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Tome 2, Chapitre 4 « Esprit des Noëls futurs, sénilité et tirage au sor » Tome 2, Chapitre 4
Vega ferma les yeux et expira lentement, tandis que les restes fracassés de son réveil continuaient de biper dans la pièce d’à côté. Comment est-ce que l’engin pouvait encore fonctionner après avoir été projeté contre un mur ? Mystère. Mais rien ne tournait rond ce soir-là. En attendant, c’était pénible.
    
     Lassée, la jeune femme se leva, se rendit dans sa chambre et décocha un méchant coup de pied à l’insupportable et obstiné réveil. La machine se tut dans un dernier bip d’agonie. Pourtant, malgré l’écran éclaté et désormais d’un noir muet, elle sut qu’il était minuit. Et vu qu’elle avait fait un saut dans le passé, puis observé le présent, pas besoin d’avoir un doctorat en physique spatio-temporelle appliquée pour savoir qu’il ne lui manquait plus que de visiter son futur. Or, cette perspective ne l’enthousiasmait pas plus que ça, bizarrement. Elle avait comme un mauvais pressentiment.
    
     La mécanicienne jeta un regard à son lit aux draps froissés. Si elle se couchait et qu’elle faisait semblant de dormir, est-ce que le prochain Esprit – celui des Noëls futurs, sûrement, elle avait cru remarquer que ces gens-là manquaient un chouïa d’originalité – passerait son chemin sans l’enquiquiner ? Peu probable.
    
     Tant pis.
    
     Sans prendre le temps de se déshabiller, elle plongea sous les couvertures. Une fois la tête sur l’oreiller, elle se rendit compte, avec un temps de retard, qu’elle avait oublié d’éteindre la lumière dans le salon. Elle serra les dents et décida d’ignorer la facture d’électricité qui l’attendrait à la fin du mois.
    
     Vega enfouit le nez dans son oreiller.
    
     Elle ferma les yeux un quart de seconde. Un quart de seconde. Et…
    
     « Vega… »
    
     Non, non, non et non !
    
    « Elle n’est pas là », ronchonna-t-elle.
    
    Un bruit de pas sépulcral passa du salon à sa chambre.
    
    « Sors de là, Vega, on a un programme chargé. »
    
    Cette voix… Ce n’était pas possible, ce ne pouvait pas être…
    
    « Patron ? »
    
    Ignorant ses bonnes résolutions, la jeune femme leva le nez de son oreiller.
    
    Une grande silhouette sombre se découpait à contre-jour sur le fond illuminé de son salon. Sa cape noire tendue sur un squelette de yeti était toute trouée, lacérée, déchirée, comme si elle avait vécu sa première vie comme déguisement d’épouvantail. L’intrus abaissa sa capuche, révélant le crâne lisse, brillant et allongé de Vaughn Darash, ainsi que les six gros tentacules mouvants qui ornaient sa forte mâchoire. Il ne semblait pas très content.
    
    « Je ne suis pas…
    
    – Je sais, coupa Vega. Qu’est-ce que c’est que cette tenue ? »
    
    Esprit ou pas, ce n’était pas une raison de se balader habillé comme un croque-mort zombifié. C’était des coups à effrayer quelqu’un. Quoique c’était peut-être le but de la manœuvre.
    
    Darash jeta un regard à sa tenue, l’air perplexe.
    
    « En fait, je crois que c’est censé me donner un côté impressionnant.
    
    – Vous savez, vous n’avez pas vraiment besoin de ça… »
    
    La jeune femme détailla une nouvelle fois le fantôme de son patron et frissonna. Elle avait l’impression d’être revenue au jour de son entretien d’embauche – en ce temps-là, elle était encore jeune et impressionnable. Sauf qu’alors, Vega n’avait pas eu l’impression de jouer son avenir face à un potentiel futur patron qui semblait prêt à lui dévorer le cerveau. Les tentacules suffisaient amplement.
    
    « Tu crois ?
    
    – Certaine, patron. »
    
    Même s’il venait au boulot habillé en clown, il arriverait à faire filer droit son équipe de mécanos. Et pourtant, c’étaient des gars coriaces.
    
    « Ah. »
    
    Le Dagordien fit virevolter sa cape en lambeaux, qui se transforma en pelisse tout à fait convenable. Elégante, même. C’était le truc le plus classe qu’elle l’ait vu porter. Vu qu’il passait ses journées en bleu de travail, ça n’avait rien de très surprenant, mais quand même. Bref. Là n’était pas le sujet.
    
