lukas hocha la tête : il pouvait comprendre ce sentiment. La plongeuse s'était montrée particulièrement odieuse et en toute conscience, il ne pouvait pas dire qu'il la plaignait. Ils étaient sortis de l'Untercity, mais par la route qui partait au nord de la cité, et non vers le Sud comme quand ils se rendaient vers les quais. Le véhicule longeait à présent le littoral de Margarita, dont les lents tourbillons venaient lécher des berges de sable pâle à l'éclat lunaire. De hauts plumeaux pourpre et marine s'agitaient sous la brise. En bordure des dunes, une végétation plus rase de petits buissons balançait ses branches ornées de boules rouges, comme de minuscules ballons gonflés d'air. Des sortes de mousses ocre et turquoise traçaient un labyrinthe sur le sol.
    
    En contemplant Margarita, Lukas aperçut un grand mur ajouré qui se dressait à une cinquantaine de mètres d'eux, comme pour isoler la partie la moins profonde de l'océan du reste de ses partis les plus sauvages.
    
    « C'est la Digue ? demanda-t-il en désignant la haute grille ?
    
    — Oui ! Elle sert à empêcher la faune d'approcher de la ville.
    
    — Mais je croyais que les océaniens se blessaient contre les murs solides, objecta Lukas.
    
    — Seulement quand ils sont sous l'effet du glitz, et les forages sont interdits si près de la ville. Donc toute cette partie est parfaitement sûre pour les humains. Le mur se courbe vers les terres à une dizaine de kilomètres de là. Au final, c'est toute une aire protégée où l'on peut profiter en toute quiétude de Margarita.
    
    — Mais... ce n'est pas dangereux de trop s'approcher de l'océan ? demanda le garçon, un peu perplexe.
    
    — Bien sûr que non ! Pas plus que se baigner dans de l'eau. Le fluide possède à peu près les mêmes composants, en fait. On suppose que c'est l'activité psychoactive du Nexus qui le maintient dans cet état inhabituel. »
    
    Lukas hocha la tête, heureux d'avoir enfin la réponse à une question qu'il se posait depuis un certain temps. La camionnette bifurqua sur un petit chemin qui donnait accès à une aire dégagée, où Ayrith gara le véhicule. Il sortit et s'étira, et attendit en souriant que Lukas débarque à son tour. Le garçon regarda autour de lui, impressionné par cette grande étendue vide et calme. Il n'avait pas l'habitude d'avoir un horizon aussi vaste tout autour de lui. Il se sentait soudain minuscule et extrêmement seul.
    
    

Texte publié par Beatrix, 2 septembre 2018 à 21h03
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