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Tome 1, Chapitre 24 « Chapitre 7, Partie 1 » Tome 1, Chapitre 24

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Voilà le chapitre 7 ! Celui-là, c'est un de mes préférés, héhéhé. L'intrigue progresse, à petits pas, mais que ce soit pour Elidorano ou pour Ucobo, des événements importants pour la suite (je n'ose dire primordial, peut-être que je devrais) se produiront. Puis vous découvrirez un nouveau personnage : Alaric, dans cette partie 1 que voici :

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Assassin cynique,

Aux poches remplies d’or.

Chaînes d’émeraudes,

Aux timbres du remords.

Ecailles argentées,

Aux promesses de mort.

Les Penias avaient toujours été la cible des aventuriers. La chaîne de montagne abritait nombre de plateaux rocailleux à conquérir, de glacier à arpenter et de falaise à escalader. Chaque sanois, les guides emmenaient une flopée de visiteurs curieux et d’amoureux de la nature. Au sein des Penias, certains monts étaient unanimement reconnus pour leur difficulté et leur dangerosité. Les Lutteurs arrivaient aisément premiers dans la liste. Leurs têtes escarpées grimpaient à plus de six mille mètres d’altitudes perçant le manteau nuageux pour se rencontrer au sommet, formant le Pont des Intrépides.

La partie est des Lutteurs paraissait accessible au premier abord, mais les fréquents éboulis, le climat erratique et les avalanches plus en hauteur rendait l’ascension ardue. Seuls les alpinistes chevronnés s’y frottaient et souvent au péril de leur vie.

L’autre versant était une toute autre histoire. Une paroi abrupte de calcaire se dressait sur plusieurs centaines de mètres, la surface polie par les nombreuses rafales. Le versant ouest se trouvant en plein milieu des Musades, y accéder était déjà un exploit. Mais escalader la falaise à la surface friable et usée relevait du prodige. Une prise solide en apparence pouvait se désagréger en quelques secondes. Cela et le vent furieux qui griffait, mordait et secouait comme une bête enragée avaient découragé la plupart des alpinistes. A vrai dire, selon Ray, il fallait être mentalement dérangé pour se lancer dans une telle entreprise.

Pourtant, au fil des genèses, de nombreuses têtes brûlées avaient relevé le défi, espérant être les premiers à poser leurs pieds en haut du versant ouest des Lutteurs. Et tous connurent une fin tragique. Malgré sa bonne volonté, Ray ne parvenait pas à comprendre ceux qui se lançaient dans une telle aventure. Souhaitaient-ils mourir ? Où était-ce pour la gloire ? Il n’y avait définitivement aucune gloire à mourir. Les humains étaient décidément bien étranges.

Tandis que Ray survolait la paroi de calcaire, cherchant la moindre aspérité, il nota qu’Alaric venait d’éviter une chute mortelle pour la énième fois. L’homme pendait dans le vide, retenu seulement par un bras. Fou et téméraire, voilà ce qu’il était.

Comme pour confirmer ses pensées, l’humain éclata de rire. Si Ray ne le connaissait pas bien, il aurait dit qu’Alaric était l’être le plus imprudent et idiot qu’il lui ait été donné de rencontrer. Bien sûr ce n’était pas le cas. Ray ne se serait jamais approché d’une telle personne. En fait, Ray n’aurait jamais fréquenté un humain ordinaire. Mais Alaric n’avait rien d’ordinaire.

-Ray ! hurla l’homme en tendant la main dans sa direction.

Que lui voulait-il encore ? Ray avait ses plumes noires hérissées à l’idée que la vie de son compagnon ne tenait plus que par cinq doigts accrochés à la fragile paroi. Le corps de son ami tanguait sous les assauts du vent. Battant des ailes, il se posa sur la paume offerte.

« Cesse donc de faire le malin ! Tu désires tant mourir ? » croassa-t-il.

-Ecoute !

Alaric approcha le volatile de sa poitrine. Même au milieu des bourrasques, Ray pouvait entendre le cœur de l’humain battre à tout rompre.

-Et toi qui a des ailes, as-tu peur ?

« J’ai peur pour toi. »

Ray examina la paroi avec inquiétude. Celle-ci présentait de nombreux signes de faiblesse. Si Alaric ne bougeait pas maintenant il mourrait.

-Alors c’est que tu vis une expérience inoubliable ! Réjouis-toi !

« Ta prise n’est pas sûre. Tu vas tomber d’un moment à l’autre. »

-Quelle altitude maximale les précédents grimpeurs ont-ils atteints ?

La paroi se craquelait désormais. Les infimes fissures s’élargissaient peu à peu, se transformant en larges failles.

« Je dirai une centaine de mètres plus hauts. »

En vérité Ray n’en avait pas la moindre idée. Mais tous les moyens étaient bons pour motiver Alaric au plus vite.

Juste à ce moment, le calcaire craqua et gronda un avertissement. Ray quitta la main de son imprudent compagnon.

Il ne voulait pas voir ça.

-Revient froussard ! Tu rates le meilleur !

