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Tome 2, Chapitre 3 « Esprit des Noëls présents, cafard et déséquilibre » Tome 2, Chapitre 3
Demeurée seule, Vega retint un juron. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? Etait-elle condamnée à subir une invasion de fantômes/esprits/casse-pieds jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Parce que c’était en bonne voie. Si c’était encore pour subir deux ou trois souvenirs de ce genre, mieux valait qu’elle en finisse tout de suite, ce serait plus rapide et moins douloureux.
    
     La jeune femme s’avachit dans son fauteuil et accessoirement, sur le bol de soupe vide qui y traînait. Elle râla encore un peu pour faire bonne mesure, délogea l’obstacle et se rencogna dans les plis ramollis du siège, déterminée à n’en pas bouger de la nuit. Elle n’avait pas encore totalement abandonné l’idée que tout ceci n’était, au choix, qu’une vaste fumisterie ou une hallucination géante particulièrement réaliste, mais elle était bien décidée à parer à toute éventualité.
    
     N’empêche, c’était bien sa veine. Elle qui avait toujours trouvé très amusantes les histoires de fantômes de Zeck, elle était servie, mais pas amusée du tout, pour le coup. Se faire hanter n’avait décidément rien de drôle.
    
     Morose, elle coinça ses pieds sous ses fesses et entreprit consciencieusement de se ronger l’ongle du pouce. Elle n’était pas stressée. Juste un peu sur les nerfs. Bon, peut-être un peu plus qu’un peu, mais les souvenirs de la maison de l’assistance publique lui faisaient toujours cet effet.
    
     Tout n’était pas bon à jeter de ces années qu’elle avait passées à l’orphelinat jusqu’à sa majorité. C’était là-bas qu’elle avait découvert son goût pour les navettes spatiales, le pilotage et la mécanique. Ce qui englobait plus ou moins toute sa vie, Zeck et son Carena 738 inclus. Ce n’était donc pas rien.
    
    Mais la plupart de ses souvenirs liés à l’assistance publique n’étaient pas de ceux qu’on racontait joyeusement au coin d’un feu pour amuser la galerie. Elle tâchait toujours de les maintenir cadenassés dans le recoin le plus sombre de son esprit, mais parfois, il y en avait un ou deux qui parvenaient à s’échapper. Sauf que cette fois, il y avait un peu plus qu’une malheureuse réminiscence fugueuse et rétive. Pendant un instant terrifiant, Vega était redevenue cette petite fille qui avait appris à la dure que si on voulait quelque chose, il fallait se battre pour l’avoir et que si on voulait le garder, il fallait se battre plus encore.
    
    La jeune femme ferma les yeux. C’était une situation qui valait bien une triple dose de café bien noir. Ce qui, accessoirement, lui permettrait sans doute de se tenir éveillée. S’il lui restait d’autres fantômes à affronter, mieux valait qu’elle soit d’attaque.
    
    Sans cesser de ruminer ses mauvaises pensées – ce qui était toujours mieux que de sombrer dans une crise existentielle – Vega se leva et fit réchauffer le reste de café qu’elle avait préparé plus tôt dans la soirée.
    
    Au moment où elle empoignait son mug brûlant, une nouvelle sonnerie de son réveil perça le silence. Surprise, la mécanicienne sursauta. Mauvais réflexe. Le café chaud se répandit un peu partout, en particulier sur ses mains. La douleur fusa. Vega lâcha le mug qui s’écrasa sur le sol, projetant du café partout. Et pendant ce temps-là, la sonnerie continuait de la narguer.
    
    Lâchant une bordée de jurons, elle secoua ses mains brûlées, tout en se dirigeant vers sa chambre. Le réveil à affichage digital indiquait onze heures. Sans s’embarrasser de délicatesse et animée d’un sentiment vindicatif on ne peut plus légitime, la jeune femme le projeta contre le mur. Au vu des circonstances, il l’avait bien cherché.
    
    La sonnerie se tut dans un couinement pitoyable et le silence revint.
    
    « Grr », gronda-t-elle.
    
    Grimaçant devant ses mains rougies, Vega retourna dans son séjour. A ce rythme, elle allait réussir à se retrouver avec une jambe et un œil en moins avant que le jour ne se lève. Elle était certes maladroite, mais d’ordinaire, elle n’avait pas droit à un combo de ce genre. Et après, elle était supposée apprécier Noël, hein ? Grands ancêtres, c’était encore pire que d’habitude !
    