    « C’est mieux là, non ? »
    
    La mécanicienne acquiesça distraitement.
    
    « Je trouve aussi. L’autre me faisait paraître vingt ans de plus. »
    
    La probabilité que le vrai Darash prononce cette phrase était proche du zéro absolu. Ça commençait à faire beaucoup trop de détails invraisemblables pour une seule soirée.
    
    L’autre se reprit et se redressa.
    
    « Bon, maintenant, sors de là. On a du travail. »
    
    Il avait repris sa grosse voix bourrue qui déconseillait à quiconque de contrevenir aux ordres, sous peine de passer un très, très mauvais moment. Vega bondit hors de son lit et dut résister à l’envie de se mettre au garde-à-vous.
    
    « En piste, miss.
    
    – Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que je ne vais pas apprécier ce qui va suivre, déclara-t-elle en tâchant de dissimuler la soudaine anxiété qui s’emparait d’elle.
    
    – Parce que c’est probablement ce qui va se produire », répondit l’Esprit, l’air de rien.
    
    La mécanicienne soupira mais s’empara de la main aux doigts légèrement palmés que le spectre de son patron lui tendait. Le contact froid de la peau sous ses doigts la fit frissonner. Elle se demanda comment ils allaient se déplacer cette fois. Elle n’était pas du tout certaine de vouloir renouveler l’expérience du vortex spatio-temporel, mais le vol plané à travers sa fenêtre ne la tentait pas beaucoup plus.
    
    La jeune femme n’eut pas à se poser la question beaucoup plus longtemps. Elle eut l’impression que tous ses os se liquéfiaient et se coulaient dans ses pieds. C’était très bizarre et très déplaisant.
    
    Deux secondes et demie plus tard, l’ectoplasme gluant qu’elle était devenue retrouva sa corporalité – sensation non moins déplaisante que le processus inverse – et s’intéressa un peu à son nouvel environnement.
    
    Des murs blancs, une lumière artificielle et crue et des gens en blouse vert pisseux écœurant. Un hôpital ? Des vieilles personnes décrépies, tassées dans des fauteuils roulants grinçants ou clopinant sur des cannes tordues. Correction : une maison de retraite. Un effluve curieux flottait dans l’air, un mélange étrange de parfum de produits d’entretien antibactériens et d’odeur poussiéreuse et âcre de ruine humaine.
    
    « Demi-tour, réclama-t-elle.
    
    – Hein ? Mais on vient d’arriver ! protesta l’Esprit.
    
    – M’en fous.
    
    – Vega Eilor ! tonna l’autre. Arrête d’agir comme une gamine. Il est temps que tu apprennes à affronter tes problèmes ! »
    
    La jeune femme le fusilla du regard. Mais ce genre de réaction n’avait aucun effet sur Vaughn Darash et n’en avait pas plus sur son sosie, apparemment. Il l’attrapa par le coude et la conduisit dans un coin de la pièce où ils avaient atterri.
    
    Personne ne faisait attention à eux. Ils devaient être invisibles, comme à l’orphelinat.
    
    La salle commune était pleine de gens, mais un silence pesant y régnait. En fait non, pas un silence. Un léger bourdonnement de murmures séniles, de ronflements, de claquements de dentier et de chuchotements du personnel asticotait ses tympans, agaçant comme le vrombissement d’un réfrigérateur.
    
    « Regarde par-là. »
    
    Vega leva les yeux au ciel et tourna la tête dans la direction indiquée.
    
    Une vieille femme aux cheveux gris et blanc où subsistaient quelques mèches de bleu foncé était assise dans un fauteuil roulant et marmonnait toute seule dans son coin en regardant fixement le mur en face d’elle. La peau de ses joues flasques tremblotait comme de la gelée et ses mains tordues et squelettiques convulsaient sur les accoudoirs de son siège comme deux grosses araignées moribondes.
    
    La jeune femme mit quelques secondes à se rendre compte que c’était elle, avec au moins deux cents ans de plus. C’était sans doute évident pour tout le monde, mais à la vérité, la mécanicienne ne s’était jamais imaginée vieille. Non pas qu’elle vive de manière particulièrement dangereuse ou que l’époque soit très meurtrière – on avait connu pire – mais vraiment, elle ne s’était jamais imaginé vieillir. Quand elle avait pris le temps de s’interroger sur la question – et ça ne lui était pas arrivé souvent, elle n’avait jamais envisagé son avenir au-delà de ses quarante ans. Et encore, en prenant large.
    
