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Tome 2, Chapitre 5 « Réveil, introspection et conséquences » Tome 2, Chapitre 5
Le réveil fut… brutal.
    
    Déboussolée, en proie à un relent de panique irrépressible, Vega se redressa brutalement. Son coude heurta quelque chose d’indéniablement vivant qui grogna avant de s’agiter. L’esprit embrumé de la jeune femme commença à s’éclaircir. Elle reconnut sa chambre, plongée dans la pénombre, les chiffres digitaux de son réveil jetant des ombres rouges sur les murs et le mobilier.
    
    Après plusieurs secondes, les battements de son cœur s’apaisèrent et elle put appréhender un peu plus sereinement son environnement.
    
    Elle était chez elle, son réveil en un seul morceau, la lumière de son salon éteinte, Zeck dans son lit et pas de fantômes en vue. Tout allait bien.
    
    Calmée et satisfaite de son inventaire, Vega se tourna vers le jeune homme. Son coup de coude ne semblait pas l’avoir impressionné plus que ça. Il avait seulement changé de position et continuait de ronfler en lui tournant le dos. Prise d’un soudain accès de tendresse, la jeune femme se tortilla pour se rapprocher de lui et l’embrassa dans le cou. Il soupira et un sourire se percha à la commissure de ses lèvres. Vega sourit à son tour.
    
     Elle était contente de le voir. Cela signifiait que son rêve n’était que ça : un simple rêve.
    
    Un rêve foutrement réaliste, tout de même. Elle frissonna. D’ordinaire, ses rêves se résumaient souvent au réveil à un tourbillon confus de pensées, de sons et d’images sporadiques. Par moment, certains suivaient une logique somme toute cohérente dont elle gardait la trame à l’esprit en s’éveillant. Mais quoi qu’il en soit, il n’arrivait pas souvent que la mécanicienne garde un souvenir aussi vivide des aventures qu’elle vivait pendant qu’elle dormait.
    
     Ça ne faisait que rendre la situation présente un peu plus troublante. Après tout, elle ne faisait pas de songes pseudo-métaphysiques tous les deux jours.
    
     En fait, maintenant qu’elle y réfléchissait, son rêve ressemblait de manière troublante à une histoire que Zeck lui avait racontée un ou deux ans plus tôt. Si elle se souvenait bien, elle était tirée d’un roman très connu sur Terre, rédigé x siècles plus tôt. Vega le soupçonnait d’avoir assez largement adapté le truc à sa sauce, mais le fait était. Pourquoi diable son cerveau avait-il décidé de psychoter là-dessus maintenant ? Elle ne pouvait pas être si longue à la détente, si ?
    
     Bizarre, bizarre… Il n’y avait sans doute qu’elle pour rêver que sa relative aversion à l’égard des fêtes de Noël pouvait lui pourrir la vie jusqu’à sa très lointaine mort ? Cela dit, il y avait peut-être un message pas si subliminal que ça à saisir. Se pouvait-il que sa répulsion face à cette fête terrienne et son incapacité à revoir sa position sur le sujet soient le signe qu’elle était destinée à devenir une insupportable vieille mégère ? La jeune femme frissonna de nouveau tandis que l’image de sa propre personne avec un certain nombre d’années en plus revenait flotter à la surface de son esprit.
    
     Oh, par toutes les soudeuses laser défaillantes de la galaxie, ce n’était qu’un foutu rêve !
    
     Une cascade de contre-propositions commençant par « et si jamais » clignotèrent dans son cerveau comme des guirlandes de Noël – c’était de saison…
    
     Un marmonnement indistinct s’éleva quelques centimètres au-dessous de sa tête.
    
     « Tu réfléchis, crut comprendre Vega.
    
    – Mmm ? s’enquit-elle.
    
    – T’arrête pas de me tripoter les cheveux », déclara Zeck d’une voix pâteuse.
    
    La jeune femme ne s’en était même pas rendu compte.
    
    « Ah. Désolée. Tu peux te rendormir. J’arrête.
    
    – Tu penses à quoi ? »
    
    Vega sourit.
    
    « Un tas de bêtises.
    
    – Tant mieux. Tu me raconteras demain. »
    
    Ni une ni deux, le jeune homme était reparti au pays des rêves. La mécanicienne espéra qu’ils n’étaient pas aussi bizarres que les siens. Quant à raconter son aventure nocturne… Aucun doute qu’elle le ferait bien rire le jour venu. Si ça pouvait amuser quelqu’un…
    
    Demeurait donc l’épineuse question de savoir si oui ou non, il fallait prendre ce rêve au pied de la lettre. Après tout, elle avait concédé à l’installation d’une guirlande autour de la fenêtre de son salon, ça comptait, non ? Elle pouvait faire mieux, bien sûr. Mais son rêve n’avait pas manqué non plus de lui rappeler que depuis qu’elle était petite, à chaque fois qu’elle avait essayé de vivre un Noël digne de ce nom, ça avait mal tourné. Chat échaudé craint l’eau froide, comme Zeck aurait dit avec son goût douteux pour les métaphores animalières.
    
