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Tome 2, Chapitre 1 « Psychopathe, Noël et solitude » Tome 2, Chapitre 1
Spatio-port de Gora, planète Vigine
    
    
    A Gora, l’hiver était glacial.
    
     Il était difficile de croire qu’une ville aussi polluée, surpeuplée et bouillonnante que Gora puisse souffrir du froid, mais c’était l’un des paradoxes de ce coin de la galaxie. Et plus le temps passait, pire c’était.
    
     Bref.
    
     Le processus de congélation du spatio-port commençait relativement tôt dans la saison. C’était d’abord le vent qui jour après jour refroidissait l’atmosphère. Les hautes aiguilles de verre des tours de bureau ou d’habitation semblaient vouloir se replier sur elles-mêmes. A défaut, elles accrochaient de longs lambeaux de nuages couleur de soufre pour s’en faire des écharpes.
    
    Puis, venaient la brume et les premiers flocons, qui transformaient routes et trottoirs en patinoire géante. Depuis la fenêtre de son salon, le spectacle des passants obligés de s’accrocher aux lampadaires pour ne pas glisser était follement amusant. Quand il fallait se confronter soi-même au problème, c’était une autre paire de manches. Ou plutôt d’après-skis, en l’occurrence. Chaque année, les industriels de la chaussure proposaient de nouveaux produits révolutionnaires aux semelles antidérapantes dernier cri que l’on s’arrachait avec l’énergie du désespoir. Sans grand succès : rien ne résistait à la glace de Gora. De ce fait, chaque sortie se transformait en expédition de longue haleine, assez proche d’une session d’escalade avec piolets et harnais, mais sur surface horizontale. Après tout, on n’était plus à une bizarrerie près.
    
    Mais quand on avait une paire de pieds souffrant d’une forme incurable de maladresse aiguë, maladie ô combien invalidante mais qu’aucun système de santé ne reconnaissait comme tel, c’était dix fois pire.
    
    Ce fut en songeant à cette implacable fatalité que Vega essaya de se relever. Elle n’avait même pas fait deux pas prudents hors de son immeuble que la glace, sa maladresse et la gravité conjuguées s’étaient férocement liguées contre elle. Une douleur sourde irradiait dans tout son bassin et elle était à peu près certaine que sa fesse droite allait s’orner d’une belle ecchymose violacée dans les secondes à venir. Quelle meilleure manière de débuter la journée, hein ?
    
    Soupirant lourdement, la mécanicienne s’écorcha les genoux contre un pavé gelé en essayant de s’accrocher à un appui de fenêtre pour se redresser. Comme elle aurait pu s’y attendre, elle ne réussit qu’à s’étaler de nouveau sur l’asphalte, quoique trente centimètres plus loin que son point d’origine.
    
    Un instant, la jeune femme considéra très sérieusement l’idée de ramper jusqu’à l’atelier. C’était à peu près la seule option qui lui assurait d’arriver en un seul morceau sur son lieu de travail. Cela dit, elle voyait d’avance la tête de Darash si elle se ramenait en se traînant dans le caniveau comme une limace arthritique. Elle n’aurait pas fini d’en entendre parler.
    
    Vega poussa un nouveau soupir et décida de tenter de nouveau de se hisser sur ses pieds.
    
    « Besoin d’un coup de main ? »
    
     Vega leva le nez et se retrouva face-à-face avec le moteur latéral droit d’un aéroglisseur en vol stationnaire. Plongée dans ses propres pensées, elle n’avait pas entendu le discret bourdonnement qui accompagnait l’engin. Juché sur son perchoir, un homme d’une trentaine d’années tout vêtu de noir – bonnet, écharpe, gants et bottes inclus – l’observait d’un œil indubitablement amusé.
    
     La mécanicienne embrassa du regard sa pitoyable situation et décida qu’elle n’avait rien à perdre.
    
     « Ce ne serait pas de refus. »
    
     Le conducteur sourit et lui tendit une main. Vega la saisit avec reconnaissance et en moins de deux, elle fut de nouveau debout. Sans lâcher la main secourable, elle testa le sol du bout du pied, avant de jeter un coup d’œil dans la direction qu’elle devait suivre. Elle grimaça. C’était décourageant.
    
     « Je vous dépose quelque part, peut-être ? » proposa le jeune homme qui, visiblement, n’avait rien raté de son manège et le trouvait plutôt divertissant.
    
