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Tome 1, Chapitre 40 « Sous les flots (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 40
Lukas n'eut pas le loisir d'y songer bien longtemps : une forme d'un blanc laiteux, profitant du fait que toutes les attentions étaient focalisées sur le combat de géants, se fraya un passage vers le forage. La créature, un catégorie quatre, ressemblait étrangement à celle du rêve qu'il avait fait juste avant la visite de monsieur Bel : ses pièces buccales rayonnaient comme un bouquet de crocs tout autour de son gosier sans fond, s'ouvrant et se refermant dangereusement tandis qu'il fonçait vers le site. Même si la bête était loin d'être aussi gigantesque que ce qui tentait de forcer le barrage des Paladions, elle n'en était pas moins impressionnante aux yeux de Lukas.
    
    « Dans mon cadran, je prends ! » annonça l'Arista en se portant vers l'océanien.
    
    Habilement, elle se déporta latéralement de façon à éviter la terrible bouche et saisir l'animal par le côté.
    
    « Beau mouvement ! laissa échapper Ayrith, d'un ton appréciateur.
    
    « Garde tes remarques pour toi, le chromé », rétorqua la plongeuse du Paladion jaune, tout en s'arc-boutant pour maintenir la créature.
    
    Lukas la fixa, vaguement inquiet :
    
    « Tu ne devrais pas l'aider ? souffla-t-il à Ayrith.
    
    — Elle ne serait pas d'accord. Nous touchons une prime pour chaque créature arrêtée.
    
    — Oh... »
    
    Si le Paladion avait pu hausser les épaules, il l'aurait fait :
    
    « De toute façon elle joue sur du velours. Son glitz est déjà presque passé... »
    
    L'Avenger se tourna vers l'Ayrith, d'un mouvement surpris :
    
    « Comment tu sais cela, toi ?
    
    — Hum... l'intensité de ses beaux yeux ? Surtout qu'il en a quand même une bonne centaine, un peu trop proches de sa bouche, mais... »
    
    Le discours du plongeur d'Armatis fut stoppé par l'irruption de deux créatures identiques, un catégorie trois et un catégorie quatre. Lukas avait espéré, sans doute très naïvement, qu'ils se chargeraient du niveau trois, mais d'après les capteurs de LucidOre, l'océanien se trouvait bien dans le périmètre d'Ayrith.
    
    Lukas fit monter le drone pour le mettre à l'abri, tandis qu'Ayrith employait une technique un peu différente de l'Arista : il resta bien en face des dents qui ondulaient frénétiquement, prêtes à déchiqueter tout ce qui était à sa portée. Ses mains se tendirent, attrapant d'un mouvement incroyablement rapide pour une telle masse métallique deux des crocs les plus protubérants de la bête. Les autres Paladions étaient trop occupés pour s'apercevoir de la manœuvre audacieuse – voire totalement folle – du jeune homme. Une alarme retentit, demandant un renfort sur le secteur en raison de la présence d'une meute de rosaroks.
    
    « Ayrith, mais qu'est-ce que tu fiches ? s'exclama Vodo. Tu veux finir ouvert comme une boîte de conserve ? Lukas, garde le visuel sur lui ! »
    
    La voix du mécanicien sortit le garçon de la torpeur dans laquelle cette vision l'avait plongé. Il déplaça le drone pour surplomber la scène, afin de retransmettre au mieux le combat qui opposait le Paladion au rosarok. La créature se tordait dans tous les sens et l'Ayrith devant s'arc-bouter pour ne pas lâcher prise. L'extrémité du corps bordé de tentacules se recourba et faillit heurter l'engin léger. Prudemment, Lukas l'éloigna un peu.
    
    « T'es vraiment un malade », lui lança l'Avenger, aux prises avec son propre monstre.
    
    Lukas soupçonna que si un Paladion avait pu sourire, l'Ayrith l'aurait probablement fait :
    
    « N'empêche que c'est efficace », rétorqua le jeune homme d'un ton satisfait qui agaça le garçon au plus haut point.
    
