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Tome 1, Chapitre 42 « Rumeurs de tempête (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 42
Quand Lukas se sentit un peu plus calme, il se leva, s'étira et regarda autour de lui : le seul côté positif, c'était qu'il n'avait pas plus d'affaires que lorsqu'il était arrivé, et qu'il pourrait repartir avec le caisson qu'il avait laissé dans le garage. Il devait réfléchir à un point de chute : après tout, il n'était pas forcé de quitter Armatis immédiatement. Cela serait sans doute peu agréable, mais il resterait sur la barge juste le temps de trouver un nouvel emploi quelque part... Il ne se débrouillerait pas plus mal sans sa gestionnaire.
    
    Il réalisa qu'en peu de temps, il s'était attaché au lieu comme aux personnes : Vodo, jamais avare d'explications, lui avait appris énormément de choses. Varen était un chic type, qui ne l'avait jamais regardé de haut. Et puis il y avait Shimmer. Qui n'était pas devenu son ami parce qu'il était le garçon le plus populaire de l'école, mais parce qu'il appréciait réellement sa compagnie. Il se doutait que l'adolescent blond, si timide et réservé, n'accordait pas si aisément sa confiance. Sila avait beau se montrer désagréable, il devinait sous ce caractère épineux quelque chose de bien plus sensible et profond. Et il avait même partagé des moments sympathiques avec Ayrith... il devait bien le reconnaître.
    
    Lukas jeta un coup d'œil par la vitre : le temps s'était modifié. La lumière avait considérablement baissé ; le ciel était devenu d'une teintesombre et ambrée, parcourue de longs rubans de nuées violettes. Il fronça les sourcils, en se demandant ce que pouvait être ce bizarre phénomène météorologique. Les tourbillons de Margarita avaient eux aussi pris une couleur plombée, vaguement inquiétante. Le garçon s'accouda au rebord de la fenêtre pour contempler cette scène inattendue. Il ne se souvenait pas avoir vu la même chose quand il se trouvait à Stellae. Sans doute parce que certains jours, la ville activait son globe magnétique contre des tempêtes qui pouvaient endommager ses bâtiments et sa technologie. La légère luminosité du dispositif brouillait la vision du dehors, mais peut-être était-ce dans des circonstances similaires ? Il sentit son cœur battre plus vite : ici, ils ne bénéficiaient d'aucune protection.
    
    Lukas sursauta en entendant une alarme retentir ; il se détacha de la fenêtre pour se diriger vers la porte : qui disait alarme, disait danger. Même s'il n'avait pas forcément envie de se retrouver si rapidement au contact de ses collègues après son esclandre, ce n'était pas une raison pour mettre en jeu sa sécurité – voire celle des autres – par fierté mal placée.
    
    À peine eut-il déverrouillé le battant et gagné dans le couloir qu'il se heurta à Vodo ; de toute évidence, le mécanicien le cherchait.
    
    « Te voilà, lâcha-t-il sèchement. Tant mieux. J'espère que ta petite crise est terminée ! Parce que cette fois, nous allons vraiment avoir besoin de toi. »
    
    Le mécanicien refusait visiblement de laisser libre cours à la colère qui bouillonnait en lui.
    
    « Qu'est-ce qui se passe ? demanda le garçon d'une voix timide.
    
    — Une tempête phychophysique. Suis-moi. »
    
    Lukas lui emboîta le pas en silence, comprenant qu'il était préférable qu'il se fasse le plus discret possible. Il avait entendu parler de ces tempêtes par Ayrith et par Shimmer ; elles semblaient dangereuses pour les infusés – et sans doute aussi pour les naturels. Malgré lui, il sentit l'inquiétude s'emparer de lui.
    
    Quand il réalisa qu'ils se dirigeaient vers le bureau de Monsieur Sig, ses membres refusèrent soudain de lui obéir. Il ne voulait pas faire face à son père ; il n'était pas prêt à le voir, et encore moins à l'appeler ainsi. Il s'appuya contre la paroi, le souffle court, comme s'il avait couru un marathon. Vodo se retourna à demi. Le garçon rentra sa tête dans ses épaules, incapable d'affronter son regard. Le mécanicien le dévisagea longuement ; au bout d'un moment, il demanda :
    
    « Tu le sais depuis quand ? »
    
    Lukas resta un moment silencieux, incapable de trouver les mots, avant de déclarer enfin :
    
    « Depuis quelques jours... Je... je vous ai entendu parler, monsieur Sig et vous, de quelque chose qu'il ne m'avait pas dit. Et puis j'ai trouvé un moyen de contacter le réseau de Stellae...
    
    — Par Shimmer, je suppose ?
    
    — C'est moi qui lui ai demandé ! » protesta Lukas pour défendre son ami.
    
    Sa réaction fit naître un léger sourire sur le visage du mécanicien.
    
    « Soit... C'est comme ça que tu as su ?
    
    — Oui... Mais j'ai l'impression que tout le monde le savait... ou l'avait deviné avant moi, ajouta-t-il d'un ton malheureux.
    
    — Et je veux bien croire que c'est un sacré choc. Mais tu as mal choisi ton moment pour demander des comptes. »
    
    Lukas sentit son visage devenir brûlant :
    
    « Je n'ai demandé aucun compte ! Je voulais juste... »
    
    Il secoua la tête :
    
    « Peu importe », conclut-il d'un air malheureux.
    
