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Tome 1, Chapitre 24 « Monsieur Veyz (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 24
Il n’était pas dit, finalement, que la journée se poursuivrait sans heurts. Ils s'étaient éloignés d'à peine cent mètres de l’Untercity, quand Lukas entendit le communicateur de son casque grésiller.
    
    « Un barrage de police, droit devant nous. Tu t’arrêtes et tu fais profil bas. »
    
    Le fourgon freina devant lui ; il obtempéra, la peur au ventre : se pouvait-il que ce contrôle soit lié à sa rencontre avec Blue ?
    
    Il savait que cela ne servait à rien de tenter d’y échapper ni de mentir à Vodo ou aux autorités. Il arrêta son Xtrace à côté de la camionette, sentant son cœur cogner contre ses côtes. Avec de plus en plus d’appréhension, il vit l’un des policiers discuter discrètement dans un communicateur, avant de tourner vers eux une caméra de capture holo.
    
    Il essaya de détourner la tête, tandis que le mécanicien descendait de son siège pour parler au responsable du groupe.
    
    « Puis-je savoir ce qu'il se passe ? »
    
    L’homme laissa son regard se poser sur Lukas et son Xtrace :
    
    « Nous avons cru reconnaître la personne qui vous accompagne, plus particulièrement son véhicule. Nous pensons l’avoir aperçu il y a peu de temps en compagnie d’un criminel recherché.
    
    — Vous devez faire erreur, rétorqua le mécanicien. Ce garçon est l’un des employés de la société Armatis, comme moi. Je ne vois pas comment il pourrait avoir été associé à un criminel… »
    
    Lukas sentit son estomac se nouer ; il demeura sur son motoglisseur, sans oser bouger, espérant que le mécanicien parviendrait à les persuader que tout cela n’était qu’un effroyable malentendu.
    
    « Pourtant, son véhicule est bien celui que l’on nous a signalé : un Xtrace de couleur vert métallisé. De plus, ses habits semblent correspondre à ceux que portait le garçon que nous recherchons. Nous voudrions voir son visage. »
    
    Il se tourna vers Lukas :
    
    « Pouvez-vous ôter votre casque, je vous prie ? »
    
    Il hésita, mais Vodo lui adressa un léger signe du menton. En soupirant, il déverrouilla les pièces faciales avant de le retirer, secouant légèrement la tête afin de remettre en place sa tignasse châtaine. L’homme baissa les yeux vers son holopad, puis les releva pour examiner Lukas avec une expression critique.
    
    « Alors ? Lui demanda son voisin.
    
    — Ça pourrait bien concorder. Nous n’avons pas de cliché net, il se trouvait à l’arrière de Blue… »
    
    Vodo sursauta légèrement en entendant le nom du voleur :
    
    « Blue ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Lukas ? »
    
    Le garçon baissa la tête, embarrassé, ne sachant s’il devait avouer la vérité à Vodo devant les forces de police. Les yeux du mécanicien s’écarquillèrent de stupéfaction :
    
    « Ne me dis pas que… »
    
    Il se tut avant d’avoir formulé plus précisément son accusation, laissant Lukas dans l’embarras : devait-il raconter sa mésaventure ou attendre d'y être vraiment obligé ? Après tout, il n’avait rien à se reprocher… À part le fait d’avoir soustrait son véhicule favori aux recouvreurs de dette, bien sûr ! Vodo secoua brusquement la tête et reporta son regard sur le chef des quatre policiers dont les motoglisseurs leur barraient la route. C’était un homme d’environ trente-cinq ans, dont le visage découvert dans l’encadrement de son casque semblait plus zélé qu’hostile.
    
    « Qu’est-ce que vous reprochez à ce garçon ? demande le mécanicien, sans doute pour gagner un peu de temps. Qu’est-ce que c’est que cette histoire avec… Blue ? »
    
    Le policier consulta du regard son adjoint, avant de déclarer :
    
    « Nous avons repéré le voleur et technotrafiquant Blue dans un quartier résidentiel de Terra. Quand nous avons voulu l’appréhender, il s'est enfui sur une machine semblable à ce Xtrace. Il y avait un jeune homme à l’arrière du véhicule. Son empreinte holo ressemble beaucoup à votre collègue.
    
