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Tome 1, Chapitre 51 « Le Sang des Profondeurs (première partie) » Tome 1, Chapitre 51
Lukas vit la stupéfaction s'inscrire dans le regard du directeur d'Armatis, mais c'est d'une voix calme et à peine inquisitrice qu'il répondit :
    
    « J'en suis flatté, monsieur Lorimond. Je suis tout prêt à l'entendre. »
    
    Un sourire froid apparut sur le visage de l'homme d'affaires :
    
    « Mais chaque chose en son temps. Je suppose qu'il s'agit de votre équipe ? J'avoue que je me suis renseigné sur chacun d'entre vous sur le chemin de l'allée. Et je n'ai pas honte de dire que vos compétences m'impressionnent. Dans une grande entreprise comme la mienne, on tend à sous-estimer les ressources incroyables des petits entrepreneurs. »
    
    Son regard s'arrêta sur le mécanicien :
    
    « Comme les vôtres, monsieur Vodo. Chez nous, les techniciens supervisent l'entretien et les réparations, et chaque membre de notre personnel est spécialisé dans un secteur précis : les circuits argentiens, le blindage, les interfaces... Personne n'est capable de suivre toute la chaîne, à la fois avec un œil théorique et purement technique, comme vous avec l'habitude de le faire. Et encore moins d'innover. Si votre Colossus est une machine des plus standards, elle a fait l'objet d'améliorations évidentes. Et votre... Ayrith ? – il prononça le nom du Paladion chromé avec un amusement évident – est un splendide modèle de customisation majeure. Le châssis d'un CGL516, mais amélioré avec un tel sens de l'ergonomie que je dois m'en déclarer impressionné... »
    
    Lukas n'avait jamais vu Vodo à court de répartie ; il semblait tout simplement figé sur place, dans son vieux costume aux couleurs insensées.
    
    L'attention de Lorimond les balaya tous, pour s'arrêter sur Varen. Le colosse, stoïque et les mâchoires serrées, endura l'examen sans broncher.
    
    « Monsieur Kariel. On pourrait légitimement se demander pourquoi un plongeur aussi compétent et expérimenté que vous n'a pas choisi une carrière plus... porteuse. Mais votre sens de l'éthique est toute à votre honneur. Tout comme monsieur Benz, vous avez entraîné avec patience et succès vos jeunes collaborateurs. Une tâche de formation serait pour vous une voie parfaite. Cela ne vous couperait pas pour autant du terrain, tout en exploitant au mieux vos capacités. Vous n'y avez jamais pensé ? »
    
    Les yeux sombres de Varen s'élargirent dans son visage tatoué.
    
    « À vrai dire... Non, monsieur Lorimond, répondit-il d'une voix à la fois pensive et prudente. Mais je dois avouer que la perspective n'est pas inintéressante. »
    
    Le directeur de LucidOre hocha gracieusement la tête, satisfait de sa réaction, avant de se tourner vers Lukas. Le garçon eut soudain le sentiment d'avoir dix ans à nouveau, sous le regard profond et luisant de l'homme :
    
    « Lukas Pratz... Savez-vous que j'ai bien connu votre mère ? Dans le cadre de son travail, bien entendu. J'étais souvent en rapport avec elle, pour des questions de droit d'entreprise, au début de sa carrière... Elle était arrivée de la Terre depuis à peine trois ans quand je l'ai rencontrée. J'avoue que j'étais fasciné de connaître quelqu'un qui était né et avait grandi sur notre planète mère. Une femme absolument remarquable. J'ai été très attristé par sa mort... et je l'ai été de nouveau en découvrant les problèmes auxquels vous aviez été confrontés. Il est peu admissible que personne n'ait cherché à aider un garçon aussi brillant que vous. »
    
    Lukas marmonna vaguement quelque chose d'indiscernable aussi bien pour lui que pour son interlocuteur, et se sentit violemment rougir. Il n'avait pas prévu de se voir ainsi distingué par l'attention du directeur de LucidOre et, en dépit de sa gêne, il s'en trouva indéniablement flatté.
    
    « C'est une bonne chose que votre père ait pu vous localiser et vous prendre sous son aile », ajouta-t-il.
    
    Lukas sentit sa mâchoire se décrocher sous le coup de l'étonnement : il était donc vraiment le seul à ne pas être au courant ? D'un autre côté, si monsieur Lorimond avait connu sa mère quand elle était jeune, il n'avait pu ignorer son mariage et l'identité du père de Lukas.
    
    « Je pense qu'à ses côtés, vous pourrez acquérir des compétences bien plus utiles à long terme que celles que vous auriez gagnées à Stellae. Je devine qu'il pas dû être des plus agréables pour vous d'être pour ainsi dire... chassé de chez vous. Mais si cela peut vous consoler, sachez que le monde où nous vivons n'est pas à un paradoxe près : même quelqu'un comme moi n'y serait pas le bienvenu, puisque j'ai décidé que je ne pouvais diriger mes entreprises à distance et qu'il me fallait rester au contact de Cyrga pour en saisir toute la complexité. Bien entendu, jamais les zones protégées ne refuseront ma présence en leurs murs, mais je ne serai jamais l'un des leurs. Je crois sincèrement que vous devez saisir votre entrée dans le monde externe comme une véritable chance. »
    
    Quelques semaines plus tôt, Lukas aurait été agacé par ce type de discours ; mais il avait pu goûter les avantages dont parlait Lee Lorimond, et ces paroles prononcées par un homme si puissant et charismatique prenaient un écho très différent. Mais le regard que lui lança son directeur l'incita à la prudence. Il baissa la tête, un peu vexé de se découvrir si influençable.
    