    La colère de Vodo semblait s'être évaporée. Il fourra les mains dans les poches et laisse échapper un petit rire :
    
    « Bon, ce n'est pas trop le moment de s'occuper de ça. Allez, suis-moi ! »
    
    Docilement, Lukas tomba dans ses pas jusqu'au bureau ; l'alarme avait repris, leur vrillant les tympans. Quand le mécanicien ouvrit la porte, il le suivit mais resta derrière lui. Le directeur ne lui prêta aucune attention particulière : son regard demeurait fixé sur l'écran de sa microstat :
    
    « Ça s'annonce mal, déplora-t-il d'une voix lasse. Les systèmes annoncent une intensité huit. Il y a longtemps que nous n'en avons pas subi une aussi forte... c'est sans doute lié au fait que nous sommes au large. Il va falloir couper tous les systèmes de la barge. J'espère que LucidOre et les autres prestataires ont fait le nécessaire.
    
    — Moi aussi, répondit Vodo avec inquiétude. Tu as ce qu'il faut pour tenir ?
    
    — Ça devrait aller pour le moment. Nous avons une heure de répit au maximum avant que ça frappe à plein. »
    
    Il secoua la tête,
    
    « C'est la troisième tempête psychophysique cette année... Leur fréquence s'accélère et elles deviennent de moins en moins prévisibles... et de plus en plus violentes. »
    
    Le directeur laissa échapper un petit rire amer :
    
    « Et comme par hasard, c'est à chaque fois que j'ai un esclandre avec Ayrith... Sans doute parce que la tension dans l'air doit nous affecter. »
    
    Il avisa Lukas derrière l'épaule du mécanicien, et posa sur lui un regard emprunt d'une étrange retenue, mêlée de tristesse.
    
    « Lukas... »
    
    Le garçon sursauta légèrement :
    
    « Vodo et moi allons arrêter à distance tous les systèmes. Tu dois en faire de même avec ta microstat, ta montre-relais et les systèmes de veille de ton motoglisseur, si tu les as laissés allumés. »
    
    Il hésita un peu, avant d'ajouter :
    
    « Il fait que tu sois bien conscient que durant les cinq ou six heures à venir, seuls Vodo et toi serez pleinement opérationnels. C'est la raison pour laquelle aucune société ne peut fonctionner sans personnel insensible à l'argentium. »
    
    Lukas opina : il espérerait juste que monsieur Sig ne tentait pas de lui expliquer en quoi il était utile, ce n'était pas de ce genre de conversation qu'il avait envie avec lui... Mais pour un échange plus profond, celui dont il avait désespérément besoin, ce n'était ni le lieu ni le moment. Il s'apprêtait à partir quand une pensée lui traversa l'esprit :
    
    « Vous dites que toute la technologie cyrgane doit être déconnectée... Mais... Que va-t-il se passer... pour vos prothèses ? Elle fonctionne aussi avec de l'argentium, non ? demanda-t-il d'une voix mal assurée.
    
    — Ne t'inquiète pas, mes prothèses peuvent être déconnectées ! Et de toute façon, cela ne change pas grand-chose. Les infusées comme Shimmer, Ayrith ou moi doivent être placés sous hypnotiques afin de ne pas souffrir des effets de la tempête. Les naturels, eux, ont plus de chances... Ils peuvent se contenter d'un patch de neuroleptique. Ils ne sont pas bons à grand-chose, mais au moins, ils peuvent rester conscients. En quelque sorte. »
    
    Lukas sentit son cœur battre un peu plus vite :
    
    « Est-ce que tout le monde est... à l'abri ? »
    
    Le directeur hocha la tête :
    
    « Quasiment... Mais ne t'en fais pas pour cela, Vodo a l'habitude de gérer ce type de situation. »
    
    Quelque chose dans le ton bourru de sa voix, dans son allure faussement dégagée, lui disait que cette réponse n'était pas à prendre au pied de la lettre.
    
    « Oui, justement ! intervint le mécanicien d'un ton sarcastique. Puisque j'ai l'habitude de gérer tout cela, ce serait peut-être bien que tu me laisses le faire !
    
    — Il a raison, objecta Lukas. Pourquoi vous n'êtes pas déjà à l'abri ? »
    
    Un grand flash bleu déchira l'air autour d'eux. Il entendit monsieur Sig prendre une soudaine inspiration. Le directeur d'Armatis se rattrapa à la rambarde, comme si sa jambe artificielle ne le supportait plus. Lukas s'avança pour le soutenir :
    
    « Venez, je vais vous aider...
    
    — Ça va aller...
    
    — Non, vous savez que non. »
    
    Il se glissa à côté de son employeur et passa son bras par-dessus ses épaules. Monsieur Sig secoua la tête avec confusion.
    
    « Tu n'as pas besoin de...
    
    — Bien sûr que si.
    
    — Bonne initiative, Lukas déclara Voda avec une once de sourire. Cette tête de mule a besoin de quelqu'un d'aussi obstiné que lui parfois... Je vais gérer tous les systèmes, ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais fait. Il ne faudra pas que tu oublies de t'occuper de tes engins, d'accord ? »
    
    Le garçon acquiesça avant de se diriger vers la porte du bureau, soutenant de son mieux cet homme dont quelques heures plus tôt, il ne voulait plus entendre parler.
    
    

Texte publié par Beatrix, 27 mars 2018 à 14h27
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