    — Comment pouvez-vous être sûr qu’il s’agissait bien de lui ? rétorqua Vodo en croisant les bras. Vous y étiez ?
    
    — Un témoin visuel, qui a tenté de parlementer avec Blue, doit nous rejoindre pour le confirmer. Il ne devrait pas tarder. »
    
    Vodo soupira en regardant le bout de ses bottes.
    
    « Écoutez, je pense qu’il s’agit probablement d’une confusion. Je ne pense pas que mon collègue ici présent aurait le moindre intérêt à se rapprocher de ce… criminel, comme vous dites. Si c'est vraiment lui que vous avez cru apercevoir, il y a sans doute une explication plausible, qu’il vous donnera lui-même… »
    
    Un véhicule civil s'arrêta de l’autre côté du barrage : une voiture de grand luxe, à voir sa peinture immaculée, ses lignes aérodynamiques et ses chromes rutilants. L’emblème de la société Aurora, un lever de soleil sur les tourbillons de Margarita, figurait sur la portière. Quand Vodo aperçut l'homme qui en descendit , son visage se ferma :
    
    « Lui ? souffla-t-il. Mais qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?
    
    — Monsieur Veyz a accepté de parlementer avec Blue, pour tenter de le persuader de cesser ses activités criminelles et de mettre ses talents au service de structures plus… légales.
    
    — Il n’a pas dû voir grande différence entre Aurora et des activités criminelles, comme vous dites, grommela Vodo.
    
    — Je vous prierai de demeurer courtois, monsieur ! » objecta le policier.
    
    L’homme s’approcha du petit groupe, aussi élégant et plein d’assurance que lorsque Lukas l’avait croisé un peu plus tôt. Il traversa le rang des forces de l'ordre, qui s’écartèrent pour le laisser passer, et se dirigea vers les deux employés d’Armatis. Ses yeux avaient repris leur couleur naturelle, un bleu glacier qui les rendait particulièrement incisifs.
    
    « Voyons cela… »
    
    Il enfouit les mains dans les poches de son costume de prix et détailla Lukas avec attention :
    
    « Je suis formel : il s’agit bien du garçon que j’ai pu voir en compagnie de… Blue, puisqu’il tient à être appelé ainsi. »
    
    Le policier se tourna vers le garçon :
    
    « Avez-vous une explication ?
    
    — Bien sûr, bafouilla Lukas. J'étais un peu perdu… Je cherchais ma route quand Blue est arrivé. Il a voulu voler mon motoglisseur, mais… »
    
    Il hésita un moment, songeant que ses interlocuteurs trouveraient ses explications peu crédibles. Mais après tout, il devaient être au fait des manières fantasques du voleur au visage dissimulé.
    
    « Il a renoncé quand il m’a vu.
    
    — Pour quelle raison ? demanda le policier, plissant les yeux avec suspicion.
    
    — Il a dit… »
    
    Sous l’effet de la confusion, le visage de Lukas tourna au rouge pivoine :
    
    « … qu’il ne volait pas les enfants. »
    
    En dépit de la situation, Vodo partit d’un grand rire, bientôt imité par les policiers. Même le civil ne put retenir un léger sourire, que le garçon trouva étrangement doux.
    
    « Et quand les forces de l’ordre sont arrivées, poursuivit Lukas, soucieux de vite faire oublier cette petite humiliation, il est monté sur mon Xtrace, mais m’a demandé de grimper derrière lui parce que… le véhicule était à moi… enfin, je pense…
    
    — Et tu as obéi ? s’étonna le policier.
    
    — Je ne savais pas trop qui il était, plaida Lukas, et je voulais… récupérer mon motoglisseur… »
    
    Le civil le considéra d’un œil scrutateur :
    
    « Ne lui en voulez pas, déclara-t-il finalement. Il semblerait que Blue soit doté d’un charisme… étonnant pour quelqu’un qui refuse de se montrer. Cela dit, il pourrait être intéressant d’entendre plus longuement ce que ce garçon a à dire sur cette aventure. »
    
    Vodo s’avança d'un pas, avec une expression peu commode :
    
    « Attendez voir ! gronda-t-il, les poings crispés. Depuis quand Aurora remplace la police ? »
    
    Il marqua une pause avant d’ajouter, avec une hostilité surprenante :
    
    « Vous n'avez aucun droit de jouer les justiciers. Et vous, moins que quiconque, monsieur Veyz ! »
    
    L’homme haussa élégamment un sourcil :
    
    « Ainsi, vous prétendez me connaître. Intéressant, car je ne crois pas me souvenir de vous… Monsieur… ?
    
