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Tome 1, Chapitre 29 « Chapitre 8, Partie 2 » Tome 1, Chapitre 29

Ray était perché sur une des tringles en métal qui soutenaient les rideaux ou plutôt cette chose en tissu à la couleur jaunâtre couverte de moisissures qui avait depuis longtemps dépassé sa durée de vie aux yeux de Ray. Sa principale utilité désormais était de protéger l’intimité du grand Miscellis Fongusar qui prenait actuellement son bain. L’intéressé s’était glissé dans une bassine en bois remplie d’eau et, accoudé contre le rebord, semblait profiter un maximum de la situation.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

-Je prends un bain. lui répondit Alaric, les yeux toujours fermés.

Quand Miscellis Fongusar avait insisté pour prendre un bain, la matrone et Burdo s’étaient pliés en quatre pour lui fournir aussitôt un bac rempli d’eau de pluie qu’ils venaient de réchauffer. Et il avait même du savon ! C’était un service un peu disproportionné pour un hôte au milieu des Musades.

Et Miscellis Fongusar s’était glissé dans l’eau chaude en soupirant de contentement. En soupirant par les serres du Grand Charognard ! Puis il avait déclaré que « l’immersion lui détendait les muscles et relaxait son corps » et qu’il « comptait méditer quelques instants ».

«Tu détestes les bains » remarqua Ray.

Alaric semblait effectivement méditer. Ou du moins attendre quelque chose. Ray le connaissais trop bien pour se laisser duper par l’hypocrite sourire béat qui fleurissait sur sa bouche depuis qu’il s’était glissé dans l’eau.

Alaric ouvrit un œil et un bras tatoué sortit de la bassine et s’éleva en l’air, le poing fermé. Ray se posa sur son avant-bras tendu, le regard inquisiteur.

-Mais Miscellis Fongusar, lui, adore les bains. souffla l’homme.

Ray le détailla un moment. Il n’y avait pas grand-chose de Miscellis Fongusar en lui. Sa peau pâle et ses yeux bleus clair indiquaient ses origines nordiques aussi fidèlement que s’il portait un fanion du royaume d’Eamel au-dessus de sa tête. Et son corps aux muscles finement ciselés et couvert de cicatrices n’était certainement pas celui d’un cueilleur de champignon.

« Te rends tu comptes de la situation dans laquelle tu… nous nous trouvons ? » lui demanda Ray.

Alaric inclina la tête, le regardant de biais.

-Quelle situation ?

Ray se retint avec difficulté de lui assener un bon coup de bec sur la tête.

« Nous sommes accueillis par une famille de cannibales. Et indubitablement, ils prévoient de se servir de Miscellis Fongusar pour concocter leur prochain casse-croûte. »

- Et ce dernier a l’aimable gentillesse de se débarbouiller avant. N’est-ce pas la moindre des courtoisies ? sourit Alaric.

« Il faut partir d’ici au plus vite. » croassa Ray avec insistance.

-Je ne suis pas de ton avis. Vois-tu, la main des Primitifs ou des autorités ruhonnes n’est probablement pas assez longue pour atteindre la demeure de mes chers hôtes. Ce qui signifie que tant que je reste ici je suis à l’abri des dizaines de tueurs à gage actuellement à ma poursuite.

Ray se demanda si les cannibales étaient vraiment préférables.

Il tourna soudain la tête au craquement que fit le parquet. Cédant à son instinct, il décolla de son perchoir et s’envola. Il ne put retenir un croassement de frayeur quand un violent courant d’air lui caressa les pattes. Une hache venait de déchirer le vieux tissu et de tracer un arc de cercle un peu au-dessus de la bassine.

Un géant hirsute dont l’épaisse et grasse tignasse descendait à mi dos déchira soudain ce qui faisait office de rideau, découvrant la bassine. Curieux, Ray regarda également dans la baignoire.

Deux jambes en sortirent et enlacèrent le cou de l’attaquant. Le bassin d’Alaric pivota, produisant un horrible craquement. Quand il relâcha son étreinte, le géant à la nuque brisée tomba au sol avec un bruit mat.

Alaric bondit hors de l’eau.

-Tchhh… Déjà rentré hein ?

« C’est le mari ? » supposa Ray.