    Le sable volait là où la queue de la créature le balayait violemment. L'engin argenté maintenait fermement sa prise sur le rosarok. L'Arista put enfin lâcher le sien qui se laissa couler sur le sol et fila comme une carpette blanchâtre, sans demander son reste. Étonnement, ce fut celui d'Ayrith qui se calma en second. Après une dernière ondulation brutale, ses mouvements se ralentirent jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une masse pantelante sur le fond de Margarita, ouvrant et referment faiblement sa couronne de crocs comme pour se persuader qu'elle fonctionnait toujours. Seul l'Avenger se débattait encore avec son adversaire.
    
    Tout au soulagement d'avoir calmé une première vague, les Paladions avaient détourné leur attention des combats que livraient les Titans, pas si loin d'eux. Pourtant, de sa position privilégiée, Lukas remarqua que l'une des gigantesques machines avait reculé de façon inquiétante sous les coups de boutoir de son monstrueux adversaire ; ses pieds lestés laissaient de profonds sillons dans le sol sableux.
    
    La créature était tout à la fois effroyable et fascinante : d'un vert presque luminescent, elle présentait d'étranges similitudes avec les dragons des légendes. La tête oblongue et semblable à celle d'un lézard était entourée d'une collerette de tentacules qui ondulaient dans les tourbillons de fluide. Son cou sinueux émergeait d'un corps allongé, muni de tant d'ailerons qu'il en semblait vaguement végétal. Deux membres terminés par de redoutables doubles crochets avaient réussi à pénétrer le blindage du Titan et s'y cramponnaient sauvagement. Des boutoirs qui pointaient de part et d'autre de sa gueule, il cognait de façon répétée sur son agresseur, tandis que ses yeux en amande, sans pupille, étincelaient du feu bleu du Glitz.
    
    Lukas réalisa que les Paladions indépendants, tout à leur propre affrontement avec les rosaroks, n'étaient pas conscient du danger qui les menaçait, si la machine géante basculait sous l'assaut du draco. Il effectua un vaste arc de cercle et cria dans son micro :
    
    « Ayrith, fais attention ! Le Paladion de LucidOre, il va tomber! »
    
    Les « yeux » de la machine chromée se dirigèrent vers le combat en face de lui. Le cœur au bord des lèvres, Lukas vit l'énorme masse du Titan pencher vers l'arrière. L'Ayrith se tourna vivement et fonça vers l'Avenger qui tenait encore à bras le corps son rosarok, en fin de glitz ; les deux engins de métal se heurtèrent dans un grand bruit : le Paladion gris fut précipité au sol, juste à temps pour éviter la forme gigantesque du Titan de LucidOre qui s'écroula sur le sable, toujours embroché par le draco. Les crochets et l'un des boutoirs de l'océanien étaient restés emprisonnés dans le blindage torturé.
    
    Malgré sa chute, l'Avenger avait réussi à maintenir sa prise, mais le rosarok commençait à lui échapper ; l'Ayrith, qui était tombé à genoux à moins d'un mètre du géant abattu, lui prêta main-forte ; déjà le glitz s'effaçait de la couronne d'yeux de la créature.
    
    « Recommence ça et tu es mort ! gronda l'Avenger avec fureur.
    
    — Un merci aurait suffi... » répondit le jeune homme, sarcastique.
    
    Il tendit la main au Paladion gris, qui finit par l'accepter ; non sans mal, il la hissa sur ses pieds.
    
    Lukas regarda machinalement les alentours, attendant qu'un des collègues du Titan en difficulté lui vienne en aide, mais aucun ne se manifesta. Une longue traînée de liquide bleu s'échappait de sa poitrine, tourbillonnant paresseusement au gré des flux de Margarita.
    
    « Ayrith ! Le pilote du Titan est en danger ! »
    
    Dès qu'il l'entendit, Ayrith abandonna l'Avenger pour se ruer vers le draco .
    
