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Tome 1, Chapitre 15 « Chapitre 4, Partie 2 » Tome 1, Chapitre 15

Le soleil tapait fort en ce début d’après-midi. Les Ambulants flânaient sur les Kew et les chariots armés d’un couvre-chef ou s’étaient réfugiés sous les toiles des roulottes. Certains étaient particulièrement touchés, comme Uwko. Le vieil homme ayant déjà la démarche hésitante en temps ordinaire s’était écroulé dans le Kew prit de vertige et avait été transféré dans le chariot d’Alako. Il y avait eu deux ou trois autres malaises parmi les Ambulants, si bien qu’Alako ne devait pas s’ennuyer. Les Lectavis étaient aussi touchés par la chaleur. Habituellement ils se dressaient droits et fiers comme des paons. À cette heure ils avaient plutôt la tête courbée comme des canards.

Une seule personne semblait se porter mieux depuis leur départ précipité de Tomroe il y a trois jours. Ainsi, Katala discutait avec Pweto, Wnu et le Candélabre avec entrain. Pweto leur avait certainement conté une de ses fameuses légendes dont il avait le secret. En général basé sur des faits historiques, l’histoire se transformait en aventure épique, Pweto y insérant régulièrement des détails de son cru. Ne pouvant rester plus longtemps silencieux en entendant la version déformée et embellie d’une bataille célèbre, Barné l’avait alors probablement interrompu, reprenant les faits points par points. Maintenant le petit groupe était pris dans un débat animé, chacun discutant des éléments de l’histoire.

Elidorano avait opté pour un foulard humide qu’il avait noué sur son front, faisant d’une pierre deux coups car il attachait ainsi ses longs cheveux noirs. Il tenait dans ses mains une toile décrivant une scène d’il y a trois jours.

Suite au décès imprévu du Majah, le Uo avait jugé bon de faire profil bas et de déguerpir rapidement. En effet l’assassinat avait rendu les Ruhons encore plus méfiants, réservés et distants. Les autorités cherchaient évidemment un bouc émissaire et n’importe quels étrangers pouvaient faire l’affaire après tout.

Après ce départ précipité, les Lectavis avaient découvert quatre corps à proximité des bois. Le combat avait été manifestement sanglant et quand Elidorano reconnut les visages des victimes, Ecalo dépêcha aussitôt un messager pour Tomroe.

Enfin tout ceci n’expliquait pas pourquoi cette toile se trouvait entre ses mains. Le problème était qu’il n’avait pas réalisé ce sinistre croquis. Même si Elidorano en appréciait la beauté. C’était de toute évidence une blague de mauvais goût car le dessin se trouvait dans sa tente à son réveil. Or seul quelqu’un ayant vu les cadavres aurait pu faire l’esquisse, c’est-à-dire une quinzaine de Lectavis, le Uo, Alako et Valan ainsi que quelques Brolls. Mais après avoir éliminé ceux qui n’étaient pas susceptible de faire une telle plaisanterie, il ne restait qu’Andreas comme suspect.

Bien sûr Andreas avait nié tout en bloc ce qui dénotait seulement de sa mauvaise foi. Mais ce n’était pas cela qui agaçait le jeune Ambulant. Il devait admettre que la toile avait été réalisée avec talent, l’esquisse était magnifique. Il devait être jaloux.

Deux mains se glissèrent sous ses bras pour venir lui caresser les côtes. Elidorano tourna la tête, apercevant Eldara derrière lui. Il n’était pas sensible aux chatouilles et sa sœur le savait pertinemment. Cela ne l’empêchait pas d’essayer régulièrement. Pour lui faire plaisir, Elidorano imita un rire forcé.

-Qu’est-ce que c’est ? Ils sont morts ?

-Oui.

-C’est horrible comme mort. déclara Eldara en scrutant la toile.

-C’est une mort violente en effet. Mais sous l’œil de l’esprit monde on peut trouver des morts bien plus abominables. Comme brûler vif, mourir de faim dans le Vahara, dévoré vivant par des bêtes sauv…

-Je n’entends plus, je n’entends plus !

Sa sœur roula sur elle-même en se bouchant les oreilles. Tandis qu’il l’observait, Elidorano remarqua pour la première fois le pendentif qu’elle portait autour du cou.

-Ucobo t’as donné son pendentif ?

Eldara hésita un moment, tortillant la chaîne en métal d’un air embêté.

-C’est le mien maintenant.

-Je peux voir ? Elidorano tendit la main.