    La jeune femme passa ses mains sous l’eau froide, les pieds largement écartés pour éviter la flaque de liquide noir et de porcelaine brisée sur le sol. Ne lui restait plus qu’à se claquer un muscle et à atterrir les quatre fers en l’air dans le café pour compléter le désastre.
    
    « Merde ! » jura-t-elle de nouveau.
    
    Ça ne l’aidait pas beaucoup, mais ça soulageait.
    
    « Ça n’a pas l’air d’aller…
    
    – Non, ça ne va pas ! » grogna-t-elle.
    
    Vega s’immobilisa. Lentement, elle se retourna.
    
    Personne.
    
    Super, maintenant, elle entendait des voix. Bientôt, on lui dirait que son destin était de bouter les Terriens hors de Vigine à coups de pied et de clef à molette. Il était très, très, grand temps que cette nuit se termine.
    
    « Hé, par ici. »
    
    La jeune femme fronça les sourcils et avisa alors son transmetteur holographique. Une diode clignotait sur le boîtier. Une tête que, là encore, elle ne connaissait que trop bien, se matérialisa alors sous la forme d’un hologramme verdâtre et vacillant.
    
    « Zeck ?
    
    – Ah ? En fait, il se trouve que je suis l’Esprit des Noëls présents. Cette forme n’est que le produit…
    
    – De mon inconscient, j’ai compris », termina-t-elle en fermant les yeux.
    
    Ça commençait à devenir éreintant cette manie des fantômes à se pointer sous l’apparence des personnes qui lui étaient le plus proche. Théoriquement, c’était de sa faute, lui répliqua la partie encore un peu logique de son cerveau. Certes, mais il était plutôt frustrant de s’en prendre à sa propre cervelle. D’une part, elle manquait cruellement de répondant – ce qui était plutôt curieux, quand on y réfléchissait bien – et de l’autre, c’était nettement moins gratifiant que de pouvoir s’énerver contre quelqu’un de bien réel.
    
     Quand la mécanicienne rouvrit les yeux, un pseudo-Zeck holographique vêtu d’une grande cape rouge terminait d’extraire sa jambe de l’appareil de communication. Et une chose bizarre de plus à rajouter à cette soirée pourrie, une.
    
     En tout cas, le jeune homme qui s’avançait vers elle avec un sourire charmeur semblait on ne peut plus corporel ce qui, effet secondaire de tout le reste, lui donna le cafard. Voir son Zeck à elle, ses yeux bleus pétillant de malice, les bras grands ouverts comme pour la prendre dans ses bras, tout en sachant très bien que ce n’était pas lui, lui faisait regretter de ne pas l’avoir en chair et en os à ses côtés.
    
     « Je suppose que vous…
    
    – Ne me vouvoie pas ! C’est encore pire que quand c’était Moragh… »
    
    L’Esprit écarta les mains, sans se départir de son sourire ni de son espièglerie.
    
    « A tes ordres, princesse. Alors, prête ?
    
    – Prête à quoi ? marmonna Vega.
    
    – Je vais prendre ça pour un oui. »
    
    Une fraction de seconde plus tard, la jeune femme se retrouva dans les bras du faux Zeck. Enfin, faux Zeck… façon de parler, parce que ses pectoraux étaient bien ceux de son amoureux. Elle s’en était suffisamment servi comme oreiller pour savoir faire la différence. Son cafaromètre prit dix points d’un coup. Parce que d’ici deux secondes, l’Esprit-Zeck allait probablement sortir l’une de ses phrases de fantôme et tout l’effet réconfortant qu’elle éprouvait à se sentir dans ses bras allait être ruiné.
    
     Ce qui ne serait pas arrivé, si elle n’avait pas poussé Zeck, le vrai, à accepter ce stupide contrat.
    
     Parfois, il aurait vraiment fallu qu’elle se donne des claques.
    
     « J’espère que tu n’as pas le vertige.
    
    – Pourquoi ? On va où ? » demanda Vega, méfiante.
    
    Elle avait le vertige.
    
    « Surprise. »
    
    Evidemment. La mécanicienne espéra qu’il ne s’attendait pas à des cris de joie à leur arrivée.
    
    « Accroche-toi. »
    
    Résignée, elle obéit.
    
