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Tome 1, Chapitre 47 « Quatre Cavaliers » Tome 1, Chapitre 47
Giovanni dardait un regard étrange sur Jareth, mélange de méfiance et de défiance, en même temps qu’il tentait de sonder ses pensées.
    – Vous n’appartenez pas à notre monde… Jareth.
    Ce dernier le lui rendait ; au fond de ses prunelles brûlait un éclat triste et lointain.
    – Vous êtes perspicace, commodore. Mais là n’est pas votre véritable question. Vous vous interrogez plutôt sur les raisons qui m’ont conduit à le quitter.
    Par la fenêtre, un rayon de soleil traversa le vitrail et donna au visage de l’aventurier une nouvelle gravité.
    – Vous l’aurez deviné. C’est un rêve, ce rêve né de notre rencontre qui m’a convaincu qu’il était de mon devoir de le suivre et de le protéger. Si vous me le permettez, je m’en vais vous le narrer.
    
    L’enfant était recroquevillé au fond d’une grotte, couvert de sang et de boue. Lorsqu’il se réveilla enfin et ouvrit avec difficulté ses paupières tuméfiées, ses parents avaient disparu, y compris leurs effets. Hélas, il était bien trop faible pour se mouvoir en direction de la source de lumière. Épuisé, il se rendormit jusqu’à ce que le froid mordant de la nuit l’éveillât. Ce fut alors qu’il le découvrit. Seuls ses yeux étaient visibles dans l’obscurité de la grotte. Il le dominait de toute sa hauteur. Il se tenait debout dans l’embrasure de la porte, masquant la lune haute et pleine cette nuit-là. Son ombre s’étirait jusqu’aux pieds de l’enfant tandis que dans sa main tournoyait une pièce d’or ; un agnel, le même qu’il avait donné à sa mère en guise de paiement pour son onguent.
    – Tu te demandes sûrement ce que je fais là et pourquoi tes parents sont absents ?
    En face de lui, l’enfant, à bout de force, ne tentait même pas de soutenir son propos ; respirer était presque un miracle tant ses côtes étaient douloureuses.
    – Ah ! soupire l’homme tandis qu’il se rapprochait de lui. Prends donc un peu de cette eau, tes lèvres sont encore plus sèches que ce désert.
    À ces mots, il versa un peu d’eau au bout de ces doigts et en humecta le visage du garçon.
    – Ne te précipite pas ou tu te rendras malade, chuchote-t-il à son attention, comme ses mains griffaient le vide.
    Patient, l’homme en noir attendait qu’il se calmât et se rallumât sa flamme de vie. À côté de lui, l’enfant remua faiblement et parvint enfin à se relever.
    – Tiens, murmura ce dernier, un morceau de viande séchée à la main qu’il avait déjà mâchée. Reprends donc quelques forces, une longue route nous attend.
    – Où… où sont mes parents ? coassa-t-il.
    Sa langue se collait à son palais et éprouvait toutes les difficultés du monde à articuler le moindre mot. Pendant ce temps, son compagnon avait tiré une pièce d’étoffe de sa besace et, imbibé d’eau, il lui passait sur le visage souillé de boue et de sang.
    – Tes parents ont été recueillis dans un hospice, aux portes de la ville située derrière la forêt de Yannah.
    Comme l’enfant ouvrait la bouche, celui-ci le fit taire d’un doigt sur les lèvres.
    – Chut… tu connais déjà les réponses. Néanmoins, permets-moi de te réconforter en ajoutant que ce fut-là une chose naturelle. Tu n’es coupable de rien et c’est là la raison de ma venue ici.
    Quelque part, au plus profond de son âme, l’enfant ne croyait pas un mot des paroles de cet homme au regard noir. Hélas, il était bien trop faible pour protester et résister à la fascination qu’il exerçait sur lui. Ses parents ne lui avaient rien à propos du rituel et de son but. Cependant, au travers des paraboles, des histoires, des contes, des mythes qui avaient bercé son enfance, il avait acquis un savoir qui démentait les propos de l’homme qui lui faisait face.
    – Rien ni personne dans ce monde ne pourra sauver tes parents. Tu auras besoin pour cela de retourner à la source de toutes choses, le lieu depuis lequel naissent les mondes. Malheureusement, je ne puis t’y amener, car cela m’est interdit. Néanmoins, je suis en mesure de t’offrir un pouvoir qui te permettra d’effectuer le voyage : La Traversée des Miroirs qui sont autant de portes sur les mondes.
