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tome 2, Chapitre 42 « La Larme de Sang » tome 2, Chapitre 42

– Quel sera votre chemin ensuite, Nyx ?

Nostria, le visage toujours face au noir horizon, ne s’était pas retournée. Déjà, le ciel se paraît de ses obscures parures et bientôt sa pâle maîtresse en prendrait possession.

– Pourquoi me poser une question alors que vous en connaissez déjà la réponse ? murmura-t-elle, comme elle s’approchait du rebord et se penchait sur le surplomb.

Le silence s’installa, presque pesant, à peine troublé par les gémissements du vent qui sinuait entre les cimes des arbres.

– Sans doute par curiosité, rétorqua Nostria, amusée.

Piquée au vif, Nyx se mordit les lèvres ; les yeux posés sur les marques de dents qui parsemaient son avant-bras.

Autour de son cou, la chaîne s’agita.

– Jareth, ne sont-ce point là le Comte Osario et le Seigneur Baldavi ?

Plongé dans la contemplation d’un vide imaginaire, il s’y arracha avec douleur. Du coin de l’œil, il envisagea l’entrée de la taverne. Deux silhouettes s’en détachaient, deux caricatures humaines. Grotesques, l’on n’eut pu penser couple plus dissemblable. Reflets asymétriques, les deux hommes étaient en tout point antinomiques. Jareth esquissa une grimace de dégoût.

– Et où donc vous retrouviez-vous lors de vos précédentes entrevues ? lui glissa Nyx à l’oreille tandis que son regard se portait en direction du comte Osario, dont le visage arborait un sourire plein de morgue.

– À l’étage ! Dans l’une des chambres privées du seigneur Baldavi ; il y a toujours un signe de reconnaissance sur l’une des portes, gronda Jareth d’une voix sourde, en proie à une angoisse soudaine.

– En haut, dites-vous ? Et le comte Osario ? Que fait-il pendant ce temps ? s’enquit-elle, curieuse.

Jareth darda sur sa compagne un regard plein de reproches.

– Méconnaîtriez-vous les goûts et la réputation du comte Osario ? Je n’ose l’envisager. J’aurai cru qu’une femme de votre caractère, telle que vous, le trouverait à sa mesure.

Un sourire narquois se dessina sur les lèvres de Nyx.

– Ah ! Jareth, soupira-t-elle. Comme la jalousie ne vous sied guère.

Ses doigts couraient sur son avant-bras et sa peau se hérissa. D’un mouvement brusque, il faillit se retirer. L’envie était de nouveau là, vive, primitive ; le goût de la chair sur ses lèvres, la saveur du sang sur sa langue.

– Allons petit papillon ! Se pourrait-il que vous fussiez envieux du comte Osario ? lui susurra Nyx au creux de l’oreille. Il est vrai, ma foi, qu’il est plutôt bel homme.

– Peu me chaut, ma dame ! rétorqua Jareth d’un ton acide, alors qu’il sentait sa figure s’empourprer. Vous accomplirez votre tâche et moi la mienne.

– Oh ! Comme c’est dommage. Oui, fort dommage, gloussa-t-elle, comme elle rejetait en arrière sa lourde chevelure et dévoilait sa nuque.

Sa main fondit sur son verre d’hypocras ; elle y trempa l’index, puis lécha la goutte vermeille suspendue à l’extrémité. Derrière elle, le couple improbable s’était séparé ; ne demeurait plus que le comte Osario dont les yeux inquisiteurs balayaient la salle.

– Et puis-je savoir pourquoi ? grinça Jareth tandis qu’il balançait une poignée de pièces sur le comptoir.

Nyx, mutine, ne dit mot et esquissa un large sourire aussi énigmatique que le regard qu’elle lui lança. Du coin de l’œil, elle avait attrapé le comte Osario. En face d’elle, Jareth, furieux et blême, n’avait pas bougé. Le visage crispé, il se retenait de lui passer les mains autour du cou et le serrer jusqu’à ce qu’elle eut rendu son dernier souffle. Mais en aurait-il été capable ? Et ne l’aurait-il pas stoppé dans sa folie meurtrière ? Au fond de lui, il réprimait tous les sentiments qu’elle lui inspirait ; son cœur se déchirait. Lui, comme elle, n’était que des marionnettes entre les mains d’un maître.

L’ignorait-elle ?

Rageur, il se détourna d’elle, en même temps qu’il ravala les larmes qu’il sentait monter en lui.

– Faites votre devoir, Nyx, jura-t-il d’une voix sourde. Il en ira de même pour moi. Vous n’avez point oublié le lieu de notre ralliement, s’enquit-il.

– Certainement pas, ronronna-t-elle comme elle se frottait contre lui.

Ses doigts couraient sur son bras et sur cette chaîne passée autour du cou. Mal à l’aise, Jareth se raidit ; chatte maudite, il tenta de s’arracher à son étreinte.

– Pourquoi faites-vous cela, Nyx ? murmura Jareth, la gorge nouée, une main toujours glissée dans la sienne.

– Oh ! minauda-t-elle. Et que suis-je en train de faire ?

À nouveau, il sentait sa présence contre son âme, évanescente et tendre à la fois. Aucune malice, aucun vice n’était perceptible. Ses yeux glissèrent vers le cartouche ceint autour de son cou ; seule chose au monde capable de contenir les pouvoirs de son frère, et elle avait ouvert la porte de ses sentiments. Le regard plongé dans ses prunelles ardentes ; le doute l’assaillait. Qui était Nyx ? Qui était Jareth ? Sa main caressa son visage et attrapa au vol une larme.