-Probablement.

Constatant qu’il était nu et encore couvert de mousse, Alaric ronchonna.

-Bon je suppose que le bain est terminé. Peux-tu aller voir ce qu’il se passe en bas ? Je serai prêt dans deux minutes.

« Descendre ? Ils vont me passer à la marmite pour épicer leur plat dès qu’ils me verront ! »

Alaric éclata de rire.

-Allons ! Tu es un courageux Mangal, pas un de ces poltrons de corbeaux !

Ray claqua du bec, confus. Il avait raison. Se dérober à la tâche qu’il venait de lui confier entacherait son honneur de Mangal. L’oiseau gonfla son poitrail et battit des ailes fièrement avant de s’envoler en direction des escaliers.

Il allait devoir se montrer discret. Il plana jusqu’en bas des marches puis risqua un œil en direction du couloir qui menait à salle commune. Aucun signe de l’ennemi. Aussi furtivement que possible, Ray sauta de zones d’ombre en zones d’ombre, progressant par petits bonds.

Arrivé à la salle à manger, il assista à un curieux spectacle. L’une des filles de la matrone, Tara s’il se souvenait bien, était allongée par terre, la tête dans son propre vomi. Ray s’approcha malgré l’odeur pour déterminer son état. La jeune femme était morte.

Trois autres membres de la famille se trouvaient toujours à table. Leur absence de mouvement incita Ray à se poser sur la table. Il y avait le bucheron, la fille ainée et son mari. Tous trois étaient également décédés, leur tête affalée contre la nappe. D’étranges tâches violettes couvraient le visage des victimes.

Il trouva les deux membres restant de la famille dans la cuisine. La mère était morte en position assise, son dos reposant contre un placard. Elle tenait dans ses bras le cadavre de la benjamine. Le spectacle dégouta Ray. La petite ne méritait pas une telle mort. Ceux-là aussi avaient des étranges tâches mauves sur la figure.

-De l’aconitine. Rapide et mortel. Elle agit en une vingtaine de minutes environ. dit Alaric qui venait de descendre.

« Les oisillons ne devraient pas périr avant d’avoir appris à voler » déclara tristement Ray.

-C’était eux ou nous. Et si ça avait été nous, je peux t’assurer que la gamine aurait planté joyeusement ses canines dans notre chair comme tous les autres. Ne te prend jamais de pitié pour tes ennemi, Ray. Et plus important encore, ne regrette jamais tes décisions. Le remord affaibli l’esprit.

Le ton d’Alaric était léger et son visage paraissait insouciant, pourtant Ray sentit qu’il pesait chacun de ses mots.

« Comment se fait-il que nous n’ayons pas été empoisonnés nous aussi ? » demanda Ray.

-Le poison était dans la viande.

Ray laissa échapper un faible « croa » en réponse. Bien heureux qu’il n’ait pas été en chiper un bout quand Alaric avait le dos tourné !

-Plus intéressant, regarde ce que j’ai trouvé.

Alaric sortit de sa poche une clé grossière en métal de sa poche.

-S’il y a une clé, il y a une serrure. sourit l’homme, une expression avide sur le visage.

« Pourquoi serait-elle dans la cuisine ? » l’interrogea Ray, le regardant faire le tour de la pièce.

-C’est là où s’est réfugiée la mère. Et elle a visiblement porté son enfant jusqu’ici. Il doit y avoir une cachette à proximité.

Il tapa sur les murs à intervalles réguliers, cherchant une cavité. Se prêtant au jeu, Ray procéda à sa manière. Le plancher semblait avoir été souvent nettoyé, mais le plancher arborait de légères tâches à la teinte orangée. Certainement la matrone avait frotté avec application pour effacer le sang. Les traces semblaient sortir d’un grand meuble servant à entreposer la nourriture. Sauf que le côté droit était inutilisé. Il l’indiqua à son compagnon. Alaric eut vite fait de retirer le faux fond et de révéler une ancienne porte en métal rouillé.

Alaric fit coulisser la clé dans la serrure et poussa la porte, dévoilant une ouverture dans le mur. Le passage était plongé dans l’obscurité aussi Ray partit en éclaireur, planant jusqu’en bas de l’escalier en pierre. Il déboucha dans une grande salle soutenu par quatre imposantes colonnes.