     Vega haussa un sourcil.
    
     « Vous ne comptez pas en profiter pour m’enlever, me séquestrer dans une cave et me faire tout un tas de choses abominables, pas vrai ? »
    
     Elle plaisantait, mais seulement à moitié. Vu qu’elle avait une tendance démesurée à attirer les ennuis, elle n’aurait pas été plus surprise que ça d’apprendre que son sauveur de circonstance était un baron de la drogue ou un chasseur de primes. Elle s’était résignée à son triste sort de souffre-douleur du destin, mais ce n’était pas pour autant qu’il fallait délibérément le provoquer.
    
     L’autre explosa de rire.
    
     « Vous trouvez que j’ai une tête de psychopathe ? » hoqueta-t-il.
    
     Histoire de donner une réponse argumentée, Vega détailla d’un peu plus près le visage du jeune homme. Il était plutôt mignon, avec une fossette ironique dans le creux de la joue et de longs cils sombres qui adoucissaient les contours secs de son front, de son nez et de sa mâchoire. Un trait de tatouage noir s’échappait de son écharpe et remontait jusqu’à sa tempe.
    
     « Pas exactement, admit-elle. Mais les tueurs en série ne portent pas toujours leurs méfaits sur eux.
    
    – Pas faux, déclara le jeune homme non sans humour. Il va falloir me croire sur parole.
    
    – Soit. »
    
    Il sourit, révélant une rangée de dents brillantes quoiqu’un peu de travers. Bah, il était mignon et son aéroglisseur lui garantissait d’arriver à bon port sans fracture du coccyx aggravée, ce qui était tout de même le plus important. Au pire, elle avait toujours sa fidèle clef de douze dans son sac. Ça devrait suffire à le remettre dans le rang s’il s’avisait d’avoir des idées un peu trop entreprenantes.
    
    Rassérénée par toutes ces sécurisantes perspectives, Vega grimpa sur le véhicule et s’accrocha fermement à la taille de son guide. Uniquement pour ne pas faire un vol plané, s’entend, même si elle aurait menti en prétendant que ce n’était pas agréable. Malgré l’épaisseur de ses vêtements d’hiver, Vega ressentait l’énergie et la tonicité de son corps contre le sien. Oh, puis zut ! Zeck n’était pas là depuis un mois, on cherchait le réconfort là où on pouvait. De toute façon, ça n'engageait à rien.
    
    « Où va-t-on ? demanda gaiement le jeune homme.
    
    – Les ateliers Darash.
    
    – A vos ordres, gente demoiselle. »
    
    La mécanicienne sentit une légère secousse sous ses pieds et le véhicule partit en avant. Le vent glacial plantait des
    aiguilles de glace dans ses joues et l’assaillait d’odeurs diverses, relents de pollution, de friture, de résine et de cuir.
    Cinq minutes plus tard, elle descendait de l’aéroglisseur devant la grille des ateliers, saine et sauve.
    
    « Eh bien, merci, déclara Vega.
    
    – Mais de rien. Je n’ai pas l’occasion de faire taxi pour les jolies filles tous les jours. »
    
    La jeune femme reçut le compliment d’une courbette. L’aéroglisseur négocia un demi-tour, tandis que son conducteur ajoutait :
    
    « Au fait, je m’appelle Carryl Row. Si vous avez besoin, vous savez qui appeler. »
    
     Sur ce, il poussa les moteurs qui vrombirent à peine.
    
     « Joyeux Noël ! » cria-t-il tandis qu’il s’éloignait dans la rue.
    
     Il était déjà trop loin pour voir l’expression renfrognée de la jeune femme. Noël… Ou comment ruiner en deux secondes toutes ses perspectives de passer une bonne journée. Dire que toute la semaine, elle avait relativement réussi à faire abstraction de l’imminence de cette fête.
    
     Noël avait tendance à rendre tout le monde fou. La jeune femme n’était pas spécialement un modèle de pondération, mais il y avait des limites. Elle voulait bien reconnaître que son point de vue était biaisé : Noël lui inspirait au mieux de l’indifférence mêlée d’une vague répugnance, au pire un ressentiment froid et vindicatif. La supposée « magie de Noël » qui avait colonisé Vigine en même temps que les Terriens, deux siècles plus tôt, la laissait froide. Question d’histoire personnelle, probablement. Mais ça ne changeait rien au fait qu’un peu de modération aurait été la bienvenue.
    
