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Prologue

Samedi 5 septembre 2015. 12h05.

A l'heure où des milliers de gens se réveillaient à un bout de la planète tandis que des milliers d'autres gens sombraient dans le sommeil ; à l'heure où des centaines d'êtres humains entraient dans la lumière divine tandis que des centaines d'autres apparaissaient à la lumière du jour ; à l'heure où des milliers de traders s'acharnaient à trouver un acheteur pour leurs actions en baisse tandis que des milliers de sans-papiers tentaient en vain de collecter un peu d'argent pour se nourrir ; nos lèvres entrèrent en contact telle le ciel et la mer à l’horizon, nos lèvres s’unirent s'unirent.

Je fus envahi d'un sentiment nouveau, encore inconnu, mais délicieux.

Je goûtais aux joies de l’amour.

Enfin.

Chapitre 1 : Une fille comme les autres

Le 21 juin au matin, je m'étais levé de bonne heure pour aller courir lorsque je reçus le premier message de Louise. Les vacances venaient de commencer et je me sentais bien, d'autant plus que je venais de sortir d'une session à Rocamadour organisée par le lycée qui m'avait fait du bien. Les oiseaux chantaient et la nature s'en donnait à cœur joie. Le message disait : "Alors cette session ?" Il me fit sourire. Décidément, Louise semblait vouloir qu'on se rapproche. Je me souvins du premier jour où je l'avais vu. Presque un an auparavant, à la rentrée. Elle ne m'avait pas du tout marqué. Elle paraissait assez stressée avec ces grands cernes sous ces yeux qui ne la rendaient pas très jolie. Elle semblait réservée, allant voir des amis dans d'autres couloirs pendant la recréation. Elle était interne, appris-je quelques jours après. "Pauvres internes. Ne jamais pouvoir sortir doit être vraiment difficile" pensai-je. Je ne mesurais pas à quelle point je disais vrai. Étant dans la même classe, nous nous parlâmes parfois au cours de l'année, à la sortie d'un cours, en se croisant dans la queue du self. Son sourire était charmant, avais-je décrété. J'en appris un peu plus sur elle au cours du début de l'année mais rien de particulier, qui aurait fait sortir cette fille du lot. C'était seulement fin janvier que nous avons sympathisé. Nous étions en voyage scolaire dans la superbe ville de Venise. Lieu idyllique, véritable paradis terrestre, avec ses somptueux palais, ses canaux tranquilles et son atmosphère si particulière. Le soir, nous dinions dans un restaurant près du Ponte Vecchio avant de retourner à notre hôtel, situé à proximité de la gare. Le trajet durait une vingtaine de minutes et c'est lors de ce trajet que nous parlâmes pour la première fois. Je garde peu de souvenir de cette première véritable rencontre. J'étais content de m'être bien entendu avec une fille. De fait, à l'époque, j'étais encore sur la retenue avec les filles étant donné que je n'avais pas côtoyé de fille pendant mes quatre années de collège. Ce soir-là, elle me parla de son ancien lycée, de l'internat. Nous nous dîmes que Venise était une ville fantastique. Conversation finalement assez banale mais qui constituait une véritable amorce d'amitié. Celle-ci fut renforcée lors du retour à Paris. Nous prenions le train de nuit et je me souviens très bien d'être allé dans sa chambre où elle était avec ses amies pour la faire rire. J'étais toujours heureux de faire rire une fille. Elle, pas plus qu'une autre. Néanmoins, elle avait la particularité intéressante de rire très facilement. J'aimais bien les filles qui riaient à mes blagues - pas forcément drôles - et j'aimais pardessus tout les faire rire. Je me sentais profondément bien quand j'entendais Louise rire grâce à moi.

Une porte claqua et me fit sortir de mes pensées. Je regardai le message à nouveau et répondis que la session s'était très bien passée en lui demandant qu'en était-il de la sienne. La conversation virtuelle était lancée et ne devait jamais s'arrêter.

Chapitre 2 : Le commencement

Je rentrai à la maison, il devait être 18h30 et le soleil de ce belle soirée du 9 octobre tombait. Je souriais. J'étais heureux. Après deux mois, mon année se déroulait à merveille. Je m'étais fait de nouveaux amis, et je m'étais considérablement rapproché de Louise. Mes parents m'avaient autorisé à avoir enfin un portable pour mon anniversaire, un mois auparavant, et je goûtais au plaisir de pouvoir discuter quand je le voulais avec autant de gens que je le souhaitais. Depuis une petite semaine, je parlais beaucoup à Louise par SMS et j'en étais plus que satisfait. Je la trouvais vraiment intéressante et puis, elle était gentille. Je me souviens d'un moment qui m'avait touché : aux traditionnelles élections des délégués, elle s'était présentée et elle n'avait recueillie que quatre ou cinq voix dont la mienne et elle m'avait vivement remercié d'avoir voté pour elle. Cet épisode nous avait rapproché mais c'est une pique lancée d'un ton ironique et détaché par mon voisin de classe quelques jours auparavant : "Tu te la fais quand Louise ?" qui m'avait fait réfléchir. Avais-je une chance ? Tenais-je enfin ma première copine ? Elle me semblait tout à fait accessible. Il fallait que je tente le coup. Le jeu en valait la chandelle.

Rentré chez moi, je lui envoyais un SMS pour engager la conversation. Elle me répondit rapidement. Cela ne signifiait strictement rien mais je le pris tout de même comme un signe annonciateur d'un bonheur futur. Ce soir-là, nous parlâmes de nos amours respectifs. Le néant pour moi. Je n'étais jamais sorti avec une fille. Elle me confia avoir eu trois petits amis et avoir eu une relation compliquée avec un garçon l'an dernier. Elle avait également succombé aux charmes de deux de mes amis. Mais c'était du passé. En cette nouvelle année, elle n'était pas amoureuse. Cette nouvelle me réjouit beaucoup. Je ne sais pas, même avec le recul, si je l'ai alors aimée. Une chose est certaine, j'étais enchanté à l'idée que j'allais peut-être avoir une petite amie. Je ne savais pas du tout comment a se passerait si nous sortions ensemble mais je me faisais déjà des films. Mon imaginations débordait d'idées plus ou moins saugrenues. Je me projetais déjà en train de prendre des cafés avec elle et de passer des après-midi entiers en sa compagnie.

