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Tome 1, Chapitre 50 « Convocation (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 50
Quand Lukas et Shimmer quittèrent le bâtiment, les autres se trouvaient déjà sur le pont supérieur. Monsieur Sig avait revêtu un élégant costume bleu marine, qui lui donnait l'air d'un véritable directeur, en dépit du contraste avec ses prothèses et son teint hâlé. Varen était habillé de façon plus sportive, avec un pantalon noir et une veste souple sur une chemise or ; Lukas songea que toute tenue plus classique lui aurait prêté l'allure d'un garde du corps. Mais en voyant Vodo, il ne put s'empêcher d'éclater de rire ; même Shimmer laissa échapper un gloussement. Son costume à rayures oranges et brunes avait sans doute été à la mode une quarantaine d'années plus tôt. Le mécanicien les foudroya du regard :
    
    « Vous avez un problème, les gosses ?
    
    — Euh, non, aucun », répondit Lukas en se retenant de pouffer davantage.
    
    Ni Ayrith ni Sila n'étaient encore en vue. Lukas se demanda ce qui pouvait leur prendre autant de temps ; déjà, le directeur regardait sa montre-relais avec impatience. Enfin, le plongeur aux cheveux bleus fit son apparition : contrairement aux attentes de tous, son allure était étonnement sobre, avec une simple veste blanche à col montant et un pantalon gris argent. Sig lui lança un coup d'œil approbateur, avant de décréter :
    
    « Si Sila n'arrive pas dans les deux minutes, elle reste là !
    
    — Elle sait très bien que tu prévois au moins dix minutes de battement quand il y a des rendez-vous, remarqua Ayrith avec un regard amusé.
    
    — Un jour, je ne les aurais pas prévus et elle restera le bec dans l'eau.
    
    — Qui restera le bec dans l'eau ? »
    
    La jeune fille venait d'apparaître, vêtue d'une combinaison rouge à la coupe élégante, au col largement ouvert sur un T-shirt noir. Elle mettait en valeur sa taille élancée tout en lui conférant une allure sérieuse, à des kilomètres de son style habituel de délinquante juvénile.
    
    « Bon, nous pouvons y aller, déclara le directeur avec soulagement. En principe, quelqu'un viendra nous prendre sur le ponton. »
    
    Lukas détourna les yeux avec un soupir : ce n'était pas qu'il n'aimait pas ses camarades, mais pris ensemble, ils ne donnaient pas l'image d'une société sérieuse. Il espérait juste qu'ils sauraient se tenir devant le directeur de LucidOre : c'était l'un des hommes les plus puissants de Cyrga après tout – pas autant que Gerald Magnus, le fondateur d'Aurora – mais personne ne pouvait rivaliser avec lui.
    
    Monsieur Sig activa le verrouillage des bâtiments et de l'entrepôt, et manœuvra lui-même la passerelle ; Lukas ne put s'empêcher de jeter un regard en arrière avant de glisser à Vodo :
    
    « On peut laisser la barge sans personne, comme ça ?
    
    — Tu as peur que quelqu'un l'emporte sous le bras ? » lui répondit ironiquement le mécanicien.
    
    Vexé, le garçon se rembrunit et suivit les autres, un peu en retrait, les mains dans les poches. Sur le ponton, une femme brune en tailleur distingué, des lunettes-relais sur l'arrêt du nez, les attendait avec une expression neutre et professionnelle sur le visage. Elle aurait pu être tout droit transposée de Stellae, mais aucun des habitants des zones protégées ne se serait exposé sur un forage.
    
    « Monsieur Benz ? demanda-t-elle en s'approchant du directeur.
    
    — Lui-même, répondit gravement le directeur.
    
    — Je suis Kaïri Morn, l'assistante de monsieur Lorimond. Tous vos collaborateurs sont présents ? »
    
    Elle parcourut du regard la petite troupe bigarrée ; Lukas songea qu'elle devait les prendre pour une sorte de cirque ambulant.
    
    « Tout le monde est là », confirma monsieur Sig.
    
    De façon surprenante, la jeune femme ne leur demanda pas de les suivre ; elle semblait attendre quelque chose. Un vrombissement leur fit lever la tête : l'aéronavette qu'ils avaient vue arriver apparut devant leurs yeux ; lentement, elle descendit sur le large ponton, s'immobilisant à quelques mètres d'eux.
    
    Le garçon demeura bouche bée : ils avaient vraiment droit au traitement de faveur ! Sur les autres barges, des gens commençaient à se masser pour observer la situation. Il détourna le regard, réalisant que cette attention le rendait nerveux, une chose qu'il n'aurait pas crue possible quelques semaines plus tôt seulement.
    
    La porte de l'appareil coulissa, révélant des sièges de cuir synthétique gris perle ; il devait y avoir une dizaine de places, organisées en rangées de deux, de part et d'autre d'une allée centrale, comme dans les navettes que Lukas prenait quand il partait avec sa mère en vacance dans le Croissant Intérieur. Madame Morn s'installa à côté du pilote, tandis que l'équipe d'Armatis se répartissait en vrac dans l'habitable. Shimmer s'assit près de Lukas, serrant contre lui la besace contenant sa microstat, dont il ne se séparait jamais.
    
    « Tu crois qu'il s'est renseigné sur nous ?souffla-t-il à l'attention de Lukas.
    