    Aussitôt, ses pieds quittèrent le sol et elle révisa son jugement. Elle n’était pas du tout résignée. Elle se cramponna à la cape de velours rouge que portait l’Esprit-Zeck. Elle étira les doigts de pied dans l’espoir de retrouver le plancher des vaches. Mais elle n’eut pas bien longtemps à poursuivre ses vains efforts. L’Esprit resserra ses bras autour d’elle et ni une ni deux, ils volèrent à travers l’appartement, droit vers la baie vitrée.
    
    La jeune femme n’eut pas le temps de hurler. En revanche, elle sentit distinctement ses yeux s’agrandir d’horreur jusqu’à envahir la moitié de son visage.
    
    Le choc avec la vitre n’advint jamais. Ils passèrent au travers et se retrouvèrent à flotter dans le vide au-dessus de la rue déserte. Vega était si terrifiée qu’elle enfouit son visage dans un pli de la cape du fantôme. Décidément, elle aurait eu droit à tout. Après la téléportation, la lévitation. C’était quoi la prochaine étape, la désintégration ?
    
    « Eh, ne t’inquiète pas, tenta de la rassurer le faux Zeck. Je suis un spécialiste. »
    
    Bizarrement, Vega ne se sentit pas rassurée.
    
    « Détends-toi, conseilla l’autre. Regarde, il neige. »
    
    Ça ne la dérangeait pas plus que ça de le croire sur parole. Neige ou pas neige, ce n’était pas ça qui allait lui faire oublier qu’elle avait des kilomètres de vide sous les pieds.
    
    Elle entendit un soupir amusé puis sentit l’air se déplacer autour d’elle. Ils bougeaient. La jeune femme gémit pitoyablement. Elle risqua tout de même – et les Anciens seuls savaient pourquoi – un regard par-dessus l’épaule de son guide.
    
    Les lumières de Gora défilaient à toute vitesse, traçant des sillons fluorescents dans la brume rosâtre battue par la neige qui surplombait la ville. Vega entraperçut les feux clignotants d’une navette en vol, la seule semblait-il. Le spatio-port était comme endormi dans son écrin de lueurs joyeuses. Ils croisèrent une grande enseigne qui souhaitait « Joyeux Noël ! » aux passants puis plongèrent entre deux hautes tours d’habitation. La mécanicienne poussa un cri et retourna enfouir son nez dans la cape rouge.
    
    Le trajet n’avait sans doute dû prendre que quelques minutes. Vega eut l’impression qu’il avait duré une éternité quand l’Esprit déclara :
    
    « On est arrivé. »
    
    La jeune femme refusa obstinément de lever le nez.
    
    « Pas de panique. On est sur un balcon. »
    
    Suspicieuse, elle glissa un très rapide coup d’œil vers le sol. Voyant qu’il n’était plus à quinze kilomètres, elle le tâta du bout du pied et fut on ne peut plus soulagée de la trouver consistant. Elle n’avait jamais été aussi heureuse de voir du béton.
    
    « Qu’est-ce qu’on fait là ? » demanda-t-elle un peu sèchement.
    
    Elle n’était pas près de digérer le sale coup qu’il venait de lui faire.
    
    « Observer, répondit laconiquement l’autre.
    
    – Observer quoi ? »
    
    Pour toute réponse, il désigna du doigt la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon où ils étaient perchés.
    
    « Ça ne se fait pas de regarder chez les gens, répliqua Vega. Ce n’est pas poli. »
    
    Les surveillantes de l’assistance publique étaient du genre à cheval sur les manières et autres joyeusetés de la vie en société. Ça avait laissé des traces, même si la mécanicienne en avait mis volontairement quelques-unes parmi les plus encombrantes au placard depuis lors.
    
    L’Esprit lui adressa un regard si insistant qu’elle s’en sentit mal à l’aise. Merde, pourquoi fallait-il qu’il la regarde comme Zeck quand elle avait sorti une ânerie plus grosse qu’elle ? Irritée et gênée en même temps, la jeune femme baissa les yeux et franchit la courte distance qui la séparait de la porte-fenêtre.
    