-L’odeur est infecte. dit Alaric.

Il avait raison. Malgré son mauvais odorat, Ray pouvait sentir l’horrible puanteur des lieux.

Le sol était noir, comme entièrement recouvert d’une croûte sombre. Des ossements étaient empilés dans chaque coin de la pièce, certains avaient jaunis, la plupart n’avaient pas été dépiautés convenablement car des bouts de chair étaient encore accrochés. Aux pieds des piliers étaient posés des sceaux remplis de tous ceux que les anthropophages n’avaient pas voulu manger. Ray discerna des yeux et des intestins nageant dans une mélasse de sang.

À leur droite était disposé un établi sur lequel de nombreux outils tranchants étaient présents. Il y avait une scie circulaire, des couteaux à équarrir, des hachoirs de différentes tailles et toutes sortes d’instrument dont Ray ignorait le nom mais pouvait assez facilement se figurer la manière dont c’était utilisé. Au-dessus de l’établi pendait à un croc de boucher un torse humain dont la peau avait été retirée.

Ce n’était pas un spectacle réjouissant, même pour un charognard comme lui. Ray jeta un regard à Alaric. Ce dernier était plus pâle que d’habitude, mais ne trahissait aucune émotion particulière.

Ray allait proposer une retraite anticipée quand il entendit un son étrange. On aurait dit un toussotement. Curieux il se dirigea vers le fond de la grande salle. Là-bas se dressait deux cages en fer. L’une d’elle avait été récemment vidée au vu de la fraicheur du sang. L’autre contenait quatre cadavres d’enfants. Leur mort devait être récente.

-Lequel ? souffla Alaric, faisant sursauter l’oiseau.

Son compagnon était juste derrière lui. Il s’était approché sans que Ray n’entende quoi que ce soit, et l’oiseau détestait ça. Finalement Ray indiqua le quatrième gamin, celui qui était caché par les trois autres.

Il fallut moins d’une minute à son compagnon pour crocheter la serrure. Puis, Alaric fit basculer les trois dépouilles, découvrant le quatrième corps. Effectivement, l’enfant ne semblait pas plus en vie que ses camarades. Pourtant Ray était certain de l’avoir entendu toussoter de loin, et sa respiration sifflante, même si le son était infime, ne lui échappait pas. Ray observa avec perplexité le jeune humain. Bien sûr faire le mort était une technique de survie employée par beaucoup d’espèces, y compris les insectes. Les humains étant une espèce presque aussi intelligente que les Mangals, il n’y avait rien d’étonnant là-dedans. Sauf que… cette technique était complètement futile quand celui qu’on cherchait à fuir se trouvait juste à côté et ne s’était pas laissé leurrer. Dans ce cas particulier, faire le mort revenait à se voiler la face en priant pour que le danger passe.

L’enfant remua très légèrement. Son bras coincé sous son ventre devait probablement le gêner.

Alaric retourna le faux cadavre sans ménagement. Le gamin était crasseux et livide, son corps famélique ne devait pas peser bien lourd. Vêtu de haillons déchirés en laine, on pouvait voir sur ses bras et ses jambes les stigmates laissés par la peste. Il devait avoir une douzaine de genèses environ.

-J’imagine que c’est la raison pour laquelle ils ne l’ont pas mangé. Trop maigre et trop malade. déclara Alaric.

Soudain, comme réagissant à la voix, l’enfant ouvrit les yeux et se tendit. Le poing reposant contre son ventre révéla un éclat de roche pointu et il frappa en direction de la gorge d’Alaric. Le coup était rapide et audacieux. Sa tentative aurait probablement porté ses fruits sur une autre personne, mais Ray avait déjà vu Alaric attraper une vive des neiges à moins d’une demi-longueur de bras de son visage.

Les vives des neiges ne sont, contrairement à ce que l’on pourrait penser, pas des serpents. Cependant ce sont des rampants extrêmement vifs et réputés pour leur dangerosité. En hiver, les vives des neiges se forent un passage dans la chair des mammifères, pondent leurs œufs et survivent au froid grâce à la chaleur corporelle de leur hôte. Aussi leur survie dépend en général de la réussite ou de l’échec de leur premier bond. Si la vive des neiges rate sa proie, il est fort probable que celle-ci finisse par mourir dans le blizzard.