    La jeune femme se rejeta sur le dos, irritée.
    
    Comment est-ce qu’un rêve pouvait la mettre dans cet état ? C’était rageant, à la fin. Vega était sûre d’elle sur un certain nombre de points et Noël en avait toujours fait partie. L’entrée fracassante de Zeck dans sa vie avait bousculé quelques-uns de ses principes et certitudes, pas tous heureusement. Mais Noël en faisait dorénavant partie.
    
    La mécanicienne savait que le jeune homme aimait cette fête. Mais quand elle lui avait fait connaître son point de vue sur la question, il n’avait pas insisté. Sauf deux jours auparavant, évidemment, quand le Terrien avait débarqué chez elle, bien décidé à s’installer pour les fêtes et à n’en pas bouger, même en cas de cataclysme stellaire – ce qui, compte tenu des caprices éruptifs de Bételgeuse, n’était pas aussi improbable que cela semblait. Ceci entraînant cela, ils s’étaient tous les deux retrouvés à négocier la nouvelle décoration de son appartement, plus en accord avec la saison. S’en était suivi une scène épique où Zeck s’était vaillamment lancé dans l’installation de l’unique guirlande du salon avec pour seules armes les quatre malheureux centimètres de scotch qu’il lui restait et une chaise pliable.
    
    A la réflexion, ils avaient bien ri. Pourtant, le jeune homme avait dû être déçu que Vega se montre aussi… intransigeante. Son souffle se bloqua dans sa gorge. Qu’avait dit cet imbécile d’Esprit déjà ? « En vieillissant, ton intransigeance à l’égard des fêtes de Noël a fini par s’étendre à tout le reste. »
    
    Non de non de non de non ! Voilà qu’elle avait honte, maintenant.
    
    Il n’y avait pas à dire : elle avait le chic pour se compliquer la vie toute seule.
    
    
💫

    
     Ce maudit rêve hanta Vega toute la journée qui suivit. Avait-on déjà vu un rêve se montrer aussi obstiné, franchement ? Elle aurait bien voulu pouvoir l’oublier, l’envoyer d’un bon coup de pied au derrière là où les autres de son espèce allaient d’ordinaire. Seulement, comme c’était un rêve plutôt mal éduqué, il refusait de se laisser faire et repointait narquoisement le bout de son nez aux moments les plus inopportuns. Le pire fut quand la mécanicienne croisa Boz au travail. Il n’y avait que dans ses songes que Darash se décidait enfin à le virer. Sauf que quand il lui décocha une boutade assez peu amicale, elle se retrouva bêtement à ne pas savoir quoi répondre, elle qui se faisait un devoir de lui rendre coup pour coup. Résultat : Boz avait gagné un point dans leur guerre et elle n’arrivait même pas à souhaiter que son patron lui donne son congé sans se sentir coupable.
    
     Bref, la jeune femme était tellement chamboulée que cela commençait à en devenir ridicule.
    
     Aussi décida-t-elle de prendre le taureau par les cornes. C’était du changement qu’ils voulaient, ils allaient en avoir. Elle ignorait où se planquaient les Esprits de Noël quand ils ne hantaient pas les rêves des honnêtes gens, mais ils en allaient en avoir pour leur argent, qu’ils le veuillent ou non.
    
     Et si cela impliquait que Vega mette de côté certains de ses principes et de ses certitudes depuis longtemps établis, eh bien… elle n’aurait qu’à prendre sur elle, serrer les dents et se prendre une nouvelle tuile dans les dents si c’était ce que le sort lui réservait. Il allait falloir qu’elle se trouve une sérieuse dose de motivation, mais… si elle pensait à Zeck, peut-être que ça le ferait.
    
     Le lendemain, Vega ne travaillait pas, mais son petit-ami avait un « truc » à régler sur les docks. Il n’osait plus trop évoquer ce coin de la ville depuis la malheureuse soirée qu’ils y avaient passée tous les deux et qui ne s’était pas franchement bien terminée. Pire encore, Vega redoutait encore plus l’endroit que du temps où elle ne le connaissait que par on-dit. Du coup, le pilote parlait d’autant moins des affaires qui pouvaient l’y conduire. Même si cela l’inquiétait et qu’elle ne se privait généralement pas de le lui dire, elle n’insistait pas.
    