Les vacances arrivaient, il fallait que je me dépêche de passer à l'acte...

Chapitre 3 : Premier échec

J'ai longtemps cherché mon principal défaut. Le choix était difficile étant donné que j'en cumulais pas mal. Mais je l'ai finalement trouvé : je ne suis pas courageux. Cela n'est pas la principale cause de mon échec avec Louise mais je pense que ça a joué.

Le 13 au soir, je lui demandais de sortir avec moi... par SMS... Je passais une nuit horrible, ne parvenant pas à trouver le sommeil et en me demandant sans interruption ce que je lui dirais, j'imaginais tous les scénario possibles me persuadant tantôt qu'elle me dirait oui et que le lendemain à la même heure je serai comblé, tantôt que j'allais prendre un râteau supplémentaire. C'est ce qui advint. Le 14 octobre, je pris le quatrième râteau de ma vie. Ce fut expéditif.

"Je suis désolé Elie mais je suis obligé de te dire non. Je ne suis pas amoureux de toi, désolé.

- Ok je comprends Louise. Tant pis. On reste amis ?

- Oui bien sûr Elie. Encore désolé."

C'était du Louise tout craché. Franc, percutant, dévastateur.

Chapitre 4 : Désespoir du premier échec

Malgré les promesses d'amitié de Louise, ce NON signa la fin de notre amitié. Nous nous ignorâmes pendant les cinq jours qui précédaient les vacances de la Toussaint. J'étais profondément blessé. J'avais tant misé sur la chance que j'avais avec elle. Elle me trouvait drôle, je me savais intelligent. Qu'est-ce qu'il manquait ? Je ne savais encore rien de l'amour. Je ne savais pas qu'il en fallait bien plus pour que les exigeantes personnes que sont les filles m'aiment. J'estimais que sur une échelle de râteau de 1 à 10 pour laquelle 1 correspond au pire possible et 10 au meilleur - au moins pire plutôt. Le râteau de Louise était à 6. Mieux que Émilie, pire que Gemma. J'aurais dû m'en remettre mais je n'y arrivais pas. Mes amis avaient essayé de dédramatiser la situation mais plus j'y repensais, plus je me mordais les doigts pour la façon dont ce râteau avait été exécuté. Le "J'aurais dû fondre en larmes" se transforma en "J'aurais dû lui dire que je m'en foutais" puis en "Je n'aurais jamais dû lui demander". Mais le mal était fait et je souffrais. Je pensai que les vacances seraient bénéfiques : deux semaines loin de Louise pour prendre du recul et me rendre à l'évidence que Louise n'était pas la seule fille sur terre et que je trouverai forcément mon âme sœur un jour. La question était maintenant de savoir quand. Je cherchais déjà une autre fille sur qui je pourrai éventuellement jeter mon dévolu. Il me fallait impérativement dépasser Louise, passer à autre chose, l'oublier. Mon grand malheur fut que je n'y parvins pas.

Chapitre 5 : Relèvement ?

"Juste une question : tu me détestes pas un peu ? Voire beaucoup ?" Par ces mots, Louise renouait le contact dès le deuxième jour des vacances. Elle me montrait qu'elle tenait ne serait-ce qu'un tout petit peu à moi. C'est ce qui allait faire mon malheur pendant des mois. Incapable de totalement me lâcher, me laisser souffrir pour un temps puis l'oublier, Louise éprouvait le besoin de se rappeler à ma mémoire blessée. En bon garçon gentil et amoureux, je lui répondis que non, c'était son choix et je souhaitais seulement qu'elle soit heureuse. Cette dernière affirmation était profondément fausse. Je considère en effet qu'il faut une extrême maturité pour aimer l'autre non pas pour son propre plaisir, sa propre satisfaction personnelle mais bel et bien pour l'autre. L'amour altruiste est la dernière phase de l'amour, la plus dire à atteindre et, en tout cas à cette époque-là, j'en étais loin.

Mon amour était en réalité purement égoïste, je voulais sortir avec elle en réalité seulement pour pouvoir dire à mes amis que j'avais une copine et pour le bonheur tout à fait éphémère que procure le sentiment d'être aimé. J'avais profondément besoin d'amour, comme tous les êtres humain. J'allais découvrir plus tard qu'en fait c'était Louise qui avait plus que quiconque besoin d'être aimé et que ce besoin quasi-vitale guidait la plupart de ses choix. En cette début de vacance, mes pensées étaient assez sombres. Et l'histoire amoureuse de Louise avec son précédent amoureux ne me rassura pas franchement.

Chapitre 6 : Pas celle d’Elie

Il me soûlait. Pourquoi diable est-ce que ce Elie souhaitait sortir avec moi ? Oui je l'aimais bien mais pas plus qu'un autre. Ça m'avait tellement surpris qu'il veuille sortir avec moi. Et en plus, il n'était pas courageux. Il m'avait demandé par SMS et c'était moi qui avait dû aller le voir le lendemain pour lui dire non. Je n'ai pas hésité une minute mais j'étais tout de même sincèrement désolée de lui dire non. Il ne connaît rien de moi. Comment a-t-il pu vouloir sortir avec moi ? Est-ce qu'il est vraiment amoureux de moi ? Ça me semble vraiment bizarre.