    Lorimond semblait plus qu'amusé par la situation :
    
    « Si vous vous inquiétez de l'avenir de votre fils, monsieur Benz, sachez qu'il trouvera toujours des opportunités chez nous.
    
    — Je pense, répondit calmement monsieur Sig, qu'il est encore trop tôt pour y songer. Mais nous y réfléchirons. »
    
    Le directeur de LucidOre sourit aimablement, une vision qui n'était pas aussi rassurante qu'elle aurait dû l'être. Les yeux en amande poursuivirent leur trajet jusqu'à Ayrith, qui se tenait en retrait, étonnement calme et discret, la tête légèrement baissée.
    
    « Monsieur Elm. Beryl Sansis ne tarit pas d'éloges sur votre compte, et pas seulement par gratitude. Je dois avouer qu'elle est l'une de nos plongeuses les plus précieuses, et cela m'aurait peiné de la perdre. »
    
    Une expression de confusion gênée troubla les traits réguliers du jeune homme. Lukas n'aurait jamais cru que des compliments puissent le mettre aussi mal à l'aise ; il commençait à soupçonner que le caractère bravache du plongeur était en fait une façade derrière laquelle il se réfugiait, pour éviter de laisser transparaître ses tourments et ses faiblesses.
    
    « Mais tout d'abord, poursuivit l'homme d'affaires, je pense que je vous dois mes plus sincères excuses ainsi que celle de votre société. Je ne pousserai pas l'hypocrisie jusqu'à affirmer que tout ceci n'est qu'une sinistre erreur : nos gestionnaires ont pour consigne de toujours privilégier les solutions les plus avantageuses pour notre société. Mais on peut légitimement attendre d'eux un peu plus de discernement. »
    
    Il fit le tour de son bureau d'un pas mesuré, observant d'un œil critique le jeune homme des pieds à la tête :
    
    « Vous êtes un élément brillant et il est regrettable que l'on considère votre cas seulement en lumière de votre petit... souci. Surtout dans la mesure où vous le surmontez au mieux. Vous possédez des capacités pour le moins inattendues, des capacités qui m'intéressent au plus haut point. »
    
    Les yeux d'Ayrith s'élargirent légèrement :
    
    « Je ne vois pas... »
    
    Lorimond éclata d'un rire feutré :
    
    « Oh si, vous voyez très bien. Toutes les créatures sont surveillées à la seconde près ; ce Draco était loin... très loin d'avoir surmonté le glitz. Tout comme, ajouta-t-il avec une nuance malicieuse dans la voix, nous conservons les échanges dans notre périmètre. Avouez-le, le bras de l'Arista posté à côté de vous n'a jamais dysfonctionné, n'est-ce pas ? La mécanicienne de sa société n'a trouvé aucune cause probante, il a même fait appel à notre expertise. Est-ce que ce sont les insultes qu'elle a proférées à votre encontre qui ont motivé cette... petite farce ? »
    
    Ayrith demeura silencieux un moment, avant de déclarer :
    
    « Je ne vois pas ce qui vous fait supposer cela... ?
    
    — Le fait que vous puissiez interagir avec votre environnement. Vous pouvez manifestement projeter, d'une façon qui vous permet, je pense, de diminuer la psychoactivité de l'argentium chez les créatures... ou les systèmes qui vous environnent. Comme on dit, qui peut le plus peut le moins. »
    
    Lukas fronça les sourcils : c'était donc ce qui s'était passé ? Ayrith s'était permis de jouer un tour à l'arrogante plongeuse ? Mais comment était-ce même possible ? Les seules personnes à posséder ce don particulier étaient Blue et Tachion Veyz.
    
    Veyz.
    
    Comme Hemera Veyz...
    
    Lorimond haussa légèrement les épaules :
    
    « Peu m'importe l'origine de vos capacités. Je n'ai pas besoin de le savoir pour qu'elles m'intéressent. J'ai juste envie d'en connaître l'étendue...
    
    — En bref, vous souhaiterez m'employer comme cobaye ! lança froidement le jeune homme.
    
    — Ce n'est pas mon genre. Les cobayes humains sont la marque particulière d'Aurora et je ne leur disputerai pas. Je ne vous considère pas différemment de n'importe quel professionnel particulièrement doué. Mon désir est d'employer vos capacités au maximum de leur possibilité. »
    
    Il hocha la tête comme pour confirmer sa vision des choses.
    
    « Mais je tends à penser que hors du contexte de votre société, vous ne seriez peut-être pas conduit à les employer de la même manière. Et je respecte les capacités propres de l'ensemble de vos collègues... y compris ces jeunes apprentis prometteur que votre direction semble avoir le don de prendre sous son aile. C'est Armatis tout entier qui m'intéresse. La dynamique particulière qui l'anime... »
    
    Il se tourna vers monsieur Sig :
    
    « Je ne vous cacherai pas que je poursuis un projet insensé, que je ne suis pas le seul caresser. »
    
    Il retourna vers l'étagère et saisit l'un des cylindres luminescents qui y reposaient :
    
    « L'exploitation de la substance la plus puissante de cette planète. »
    
    

Texte publié par Beatrix, 25 mai 2018 à 01h12
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