    De l’autre côté de la vitre se trouvait un salon de petites dimensions. Les murs en étaient nus et blancs et le mobilier sortait sans doute de la gamme bon marché de la marque Ipéca. Mais dans un coin, un tout petit sapin rachitique disparaissait presque entièrement sous les guirlandes, boules de Noël et autres colifichets, au point que Vega se demanda qui de l’arbre ou de la décoration soutenait l’autre. Un tout petit garçon était roulé en boule sur un tapis très moche, au pied de deux fauteuils qui entouraient le sapin. Un homme et une femme y étaient assis, une petite chanson de Noël en fond sonore parachevant ce charmant tableau familial.
    
    « Tu les reconnais ? » demanda l’Esprit dans son oreille.
    
    Surprise, la jeune femme sursauta et envoya, de manière tout à fait incontrôlée, un coup de poing dans l’épaule de l’Esprit-Zeck. Ce dernier grimaça et posa sur elle un regard torve.
    
    « Tu m’as fait peur, se justifia Vega. Et non, je ne les connais pas ces personnes. Qu’est-ce qu’on fiche ici ?
    
    – Tu es sûre ? »
    
    Lui-même se pencha vers la porte-fenêtre jusqu’à écraser son visage contre la vitre.
    
    « C’était pourtant la bonne adresse », marmonna-t-il.
    
    La mécanicienne regarda de nouveau dans le salon. L’homme venait de se lever et, accroupi devant l’enfant, semblait vérifier qu’il était bien endormi.
    
    « Tu peux y aller », déclara l’homme en levant un regard violet vers la femme.
    
    A la vue de ce regard, Vega eut un flash.
    
    « Eh, mais… »
    
    Elle s’interrompit, pas très certaine de ce qu’elle comptait dire. Effectivement, elle ne connaissait pas vraiment ces gens. Juste l’homme, qui répondait au nom de Jed, et qu’elle avait brièvement rencontré au cours d’une soirée qui avait mal tourné avec le vrai Zeck quelques mois plus tôt. Le malheureux était gardien de prison au poste central et devait composer avec Argie, une intelligence artificielle reliée au réseau et intégrée à son casque. Un calvaire qui aurait dégoûté n'importe qui de la légalité.
    
    D'ailleurs, ledit casque se trouvait sur une commode et Vega se rendit compte que c'était de là que provenait l'agaçante chansonnette qu'elle entendait depuis tout à l'heure. En se concentrant, elle parvint même à reconnaître la voix d'Argie dans le murmure grinçant et passablement aviné qui émanait du casque. Il avait sûrement dû abuser du vin chaud numérique. Pas très professionnel pour une intelligence artificielle aussi tatillonne, mais bon... Noël justifiait toutes les folies, apparemment.
    
    « Tu vois que tu les connais », déclara le pseudo-Zeck avec une nuance de triomphe dans la voix.
    
    La jeune femme haussa les épaules. Elle n'était pas sûre qu'on puisse « connaître » un homme croisé dans une prison, mais si ça lui faisait plaisir de le croire...
    
    A ce moment, la femme revint avec un petit paquet joliment emballé sous le bras. Elle alla le déposer sous le sapin, près de la tête de son fils. Elle passa ensuite une main tendre dans les boucles noires du petit garçon puis sourit à son compagnon.
    
    Vega se sentit soudain gênée de se trouver là à les épier. Ils n'avaient visiblement pas beaucoup de moyens, mais ils faisaient beaucoup d'efforts pour offrir un joli Noël à leur fils.
    
    Brusquement, Argie se mit à brailler plus fort, mais ce n'était plus une chanson de Noël. La mécanicienne ne comprit rien à son baragouinage, ce qui ne fut pas le cas de Jed, à l'évidence. Avec un air navré, ce dernier embrassa la joue de son fils - que le bruit n'avait miraculeusement pas réveillé, puis sa femme.
    
    « Tu dois vraiment y aller ? protesta-t-elle.
    
    – Je n'ai pas le choix, mon cœur. Tu le sais bien. Je serai vite de retour.
    
    – Mais il va ouvrir son cadeau sans toi...
    
    – Tu me raconteras. »
    
    Jed embrassa de nouveau la femme puis se leva, récupéra Argie qui s'était remis à chanter « Mon beau sapin... » d'une voix de fausset, et quitta la pièce.
    
    Vega se tourna alors vers l'Esprit-Zeck.
    
    « Tu essayes de me faire culpabiliser, hein ?
    
    – Précisément.
    
    – Bah c'est réussi », maugréa-t-elle.
    
    Le fait était.
    
    « Tu me vois ravi de l’apprendre.
    
