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tome 2, Chapitre 15 « Le Prix d'une Trahison » tome 2, Chapitre 15

Il lui en coûterait, mais la trahison était à ce prix.

Il n’avait eu aucun scrupule à transgresser les règles implicites de leur jeu. Désormais, il lui appartenait de mettre un terme à ses manigances, quand bien même cela la retarderait ses propres objectifs. Négligente, elle jouait avec la fiole prisonnière de sa geôle d’argent. À l’intérieur, une substance vivante se débattait dans sa cage de ténèbres, dont elle s’imprégnerait pour mener à bien sa quête.

– Nostria. Ce ne sera sans doute qu’une coquetterie de ma part. Cependant, pourriez-vous me procurer une chaîne d’argent ? Nous souhaiterions la porter autour du cou.

Un sourire entendu, la vieille femme se leva et se dirigea vers un meuble ouvragé, dont elle tira l’un des tiroirs.

– Je pense que ceci vous ira, très chère, murmura-t-elle comme elle s’emparait d’un coffret.

Avec des gestes délicats, elle l’ouvrit et découvrit un collier travaillé dans un métal argenté.

– Prenez-le. Ce bijou fut forgé, voici des éons dans de la roche céleste, puis il fut enchanté. Il ne peut se rompre, non plus qu’il ne pourra vous être arraché. Vous en serez seule maîtresse.

Mutine, Nyx le saisit entre ses mains. Le coffret, en bois de février, était incrusté d’éclats de fazile. Au fond, sur un écrin de velours, dormait un entrelacs de boucles scintillantes. Du bout de l’index, elle en caressa la surface tandis qu’un frisson familier courut le long de son échine. Nostria n’avait pas menti. En cet instant, le collier la reconnut ; elle était devenue sa maîtresse.

– Sublime, soupira-t-elle.

Au contact de sa chair, le bijou s’était abreuvé de son sang. Désormais, il pulsait d’un éclat inquiétant. Avec lenteur, la chaîne se coula le long de son poignet.

– Viens à moi, souffla Nyx, tandis que le serpent métallique rampait autour de son bras, en direction de sa gorge.

Il n’interrompit son mouvement qu’une fois à hauteur de sa nuque. Toujours ouverte, Nyx glissa la fiole sertie le long de la chaîne, qui se referma ainsi qu’elle la lui avait ordonnée. Dans leurs fauteuils, Jareth et le commandeur étaient demeurés fascinés par le singulier spectacle. De Nyx se dégageait à présent un parfum, mélange de transgressions et d’interdits à même d’attiser les désirs les plus sombres et capable de perdre la tête aux plus ascètes. Seule dame Nostria demeurait de marbre. Bien qu’elle n’en ressentît pas moins une attirance, pour celle qui venait de se couronner reine de la nuit, elle avait appris à maintenir l’équilibre au sein des forces qui agitent tous les êtres vivants.

– Maintenant, permettez que je vous mette en garde, Nyx. Vous avez perçu le changement qui s’est opéré en vous, n’est-ce pas. Souvenez-vous de ne point conserver cette… chose plus d’une lune auprès de vous. Elle contient un pouvoir qui vous consumerait et ferait de vous à jamais son esclave.

À ces mots, Nyx étrécit les yeux. Autour de son cou, le collier relâchait son étreinte et s’ouvrit sans un bruit. Puis, elle le rangea alors dans son écrin, de même que la fiole. Jareth aurait juré avoir entendu le bijou siffler de mécontentement.

– Jareth ! Dans combien de temps devez-vous vous rendre auprès du seigneur Baldavi ? l’interrompit dame Nostria.

– Hélas, je l’ignore encore. J’ai seulement ordre de me rendre dans trois lunes à l’auberge des Trois Tritons ; un messager devrait me remettre un pli avec la date et le lieu de notre rencontre.

– La veille de la prochaine pleine lune, ajouta-t-il à voix basse. Se pourrait-il…

Ses paroles se délitaient et un pli sombre barra son front.

– Hélas, le temps nous manque, poursuivit Nostria. De plus, vous devrez le ramener ici, sitôt qu’il aura bu l’élixir. En outre, il est des signes qui ne trompent pas, Jareth. Je crains que votre magie ne vous soit d’aucun recours. Commandeur, répondez-vous de la loyauté de vos hommes ?

Ce dernier, surpris, répondit par l’affirmative.

– Fort bien. Prenez avec vous les trois à qui vous confieriez votre vie sans la moindre hésitation ; ils escorteront Jareth et l’enfant jusqu’au temple. Quant au seigneur Baldavi, je crains que nous n’ayons d’autre choix que de le remettre, pour quelque temps entre les mains de votre ordre, dame Nyx. Si je me trompe, les êtres corrompus de son espèce figurent parmi les cibles du Carnifex, même si ce sont pour de dangereuses raisons.