     Cependant, pour cette fois, l’expédition du jeune homme dans les bas-fonds de la ville lui rendait bien service. Ce ne serait pas le cas longtemps s’il devait lui arriver malheur là-bas, mais il n’était pas temps d’être pessimiste, ce serait contre-productif.
    
     Le Terrien parti, la jeune femme mit donc son plan à exécution, lequel mobilisa beaucoup plus de temps, d’énergie et réflexion qu’elle ne l’avait d’abord escompté.
    
     Néanmoins, quand Zeck rentra à la nuit tombée, tout était en place et Vega eut la satisfaction de voir son regard s’arrondir de surprise.
    
     « Joyeux Noël ! claironna-t-elle
    
    – Que… Ce… Qu’est-ce… Mais… Euh…
    
    – Je t’ai connu plus éloquent », se moqua gentiment la jeune femme.
    
    Le Terrien la dévisagea, tellement abasourdi que son expression en était comique. Ravie de son petit effet, la mécanicienne s’avança vers lui.
    
    « Tu… C’est toi qui…
    
    – Oui, toute seule comme une grande. Je ne me suis même pas fait mal, en plus. »
    
    Elle glissa un bras autour de sa taille et se tourna vers le sapin qui rongeait un bon quart de son salon-cuisine-salle-à-manger. C’était un sapin artificiel – les naturels coûtaient une fortune et ressemblaient à des squelettes de chauves-souris mutantes. Il ne fallait pas non plus abuser. D’ailleurs, le type qui le lui avait vendu accusait une ressemblance troublante avec le Carryl Row à l’aéroglisseur de son rêve. Ç’avait été plutôt perturbant.
    
    Elle pencha la tête sur le côté, admirant son œuvre. L’arbre synthétique était un peu bancal, mais la notice de montage était rédigée entièrement dans une langue bizarre et le nombre indécent de pièces ne facilitait en rien les choses. Mais avec les boules et guirlandes multicolores qu’elle y avait ajoutées, il ressemblait à un sapin de Noël tout à fait fonctionnel. La décoration de la fenêtre avait été légèrement étoffée et la jeune femme avait poussé le vice jusqu’à placer une figurine de bonhomme de neige lumineuse à côté du transmetteur holographique.
    
    Elle devait bien admettre que de voir son appartement dans cet état lui faisait bizarre. Comme si elle n’était plus vraiment chez elle. Mais avec un peu de temps, elle pourrait sans doute s’y habituer.
    
    Vega leva le nez vers Zeck pour voir son visage. Le choc l’avait figé dans une expression de stupéfaction intense. Les lumières clignotantes de la guirlande électrique du sapin se reflétaient dans ses yeux bleus, agrandis par la surprise, et dessinaient des ombres colorées sur ses pommettes, son nez et son menton.
    
    Comme il ne disait toujours rien, la jeune femme commença à s’inquiéter. Peut-être que le bonhomme de neige était de trop, en fin de compte.
    
    « J’ai fait quelque chose de mal ? s’enquit-elle. Ou j’ai oublié quelque chose, peut-être ? Je suis sûre que c’est ça. »
    
    Zeck secoua la tête et il retrouva la parole en même temps que son visage retrouvait sa mobilité. Lentement, un peu hésitant comme s’il n’était pas certain que ses yeux soient parfaitement fiables, il se mit à sourire.
    
    « Non, c’est… c’est parfait. Tu… Tu as vraiment…
    
    – Oui », répéta Vega.
    
    Le jeune homme s’arracha à sa contemplation et baissa les yeux vers elle. Il semblait si heureux, si rayonnant, si émerveillé tout à coup que la jeune femme estima que cela valait bien tout le mal qu’elle s’était donné.
    
    Soudain, Zeck la prit dans ses bras et la fit tournoyer. Vega eut une exclamation de surprise effarouchée avant d’éclater de rire.
    
    Elle était soulagée. Tout en complotant sa petite surprise, la jeune femme n’’avait pas pu s’empêcher de craindre que quelque chose se détraque. Mais le Terrien ne savait pas faire semblant. Elle avait atteint son but et c’était tout ce qu’elle avait besoin de savoir pour se sentir bien.
    
    « C’est pour moi que tu as fait ça ? demanda Zeck en la reposant par terre.
    
    – Eh bien… oui. Personne d’autre n’habite ici à ma connaissance. »
    
    Le jeune homme semblait incapable de s’arrêter de sourire et c’était communicatif. Vega commençait même à avoir des crampes dans les zygomatiques.
    