Quand Alaric stoppa le bras de l’attaquant et lui tordit le poignet, l’enfant lâcha son arme. Mais il n’abandonna pas pour autant, estimant que sa survie dépendait là aussi, de la réussite ou de l’échec de son assaut. Aussi il attaqua à nouveau, toute griffes et crocs dehors, ce qui le concernant correspondait à de longs ongles cassés et à une rangée incomplètes de dents. Alaric le frappa avec sa paume au sternum, projetant l’enfant contre le mur opposé de la cage.

La violence du coup sembla calmer un instant le gamin qui changea aussitôt d’attitude. Il se recroquevilla en tremblant et serra ses bras contre sa poitrine. Sa bouche s’agita, produisant des syllabes sans sens véritable.

Alaric l’observa un instant, une cascade d’émotions se reflétant dans ses yeux, trop rapidement pour être identifiée et sans que l’une d’elle prenne le dessus sur les autres. Puis, un masque d’indifférence vint dissimuler le tout, si parfait qu’il semblait ne l’avoir jamais quitté.

-Tes tortionnaires sont morts. Tu es libre. annonça finalement Alaric.

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Ils avaient repris le sentier en sens inverse. Après avoir vu la cave, Alaric avait révisé son jugement au sujet de passer la nuit dans la demeure des anthropophages. Ray ne pouvait que s’incliner devant cette sage décision. En marchant d’un bon pas toute la nuit ils atteindraient la lisière des bois à l’aube.

Ray était plus morose que jamais. Les Flutistes d’Ecorce jouaient un air à la fois doux et mélancolique, comme un crachin après la tempête ou les premiers rayons de l’aurore après un ciel d’encre. L’air était doux et léger, la brise venant gentiment contre son dos. Les derniers rayons du soleil mourant perçaient au travers de l’entrelacs touffu de branches, éclairant généreusement les abords du sentier. Le paysage était plus vert que la veille, la rare végétation qui survivait dans les Musades étant dévoilés à leurs yeux. A un moment, Ray avait aperçu des buissons pleins de mures ou du moins s’apparentant à des mures. Il s’était gardé avec difficulté d’en becqueter quelques-unes. Les Musades n’offraient jamais à moins qu’elles y gagnent au change. Et si le fruit n’était pas empoisonné il servait alors sans doute d’appât à un prédateur.

Si le paysage autour d’eux était bien plus enchanteur qu’à l’aller, cela signifiait simplement que les bois maléfiques avaient changé de technique d’approche. On ne berne pas sa proie en utilisant deux fois la même ruse après tout.

Les cris des Choins à longues jambes au loin s’étaient beaucoup rapprochés. Leurs piaillements bruyants indiquaient qu’ils avaient trouvé leur diner. Et celui-ci se dirigeait vers eux manifestement. Ray se retourna, sondant le sentier derrière eux.

Pendant un instant il ne distingua rien, le chemin était vide, comme abandonné. Un instant plus tard pourtant, les fourrés s’écartèrent subitement et une multitude de Choins à longues jambes déboulèrent sur le sentier.

Ils devaient être huit… non neuf, à s’acharner sur leur proie. Ray reconnut la victime : c’était le jeune garçon qu’ils avaient trouvé dans la cave des cannibales. Il avait, Ray ne savait comment, encore plus piètre allure qu’à leur précédente rencontre. Ses poignets et ses mains étaient tachés de sang, une multitude d’entailles écarlates lui zébrait le corps. Les Choins affamés fendaient l’air, frappant du bec et écorchant de leurs serres, ne laissant pas un seconde de répit à l’enfant.

Ray ne pensait pas qu’il tiendrait longtemps. C’était déjà un exploit qu’il soit encore capable de courir. Le menton collé contre la poitrine pour protéger la gorge, les bras serrés contre la figure pour protéger les yeux, il avançait avec la ténacité de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Il n’émettait pas le moindre son, même quand un des rapaces lui arracha goulument une moitié d’oreille il resta coi.