Après maints hésitations, j'avais décidé de lui reparler pour ne pas qu'il déprime trop. Je déteste que les gens soient malheureux à cause de moi. Mais c’est alors qu’il a voulu des explications sur la raison qui m'a poussée à lui dire non. Est-ce que je devais vraiment lui raconter mes déboires avec Gauthier... C'était tellement humiliant et j'avais si peu envie d'y repenser. Mais je lui devais bien ça, et puis ce n'était pas tous les jours qu'un garçon voulait sortir avec moi. Je lui racontai donc mon histoire avec Gauthier qui avait tant conditionné ma nouvelle vie. J'étais devenue très ami avec Gauthier au début de l'an dernier. On s'était beaucoup rapproché au fil des mois mais, lorsque je lui avais avoué mes sentiments, il m'avait lâchement abandonnée. Je l'avais très mal pris. Je m'étais effondrée et, chose rarissime, j'avais pleuré. Je l'avais tellement aimé et que je l'ai ensuite haï pendant des mois qu'il m'a fait véritablement perdre mes repères. Il m'avait profondément fragilisé. Je ne croyais plus en l'amour du tout. D'ailleurs je n'y crois toujours pas, Elie ou pas Elie.

Ma fin d'année dernière avait été horrible, et heureusement que j'avais pu compter sur mes amies pour me réconforter. En fait, Elie venait menacer la paix intérieure que j'avais durement acquise, il venait ébranler l'équilibre que j'avais établi dans ma vie. Je craignais vraiment d'être de nouveau la risée de l'étage. Décidément, qu'est-ce que je pouvais détester mon lycée. Je trouvais les gens profondément faux, tous des hypocrites. Hélas, j'étais condamnée à vivre dans cette prison. L'internat se passait assez mal. J'étais assez peu intégrée. Tous ces problèmes avaient une conséquence assez désastreuse pour moi : je perdais confiance en moi. Évidemment, j'étais heureuse qu'un garçon veuille sortir avec moi. Mais quelle dommage que ce soit lui... Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour m'afficher au bras d'un des plus beaux de la promo ? J'avais besoin de reconnaissance, mais pas celle d'Elie. Du moins pas qu'elle.

Chapitre 7 : Difficile relation

J'étais parti en vacances dans ma maison d'Auvergne. J'y passai deux semaines à me ressourcer en tenant d'oublier mes échecs avec Louise. Ce n'était pas simple du tout. Je réfléchissais aussi sur mon sentiment. L'aimais-je vraiment ? Mais au fond qu'est-ce que l'amour ? L'essentiel est de se construire soi-même avant de construire son couple avec une personne aimée. D'ailleurs, si j'étais sorti avec elle, comment aurais-je fait ? Cela aurait entraîné un certain nombre de contraintes que je n'avais pas réellement choisi. Plus que tout, j'avais cherché en la personne de Louise, du réconfort, réconfort de se sentir aimé. Pourquoi était-ce d'elle que j'avais voulu ? Pourquoi ne pas avoir décidé une autre ? L'amour ne suit pas un chemin strict. Il est totalement indépendant de la raison. Je n'y pouvais rien. Par contre, je pouvais, par ma volonté, choisir de ne plus la désirer dans une certaine mesure. Encore fallait-il que j'en ai la volonté. Or je ne l'avais pas. Je m'accrochais à l'espoir qu'elle changerait d'avis. Je pensai sincèrement que c'était mieux pour elle qu'elle me dise oui. Je la rendrai heureuse, j'en étais persuadé.

La rentrée fut dure. Nous nous ignorâmes. Timide comme je suis, j'ai toujours eu tendance à ignorer les filles que j'ai aimé. Louise ne dérogea pas à la règle. Parfois, elle engageait la discussion par SMS afin de garder une certaine forme d'amitié. C'était très compliqué. Pour ma part, le regard de Louise sur moi était quasi obsessionnel. Je voulais sans cesse la faire rire en classe et je ne reculais devant rien pour lui arracher un sourire en adoptant une attitude plutôt désinvolte en classe. Mais quand elle riait, mon cœur chavirait et j'étais content.

Au cours de cet automne 2014, je connus de nombreux soirs de déprime. Je pensais à elle avec tristesse et je cherchais désespérément à contrecarrer mon sentiment. En vain.

Chapitre 8 : Triste Noël

Paradoxalement, ma relation avec Louise a avancé principalement pendant les périodes de vacances lors desquels nous ne nous voyons pas. Ce fut le cas pour Noël.

Le 25 décembre au soir, nous eûmes une discussion animée via le réseaux sociaux. D'explications en supplications, je la pressais, je l'implorais maladroitement de céder à mon amour. Mais mon discours la radicalisa, elle s'énerva, elle m'asséna des paroles d'une rare violence qui me fendirent le cœur une nouvelle fois. Je la croyais toujours tergiversante, elle me fit amèrement réaliser que non, elle savait ce qu'elle faisait. Elle ne m'aimait pas. Conclue par un "je t'emmerde" des plus sympathiques, notre discussion fut terrible. Je m'effondrai, j'étais anéanti. Il était 1 heure du matin et je dus aller chercher du secours auprès de certains amis particulièrement couche-tard. Il me fallut plusieurs jours pour que mes amis me réconfortent et soulagent en partie m'a souffrance. Je savais que cet épisode de souffrance resterait à jamais gravé dans ma mémoire mais j'essayais tout de même de l'oublier, de ne plus y penser. Ce fut très dur. J'essayais de pleurer plusieurs fois pour me soulager, mais les larmes restaient bloqués sous mes paupières. J'allais à ma fenêtre malgré le froid mordant de ce soir de Noël et je regardais les étoiles, empli d'une profonde tristesse et d'un sentiment d'immense gâchis. Je m'interrogeais une fois de plus sur l'amour. Pourquoi fait-il tant souffrir ? Et pourquoi toutes les expériences amoureuses des quinze premières années de ma vie ont-elles été un échec ?

Chapitre 9 : il faut que je te parle une dernière fois

"Louise, il faut que je te parle une dernière fois.