    Alors se voir en petite vieille croulante aux airs de sorcière… C’était choquant.
    
    « Ce n’est pas très beau à voir, commenta l’Esprit.
    
    – Non, mais je ne vous permets pas ! » s’indigna-t-elle.
    
    C’était une chose de faire elle-même ce constat, c’en était une autre de l’entendre prononcé à voix haute par un esprit qui avait pris l’apparence de son patron. Est-ce qu’elle lui disait qu’il avait une tête de poulpe constipé, lui ?
    
    « Oui, bon. N’empêche. Regarde-toi, répondit l’autre.
    
    – Je n’en ai pas très envie, non.
    
    – Tant pis pour toi. Ça ne m’empêchera pas de te raconter la suite. »
    
    O joie.
    
     « Pour faire court, commença l’Esprit-Darash, en vieillissant, ton intransigeance à l’égard des fêtes de Noël a fini par s’étendre à tout le reste, Zeck t’a quittée pour vivre avec quelqu’un de plus accommodant, tu es devenue de plus en plus aigrie et tes enfants t’ont collée en maison de retraite pour ne plus entendre parler de toi. Moragh venait encore te voir une ou deux fois dans l’année en souvenir de votre amitié, mais ça fait quelques années qu’il est mort et que tout le monde a décidé de t’oublier sans scrupule d’aucune sorte. »
    
     Heureusement qu’il avait fait court.
    
     Sonnée, Vega ne put s’empêcher de dévisager cette autre version d’elle-même qui avait tout raté. Pas étonnant qu’elle n’ait jamais voulu se voir vieille. Son subconscient devait déjà se douter que ça finirait mal.
    
     « Donc, si je comprends bien, déclara-t-elle au bout d’un moment, je fous en l’air ma vie, celle de mes enfants et je dérègle l’ordre cosmique, juste parce que je n’aime pas Noël.
    
    – C’est un chouïa exagéré, mais pas totalement faux. »
    
    Moui. C’était un Esprit de Noël, il fallait sans doute qu’il justifie sa propre existence et la tâche qu’on lui avait confiée. La jeune femme supposait qu’à ses yeux, comme à ceux de ses enquiquineurs de collègues, la disparition de Noël entraînerait la disparition de la galaxie dans une explosion cataclysmique qui défigurerait pour toujours la face de l’univers.
    
    En attendant, même en laissant ces considérations métaphysiques de côté, Vega ne pouvait s’empêcher d’éprouver un profond dégoût d’elle-même à l’idée d’avoir laissé tout cela se produire.
    
    D’avoir laissé Zeck s’en aller, pour commencer. La jeune femme décida volontairement d'oublier le fait qu’ils allaient avoir des enfants ensemble. C’était une pensée un peu trop perturbante pour l’heure. Mais au-delà de ça, son moi de vingt-six ans était trop amoureux du jeune Terrien pour envisager une telle issu sans frémir d’horreur. Les gens changeaient avec le temps, mais… Et si elle avait même réussi à épuiser Moragh…
    
    « Je vais me réincarner en bouse », lâcha-t-elle avec l’absolue certitude que c’était la seule conclusion logique à la débâcle qu’était – qu’allait devenir ? – sa vie.
    
    Et au final, c’était peut-être mieux comme ça. Quel mal pouvait-il advenir à une bouse ?
    
    « Je ne dirais pas cela, corrigea l’Esprit. A ta mort, mais ce n’est pas près de se produire, si ça t’inquiète, tu es plutôt du genre dure à cuire. Bref, à ta mort, tu rejoindras la terre où tu pourriras lentement, recyclant toutes tes matières organiques en nourriture pour les vers et en engrais pour les plantes. A terme, il se pourrait que tu finisses en bouse, mais à ce moment-là, tu auras été digérée trop de fois pour encore t’en rendre compte. »
    
    En plus de n’avoir rien compris à la réincarnation, celui-là n’avait pas non plus saisi que réconforter les gens impliquait de ne pas les enfoncer dans leur propre médiocrité. De manière générale, les manières de ces Esprits de Noël méritaient un bon coup de gueule auprès de leur service-client. Si tant est qu’ils en aient un.
    