Ne pouvant s’empêcher de plaindre l’enfant, Ray le regarda un moment se débattre contre ses agresseurs, indécis. Alaric ne disait mot, mais Ray savait pertinemment ce que pensait son compagnon. « Triste ironie du sort, sauvé des cannibales, il servira de repas aux Choins à longues jambes. » Mais ce n’était pas exactement le ressenti de Ray. L’oiseau s’aperçu qu’il admirait l’obstination du gamin. Il avait survécu à la peste et aux mains de ses tortionnaires. Encore maintenant, il courait aussi vite que ses jambes pouvaient le supporter, ses pieds nus noirs et sales battant la terre, les cailloux et les ronces du sentier sans discrimination. Cet enfant avait beaucoup plus de courage que la plupart des humains qu’il avait rencontré estima Ray. Alors que certains se seraient depuis longtemps abandonnés au désespoir, il progressait mètre par mètre avec acharnement. Depuis combien de temps courait-il ? Depuis combien de temps les Choins à longues jambes l’avaient-ils pris pour cible ? Ray aurait aimé le savoir.

Mais autre chose le taraudait. Ce gamin avait plus de courage qu’un Mangal ! Alors que lui restait peureusement juché sur l’épaule d’Alaric, l’enfant affrontait en cet instant pas un mais neuf Choins à longues jambes ! L’humiliation était insupportable. Il n’allait pas laisser cet oisillon humain avoir toute la gloire de ce combat. Il ne pouvait pas la lui laisser.

Ray bomba sa poitrine et battit lentement des ailes. Il allait lui montrer ce qu’était le courage d’un Mangal. Il sauta de son perchoir et s’envola en direction de l’enfant en poussant un croassement guerrier. Les Choins à longues jambes n’avaient pas encore pu gouter à la fureur de Pic-qui-taille ! Arrivant sur les lieux de l’affrontement, il prit de la vitesse et piqua vaillamment en direction du rapace le plus proche. Il becqueta avec force l’aile du Choins, ses serres acérées traçant des lignes rouges dans son plumage.

Son adversaire piailla de douleur avant de lui asséner une violente détente d’aile, le jetant à terre. Sonné, Ray se redressa, chancelant sur ses pattes. Le Choins à longues jambes s’était posé face à lui, son plumage écorché et ses yeux brillant de rage. Ray déglutit. C’était peut-être la fin de Pic-qui-taille. Le rapace poussa un nouveau cri, faisant étalage de sa puissance vocale.

Son cri se termina abruptement, sa tête se détachant de son corps dans un geyser de sang, tournoyant en l’air comme une toupie folle. Ray la regarda tomber comme hypnotisé. La mort du rapace à longues jambes provoqua un intense remue-ménage chez les autres Choins qui détalèrent aussitôt sans demander leur reste. En fait, Ray en vit deux s’enfuir. Les six autres gisaient déjà au sol dans des positions grotesques, des manches de poignard lancés avec une précision chirurgicale dépassaient de chacun de leur cou. Au centre se tenait Alaric, sa cape dévoilant une autre pleine rangée de dagues de lancer inutilisées.

Alaric s’accroupit et lui tendit la main. Ray accepta le perchoir avec reconnaissance, bondissant dans sa paume.

-Ta vie est précieuse, Ray. Elle ne se jette pas et ne doit pas être sacrifiée inutilement. Sauver un étranger déjà condamné est ce que j’appelle un acte futile et irréfléchi.

Ray tourna la tête, cherchant l’enfant. Il le trouva finalement, assis contre un rocher, haletant pour reprendre son souffle, le regard rivé sur eux, ou plutôt sur le compagnon de Ray.

Alaric s’approcha du gamin et le dévisagea durement.

-C’est la deuxième fois que je te sauve la vie. Quel est ton nom ?

-Dan. murmura son interlocuteur, ne le quittant pas des yeux.

-Dan, tu me dois deux vies. Souviens t’en.

Le dénommé Dan hocha sagement de la tête, une expression s’apparentant à de la dévotion sur le visage. Alaric sembla satisfait.

-Tu peux marcher ?

L’enfant acquiesça à nouveau.

-Alors relèves-toi ! Nous avons encore du chemin à faire avant d’atteindre l’orée de la forêt.


Texte publié par Louarg, 11 décembre 2015 à 17h10
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