    — Brem Vodo, rétorqua le mécanicien. De la société Armatis. Cela devrait vous rappeler ce qu'il s'est passé il y a quatre ans ! Parce que nous, monsieur Veyz, n’avons certainement pas oublié les conséquences de vos prospections menées en dépit du bon sens. Et ce qu'elles ont coûté à Armatis, et à Sigfried Benz, si ce nom vous dit quelque chose !
    
    — En effet, admit le dénommé Veyz, il me semble avoir entendu ce nom.
    
    — Bien évidemment, répliqua Vodo, ulcéré. Vous vous en souvenez « vaguement ». Mais nous, nous n’oublirons pas si aisément. Chaque jour nous le rappelle. Avez-vous déjà vu, monsieur Veyz, le regard d’un homme qui se réveille terriblement mutilé ? Ou celui d’un gamin à qui on annonce qu’il ne pourra peut-être plus jamais marcher ? »
    
    Le regard de Veyz se voila légèrement, mais il ne perdit rien de sa belle assurance :
    
    « Que voulez-vous que je vous dise de plus ? J'ai pris connaissance de l'affaire, qui était antérieure à ma nomination à ce poste. Je suis profondément navré que des employés de votre société aient été si gravement blessés. Il me semble, cela dit, que les assurances ont largement pris en charge les frais médicaux, sur notre incitation… même si notre responsabilité n’a pu être établie. »
    
    Le mécanicien secoua la tête :
    
    « Sachez, monsieur Veyz, qu’il y a des choses que tout l’argent du monde ne pourra jamais réparer. Peut-être le saviez-vous, à l’époque, avant que le vieux Magnus ne vous distingue. Mais ne tombez pas dans le travers de l’oublier. Vous êtes encore assez jeune pour ne pas avoir été totalement perverti. »
    
    Le regard du policier allait de l’un à l’autre, tandis qu’il suivait attentivement cette joute verbale.
    
    « Monsieur Veyz, souhaitez-vous que nous intervenions ? »
    
    L’homme haussa élégamment les épaules :
    
    « Ce ne sera pas la peine, officier. Si nous devions appeler la police à chaque fois qu’une récrimination nous vise… Cela dit, je peux comprendre leur acrimonie. Je ne pense pas qu’il soit opportun de leur causer des ennuis. Cela m’étonnerait qu’ils soient des complices de Blue… À la rigueur juste… des membres de son fan-club. Et je ne pense pas que ce soit illégal. »
    
    Il esquissa un sourire à l’attention de Lukas, qui lui rendit un regard éberlué.
    
    « Mieux vaut les laisser partir. Ce jeune homme a sans doute cru vivre une grande aventure, mais Blue s'est servi de lui pour établir sa réputation. Un geste dangereux et inapproprié, mais nous avons affaire à un personnage pour le moins arrogant… »
    
    Lukas songea que Veyz était sans aucun doute le plus arrogant des deux : Blue était juste… parfaitement confiant en ses propres capacités. Oui, c’était les termes exacts.
    
    Les policiers enfourchèrent leur motoglisseur et ménagèrent un passage pour la fourgonnette et le Xtrace. Vodo lança un dernier regard lourd de sens au cadre d'Aurora avant de remonter à bord. Lukas referma son casque, profondément soulagé.
    
    Malgré tout, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une légère angoisse au creux de son estomac. Certes, la malchance qui s'était abattue sur lui semblait relâcher un peu sa prise ; il avait récupéré son Xtrace et échappé à une interpellation en règlle. Il espérait juste que ce genre d'expérience rocambolesque ne se répéterait pas.

Texte publié par Beatrix, 4 décembre 2017 à 00h07
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