"Je t'emmerde. Sincèrement"

Quand j'ai lu ces mots j'ai cru que j'allais avoir un arrêt cardiaque. Tu as littéralement pulvérisé mon cœur. J'ai cru que j'allais sauter par la fenêtre de désespoir tellement c'était violent. Sans mes amis qui ont été là pour moi à 1h du matin, ça aurait très mal tourné. Est-ce que tu imagines le mal que tu m'as fait avec ces mots ? Je pensais pourtant que les mots étaient du vent mais en fait non. Pas avec toi. Qu'est ce que j'avais fait pour mériter ça ? J'ai un peu insisté pour sortir avec toi... Quoi de plus normal avec ton indécision permanente. J'ai parlé de ta popularité... Quoi de plus normal vu que j'étais énervé et que je savais que ce sujet était assez chaud pour toi. Tu m'as anéanti...

Pendant la semaine qui a suivi j'ai cherché les raisons qui ont pu te pousser à me dire ça, j'ai examiné la question sous tous ses angles. Comment peux-tu être aussi méchante ? Tu m'avais déjà humilié en montrant mes messages destinés à toi seul à tout le monde (j'ai mes infos, tu mens quand tu dis que tu en as parlé à 4 personnes), et là tu me reparles pour mieux me tuer. C'est profondément méchant. Après ce que t'avais fait subir Gauthier, je ne comprends pas que tu puisse te montrer à ce point cassante. Même si tu étais excédé, tu n'avais pas à me balancer ça à la gueule. Mes potes m'ont tous dit la même chose à propos de toi. Et ne crois pas que ce soit bon pour ta popularité ce que tu fais avec moi. Bref, ils m'ont dit que je dois t'oublier pour des tas de raison que je ne citerai pas parce que ça te blesserait. Je vais donc essayer de t'oublier (à regret c'est vrai). Ça m'étonnerait que ce message est atteint ton cœur de pierre mais je me devais d'essayer."

Après le cataclysme intérieur provoqué par les paroles de Louise le soir de Noël, ce message que je lui envoyais à la fin des vacances résumait parfaitement mon état d'esprit. J'étais décidé à l'oublier définitivement. Elle m'avait fait trop de mal et j'étais intimement convaincu qu'elle ne me rendrait jamais heureuse. Louise était uniquement porteuse de malheur, pensai-je à cet instant-là de ma vie.

Chapitre 10 : Retour du sentiment

Mon message porta ses fruits : elle revint vers moi. Elle s'excusa du fond du cœur, chercha à minimiser son insulte en invoquant sa fatigue et son stress, me fit miroiter une possible amitié, et finalement, ce qui me fut fatal, elle me flatta.

J'aime les flatteries en général. Mais je ne pouvais absolument pas résister si les flatteries provenaient de Louise. Mon cœur profondément naïf et amoureux de remplit de bonheur. Toute la haine que j'avais accumulé au cours des vacances se dissipa, je l'aimais. Mais j'étais toujours malheureux.

Néanmoins, malgré ce retour vers moi, notre relation dans la réalité ne changeait pas : l'évitement constant semblait être notre maître-mot. J'étais tout simplement incapable de lui parler en vrai. Pourquoi ? J'estimais déjà que le regard des autres jouait son rôle. On m'aurait à coup sur demandé comment cela se passait entre nous. On se serait sûrement moqué. Mais au fond ce n'est pas la véritable raison de notre éloignement. Par-dessus tout, je craignais sa réaction. Louise pouvait être si blessante... J'avais peur qu'elle s'énerve soudainement contre moi. Cette peur, assez absurde somme toute, était doublé d'une peur terrible du "blanc". Un silence peut être tellement embarrassant dans une discussion. Je m'imaginais ridicule, devant elle, ne sachant pas quoi dire et cela me terrorisait. Pour ces deux raisons, je l'évitais.

Chapitre 11 : Dimanche noir

Notre relation fut marqué quelques semaines plus tard par une nouvelle crise dont les conséquences furent une nouvelle fois de me dévaster le cœur.

J'avais appris que Louise était invitée au rallye d'une de ses amies, un samedi soir. Le lendemain, je lui demandai comment s'était passé son rallye. Elle me raconta que c'était super, elle avait passé un excellent moment. J'étais un peu triste, l'imaginant sur une piste de danse, loin de moi. Mais ma mélancolie fut de courte durée. Une de mes amies m'annonça que Louise devait me dire quelque chose mais qu'elle ne savait pas comment l'exprimer. Je sentis tout de suite le mauvais coup mais je ne pouvais qu'affronter la réalité. Ce que j'appris dépassa tout ce que j'avais pu imaginer. Dimanche, dans l'après-midi, Louise m'annonça qu'elle avait embrassé trois garçons au rallye.

Aie

Cette nouvelle me dévasta bien évidemment. Je restai sous le choc de longues minutes, totalement abasourdi. C'en était trop. Je ne pouvais, moi, être humain, supporter cette nouvelle et toute la souffrance qui en découlait. J'étais profondément blessé.

Le lundi, je ne pouvais même pas la regarder. J'étais trop effondré et donc encore plus en retrait qu'avant. J'avais la désagréable impression de vivre dans un rêve. Je me persuadai que j'allais me réveiller d'un instant à l'autre. Certes, j'en avais parlé à mes amis, mais rien ni personne ne pouvait me réconforter. Même elle. A la fin des cours, elle vint me parler mais je ne savais quoi dire. J'étais dégoûté. Elle s'excusa mais je savais bien qu'elle ne regrettait pas ses actes. Elle souhaitait seulement que je souffre moins. Au fond, je pensais qu'elle voulait que je tourne la page au plus vite.

Chapitre 12 : Quatre jours après le rallye.