Sa sœur fit la moue, semblant contrariée, mais finalement retira la chaîne et la lui passa. Elidorano s’intéressa aussitôt à l’essieu en bois et entreprit de l’ouvrir. Peut-être avait-il laissé un message ?

-Non ! cria sa sœur. Il y a un secret que seule moi aie le droit de voir !

Oui ce devait être ça. Ucobo avait certainement prévu qu’il pouvait avoir un contretemps et laissé une indication dans le pendentif. Il l’avait alors confié à Eldara, sachant que son frère reconnaitrait l’essieu. Cela faisait quelques jours qu’Elidorano doutait de sa théorie. Il avait pensé que son frère se rendrait à la rivière une dernière fois, une sorte de pèlerinage pour honorer la mémoire de Marie. Elidorano avait vu ce phénomène chez les Muskav-laz. Les proches d’une victime se rendaient souvent devant la pierre tombale du défunt, restaient un moment sans savoir quoi faire –Ils arrosaient même les fleurs à proximité pour s’occuper !- puis repartaient dans un silence religieux.

L’essieu s’ouvrit finalement, libérant un petit papier. Elidorano le déroula avec impatience.

-« Poireaux » ?

-Moi aussi je n’aime pas les poireaux. déclara Eldara d’un air embêté.

Elidorano haussa les épaules, désemparé. Cet idiot d’Ucobo avait vraiment laissé un secret à l’attention de sa sœur. Le jeune Ambulant en grinça des dents, irrité. Son frère avait toujours été inconscient. Ce n’était pas maintenant qu’il adopterait les bons réflexes.

-J’espère que Bobo va bien. dit soudain Eldara, l’air triste.

-Je l’espère aussi. murmura Elidorano.

-Il fait toujours des bêtises quand il est seul.

Elidorano se demanda quelle aurait été la réaction d’Ucobo en entendant sa petite sœur faire une telle observation. Le visage à la fois sérieux et inquiet, Eldara était à cet instant le portrait craché de sa mère.

-Peut-être qu’il est arrivé à Tomroe maintenant ? Il va certainement bientôt nous rejoindre. poursuivit sa sœur.

Où se trouvait Ucobo ? C’était une question de taille. Elidorano ne voyait pas où avait pu aller le jeune Ambulant après avoir rejoint la rivière. Car il avait bien rejoint la rivière non ? C’était autant de questions sans réponses.

« Tarem ».

Elidorano se figea. Le nom s’était imposé à lui avec force, écartant toute autre pensée parasite. Comme une explosion de lumière auréolant le mot en lettre d’or, aussi éclatant qu’une vérité profonde.

Il en avait maintenant la certitude : son frère se trouvait à Tarem actuellement. Comment cela se pouvait-il ? Et comment avait-il pu, même inconsciemment, aboutir à une telle conclusion ? Elidorano ne voyait pas comment un raisonnement logique pouvait le conduire à songer à Tarem. Après tout, Ucobo était parti dans la direction opposée. Certes, le Convoi progressait lentement et il n’aurait eu aucun mal à les devancer de quelques jours en coupant à travers les plaines mais pourquoi aurait-il fait ça ?

Oui c’était la bonne question à se poser. Sans qu’il sache pourquoi, Ucobo se trouvait à Tarem aussi certainement que l’œil de l’esprit-monde se lèverait à l’est demain.

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Un nuage sombre battait ses multiples ailes au-dessus de l’Ojalah, suivant les courants aériens. Une bourrasque plus violente que les autres parcourut le vol de corbeau, l’éclatant en trois groupes. Les cavaliers entièrement vêtus de noirs chevauchaient le vent avec vigueur, accompagnant leurs efforts de croassements rauques. Sous eux se profilaient les buttes brunes et les gorges sèches, la vallée de l’Ojalah, cinquième seigneurie ruhonne en terme de taille, s’étendait bien au-delà de l’horizon, allant jusqu’aux Musades, les bois maudits à l’est et à l’ouest de Tarem. Au sud on pouvait apercevoir la fine croûte de terre des Plaines-Caveaux, un piège mortel pour les voyageurs impudents qui s’y aventuraient.

