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Tome 2, Chapitre 3 « L'Amant du Diable » Tome 2, Chapitre 3
– Alors seigneur Baldavi, qu’avez-vous à nous apprendre ?
    Ce dernier grimaça. Il n’aimait recevoir d’ordre de personne, encore moins lorsque cette dernière ni de chair ni de sang. De plus, il lui était impossible de s’y soustraire, car il hantait le moindre de ses reflets et… surtout ses rêves. Un frisson lui parcourut l’échine. Il le détestait autant qu’il le fascinait.
    Un regard en coin en direction du vitrail, le seigneur Baldavi hésitait. De grosses suées s’échappaient de son corps par tous ses pores, cependant qu’il savait, avec pertinence, qu’il serait incapable ou presque de lui dissimuler la moindre de ses pensées. Néanmoins, il ignorait que celui qui habitait ces multiples réflexions n’avait que faire de ces enfantillages et qu’il serait pour lui aussi transparent que du cristal.
    – Je… je saurai encore vous… Ah, tout n’est pas encore décanté, le seigneur Osario n’a pas exagéré à ce propos.
    – En êtes-vous certain, seigneur Baldavi ? Où en tentez-vous de m’en persuader ?
    Derechef, de lourdes gouttes glacées glissaient le long de son torse et de son visage.
    – Non ! Je vous jure. Il n’est point responsable de cet attentat, piaula-t-il, tout en réajustant son manteau de laine qui manquait de choir par terre.
    – Ah oui… ronronnait la voix dans le vitrail. Expliquez-moi donc pourquoi son visage n’était plus qu’un masque d’effroi.
    – Il y a quelqu’un d’autre, couina Baldavi. Je vous le jure.
    – Ah…
    Le murmure se rapprochait, semblable à la caresse d’une maîtresse traîtresse.
    – Et qui d’autre serait capable d’un tel prodige ?
    – Je… je l’ignore, mais…
    Baldavi se figea. Il croyait sentir la main délicate de ce personnage infernal sur son visage. Elle lui procurait des sensations qu’il ne ressentait qu’en présence de ses amants.
    – Que tentez-vous de me confier, seigneur Baldavi ? N’essayez surtout pas de me tromper… ou il vous en cuira.
    Ce dernier mot arracha un cri de douleur à l’homme en sueur et lorsqu’il porta la main à sa joue, celle-ci était brûlante et douloureuse, comme si elle venait d’être marquée au fer rouge.
    – Non, bien sûr que non ! Je ne tenterai jamais pareille chose.
    Il déglutit puis se reprit :
    – Notre capitaine n’est pas mort de la vision de ses propres peurs. Il est tombé et s’est fracassé le crâne. Son agresseur l’aura épouvanté et, surpris, il aura chuté.
    Le silence s’installa, lourd. Dans la pièce, la température fluctuait et fit naître une brume qui, bientôt, se coagula en un épais brouillard.
    – C’est étrange ce que vous me dites là…
    –… en même temps que je suis rassuré, ajouta-t-il trop bas, pour l’autre puisse entendre.
    – Pour… pourquoi ? gargouilla Baldavi.
    Dans le vitrail, le visage esquissa un sourire hideux et cruel.
    – Le corps est-il encore exploitable, seigneur Baldavi ? Je connais vos méthodes et leurs résultats ne sont plus à démontrer. Seulement…
    – En effet, sire. Hélas, je crains que notre maître haruspice n’ait déjà invoqué ces… nettoyeurs, marmonna l’homme en repoussant un haut-le-cœur.
    Redoutant quelques maléfices, Baldavi se recula hors de portée du vitrail, ce qui ne manqua pas d’amuser son occupant.
    – Que craigniez-vous ainsi ? Que je ne vous mette en pièces ou pire ?
    Sa voix devenait chaque fois plus douce, plus soyeuse, plus rugueuse ; une langue sinueuse qui s’enroulerait autour de son corps et de son âme. Quelle arme aurait pu l’en défendre ? Aucune… Peut-être s’il avait été une femme aurait-il pu lever cet enchantement contre nature.
    – Ce serait me méconnaître, mon cher. Néanmoins, permettez-nous de mettre en suspens ce petit jeu. Vous allez vous rendre auprès de ce médecin qui l’a examiné, ou envoyez quelqu’un d’avisé et loyal, si vous craignez de vous exposer.