À ce moment un pan de la falaise se détacha, roulant et dévalant la muraille à toute vitesse. Ray retint son souffle. Il ne distinguait plus Alaric, le terrain étant complètement dissimulé par d’épais nuages gris. L’éboulement avait entrainé beaucoup de plaque de calcaire en aval, et plus en hauteur, des dizaines de petits cailloux s’étaient eux aussi lancés dans la descente. C’était comme si toute la montagne avait éternué et projeté ses germes poussiéreux sur son flanc. Le tintamarre causé par le glissement de terrain était assourdissant. Chaque cavité de la montagne renvoyait un écho tout aussi bruyant, aussi il fallut plusieurs minutes avant que le silence revienne.

Les volutes de fumée commençaient à se dissiper maintenant, désertant ces lieux inhospitaliers. Quand Ray put enfin voir au travers, il fut surpris de constater qu’Alaric était toujours plaqué contre la falaise, juché à la frontière entre le trou béant et la paroi intacte.

Encore une fois, si Ray ne connaissait pas Alaric, il en aurait certainement conclu que l’homme avait eu de la chance. Mais il n’en était rien. Son compagnon avait tout simplement l’art de se sortir des situations les plus délicates. Bien sûr le fait qu’il soit un excellent grimpeur intervenait dans l’équation.

Des alpinistes amateur en l’observant auraient certainement conclu que la falaise abrupte était plus praticable qu’elle ne le paraissait au premier abord. En effet, Alaric ne semblait éprouver aucune difficulté, progressant avec agilité et souplesse, ses doigts saisissant avec astuce les rares prises qu’offrait la paroi lisse et friable. Mains et pieds nus, il portait un volumineux sac à dos et arborait un curieux foulard rouge autour du cou. Ses épaules et ses avant-bras étaient constellés de tatouages. On pouvait y trouver entre autres un serpent rouge à deux têtes enroulé sur lui-même, une rose blanche sortant d’une bourse remplie d’or, une tête de clown noire et un héron juché sur un monolithe d’obsidienne.

L’ascension d’Alaric était lente mais régulière, ses membres musclés tirés par l’effort étaient luisants de sueur. Parfois, il rejetait ses cheveux en arrière et dégageait son front d’un revers de main. Un geste qui serait très naturel d’ordinaire, mais qui lors de l’escalade d’une falaise était tout à fait incongru.

Après avoir grimpé pendant encore une vingtaine de minutes, l’homme atteignit une petite corniche. Celle-ci n’offrait pas assez de place pour s’allonger mais Alaric pu quand même s’asseoir, ses jambes se balançant dans le vide, toussant et crachotant comme un vieillard. Finalement, le grimpeur parvint à retrouver son souffle.

-La bonne nouvelle est que j’ai fait la moitié de l’ascension. La mauvaise nouvelle est qu’il me reste la moitié à monter. plaisanta Alaric.

« C’est le principe du verre à moitié vide et à moitié plein. Je te croyais optimiste. »

-Je le suis, puisque la première nouvelle est plus intéressante, d’ailleurs elle a un corollaire bonus.

« Lequel ? » demanda Ray, se demandant bien qu’est-ce qui pouvait rendre son compagnon si heureux.

-Tu ne vas plus me casser les oreilles en me disant de redescendre maintenant ! se moqua son interlocuteur.

Effectivement, à ce stade, mieux valait qu’Alaric grimpe la totalité de la falaise. Ray appréciait cependant peu la plaisanterie. Il claqua plusieurs fois du bec pour manifester son mécontentement. L’homme n’en rit que plus fort, amusé par sa réaction. Le grimpeur avait ses mains et ses pieds entaillés à plusieurs endroits par les aspérités vicieuses de la roche et à l’odeur de sang chaud qui émanait de l’humain, les coupures étaient assez profondes pour percer l’épais cal des doigts et des orteils. Son compagnon ne semblait pas s’en soucier, balançant ses jambes gaiement.

Alaric se leva soudain.

-Bon ce serait bien d’arriver là-haut à midi non ? J’ai sacrément faim. lança-t-il d’un ton enjoué.

Sans trop nourrir d’espoir à ce sujet, Ray étira ses ailes avant de partir repérer les lieux.

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Alaric se roula dans la neige, ahanant comme un forcené. Ses postillons sanglants tâchèrent le sol blanc. Ray attendit patiemment que la crise de son compagnon cesse. Ce n’était pas la première et avec un peu de chance ce ne serait pas la dernière. La main du grimpeur glissa dans son énorme sac, en sortant une petite bourse. Le visage rouge prenant des teintes mauves, il goba un fruit de forme sphérique aussi blanc que la neige. Après plusieurs tentatives de rejet, il parvint à avaler l’étrange aliment. À cela s’ensuivit une nouvelle série de toux violente.

Alaric recouvra enfin son souffle après quelques minutes d’intense apnée.

-J’ai peut-être surestimé mon endurance. s’excusa l’homme en prenant une mine contrite.

Ray émit un croassement de reproche.