     Maugréant à mi-voix, la mécanicienne tourna les talons et prit le chemin – glissant – de son atelier. Ce faisant, elle passa devant le bureau de son patron, Vaughn Darash. Sur la porte, une couronne de sapin synthétique ornée d’une guirlande rouge et de trois boules de Noël dorées accueillait le chaland. « Pour se mettre en phase avec les clients » s’était-il justifié. Ben voyons…
    
     Surveillant ses pieds, Vega contourna l’accueil et, face à une rangée de bâtiments de tôle et d’acier rigoureusement identiques, se dirigea vers le premier en partant de la droite. Un plaisantin avait cru drôle d’entortiller une guirlande rose autour de la poignée du hangar. La jeune femme leva les yeux au ciel et arracha la décoration. D’un tour de clef magnétique, elle ouvrit la petite porte de l’atelier. Il faisait trop froid pour ouvrir en grand les portes coulissantes.
    
     Une odeur de métal, de soudure, de graisse de moteur et de gaz d’échappement lui sauta au nez avant même qu’elle ait mis un pied dans le bâtiment. Ses épaules se relâchèrent. Ça, c’était son univers et c’était nettement plus réconfortant que tous les Noëls de la galaxie. Peu à peu, la routine reprit ses droits : allumer les néons, déclencher le système informatique, vérifier les délais et les rendez-vous du jour, passer sa combinaison d’hiver et se lancer dans la bataille des réparations.
    
     La journée s’écoula sans histoire et même, plutôt sereinement pour une veille de Noël. Cloîtrée dans son atelier où il faisait à peine moins froid qu’à l’extérieur, Vega batailla avec des systèmes de refroidissement récalcitrants et des batteries obstinées, ressuscita des réacteurs agonisants et des circuits électroniques grillés. Elle dévissa, souda, débrancha, perça, retapa, remplaça – pas toujours dans cet ordre – et finit par obtenir des ronronnements de moteurs bien portants tout à fait satisfaisants.
    
    Ce fut donc presque guillerette, l’esprit empli de la fierté du travail bien fait, que Vega reprit le chemin de son appartement, à la fin de la journée. La nuit était déjà tombée. Tous les lampadaires et néons de la ville étaient allumés. Il faisait un peu moins froid et il avait commencé à neiger. Sauf que cette fois, pas de Carryl Row providentiel pour la raccompagner. Bah, trop de chance dans la même journée risquait de déséquilibrer son karma.
    
    A pas prudents, elle réussit à rejoindre sa rue, quoiqu’en trois fois plus de temps qu’elle n’en mettait d’habitude, mais sa patience fut récompensée par trois chutes et une glissade seulement.
    
    Cependant, une mauvaise surprise l’attendait à l’arrivée.
    
    « Eilor. »
    
    Vega serra les dents en reconnaissant Boz, vautré dans le renfoncement abrité de la porte d’entrée de son immeuble. C’était l’un de ses anciens collègues, un être sournois et jaloux que Darash avait renvoyé trois mois plus tôt, quand il l’avait pris en flagrant délit de sabotage. Son manque de talent en matière de mécanique l’avait relégué aux réparations et chantiers subalternes, ce que son orgueil et son envie n’avaient que très moyennement apprécié. D’où sa campagne de sabotage auprès des autres mécaniciens plus qualifiés que lui. Vega en avait fait les frais plusieurs fois. Le jugement du grand patron avait été sans appel.
    
    Autant dire que la mécanicienne n’était pas spécialement transportée à l’idée de voir son ex-collègue au pied de chez elle, puant comme toute une benne à ordures ayant macéré dans du jus de rat crevé.
    
    « Qu’est-ce que tu fiches ici ? » râla-t-elle en plissant le nez.
    
    Il lui adressa un sourire édenté.
    
    « Je passais dans le coin. C’est là que t’habites ?
    
    – Du tout.
    
    – Menteuse. »
    
    La jeune femme le fusilla du regard, tout en réfléchissant à toute vitesse au moyen de déverrouiller sa porte d’entrée, de passer et de refermer le battant, sans qu’il puisse la suivre. Lui écraser les doigts au passage était une option envisageable.
    