    « Qu'est-ce que tu fais ? T'es malade ! lança le Paladion gris.
    
    — Tu veux crever ? s'écria l'Arista, libérée de son rosarok.
    
    — Si on ne fait rien, c'est lui qui crève ! »
    
    Même par le biais du synthétiseur, la voix d'Ayrith était chargée d'une tension désespérée. Brutalement, Lukas se rappela qu'il avait survécu à un grave accident ; sans doute était-ce l'une des raisons pour lesquelles il ne pouvait rester passif. Il se dirigea vers l'arrière de la tête du draco et empoigna les tentacules de la collerette, qu'il tira d'un coup sec. Le monstre ouvrit largement la bouche ; dans les capteurs sonores, le garçon entendit un cri déchirant qui s'échappait des tréfonds de son gosier. Il secoua violemment la tête pour se débarrasser de l'intrus, mais le Paladion tenait le coup, avec une incroyable ténacité.
    
    La créature essaya de tourner la gueule en direction de son agresseur, ses yeux fluorescents réduits à deux fentes ; son boutoir se désengagea de la poitrine du titan à terre, tandis qu'il recourbait le cou pour broyer de ses terribles mâchoires le Paladion argenté. Ayrith saisit l'occasion pour l'attraper juste derrière la collerette, afin d'écarter sa tête de la machine effondrée.
    
    Le cœur de Lukas battait à coups redoublés ; face au géant à terre et au monstre qui l'avait vaincu, l'Ayrith ressemblait à un jouet. Profitant de la brèche, d'autres créatures essayaient d'approcher du forage, aussitôt arrêtées par les Titans encore valides, les empêchant de porter secours à leur camarade. Une poignée de rosaroks fila le long du colosse à terre, pour être stoppée par l'Avenger et l'Arista, mais aussi par des renforts inattendus. Avec stupeur et soulagement, Lukas reconnut la forme familière du Colossus.
    
    « Varen ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
    
    — Nous n'avons pas eu une seule attaque de notre côté. On nous a donc redéployés ici, expliqua le naturel, en raison du risque de brèche... »
    
    Il tourna les yeux vers l'endroit où Ayrith luttait toujours contre la créature deux fois plus grande que lui, qui secouait la tête dans tous les sens pour se débarrasser de lui.
    
    « Bon sang, murmura Varen, si j'avais pensé qu'il se jetterait sur un draco de cette manière...
    
    — L'accident... lui demanda Lukas avec hésitation, c'était un draco ?
    
    — À ton avis ? »
    
    La réponse était suffisamment explicite pour que le graçon n'insiste pas.
    
    « Lukas, résonna la voix de Vodo, le blindage de l'Ayrith commence à présenter des signes de faiblesse. Donne-moi un visuel !
    
    — Compris ! »
    
    Lukas opéra une grande courbe qui le ramena derrière le Paladion bleu et argenté ; au niveau de ses épaules, certaines pièces semblaient prêtes à se disjoindre. Il entendit Vodo jurer dans ses écouteurs :
    
    « Ayrith, lâche-le tout de suite ! Ton Paladion ne tiendra pas indéfiniment ! »
    
    Mais comme c'était prévisible, le jeune homme fit la sourde oreille. Les mouvements saccadés de la bête l'agitaient dans tous les sens, au point que Lukas s'étonna qu'il ne soit pas déjà disloqué. Il s'aperçut que les yeux du Paladion avaient changé de couleur ; comme lors de son combat avec le Glisseur, ils étaient devenus d'un bleu aussi phosphorescent que ceux des océaniens sous l'effet du glitz !
    
    Progressivement, les soubresauts frénétiques du draco se ralentirent et cessèrent ; les grands yeux en amandes retrouvèrent leur teinte dorée originelle. Enfin, seulement, l'Ayrith lâcha prise, tombant à genoux dans le sable blanc. La créature se décrocha de sa victime et disparut en quelques mouvements rapides de ses multiples ailerons.
    
    

Texte publié par Beatrix, 14 mars 2018 à 23h37
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