J'avais déconné. J'étais allée beaucoup trop loin. Et maintenant je le regrettais. Pourquoi avoir choper ces trois mecs ? Oui, je n'étais pas bien à ce moment-là, mais de là, à faire cela et à passer pour une pute devant tout le monde... Pauvre Elie quand même. Jamais l'impression qu'il était vraiment atteint. Je n'avais jamais voulu le faire souffrir. Jamais de la vie. Mais il était si émotif... J'avais bien essayé de le consoler en allant le voir lundi soir mais je ne croyais pas l'avoir convaincu. Et désormais il m'avait donné sa lettre. Une très belle lettre mais qui me met profondément mal à l'aise :

"Louise, si je t'écris une lettre ce soir - je sais que c'est pas très courageux de ma part mais c'est comme ça - c'est pour achever un cycle commencé un mardi soir. Ce soir-là je t'ai écrit mes premiers messages d'amour. Je sais que ce n'est pas convenable de le faire par SMS mais t'as du le remarquer, je m'exprime mieux à l'écrit qu'à l'oral en tout cas en ce qui concerne les sentiments. Tu m'as dit "non" le lendemain. C'était pas facile. Est-ce que je t'aimais ? Je ne sais pas vraiment. Je pense que j'étais plus amoureux de l'image de nous deux sortant ensemble. N'étant "vraiment" sorti avec une aucune fille, j'espérais beaucoup de chose mais je ne savais pas vraiment ce que je voulais. J'avais besoin d'amour je pense et je me suis imaginé beaucoup trop de trucs. Dans ma tête ça se passe toujours comme ça malheureusement... Mais bon, j'ai plus ou moins réussi à m'en relever en t'oubliant au maximum. Disons que je m'y attendais un peu dès le "t'es sérieux", ta première réaction. Après on s'est reparlé. Ça allait mieux. J'ai alors vraiment cru que tu n'étais pas décidée, que tu tergiversais. Tu m'as cruellement fait comprendre que non, tu ne m'aimais pas. Et que tu ne voulais clairement pas sortir avec moi. Tu m'as vraiment blessé ce soir là. La veille de Noël, on se parlait amicalement et en une journée tout a basculé. J'ai été profondément choqué par ton "je t'emmerde". Je ne pensais pas que tu pouvais à ce point faire souffrir quelqu'un, consciemment. Là, j'ai eu plus de mal à me relever. Je l'ai fait grâce à mes potes et à Dieu mais que ce fut dur. Lorsque je t'ai écrit mon long message, j'espérais vraiment tourner la page. Finalement tu es revenu vers moi. Peut-être que tu ne l'interprètes pas comme ça mais moi, si. Tu m'as dit des trucs qui m'ont tellement remonté dans mon estime. Est-ce que tu le pensais vraiment? J'en doute. Pour toi, j'étais un pote, simplement. Tu n'attendais rien de moi. Quand tu as vu que je t'aimais, tu t'es senti mal à l'aise. Les filles n'aiment pas les garçons amoureux. Ça leur fait peur. Et pourtant, un garçon amoureux est vraiment capable de tout pour celle qu'il aime. Je ne le savais malheureusement pas à l'époque. J'étais content de te parler le week-end par Snapchat mais ça me faisait tellement regretter le temps où on était juste ami. Tu étais ma seule vraie amie fille. C'est peut-être pour cette raison que j'ai voulu sortir avec toi. En tout cas, sache que ce que j'ai appris ce week-end... Je n'ai pas de mot pour le dire. Quand j'ai appris que tu en avais chopé 3, je me suis vraiment senti mal. J'ai essayé de pleurer pour libérer mes sentiments, en vain. Je ne savais pas du tout quoi te dire. C'était affreux. J'ai passé une nuit horrible où je me suis réveillé 3 fois en pleine nuit sans parvenir à me rendormir. Pourquoi devrai-je autant souffrir pour une fille ? Il n'y a tout simplement pas de réponse. J'en peux vraiment plus de souffrir pour toi. C'est pour cela qu'il faut vraiment que j'arrête d'éprouver le moindre sentiment envers toi. Ça va pas être simple mais il le faut. Je me suis longtemps accroché à l'espoir qu'un jour tu changerais d'avis. Que ma détresse t'attendrirait. Apprendre que j'étais loin d'être ta première préoccupation m'a vraiment blessé. Qu'y a-t-il de plus beau que l'amour ? Un amour brûlant comme celui que j'avais pour toi, je n'en avais encore jamais connu. Chaque pensée, chaque rêve, chaque parole te concernait. Tu as hanté mes esprits plus longtemps que je ne l'aurai imaginé. Un amour précieux comme celui ci, il est horriblement fragile, et tu l'as brisé. Ne pas m'aimer, je peux le comprendre. Ne pas te forcer à m'aimer, je peux l'admettre. Mais les trois garçons de cette soirée, qu'est ce qu'ils avaient de mieux? Te connaissaient ils mieux que je ne te connais? T'aimaient-ils plus qu'ils n'auraient du t'aimer avant de faire cet acte? Je ne crois pas. À vrai dire: cela m'est égal. Je t'ai perdu pour toujours, et je le sais depuis longtemps. Mais recouvrir cet amour ne sera pas une tâche facile. Je la surmonterai, comme les autres, mais tout en gardant des blessures inguérissables. Longtemps je t'ai façonnée comme je le souhaitais et je me suis accroché à cette idée que tu étais la fille que j'aimais, avec cette volonté ambiguë de t'en convaincre pour sans doute mieux m'en persuader moi-même. Tu es différente de celle que j'imaginais. Tu es banale. Tu es compliquée, superficielle, arrogante, égoïste, susceptible, colérique. Et tu es belle, non. Tu es d'un charme étourdissant. Tu es insouciante, légère, honnête. Tu es pleine d'assurance, pleine de vie et pleine d'espoir.