    « Mais pourquoi ? Je croyais que… Enfin, tu sais. »
    
    Oh oui, elle savait.
    
    Vega glissa ses bras autour de la taille du Terrien. Un jour, elle lui raconterait sans doute ce rêve bizarre qu’elle avait fait, avec ses Esprits cinglés et ses visions qui ne l’étaient pas moins. Ils rigoleraient un bon coup de ce que son imagination lui faisait voir quand elle ne faisait pas attention et l’histoire s’arrêterait là. Pas de séparation dans les larmes, ni de vieille peau colérique et frustrée.
    
     « C’est vrai que Noël et moi… nous avons une histoire difficile, convint-elle. Mais… je suppose que ça ne va jamais s’arranger si je ne fais pas un minimum d’efforts. Note bien, cependant, que je fais ça uniquement pour toi.
    
    – Je me vexerai que tu le fasses pour quelqu’un d’autre », répondit-il avec un clin d’œil.
    
    Vega sourit et se blottit contre lui.
    
    « Je n’ai pas de bons souvenirs avec Noël, déclara-t-elle. Mais si quelqu’un peut m’en donner, c’est bien toi.
    
    – C’est la chose la plus adorable que tu m’aies jamais dite. »
    
    Il souriait. La jeune femme pouvait l’entendre dans sa voix. Rien qu’à cette idée, elle se remit à sourire elle aussi.
    
    « Est-ce que je dois comprendre que tout ce que je dis n’est pas adorable ? » demanda-t-elle avec un air de feinte indignation.
    
    Le pilote s’accorda deux secondes de réflexion.
    
    « Pittoresque et coloré seraient des termes plus appropriés, me semble-t-il.
    
    – C’est pour être sûre que la conversation ne s’endorme pas.
    
    – Ah, c’est sûr qu’avec toi, on ne risque pas de s’endormir. »
    
    Le jeune homme la gratifia d’une petite tape dans le creux des reins.
    
    « Je vais prendre ça pour un compliment. »
    
    Vega se haussa sur la pointe des pieds et déposa un baiser éclair sur ses lèvres.
    
    Ils se tinrent immobiles un long moment. Du moins, jusqu’à ce qu’un rire secoue la poitrine de Zeck et fasse lever à la jeune femme un regard interrogateur vers son visage.
    
    « Mmm ? »
    
    La poitrine du Terrien tressaillit de nouveau.
    
    « Mais quoi ?
    
    – Je me demandais juste… Tu as bien dis que tu avais fait tout ça pour moi, n’est-ce pas ?
    
    – Oui », acquiesça la jeune femme en se demandant où il voulait en venir.
    
    Zeck glissa un regard lascif vers sa poitrine.
    
    « Est-ce que tu as aussi caché un déguisement de mère Noël, là-dessous ? »
    
    Et il riait de ses âneries, cet insupportable débauché.
    
    « Zeck Larchey ! s’indigna Vega. Je suis outrée. Tu devrais avoir honte !
    
    – Jamais », fanfaronna-t-il.
    
    La mécanicienne se tortilla pour échapper à son emprise, mais il était beaucoup plus fort qu’elle. D’ordinaire, c’était quelque chose qu’elle aimait beaucoup chez lui, mais qui en l’occurrence ne rendait guère aisée l’expression de son indignation.
    
    A défaut, elle lui assena donc un coup de poing dans l’épaule.
    
    « Ça m’apprendra à vouloir te faire plaisir, tiens », gronda-t-elle.
    
    Pas vexé pour un sou, Zeck riait à gorge déployée. La jeune femme leva les yeux au plafond, tandis que le Terrien la maintenait immobile pour parer à toute nouvelle attaque.
    
     « Arrête ton cirque, tu n’es pas fâchée », la nargua-t-il.
    
     Vega poussa un lourd soupir.
    
     « Tu commences à me connaître un peu trop bien. Ça devient problématique. »
    
     Le jeune homme lui adressa son sourire spécial je-n’y-peux-rien-si-je-suis-le-meilleur-et-que-tu-m’adores.
    
    « Je t’aime, Grincheuse. »
    
     Fort spirituellement, Vega lui tira la langue.
    
     « Moi aussi, je t’aime, grand nigaud.
    
     – Tu m’en vois ravi. »
    
    Et il l’embrassa.
    
    « Joyeux Noël, Vega, souffla-t-il contre ses lèvres.
    
     – Joyeux Noël, Zeck. »
    

Texte publié par Pixie, 25 décembre 2016 à 17h50
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