-Voyons, ne commence pas à bouder ! Tu as désormais devant toi le premier homme à avoir escaladé le versant ouest des Lutteurs ! lui répondit son compagnon en se redressant et levant les bras au ciel.

Constatant que Ray conservait sa mine renfrognée, Alaric haussa les épaules d’un air désintéressé.

-Très bien. Moi je mange.

L’homme sortit du pain qu’il ouvrit en deux. Puis il exhiba une bourse de jambons séché. Provocateur, il fourra une par une les tranches dans son pain avant d’y ajouter du fromage qu’il coupa en dés et des olives. Alaric insista particulièrement sur les olives, en croquant plusieurs sous le nez de l’oiseau.

« Si tu crois que je vais céder devant un si piètre appât. Les Mangal sont réputés pour leur méfiance et leur retenue, cher ami. »

Ray regarda son compagnon approcher le pain et y mordre à pleine dents, mastiquant lentement chaque bouchée. Les olives et le jambon sentaient bon, et à vrai dire, Ray avait faim lui aussi. Se réfrénant, l’oiseau détourna le regard.

Quand il se retourna à nouveau, Alaric avait englouti tout le pain et léchait ses doigts encore salé. N’y tenant plus, Ray s’envola pour atterrir sur l’épaule tatouée de l’homme et quémanda en grattant le cou du grimpeur avec son bec. Tant pis pour l’honneur des Mangals.

Alaric lui tendit les tranches de jambons et les olives restantes, que Ray s’empressa de dévorer avec gloutonnerie. Puis l’homme tourna la tête.

-C’est un lieu de rendez-vous inhabituel, Primitif. Au vu de votre âge je pensais que vous choisiriez un endroit plus… accessible pour vous.

Le vieillard qui se trouvait juste derrière eux se figea de surprise, avant de tordre sa bouche en une moue amusée. Le nouvel arrivant descendit de sa plateforme et se plaça face à Alaric. Il n’avait pas grand-chose d’un vieillard en fait. Mesurant plus de deux mètres, des stries de fer et de cuivre parcouraient son front chauve et il arborait une longue barbichette constituée de fins fils d’argent soigneusement tressés entre eux.

-C’est impressionnant ! Soit tu as des sens très aiguisés, soit je n’étais pas aussi discret que ce que je voulais bien le croire ! applaudit l’étrange personnage.

La voix de géant semblait… rouillée, comme un sabre édenté trop longtemps resté dans les profondeurs insondables de l’océan.

-Tu faisais autant de bruits qu’un cheval au galop ! se moqua Alaric.

-Comment as-tu su que j’étais un Primitif ? Avant de me voir, j’entends.

-La respiration de ton corps est différente.

Devant l’air surpris du Primitif, le compagnon de Ray se lança dans quelques explications.

-Le corps d’un humain joue sa propre mélodie, les muscles se tendent l’un après l’autre comme les cordes d’une lyre pincée par un troubadour. Le corps vit et parle à sa manière, bien que peu aient l’intelligence de le remarquer. Mais tous les corps respirent au même rythme, les muscles des humains se relâchent, leurs mouvements se font plus hasardeux pendant un très bref instant, leur pas plus lourd… Pour toi c’est différent.

-Donc je ne suis pas un humain. Mais je pourrai être un Choins à longues jambes ou un Esprit à ce que j’en sais. Pourquoi donc serai-je un Primitif ?

Alaric fronça les sourcils avant de laisser l’hilarité envahir son visage.

-Aucune idée. Mais visiblement j’avais vu juste.

Le Primitif rit de bon cœur.

-Es-tu la personne que j’attendais ? demanda finalement le vieillard.

-Tout dépend de qui tu attendais. lui répondit Alaric, inclinant la tête.

Son interlocuteur demeura silencieux pendant un moment, torturant sa barbe de ses ongles démesurément longs.

-J’ai eu vent de certaines rumeurs du royaume d’Eamel. Un maître des Rires Pourpres aurait massacré la quasi-totalité des membres de l’Asshald, une guilde d’assassin concurrente. On l’appelle Maadelle il’Ord. « Éclair Noir » en Courant. On dit que cet homme est accompagné d’un corbeau où qu’il aille.

« Je ne suis pas un corbeau espèce de cloporte géant ! Je suis un Mangal ! » croassa Ray, indigné.

Un air désolé se peignit sur la figure d’Alaric.

-Je crois qu’il y a erreur, Primitif, car je ne connais pas cette personne.

-Peu importe, ce n’est pas celle que je cherche. Je cherche le Camélia. répondit le Primitif.

Devant l’air suspicieux d’Alaric, le géant précisa sa pensée.

-J’ai une affaire juteuse pour lui. Exactement dans ses cordes. Et très généreusement récompensée.

Son interlocuteur se fendit d’un sourire encourageant. Ray pouvait presque voir les montagnes d’or que s’imaginait son compagnon.

-Je peux peut-être le contacter. Mais il va falloir que tu m’en dises plus. En fait dis-moi absolument tout.


Texte publié par Louarg, 16 novembre 2015 à 00h02
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