Je m'interroge tout de même, au fur et à mesure de mon écriture, sur la nature de mes sentiments. Je pense avoir été réellement amoureux de toi. Mais après c'est vrai que je t'idéalisais énormément et que ça m'empêchait de voir ce que tu es vraiment. Tu demeures en effet un vrai mystère pour moi. Je n'arrive jamais à saisir ton jeu et tes sentiments. C'est sûrement lié à tes tendances lunatiques qui m'ont fait tant de mal. Qu'est ce que tu ressens envers moi ? T'as vraiment envie qu'on soit pote ou c'est juste un subterfuge pour moins me blesser. En tout cas, pour moi, il me faut une vraie rupture. Je vais combattre tout ce que je ressens. Ce que j'éprouve pour toi - je ne parviens pas à cerner si c'est vraiment de l'amour - m'a rien apporté de bon. Ne culpabilise pas. C'est pas de ta faute. Ça a du être compliqué à gérer de ton côté aussi je m'en doute. J'ai profondément envie d'être à nouveau ton ami. Mais pas tout de suite. Il va me falloir du temps pour me reconstruire. Le mieux serait que je rencontre une fille mais bon les filles et moi, ça fait 12. Après, sache que si un jour t'as un problème et que tu veux en parler, je serai toujours là pour toi parce qu'en soi t'es une personne fantastique."

Rien à dire c'était parfaitement écrit. Qui penserait juste en voyant Elie que celui-ci serait capable d'écrire cela ? Mais cette lettre me rendait à la fois triste pour lui mais également très fière. Mon ego était particulièrement flatté. Je manquais tellement de confiance en moi... Elie allait-il changer ma vie ? La question restait sans réponse

Chapitre 13 : Entre philosophie et théologie

Ainsi donc je venais de vivre deux crises coup sur coup qui présentaient une grande similarité. Le schéma suivant semblait de répéter : Louise m'assénait une parole particulièrement blessante ; effondré, je lui faisais part par écrit de mon désarroi et souhaitais l'oublier, tourner la page définitivement ; mais Louise, dans un souci d'apaiser mes souffrances mais aussi parce qu'elle était profondément égoïste et ne souhaitait pas perdre mon amour, revenait vers moi, s'excusant et promettant une amélioration de notre relation ; je la croyais et mon amour renaissait de plus bel, pour mourir lors de la crise suivante.

Je devais être profondément imbécile pour ne pas voir que Louise ne m'amènerait que du malheur. Mais je m'obstinais. Le désir surpassait la raison. J'étais faible.

Le moment est venu de mentionner un autre personnage déterminant dans notre relation : Dieu. Je suis croyant. J'ai reçu une éducation chrétienne et j'ai adhéré pleinement à l'Eglise et sa doctrine dès que j'ai eu les capacités intellectuels de le faire. Mais finalement, c'est plus dans les moments difficiles, ceux où on souffre, que la présence de Dieu à nos côtés est véritablement apaisante. Elle est même fondamentale. Je peux le dire aujourd'hui : Dieu m'a toujours soutenu au cours de mes déboires avec Louise. Rien n'est plus réconfortant en période de crise intérieur que de le prier, l'implorer de nous rendre notre paix intérieur, de se relever plus fort de nos échecs. Si ma relation avec Louise ne m'a pas plus fait découvrir Dieu, il est certain que j'ai approfondi ma foi, en acquérant une certaine expérience de la vie avec Dieu. J'ai vu la présence de Dieu à mes côtés. Ma foi n'a été que renforcé par mes différents échecs mais particulièrement avec Louise. Et maintenant que mon histoire a connu un heureux rebondissement, je rends d'autant plus grâce à Dieu de m'avoir conduit au bonheur comme je l'avais si ardemment souhaité l'an dernier.

Chapitre 13 : Triste dîner de classe

Malgré la fraîcheur de notre relation, je passais une fin d'année extraordinaire. J'étais heureux. Louise était comparable à un lointain nuage dans un océan de ciel bleu. J'étais en passe de l'oublier. Et ça valait mieux.

Quelques semaines avant la fin de l'année, un dîner de classe fut organisé. Mon imagination n'eut pas besoin de plus pour me torturer. Je me voyais en train de danser avec Louise et - qui sait ? On m'avait dit qu'elle était très active en soirée et j'en avais fait durement les frais - je m'imaginais la prendre dans mes bras et l'embrasser. Comme une sorte de revanche.

Finalement le dîner eut lieu. Il ne se passa strictement rien. Elle m'invita à danser une fois. Était-ce pour faire la belle devant ses amies ou bien était-ce un vrai signe d'amitié ? Je l'ignorais. En tout cas, cette soirée me rendit profondément triste. Quelle dommage de n'avoir pas plus dansé avec elle. Une fois de plus, je m'en voulais d'être aussi timide. Je gâchais tout.

Je commençais à en avoir sérieusement assez. Peu importe ce qu'il se passait, elle me rendait malheureuse. Je ne pouvais me satisfaire de la voir et de l'aimer, je voulais plus. Je ne trouvais même plus une quelconque beauté dans le sentiment amoureux. Il ne m'apparaissait que comme un affreux mensonge. J'ignorais à l'époque, car je n'avais pas encore fait de philosophie, que la volonté était au-dessus des sentiments. J'avais en moi, inscrit dans ma nature, la capacité de dépasser ma souffrance. Je savais que ce désir me rendrait malheureux, ma raison devait donc faire son œuvre et prendre le dessus, étouffer véritablement mon sentiment. Ce n'aurait pas été chose aisée mais cela aurait eu le mérite de m'épargner quelques souffrances supplémentaires. Avec le recul sur les événements, je me dis que finalement j'ai peut-être bien fait d'ignorer ma raison et d'écouter mon cœur. Mais qui aurait cru que notre relation prendrait cette tournure ?

Chapitre 14 : Effets pervers d’une vidéo

Cette triste année scolaire se termina de la pire des façons. Notre relation ne s'était ni améliorée, ni dégradée. C'était la calme plat. Je la désirais toujours mais mon sentiment avait fortement tendance à s'atténuer. Il aurait fallu encore quelques semaines pour que je tourne complément la page. J'étais sur le point de combattre véritablement pour la première fois mon désir lorsque l'événement qui marqua ma fin d'année survint.