    Un sourire se dessinait sur le visage desséché de l’enfant. C’était un mélange de malice et d’une chose bien moins innocente. Cependant, dès que l’homme s’en aperçut celui-ci disparut.
    – À quoi penses-tu mon petit ?
    Sa voix avait perdu de sa superbe et ressemblait à celle d’un automate rouillé.
    – Je l’ignore. Je m’interroge. Quel bénéfice tirerez-vous de cette proposition ?
    L’homme s’agenouilla auprès de lui.
    – Aucun, mon enfant. J’ai une dette envers tes parents, c’est une manière pour moi de tenir ma promesse ; ce que j’accomplis en venant ici. Ils se savaient menacer et ils ignoraient s’ils seraient en mesure de transmettre la charge qui te revenait. Hélas, ils étaient dans le vrai, car tu n’es pas en pleine possession de tes pouvoirs, n’est-ce pas ?
    L’enfant ne pouvait le nier, malgré l’hostilité que lui inspirait ce sinistre et lugubre personnage. L’homme poursuivit :
    – En t’en retournant à la source de toute chose, tu seras en mesure de guérir tes parents et alors ils seront capables de transmettre cette charge qui t’échoit. Comme, je te l’expliquais tu auras besoin de traverser les miroirs et découvrir le monde où elle se cache. Cela ne se fera pas sans peine, mais ils ont confiance en toi.
    Tout au fond de son âme, sa petite voix du doute devenait de plus en plus inaudible, étouffée qu’elle était par les propos et la ton lénifiant de l’homme. Cependant, jamais elle ne s’éteignait, car l’enfant avait toujours à l’esprit cette horde humaine contrefaite qui avait hanté le désert. Était-ce leur odeur ou leur aura ? Quelque chose en eux lui rappelait sans cesse cet homme en noir. Cependant, qu’il se gardait d’en souffler le moindre mot et conservait ce souvenir enfoui au plus profond de ses ténèbres intérieures, l’enfant abaissait peu à peu sa garde. Ainsi, il offrait l’homme en noir l’illusion de domination. En effet, l’enfant possédait un savoir, une connaissance venue de son enfance innocente ; un fait que cet homme demeurerait dans l’incapacité de comprendre, car ce n’était pour lui qu’un objet sans importance, pour lequel il n’avait que du mépris. De plus, s’il était ce qu’il prétendait ne pas être, alors il tiendrait sa promesse en échange d’un prix qu’il n’entrevoyait que trop. Rien n’était gratuit lorsque c’est le diable le marchand. Faisant fi de toute indélicatesse, l’enfant demeurait silencieux de peur de trahir ses véritables pensées, tout comme son compagnon qui se comportait tel un médecin au chevet de son patient. Ils restèrent ainsi jusqu’à ce que l’enfant fût assez reposé et quittèrent alors la grotte.
    Dehors, les tempêtes successives avaient achevé d’enfouir ce qu’il restait du campement. L’enfant remarqua soudain deux silhouettes qui se découpaient à l’horizon ; deux cavaliers vêtus à la manière des nomades de la région.
    – Ils nous aideront à rejoindre la ville, lui avait expliqué l’homme en noir. J’espère que tu seras capable de tenir sur tes étriers.
    L’enfant haussa les épaules. Il n’avait jamais monté de cheval de sa vie, mais ces derniers sauraient lui expliquer.

    
    – Que se passe-t-il ensuite ? murmura Giovanni.
    – Hélas, je ne puis vous répondre, commandeur. Le rêve s’achève chaque fois ainsi. Les quatre cavaliers quittent le désert en direction de la forêt. Le premier est vêtu de gris sur un cheval blanc, l’homme en noir monte une bête à la robe écarlate, le troisième est habillé de bleu sur une monture noire et l’enfant… a le teint aussi pâle que son cheval.
    Giovanni s’enfonça dans son fauteuil, la mine sombre. Érudit, il possédait une importante collection de textes sacrés et en de trop nombreuses occasions revenaient des allusions à ces quatre cavaliers.

Texte publié par Diogene, 12 septembre 2017 à 19h38
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