– Nyx… soupira-t-il.

Fasciné, il l’attirait, comme elle l’attirait ; papillon perdu dans la nuit.

– Partez, Jareth ! rauqua soudain Nyx.

Mais il n’eut le temps de répliquer qu’un homme l’écarta avec violence.

– Ce manant vous importunait-il, madame ? ronronna-t-il d’un ton exquis. Un mot de votre part et je le passe au fil de mon épée, si tel est votre souhait.

– Je vous en prie, seigneur. Nous n’avions qu’une modeste conversation, minauda Nyx.

– Comte Osario, susurra-t-il comme il apposait ses lèvres sur sa main tendue.

– Enchantée Comte Osario, glissa-t-elle, mutine. Il n’a eu que ce qu’il méritait. Vous l’avez rossé et il est parti. N’ajoutez rien.

Osario étrécit les yeux, puis il se tourna vers un serveur occupé à essuyer des verres derrière le comptoir.

– Vous aurai-je déçu, ma dame ? s’étonna le comte Osario, comme il lui tendait un verre empli d’une liqueur grenat.

Surprise, Nyx éclata d’un rire cristallin.

– Déçu, dites-vous ? Ma foi ! Comment oserai-je l’affirmer, alors même que nous nous venons de tout juste de nous rencontrer. De plus, je ne pourrais me permettre pas de repousser les avances d’un gentilhomme tel que vous, messire.

– Vous m’honorez, madame, rétorqua-t-il tout en se fendant d’une profonde révérence, un sourire exquis dessiné sur les lèvres.

Du regard, il avait suivi l’homme qu’il avait bousculé quelques minutes plus tôt. Il n’avait entrevu que sa figure, mais il l’avait sans aucun doute reconnu. Que ne l’avait-il surpris dans le souvenir d’un homme mort. Il n’aurait qu’à le cueillir sitôt son entrevue achevée ; pourvue qu’elle durât le plus longtemps. Ses yeux tournés vers Nyx, il lui adressa un sourire plein de sous-entendus.

*

– Seigneur Baldavi ! Le comte Osario vous réclame audience.

La lippe pendante, le gras marchand avait haussé un sourcil, tandis qu’un jeune homme s’était glissé hors de ses bras.

– Qu’il entre ? avait-il maugréé. Quant à toi, mon moineau… va donc t’étendre sur la couche, j’arrive sitôt cet importun chassé.

Le favori s’était exécuté d’un pas leste et s’était éclipsé, non sans voler un baiser à son bienfaiteur.

– J’espère qu’il m’apportera des informations d’autres valeurs que celles qu’il a rapportées notre personne la fois précédente, avait-il grommelé, à l’adresse de son page.

– Je l’espère aussi, messire, avait-il répondu d’un ton neutre, avant de disparaître à son tour.

L’instant d’après, revêtu de son seul pagne, le comte était entré dans la salle. À sa vue, le seigneur Baldavi n’avait pu réprimer un haut-le-cœur, songeant encore à la somme qu’il avait dû débourser pour la restauration de son tapis en soie de Mirine.

– Enfin, monseigneur ! Pourquoi arborez-vous une si triste mine ? Réjouissez-vous au contraire ! avait ricané le comte, tandis qu’il s’était jeté dans un fauteuil en velours.

Écœuré par la vision de cet être contre nature, le marchand ventripotent avait placé un mouchoir sur sa figure.

– Venez-en aux faits, Osario ! Et faites-moi la grâce de m’épargner la vision de vos parties. Vous êtes répugnant !

En face de lui, le thaumaturge avait éclaté d’un rire mauvais.

– L’irruption de l’ordre de Styrr était fort prévisible. Notre homme en aura eu vent et il aura repoussé alors l’échéance. J’ose espérer que vous n’êtes pas venu en ces lieux pour nous l’apprendre.

– Vraiment, avait susurré le comte, un sourire narquois peint sur les lèvres.

– Vous nous en direz tant. Et qu’insinuez-vous donc, comte Osario ? avait grommelé son interlocuteur.

Nonchalant, l’homme avait étendu les jambes, avant de les poser sur le bureau de son employeur.

– Pourquoi insinuer lorsque l’on est en mesure d’affirmer une chose, monseigneur ? avait-il gloussé.

En face de lui, Baldavi s’était soudain redressé sur son siège, les yeux étrécis.

– Votre homme de main… hum ! comment s’appelle-t-il déjà ?

– Jerath, avait grondé l’obèse.

– Ah oui ! Jerath, s’était esclaffé Osario. Disons qu’une fâcheuse rencontre l’a éprouvé et que c’est pour cette raison qu’il n’est plus en mesure d’honorer votre rendez-vous.

Blême, le seigneur-marchand, malgré son dégoût pour le corps couturé du comte, s’était précipité vers lui.

– Prenez garde, voyons ! avait-il minaudé quand les mains de Baldavi l’avaient attrapé. Je risquerai de salir vos magnifiques habits.

– Parlez, Osario ! avait glapi Baldavi.

– Bien sûr ! avait susurré ce dernier. Voici donc ! Ces deux hommes avaient reçu l’ordre de leur maître, de le capturer et de le ramener vivant. Maintenant, souvenez-vous qu’il est aussi responsable du décès brutal du capitaine de votre milice ! Qu’en concluez-vous, mon seigneur ?


Texte publié par Diogene, 25 juillet 2018 à 19h26
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