L'anniversaire de Louise était le 30 juillet. Début juin, me vint l'idée que je ne pouvais me d'un simple message pour son anniversaire. C'était Louise, je devais marquer l'occasion. Je décidai après quelques jours de réflexion de réaliser une vidéo dans laquelle chacun de ses amis lui souhaiterait un joyeux anniversaire. J'en parlais à ma meilleure amie qui était relativement proche de Louise. Elle était partante. Je récoltais des photos, demandais à ses amis de tourner une courte vidéo que j'ajouterai ensuite à mon montage, lorsque j'appris que Louise était ami avec une très vieille connaissance, Louis, que j'avais rencontré en CM2. Je l'avais perdu de vue depuis longtemps mais je gardais des souvenirs de notre amitié passée. Il s'appelait Alexandre. C'était un garçon profondément gentil. Pas très beau, mais gentil. Je n'en reviens pas quand j'appris par ma meilleure amie qu'il était proche de Louise. Je lui parlais par Facebook. Je lui demandai de réaliser une courte vidéo pour l'anniversaire de mon amoureuse, puis nous parlâmes d'elle. J'appris qu'il l'aimait. Sur le moment, j'en fus interloqué. Ainsi donc, d'autres personnes désiraient Louise. Je n'étais pas pour autant jaloux puisque je ne pensais pas qu'il se passerait quelque chose entre les deux. Mais l'origine du choc que je ressentais était plus lié à ma prise de conscience que Louise était libre, elle n'avait sûrement pas que moi dans sa vie. Je le savais bien évidemment mais il n'empêche que cette prise de conscience demeura dure.

Je fis alors une erreur que je regretterai sous peu. Je racontai ce que j'avais appris à ma meilleure amie : Alexandre aimait Louise. Les conséquences de cette révélation déterminèrent ma fin d'année et furent une nouvelle fois désastreuses sur mon petit cœur.

Louise aimait Alexandre. Alexandre aimait Louise. Mais les deux ignoraient les sentiments de l'autre. Il fallut qu'un tiers les unisse. Ce tiers s'appelait Elie, c'était moi. J'étais responsable de leur couple. Mon amoureuse sortait avec un autre, par ma faute. Terrible sensation.

Chapitre 15 : Joie et franchise

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. Ce cri de joie, je le poussai un soir de la fin du mois de juin. Alors que les nuits étaient les plus longues de l'année, je passais la meilleure nuit depuis bien longtemps. Alexandre m'aimait. J'étais comblée. Il m'avait avouée ses sentiments le soir-même :

"Louise, il faut que je te dise un truc...

- Vas-y.

- Voilà, je t'aime <3

- Moi aussi <3"

Ces quatre messages étaient une goutte d'eau dans l'immense océan des réseaux téléphoniques mondiaux, mais il suffisait au bonheur de deux personnes. Et au malheur, d'une autre.

Je devais l'annoncer à Elie. Je ne voulais pas le faire souffrir mais je savais qu'il préférait quand j'étais franche avec lui. D'ailleurs, je ne sais pas faire autre chose.

Chapitre 16 : Fin de cycle

Et merde... Je sortais d'un oral de français. J'avais réussi, j'étais en vacances et il fallait qu'une personne me gâche ma journée. C'était toujours la même, l'éternelle démon, responsable de mon malheur depuis des mois, mais que je chérissais plus que tout, Louise.

"Je suis avec Alexandre" m'avait-elle envoyé.

Le cataclysme était en cours ; mon cœur sombrait tel le Titanic dans les noirs nuits de l'Atlantique. Je ne savais pas quoi répondre. J'étais dans l'incapacité de lui dire que c'était à cause de moi qu'elle était en couple avec lui, puisque cela aurait supposé que je lui parle de ma vidéo pour son anniversaire. C'était hors de question. Cette vidéo était le dernier moyen dont je disposais pour me rapprocher d'elle. C'était mon dernier atout. Le plus important. Comme le 21 au tarot.

Du coup, je fis ce que j'avais toujours fait. J'en parlais à mes amis. À tout le monde. J'essayais de repartir ma peine sur les autres. Les réactions - plus violentes les unes que les autres - ne tardèrent pas. Je n'étais pas seul dans ma souffrance m'assurait-on. La plupart était stupéfait du choix de Louise. Mon cœur étant dans le coma, mon corps se traîna seul chez ma meilleure amie. Je savais que c'était de ma faute, mais c'était aussi la sienne. Elle avait dit à Alexandre de faire le premier pas. Elle était tout aussi responsable de cette catastrophe que moi. Elle me réconforta comme elle pût. Je cherchai par tous les moyens à faire culpabiliser. Je ne sais pas, avec le recul, ce qu'il m'a pris, mais je souhaitais alors le malheur de Louise. Elle m'avait tant fait souffrir, elle devait souffrir elle-aussi. Cette conception égoïste de l'amour me dégoûte aujourd'hui. Mais dans les moments de crise, la haine peut prendre si rapidement le relais de l'amour…

Chapitre 17 : Remis sur pied

Chose étonnante, je me remis très rapidement de la blessure causée par l'annonce de ce nouveau couple. Je partis décompresser et me changer les idées chez un ami pour trois jours. Cela me fit le plus grand bien. J'éprouvais un malin plaisir à faire culpabiliser Louise, sentiment tout à fait paradoxal et somme toute terriblement déplacé. De fait, en aimant Louise, n'étais-je pas censé vouloir son bonheur ? Apparemment pas. Je ne devais pas être assez mûr pour comprendre cette dimension assez extraordinaire de l'amour qui nous fait sortir de nos habitudes individualistes pour s'ouvrir à l'autre. Finalement, il ne me fallut rien de plus qu'un excellent camp scout dans le Poitou pour me faire changer d'état d'esprit et de vision de l'amour.