    « Oh, allez, Eilor, c’est Noël. Tu peux bien donner un coup de main à un vieil ami. »
    
     N’était la malveillance naturelle du personnage, la mécanicienne se serait peut-être laissée attendrir. Elle n’aimait pas Noël mais elle n’était pas un monstre non plus, enfin pas à sa connaissance. Sauf que c’était Boz.
    
    « On n’a jamais été amis, rétorqua-t-elle. Tu as essayé de me faire exploser en piégeant ma soudeuse. »
    
    L’autre haussa les épaules, l’air de n’en avoir strictement rien à faire.
    
    « Bah, tu es en un seul morceau, non ? »
    
    Bien sûr. Vega leva les yeux au ciel. Toute sa bonne humeur et sa patience s’étaient évaporées. Elle commençait à avoir froid et elle voulait rentrer chez elle. L’option « écrasement de doigts » se faisait de plus en plus séduisante.
    
    « Rentre chez toi et fiche-moi la paix », siffla-t-elle entre ses dents.
    
    Boz lui renvoya un regard noir.
    
    « Au cas où tu n’aurais pas remarqué, je n’ai pas de chez moi, grogna-t-il. Ma femme m’a j’té dehors. »
    
    Vega se demandait pourquoi, tiens. L’idée ne lui en aurait jamais effleuré l’esprit.
    
    « Eh bien, va embêter quelqu’un d’autre. »
    
    Priant pour ne pas s’emmêler les pieds, la jeune femme bondit sur le verrou à empreinte biométrique de sa porte. Ses doigts s’enfoncèrent dans la surface froide et gluante du gel fluorescent. Une fraction de secondes plus tard, un bip discret lui indiqua que la porte était ouverte. Sans écouter le rugissement de rage de Boz, elle se précipita à l’intérieur. Son ex-collègue essaya de se glisser à l’intérieur, mais Vega poussa de toutes ses forces sur le battant. L’autre résista mais finit par capituler quand ses doigts se retrouvèrent coincés contre le chambranle.
    
    La mécanicienne se replia dans l’ombre du vestibule, le cœur battant et la respiration hachée. De l’autre côté de la porte vitrée, la silhouette de Boz, éclairée par derrière de la lueur des lampadaires, s’agitait, tempêtait et vitupérait. Son regard sombre fixait sur elle une lueur malveillante qui la fit frissonner.
    
    « Tu vas le regretter ! hurla-t-il. Espèce de pourriture, tu es pire que moi !»
    
    Sous le déluge d’insultes qui suivit, Vega se retourna et commença à grimper les escaliers, un peu flageolante. Elle aurait bien voulu prétendre le contraire, mais l’incident la perturbait. Elle n’avait jamais aimé Boz et ses coups vicieux. En attendant, c’était moche ce qui lui arrivait. Non pas qu’il ne l’avait pas mérité, mais…
    
    Trois néons de l’escalier avaient claqué, plongeant toute une portion de la montée dans le noir complet. Vega trébucha à deux reprises, mais ne tomba pas. Ses oreilles résonnaient encore des malédictions et jurons de son ex-collègue. D’ordinaire, les injures ne l’atteignaient pas beaucoup. Elle en avait vues beaucoup et des plus colorées que ça au cours de sa vie. Mais cette fois, il y avait quelque chose d’autre. Sans doute le regard mauvais de Boz. Il aurait eu de quoi pétrifier les tentacules de Darash. Oui, c’était sans doute ça. En tout cas, ce n’était pas avec un tel comportement qu’il allait se tirer d’affaire.
    
    Réajustant la lanière de son sac sur son épaule, la jeune femme grimpa les étages, passant devant des portes d’appartement ornées de guirlandes brillantes.
    
    Au sixième, elle sortit sa clef et poussa la porte de son perchoir. Ses sombres pensées furent accueillies par l’obscurité de son logement.
    
    « Vraiment très approprié », songea-t-elle, morose.
    
    Elle jeta un œil à sa grande fenêtre qui ouvrait sur les toits de Gora. Au-dehors, la neige continuait de tomber sur la ville, joyeusement éclairée de partout. Vega n’aimait pas jouer au vilain petit canard, mais elle avait quand même l’impression que tout le monde était heureux sauf elle. Par bonheur, la perspective de passer Noël toute seule la laissait indifférente, autrement, ç’aurait été le pompon.
    