    « On peut arrêter là le cours de sciences nat’ ? réclama la jeune femme en grinçant des dents. Que je puisse m’apitoyer sur moi-même ? »
    
    L’Espirt-Darash claqua de la langue, réprobateur, agitant ses tentacules pour faire bonne mesure.
    
    « T’apitoyer ne servira à rien, lui reprocha-t-il.
    
    – Je sais, mais c’est la seule manière pacifique que je connaisse pour évacuer la frustration, » rétorqua la mécanicienne.
    
    Elle pouvait s’y prendre autrement, bien sûr, mais dans ce cas, ceux qui se trouvaient avec elle y gagnaient souvent des bleus et elle, des phalanges broyées. Pas sûr que le sosie de son patron apprécie beaucoup ce traitement. Cela dit, vu sa carrure, il était capable de la mettre KO avant même qu’elle ne puisse lui infliger ne serait-ce qu’une pichenette. Mais peut-être était-ce le moyen de mettre un terme à toute cette folie. Une fois qu’elle serait hors-service, ces satanés Esprits seraient bien embêtés pour lui faire voir des horreurs. Elle aurait dû y penser plus tôt.
    
    A ce moment, le regard de Vega tomba sur un groupe de quatre infirmiers à quelques pas d’eux. Ils semblaient vouloir se faire discrets mais n’avaient pas besoin de se donner tant de mal, vu que les trois-quarts des pensionnaires présents dormaient comme des bienheureux, tandis que le quart restant ne faisait pas la moindre attention à eux. Pas même la version antique de Vega, d’ailleurs, qui continuait de marmonner en direction du mur comme s’il lui avait personnellement fait offense.
    
    Intriguée par leur comportement – qui avait le mérite de la détourner d’une réalité beaucoup plus dérangeante relative à sa personne, la jeune femme plissa les yeux et se haussa sur la pointe des pieds pour voir ce qu’ils trafiquaient. Ils avaient l’air de tirer quelque chose au sort ou à la courte paille, elle était trop petite pour voir par-dessus leurs épaules.
    
    L’affaire fut vite pliée. Quelques instants plus tard, le malheureux perdant – ou ce que la mécanicienne supposa comme tel – fut consolé à grandes claques compatissantes dans le dos. Ses collègues se dispersèrent et commencèrent à distribuer leurs repas et leurs médicaments aux résidents. Pendant ce temps, dissimulant son air de martyr sous un sourire joliment hypocrite que Vega détesta aussitôt, le malheureux infirmier s’empara d’un plateau tout prêt sur une desserte, y adjoignit une série de flacons colorés et se dirigea droit vers la vieille Vega.
    
    « Non, je ne le crois pas », murmura la jeune femme avec dans la voix une note d’hystérie.
    
    Eh bien, si.
    
    « Madame Vega ! » s’exclama l’infirmier avec une voix de fausset.
    
     Par tous les Anciens, ils tiraient au sort pour savoir qui devait aller s’occuper d’elle ! C’était monstrueux. Elle était monstrueuse. Cependant, avec la poisse qu’elle se traînait, ça n’avait pas grand-chose d’étonnant. A force de taper sur les mêmes, il fallait bien s’attendre à ce qu’un jour, ces derniers mordent en retour. Mais tout de même, elle n’avait pas pu si mal tourner juste à cause de Noël !
    
     La jeune femme se rendit compte un peu tard qu’elle avait pensé à voix haute.
    
    « Non, mais ça commence par-là, lui répondit l’Esprit. Les petites causes conduisent souvent aux plus grands désastres. »
    
    Ah bah là, pour un désastre… Vega se targuait de ne jamais faire les choses à moitié. Apparemment, cette philosophie de vie était vouée à faire d’elle un objet d’exécration universelle.
    
    Pendant ce temps-là, « Madame Vega » avait décidé de faire un scandale et en était au tour de chauffe. Autrement dit, elle râlait, mais pas au point d’en faire profiter tout le monde. Pas encore. Si la mécanicienne en croyait ses marmonnements, elle accusait l’infirmier d’essayer de l’empoisonner. Ce dernier devait avoir l’habitude car il lui répondit sans se démonter, avec un calme que Vega admira en toute sincérité. Elle-même n’aurait pas eu autant de patience. En fait, elle ne lui en aurait même pas tenu rigueur s’il avait vraiment été en train de l’empoisonner.
    