Après les trois jours avec mes amis, je passai quelque temps sur Paris, à voir des amis. Je leur en parlais bien évidemment et ils cherchèrent à m'apaiser avec plus ou moins de réussite. Lorsqu'on me demandait comment ça allait, je répondais "Ça passe". Et c'était vrai. J'allais mieux de jour en jour. C'était un peu comme si cette nouvelle était la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ma meilleure amie, même si elle était indirectement responsable de mon malheur, me fut d'un grand secours dans le retour progressif de la paix intérieure de mon âme. Chose encore plus surprenante : je rétablis le contact avec Louise par message. Et la veille de mon camp scout, j'étais en bon terme avec elle. Il valait mieux, parce que la prochaine fois que j'allais lui parler serait... le 30 juillet, jour de son anniversaire. Jour qui restera longtemps gravé dans ma mémoire.

Chapitre 18 : Un camp scout formateur.

Mon camp scout fut époustouflant. Moi qui n'étais pourtant pas très musclé et qui, à première vue, n'étais pas forcément destiné à être scout, je fus invité par un de mes amis. Il me promit que ça serait extraordinaire, que j'apprendrais beaucoup dans de nombreux domaines et que cette expérience serait déterminante d'un point de vie spirituel. Ce fut extraordinaire, j'appris beaucoup dans de nombreux domaines et cette expérience fut déterminante d'un point de vue spirituel.

Plus que tout, j'appris à raisonner sur moi-même. Je réfléchis à mon avenir, à mes objectifs, à mes valeurs, à mes sentiments, à Louise. La grâce de Dieu me remplit et je fus heureux.

C'était donc dans un état intérieur très paisible, déterminé et heureux, que je revins de mon camp le 30 juillet.

Chapitre 19 : 30 juillet, 19h39.

"Avant le 30 juin, j'avais écrit un texte drôle et léger pour une fille que j'adorais qui avait tant provoqué de sentiments de toute sorte en moi mais que j'avais réussi à surmonter ; à mi-chemin entre une énumération basique de délire et une réflexion plus profonde comme celle que j'avais faite dans ma lettre (j'ai toujours pas eu de réponse d'ailleurs).

Mais ça c'était avant le 30 juin.

Tu sors avec l'autre maintenant, c'est ton choix. Je ne te jugerai pas.

Je pense que tu as oublié de me remercier pour quelque chose. Si tu sors avec lui, c'est en partie à cause de moi. Conjointement avec Hélène, on a préparé une vidéo pour toi où tous tes amis te souhaitent bon anniversaire. Hélène m'a dit que c'était ton ami, et comme je le connaissais, je lui ai demandé de tourner une courte vidéo. Puis on a discuté, j'ai appris qu'il était sur toi et je l'ai dit à Hélène, ma meilleure amie avec qui je partage décidément trop de choses, qui vous a précipité dans les bras de l'autre. Je suis donc responsable de ma propre jalousie. J'étais tellement peiné que j'ai hésité à faire cette vidéo. On m'a dit de ne pas la faire mais par respect pour ceux qui l'ont fait et parce que je sais que ça te fera plaisir je l'ai tout de même monté. Tu m'excuseras de dire ça, mais ça a été dur de mettre la vidéo de ton "bien aimé" quelqu'un de très gentil par ailleurs qui ne cherche pas du tout à me faire souffrir - j'en suis persuadé. Ça n'a pas été facile à monter mais je suis content du résultat et je suis persuadé que tu seras heureuse de voir ça.

Prend le comme tu veux, mais je t'adore vraiment (je ne cherche plus à savoir si y'a du sentiment amoureux là-dedans ou juste un attachement très fort type amitié) et j'ai pas du tout envie de te perdre. Tu comptes vraiment beaucoup trop à mes yeux.

Il ne me reste plus qu'à te souhaiter - malgré tout - un extraordinaire, magnifique, fantastique, épique, inoubliable, splendide, sensationnel, magique, éclatant, époustouflant, folichon, dinguissime, flamboyant, grandiose, fabuleux anniversaire Louise. Je t'aime."

Message + vidéo = succès total.

Chapitre 20 : Le bonheur à l’état pur

Louise reçut le message d'anniversaire. Louise visionna la vidéo.

Et Louise m'avoua qu'elle m'aimait.

Ouiiiiiiiiiiiiiiiii.

Le lendemain matin, je me réveillai dans un lit, ce que je n'avais pas eu la chance de faire depuis trois semaines. Mais ce n'était pas la raison de mon bonheur en ce beau matin du 31 juillet.

Louise m'aimait. Enfin.

Le reste de l'été ne fut qu'un pur bonheur. J'étais heureux comme jamais. Tellement heureux.

A la rentrée, j'appris avec déception que notre lycée nous avait mis dans des classes différentes.

Quelques jours après la rentrée, nous nous vîmes en dehors du lycée. C'était le samedi 5 septembre.

Et à l'heure où des milliers de gens se réveillaient à un bout de la planète tandis que des milliers d'autres gens sombraient dans le sommeil ; à l'heure où des centaines d'êtres humains entraient dans la lumière divine tandis que des centaines d'autres apparaissaient à la lumière du jour ; à l'heure où des milliers de traders s'acharnaient à trouver un acheteur pour leurs actions en baisse tandis que des milliers de sans-papiers tentaient en vain de collecter un peu d'argent pour se nourrir ; nos lèvres entrèrent en contact telle le ciel et la mer à l’horizon, nos lèvres s'unirent.

Je fus envahi d'un sentiment nouveau, encore inconnu, mais délicieux. J'étais l'incarnation de la phrase de Victor Hugo : “Naît-on deux fois ? Oui. La première fois, le jour où l’on naît à la vie ; la seconde fois, le jour où l’on naît à l’amour”


Texte publié par Licollin, 4 décembre 2015 à 20h59
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