    – Et… et de quoi dois-je m’enquérir auprès de lui ?
    – demandez-lui de vous préparer une poudre susceptible de provoquer une peur intense chez quiconque verrait par la suite mon visage.
    Incrédule, le seigneur Baldavi ouvrait de grands yeux.
    – J’ai entraperçu dans votre esprit ce que contenait cette sphère. Certains détails me laissent à croire que mon idée est des plus justes, reprit son interlocuteur qui se bondissait de vitrail en miroir, de miroir en vitrail.
    – Oh ! N’hésitez point à travestir la vérité si elle vous effraie tant. Ah ! Mais que ne dis-je ? Vous en êtes déjà si familier, ricana-t-il.
    Comme il se moquait de la déconfiture de son hôte, il glissa à l’oreille de sa victime consentante :
    – Vous me semblez… mal à l’aise. Pourtant la tâche est fort aisée. Remontez la piste jusqu’à cet homme et vous débusquerez notre gibier.
    – Merci, seigneur, soupira-t-il. La sueur perlait sur son front, trahissant ses efforts pour maintenir dans les méandres de son esprit, images dans les images, les véritables desseins qui l’animaient. Il en sera fait selon vos désirs.
    – Fort bien, seigneur Baldavi. Encore une chose avant que je ne me retire… que la pensée e vous croire capable de me tromper, ou de me mentir, ne vous effleure pas ou je soufflerai votre vie comme la flamme de cette bougie.
    Comme pour illustrer son propos, le grand lustre s’éteignit d’un seul coup et plongea la chambre dans une douce pénombre, tandis que le seigneur de ces lieux s’effondrait sur une chaise percée. Il tendit alors la main vers un cordon de velours, puis le tira un instant à lui avant de le relâcher.
    Quelques minutes plus tard, un homme, à la figure sèche et au corps aussi effilé que la lame de la dague qu’il portait à sa ceinture, entrait sans un bruit dans la pièce. Il s’agenouilla aux pieds de son suzerain et lui baisa la main.
    – Sire… Comment s’est déroulé votre entretien ? murmura-t-il.
    Ce dernier siffla entre ses dents.
    – Cet imbécile a des doutes. Heureusement, il n’est pas en mesure de sonder mon âme. Ah, ah, ah, cet enchantement est une véritable merveille. Je ne regrette en rien cette incommensurable dépense. En outre, il m’a confié les indications nécessaires pour remonter jusqu’à… lui. J’ignore encore comment nous le capturerons, cependant que je doute qu’il ne me le révélât le moment venu.
    L’homme agenouillé se frappa la poitrine du poing.
    – Bien entendu, nous ferons semblant de respecter notre part du marché, ricana son suzerain. Ensuite, nous pourrons abattre l’ordre de Styrr et nous substituer à lui. Ah, ah, ah…
    D’un geste, il ordonna à son homme de main de se relever.
    – Je vous préfère ainsi, Giovanni. Fier et superbe, lui susurra Baldavi, les yeux emplis de gourmandise.
    Hélas pour lui, les soins prodigués par son amant étaient bien en peine de calmer ses ardeurs et ses envies ; les tendresses offertes par cet homme de verre avaient mis sa chair à vif. En fait, en cet instant même, il songeait à se débarrasser de son charmant, n’eût-il été son meilleur traqueur.
    – Seigneur Baldavi, qui donc espériez-vous tromper avec ce piètre sortilège ? chuchotait une voix éthérée dans les cheminées. Moi ? Que l’on a couronné prince des mensonges. Ah, ah, ah… Vous n’êtes qu’un piètre comédien et affabulateur. Un véritable mensonge est aussi lisse qu’un miroir. Il ne renvoie qu’une seule vérité ; la sienne. Une vérité en qui il fait avoir la foi… Quant à votre vie ? Hum, rassurez-vous je ne vous la prendrai pas. Enfin pas tout de suite… Profitez-en bien, seigneur Baldavi. Ah, ah, ah… Car le châtiment qu’elle vous réserve est autrement plus atroce. À bientôt, seigneur Baldavi…
    Quelques instants plus tard, l’on entendit, presque imperceptible, le bruit d’un corps chutant dans un tas de cendre.
    

Texte publié par Diogene, 4 novembre 2017 à 18h53
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