    « Qu’est-ce que je suis censée faire, maintenant ? soupira-t-elle. J’espère que vous signez les arrêts-maladie pour dépression. »
    
    L’autre leva les yeux au ciel.
    
    « Ton avenir n’est pas figé, Vega. Ce que tu vois n’est que le fruit du chemin que tu es en train de prendre. Tu peux encore le changer. Mais plus le temps passera et plus cela te sera difficile. »
    
    La jeune femme soupira.
    
    « Comme par hasard. Et donc, qu’est-ce que je dois faire, concrètement ? Je sais bien que je peux difficilement faire pire, mais… »
    
    Elle jeta un coup d’œil à la vieille peau qu’elle était supposée devenir et qui s’était mise à insulter copieusement le malheureux infirmier qui ne faisait que son travail. Son oreille capta au passage un certain nombre d’injures bien gratinées qu’elle n’avait encore jamais entendues nulle part. Autant voir un peu de positif là-dedans : il lui restait encore des choses utiles à apprendre.
    
    Quoi qu’il en soit, elle ne voulait pas se transformer en… ça.
    
    « Mais je ne serais pas contre un ou deux conseils », termina-t-elle.
    
    Tant qu’à faire, il fallait bien qu’il serve à quelque chose, l’autre Esprit.
    
    Cela le fit rire. Un gros rire de fond de gorge qui ressemblait au croassement lugubre d’un corbeau mêlé à une sorte de barrissement d’éléphant asthmatique. Vega eut un mouvement de recul involontaire. C’était encore plus flippant que la tenue de croque-mort qu’il portait en débarquant chez elle.
    
    Après quelques secondes d’angoisse, l’hilarité de l’Esprit cessa.
    
    « Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, miss. Tu dois trouver toi-même la solution. »
    
    Elle l’aurait parié. Il n’y avait que dans les films que l’héroïne recevait une aide effective de la part des faire-valoir qui l’accompagnaient.
    
    « Mais ce n’est pas juste ! s’indigna-t-elle.
    
    – Si le monde était juste, cela se saurait. »
    
    Vega serra les dents. Après une nuit pareille, l’idée de se retrouver avec une devinette existentielle sur les bras avait tout pour la désespérer. Et puis, qu’est-ce qui lui assurerait que tous les efforts qu’elle pourrait faire seraient récompensés ? Comment être sûre qu’en essayant de s’améliorer, elle arrangerait véritablement son triste avenir ? Est-ce que les Esprits de Noël assuraient le service après-vente et reviendraient lui confirmer qu’elle allait dans le bon sens ?
    
    Et pendant ce temps-là, l’Esprit-Darash s’esclaffait. Même s’il avait l’apparence de son patron, la mécanicienne ressentit soudain l’envie de le frapper. Cette pensée ne lui aurait jamais effleuré l’esprit si elle s’était trouvée face au vrai Darash, mais à la guerre comme à la guerre. Est-ce que c’était une manière de secourir les gens, ça ? Si se moquer était la meilleure manière de rendre le monde plus beau, elle voulait bien devenir la plus grand philanthrope de Vigine.
    
    « Ça suffit ! gronda la jeune femme. Vous ne voyez pas que j’ai besoin d’aide, là ? »
    
     Syndrome de la demoiselle en détresse, s’auto-diagnostiqua-t-elle. La situation était encore plus critique que ne le pensait.
    
    « Aide-toi et le ciel t’aidera, disaient les Terriens, pontifia l’Esprit. Tu ferais bien de t’inspirer de ça. »
    
    La sagesse terrienne, une valeur sûre. Le pire, c’est que Vega ne trouva pas de réplique intelligente à lui opposer.
    
     Son silence eut l’air de satisfaire l’Esprit-Darash.
    
     « Bien. Maintenant qu’on a fini de discuter… »
    
     Non, ils n’avaient pas fini. Il fallait qu’elle sache, il lui fallait une solution, une assurance, une réponse, quelque chose, n’importe quoi ! Elle ne pouvait pas s’en tenir à cet avenir terrifiant sans savoir comment le changer !
    
     Mais l’Esprit des Noëls futurs ne lui laissa pas le temps de faire valoir son point de vue.
    
     Aussitôt, la jeune femme sentit de nouveau son corps se liquéfier, disparaître. Un cri s’étouffa douloureusement dans sa gorge et elle se fondit dans le néant.
    
     A ce moment, Vega se réveilla en sursaut.
    

Texte publié par Pixie, 18 décembre 2016 à 17h14
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