À ces mots, Ficini voulut protester, mais il fut coupé dans son élan par Jareth qui le prit en aparté.

– Giuseppe ! Vous n’ignorez pas combien l’ordre de Styrr est puissant. Se dresser contre eux serait comme lancer un navire contre des récifs ; vous vous briseriez. Fort heureusement, je détiens la preuve qu’il projetait votre assassinat. Il sera alors plus délicat à l’ordre de refuser de le remettre à la justice de la couronne. Giuseppe, vous devez couvrir notre fuite. Ma magie s’affaiblit de jour en jour pour une raison que j’ignore et il me sera impossible de voyager par les reflets. Souvenez-vous, le seigneur Baldavi n’est pas le seul à porter un intérêt certain à cet enfant ; il n’est qu’un pion dans cette machine infernale.

Ficini ferma les yeux. Le sang bouillonnait à ses tempes, tandis que la rage enflait dans son être et la colère obscurcissait son cœur. Puis, il se rappela de son regard, lorsqu’il l’avait découvert pour la première dans ce rêve sinistre d’une ville calcinée et en ruines. Que lui était-il arrivé ?

– Pardon Jareth… Excusez ma colère, mais…

Il n’acheva pas sa phrase et les mots moururent. Soudain, une main se posa sur la sienne. Ridée et parcheminée, il reconnut celle de Nostria. Elle était douce, si douce qu’il en oublia ses rancœurs et son amertume. Il demeurait ignorant de ce que deviendrait son avenir ; il savait seulement qu’il lui faudrait marcher dans les ténèbres s’il n’empruntait pas le chemin dévoilé par Nostria.

– Merci, mon enfant. Ne te méprends pas sur nos intentions, car nous aurons besoin de toi lorsque se dresseront les forces du chaos.

Ficini plongea ses yeux dans ceux de la vénérable ; à l’intérieur s’y reflétaient tendresse et sagesse. Muet, il demeura ainsi de longues minutes jusqu’à ce qu’il comprît. Hélas, l’équilibre de la balance serait un combat éternel, l’affrontement perpétuel entre des forces antagonistes. D’un côté, se tenait Dame Nyx, de l’autre, l’Homme en noir ; entre eux, Nostria, Jareth et lui-même. Pourtant, alors qu’il formulait ses pensées, lui vint à l’esprit que Nostria était une force à part. Qui étaient-ils alors ?

Des reflets.

Au centre était l’enfant, errant, à qui il manque l’élément le lierait et qui transcenderait son existence. Où se terrait-il ?

Ficini pleura.

Cependant, personne ne se moqua, pas même Nyx qui, par un singulier coup du sort, s’était tue.

– Nyx ! reprit Nostria. Vous ordonnerez au seigneur Kakeru et à ses hommes de procéder à l’arrestation du seigneur Baldavi, sitôt la transaction achevée. Je suppose que le comte Osario est déjà l’objet d’une étroite surveillance.

Nyx soupira. Jareth n’aurait su dire si elle était soulagée ou non ; Nyx demeurait si indéchiffrable.

– Il en sera fait selon votre volonté. Néanmoins, si je réponds de la loyauté du seigneur Kakeru à mon égard, il n’en va pas de même de ses hommes. Je ne possède aucune emprise sur eux. Il m’est dès lors impossible d’user de mon pouvoir de coercition sur leur personne. En outre, Jareth, vous feriez un gibier de choix. Si je ne me trompe, le Carnifex offre une jolie prime à qui vous capturera.

– Ma foi ! C’est trop d’honneur pour ma modeste personne ! s’esclaffa-t-il, en même temps qu’il se fendait d’une révérence aussi profonde que ridicule.

– À votre guise, Jareth ! murmura Nyx d’une voix pleine de mépris que trahissait un regard presque attendri qu’il surprit.

Soudain redevenu sérieux, il le soutint à la recherche d’un soupçon de trahison, à la place il découvrit un maelström d’émotions et de sentiments. Sans que rien ne le commandât, il s’approcha de cette femme aux yeux troubles. Elle dévisageait avec anxiété. Mais elle refusait de se l’avouer, encore moins à le montrer et elle redevint ce qu’elle avait toujours été ; une créature froide et calculatrice qui renversait tous les obstacles qui se dresseraient sur son passage. Cet enfant était le sien et elle ne le laisserait pas le lui voler.

– Faites ce que vous avez à faire, Jareth ! Je ferai de même du mien.

Le ton était sec et tranchant, pourtant Jareth ne put s’empêcher de froncer un sourcil.

– Il en sera selon vos désirs, ma dame, conclut-il.


Texte publié par Diogene, 15 février 2018 à 20h03
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