    Vega alluma la lumière, jeta son sac dans son fauteuil, fit valdinguer ses bottes dans un coin et se débarrassa de son manteau et de ses gants. En chaussettes, elle se dirigea vers sa mini-cuisine. Une boisson chaude s’imposait, un café, en l’occurrence. Elle en raffolait depuis que Zeck le lui avait fait découvrir quelques années plus tôt. Rien qu’à la perspective d’avaler une bonne dose de liquide noir, brûlant et amer, elle se sentait déjà mieux. Le vieux percolateur que son Terrien préféré lui avait offert se mit à crachoter et glouglouter dans son coin.
    
    Un point douloureux brûlait à la jonction entre sa nuque et son épaule droite. C’était toujours le cas quand elle était tendue. Sans compter que ses nombreux gadins de la journée n’avaient pas dû arranger grand-chose. Elle massa énergiquement la zone incriminée, ce qui n’eut guère d’effet.
    
    En attendant que son café soit prêt, la jeune femme alla fouiner sur sa table basse pour extraire la télécommande de sa télévision du fatras qui la recouvrait. Elle alluma l’appareil qui tomba – comme par hasard – sur un film de Noël. Elle zappa. Karaoké de Noël – sérieusement, ça existait ? Nouvelle chaîne. Encore un film de Noël – sacrément original. Changement de chaîne. Non de non, même le Héros noir s’y mettait !
    
    Elle zappa une nouvelle fois et tomba sur un documentaire consacré à la faune minimale de Chionè, la planète de glace du système de Rigel. Ce n’était pas extraordinairement affriolant, mais au moins, les protozoaires et bactéries microscopiques ne se prenaient pas pour une version sexy du père Noël. Laissant la voix off débiter son discours jargonneux en fond sonore, Vega alla se servir son café et en profita pour vérifier le contenu de son frigo et de ses placards. Après un instant de réflexion, elle décida qu’un bol de soupe lyophilisée avec les galettes de céréales qui étaient en train de se dessécher dans leur boîte feraient l’affaire pour ce soir.
    
     Entre deux gorgées de café brûlant, la mécanicienne vaqua à ses occupations habituelles qui consistaient, comme souvent, à se dégager un peu de place pour faire son trou dans le bazar mouvant de son appartement. Pendant ce temps, le commentateur du documentaire continuait de s’extasier sur les frétillements des micro-organismes unicellulaires de Chionè. Passionnant.
    
     Vega bailla lourdement. Au bout du compte, la journée n’avait pas été si mauvaise. Pas de catastrophe traumatisante à déplorer. Le lendemain, elle resterait cloîtrée chez elle et tout irait bien. Oui, tout irait bien. Et surtout, personne ne viendrait la seriner avec ces absurdités de Noël, de joie, de magie, de bonheur et autres.
    
     La jeune femme fit réchauffer sa soupe qui avait une étrange couleur violette. Elle eut beau observer attentivement le paquet, elle ne parvint pas à décider si c’était normal ou non. Un colorant ? Elle haussa les épaules. Tant que c’était comestible.
    
     Ça l’était. Et étonnamment, c’était même plutôt bon. Un peu bizarre mais épicé comme elle aimait. Avec les galettes, ça passait tout seul. Repue, Vega s’intéressa de nouveau à son écran de télévision. Le documentaire sur Chionè avait laissé la place à un autre sur les pingouins du pôle sud terrien. Est-ce que Zeck en avait déjà vu ? Oui, sûrement. Elle se demanda où il était. Quelque part en vadrouille à l’autre bout de la galaxie, sans doute. Il avait voulu abandonner un contrat pour pouvoir venir passer Noël avec elle à Gora mais elle avait réussi à l’en dissuader. Elle n’était jamais de bonne compagnie à ce moment de l’année. La jeune femme ne voulait pas qu’une divergence d’opinion majeure sur ce sujet sensible ruine tout entre eux. Même si, en toute honnêteté, il lui fallait bien admettre que sa présence n’aurait rien eu de désagréable. Vega soupira, agacée par ses propres contradictions.
    
     Soudain, il y eut un vrombissement de machine brusquement débranchée. Lumière et télévision s’éteignirent. Tout devint noir et silencieux.
    
    Vega demeura pétrifiée un instant, le cœur battant, prise par surprise.
    
    Puis, dans le silence de l’appartement, une sonnerie stridente résonna.
    

Texte publié par Pixie, 27 novembre 2016 à 15h10
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