    — Je ne sais pas... pourquoi tu me demandes ça ? »
    
    Shimmer baissa la tête, manifestement gêné : le garçon songea aux circonstances floues de son infusion, ainsi qu'à de l'identité créée de toute pièce d'Ayrith ; il ne put s'empêcher de rejoindre le blond dans son appréhension. Pour se changer les idées, il s'enfonça plus profondément dans le fauteuil moelleux et observa le paysage par la vitre : la navette commençait à s'élever au-dessus des pontons, dévoilant toute sa majestueuse immensité aux yeux des indépendants : derrière d'un mur de protection, c'était une véritable ville qui se dressait en couronne autour des installations centrales. Il osait à peine imaginer combien de personnes devaient vivre et travailler à cet endroit, entre les bureaucrates, les techniciens, les plongeurs...
    
    L'appareil fila vers un immeuble plus haut que les autres, dont émergeait, vers le sommet, une plate-forme semi-circulaire entourée d'une rambarde basse, manifestement destinée à permettre l'atterrissage du véhicule. Celui-ci se posa sans le moindre soubresaut. Les portes s'ouvrirent et Lukas s'efforça de s'extirper du siège moelleux, pas vraiment pressé de se trouver en face d'un homme qui dirigeait non seulement ce site, mais aussi une dizaine de complexes semblables sur l'étendue de Margarita.
    
    Ils furent menés dans une antichambre tapissée d'une moquette épaisse, où étaient disposés des fauteuils confortables. Les murs étaient couverts de larges écrans où passaient en boucle des images des forages de LucidOre. Lukas avait presque peur d'y entrer : même à Stellae, il n'avait jamais rien vu de pareil.
    
    « Vous pouvez vous installer, les invita madame Morn, je vais voir si monsieur Lorimond est prêt à vous recevoir. »
    
    Lukas se laissa tomber dans l'un des fauteuils moelleux, tout en sachant qu'il aurait du mal à s'en extirper ; mais en constatant que son père demeurait debout, les bras derrière le dos, la mine grave, il se sentit obligé de se relever. Les mains dans les poches, Ayrith regardait les images qui défilaient sur les écrans, mais Lukas se doutait que sa décontraction ne devait être qu'apparente. Même si elle s'efforçait - sans grand succès – d'être discrète, Sila ne le perdait jamais de vue.
    
    Le garçon se demanda combien de temps ce monsieur Lorimond allait les faire patienter, alors même que c'était lui les avait convoqués. Il essayait de se persuader qu'il n'avait pas la moindre raison de ressentir de l'appréhension, son corps le trahissait lâchement en lui envoyant tous les signaux classiques de la peur.
    
    Shimmer s'était assis sur l'un des accoudoirs et pianotait sur sa microstat. Que pouvait-il bien chercher ? Des informations sur « Hemera » ? Sur Lorimond lui-même ? Il entendit un très léger bip issu de sa montre-relais : relevant sa manche, il découvrit sur le petit écran l'avatar du garçon blond. Il lui adressa un signe de la main avant de s'effacer, laissant derrière lui une icône en forme de chaîne, symbolisant un lien. Lukas l'activa discrètement, pour trouver un article portant sur une certaine Hemera Veyz. Il écarquilla les yeux, et parcourut rapidement le contenu, en dépit de l'inconfort d'un affichage aussi réduit. Il ne s'agissait que d'une brève notice biographique : de toute évidence, cette mystérieuse personne avait été la première plongeuse, connue pour son caractère audacieux. Elle était morte accidentellement une bonne quarantaine d'années plus tôt. Il se demanda si elle possédait un lien de parenté avec Tachyon Veyz.
    
    Alors qu'il finissait de lire, le petit reptile vert repointa son nez, tandis qu'un message écrit s'affichait :
    
    « Ça te paraît intéressant ? Est-ce que je dois poursuivre dans cette direction ? »
    
    Il releva les yeux de sa montre-relais et accrocha le regard de Shimmer ; il hocha très légèrement la tête, avec une ombre de sourire. Le garçon parut satisfait et se replongea aussitôt dans ses recherches.
    
    Soudain, la porte s'ouvrit et la secrétaire refit son apparition :
    
    « Monsieur Lorimond est prêt à vous recevoir. »
    
    Aussitôt, tout le monde sembla s'éveiller brutalement ; Shimmer ferma sa microstat et bondit sur ses pieds. Madame Morn les invita à entrer dans une pièce éclairée par une étrange lumière bleu pâle. Lukas réalisa qu'elle venait des aquariums qui couvraient la plus grande partie des murs ; ou plutôt, des cuves remplies du fluide de Margarita, qui y tourbillonnait lentement. Des spécimens de faune et de flore s'agitaient au gré des remous, tout aussi insolites que leurs comparses sauvages. Le bureau lui-même n'était qu'une large plaque de verre presque en apesanteur, soutenue par une seule tige transparente à l'un de ses coins. Peu d'objets troublaient ce vaste espace : une console d'accueil avec sa microstat et une série de tubes luminescents disposés sur une étagère. Lukas se demanda si chaque plate-forme comportait un tel espace pour l'usage du directeur, ou si celle-ci présentait un statut particulier.
    
    Son regard ne se porta que dans un second temps sur l'homme mince et élégant debout derrière le meuble, qui les fixait avec curiosité de ses yeux longs et fins ; il était difficile de déterminer leur couleur tant ils semblaient étinceler, comme des joyaux sombres et froid serti dans un visage étroit et anguleux.
    
    Lukas réalisa qu'il était incapable de lui donner un âge : seuls le pli dur de ses lèvres et les ombres soucieuses sur son front révélaient qu'il avait probablement dépassé les quatre décennies.
    
    Il fit le tour de son bureau pour aller serrer la main du directeur d'Armatis, avec un sourire de circonstance :
    
    « Sigfried Benz, je présume ? Je suis Lee Lorimond. Soyez le bienvenu à LucidOre ! J'ai une proposition à vous faire... »
    
    

Texte publié par Beatrix, 19 mai 2018 à 00h01
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