    – Cela dit, ce n'est pas parce que moi je vais fêter Noël que ces gens-là pourront le fêter mieux, ajouta-t-elle.
    
    – C'est une question d'équilibre, répondit doctement l'Esprit. Comme pour tout le reste d'ailleurs. Si chacun y met un peu du sien, l'ordinaire de tous s'en trouve amélioré. »
    
    La jeune femme haussa un sourcil.
    
    « Tu es en train de me dire que le fait que je n'aime pas Noël met en péril l'ordre cosmique », résuma-t-elle, dubitative.
    
    L'Esprit-Zeck s'accorda une demi-seconde de réflexion avant d'acquiescer.
    
    « Dans les grandes lignes, nuança-t-il.
    
    – J'ai toujours su que j'avais un mauvais karma », déclara Vega, fataliste.
    
    Le jeune homme secoua la tête.
    
    « Pas besoin d'être si mélodramatique.
    
    – Je fais ce que je peux. »
    
    Cela arracha un sourire à son fantôme de compagnon. La mécanicienne jeta un regard par la porte-fenêtre, mais il semblait qu’elle avait vu tout ce qu’elle devait voir.
    
    « Et maintenant ?
    
    – Maintenant… »
    
    L’Esprit-Zeck jeta un œil à sa montre et claqua la langue avec réprobation.
    
    « Maintenant, nous sommes en retard. Très en retard. »
    
    Vega leva les yeux au ciel.
    
    « En retard pour quoi, encore ?
    
    – Je vais me faire tirer les oreilles, marmonna-t-il en l’ignorant.
    
    – Je voudrais bien voir ça », grogna la jeune femme en retour.
    
    L’Esprit-Zeck fit un pas dans sa direction, comme pour la prendre de nouveau dans ses bras. Sauf que la jeune femme ne gardait pas un très bon souvenir de la dernière fois que cela s’était produit. Elle eut un mouvement de recul.
    
    « Non, non, hors de question, protesta-t-elle. Je refuse de sauter dans le vide.
    
    – Ne fais pas l’enfant, la gronda l’Esprit. Tu ne vas pas sauter dans le vide, je te tiendrais.
    
    – Voilà qui est rassurant…
    
    – Et de toute façon, comment comptes-tu rentrer chez toi ? »
    
    La mécanicienne ouvrit la bouche mais rien ne lui vint. Elle jeta un coup d’œil prudent par-dessus le garde-fou en béton du balcon. Non, pas une bonne idée. Puis, elle se tourna vers la baie vitrée qui donnait sur l’appartement de Jed. Faire irruption dans la pièce en prétendant avoir été amenée là par un fantôme soucieux de démêler ses problèmes existentiels lui vaudrait sans doute, au mieux, un coup de poêle à frire sur le crâne, au pire, un aller simple pour la cellule de dégrisement capitonnée la plus proche. Pas une bonne idée non plus.
    
    Les dents serrées, Vega revint à l’Esprit.
    
    « Viens me faire un câlin, déclara-t-il en lui ouvrant les bras, tout sourire.
    
    – Mmph. »
    
    Deux minutes plus tard, ils étaient en vol au-dessus de Gora. Il avait cessé de neiger, mais l’épaisse couche de flocons blancs qui recouvrait la ville luisait de couleurs fluorescentes comme un suaire psychédélique.
    
    Un infini sentiment de soulagement s’empara de Vega quand elle reconnut son immeuble et, tout en haut, la fenêtre de son perchoir préféré. Il y eut bien un moment de panique quand elle comprit que le pseudo-Zeck comptait bien y rentrer comme ils en étaient sortis, autrement dit droit à travers la vitre, mais sinon, tout se passa à peu près bien.
    
    Une fois arrivé, l’Esprit la déposa fort délicatement dans son fauteuil et jeta de nouveau un regard à sa montre.
    
    « Juste à temps, déclara-t-il avec un sourire satisfait. Bon courage pour la suite ! »
    
    Vega ne broncha même pas quand il parla de « suite ». Elle craignait déjà le pire.
    
    L’Esprit lui fit un petit signe de tête, puis son image vacilla comme celle d’un hologramme et il disparut, laissant la jeune femme seule.
    
    Une poignée de secondes plus tard, un couinement plaintif se fit entendre.
    

Texte publié par Pixie, 11 décembre 2016 à 14h53
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