Tarem se dressait au milieu de ce paysage peu accueillant comme un phare en pleine mer, hérissant ses défenses sur le plateau rocheux qui constituait la base de la cité. La ville avait tout l’air d’une sinistre forteresse avec ses épais murs dentelés et ses hautes tours noires. Des plastrons écarlates paradaient sur les remparts, arborant un visage revêche et peu commode. Les voyageurs qui entraient étaient scrupuleusement fouillés, les armes retirées étant conservées dans un entrepôt militaire à proximité de la sortie. De même, une spacieuse écurie bordait la muraille de pierre, gardant et entretenant les montures des nouveaux venus. Très ordonnés, les Ruhons de fonction aux portes de Tarem notaient les noms des arrivants sur des parchemins soigneusement enroulés et classés par la suite. Ceux qui quittaient la ville pouvaient alors récupérer leur équidé et leur équipement sans trop de soucis.

Tarem n’avait pas toujours été ainsi. À l’origine c’était une ville agricole, les paysans qui vivaient autour venaient vendre leur maigre production en échange de provision pour la sanois, importé des autres villes ou troqués aux Convois d’Ambulants qui passaient. Tarem était alors une ville principalement minière, vendant ses gisements sur une bonne partie de l’est des Terres Marchandes. Elle possédait également quelques vignes et des élevages mais ceux-ci suffisaient à peine aux besoins de la ville.

La légende disait que lors des révoltes pourpres menées par les Déserteurs du Soir et suite à l’éclatement de l’Empire du Midi, la Première Légion était parvenue à sauver une partie des réfugiés, dont Palaachod, le fils cadet de l’empereur. Ayant échappé à l’immolation des hommes de pouvoir de l’empire, le général Aufridius, commandant de la Première Légion avait dirigé la petite troupe à travers les Lutteurs et, pour semer ses poursuivants, s’était alors engagé dans les Musades. Nul ne sait ce que vécurent les survivants de l’expédition à l’intérieur de la forêt maudite. Ils sortirent le visage livide et le regard distant, des sacs poisseux de sang sur leurs épaules contenant des membres humains. Plusieurs hypothèses furent émises. L’une était que les mauvais esprits avaient forcé les humains restants à porter les restes de leurs proches dans des sacs. Une autre affirme que les réfugiés mourant de faim avaient commis des actes de cannibalisme.

Palaachod et ses compagnons arrivèrent alors à la ville minière, trouvant pour la première fois un lieu épargné par la guerre. Les habitants des lieux, prit de pitié pour les malheureux, les accueillirent à bras ouvert, leur offrant le couvert et un lieu pour dormir.

Mais les réfugiés ne purent se satisfaire de cela. L’esprit endurci par leur fuite, la destruction de leur nation et la perte de leurs proches, ils prirent en une nuit sauvagement le pouvoir, le général Aufridius et ses hommes décimant une partie de la population de Tarem ce soir-là. Une fois Palaachod au pouvoir, ce dernier prit des mesures drastiques, établissant une loi martiale et un couvre-feu. La palissade qui entourait la cité fut abattue et remplacée par de solides murs lardés de meurtrières. Par la suite, Palaachod mena plusieurs conquêtes dans le voisinage, agrandissant peu à peu son territoire.

Aujourd’hui ce territoire représentait l’Ojalah et constituait une des seigneuries les plus influentes et les plus militarisée. Il faisait partie de l’alliance des sept domaines, représentant la plus grande alliance au sein des treize seigneuries qui rassemblait le peuple Ruhon. Contrairement aux autres seigneuries, l’Ojalah n’était pas dans le giron du culte de Naplot même si la ville abritait un temple. En effet, refuser aux prêtres de Naplot d’entrer dans Tarem aurait eu des conséquences politiques gravissimes, les Majah alliés et voisins étant étroitement lié au culte que ce soit sur le plan politique ou en terme de croyances.

Ucobo se trouvait actuellement assit dans une taverne à siroter une bière. Il était arrivé la nuit dernière à Tarem, son cheval respirant si fort que le palefrenier avait cru un instant à une pneumonie. Avant de voir le pelage lustré de sueur et les jambes flageolantes de la jument.

-Vous n’êtes pas passé loin de la tuer. avait déclaré le garçon d’écurie d’un ton plein de reproches.

Epuisé, Ucobo avait ensuite entreprit d’interroger un certain nombre d’aubergiste sous couvert de trouver une chambre et un repas chaud. Il s’était renseigné sur les récentes arrivées, cherchant une description similaire à celle de cinq hommes armés en vadrouille depuis au moins sept jours, c’est-à-dire un demi-cycle. Après avoir visité sans résultats une dizaine de tavernes, il s’était finalement écroulé dans son lit.

Le lendemain, Ucobo avait arpenté les routes pavées de la ville avec l’objectif de visiter les tavernes qu’il n’avait pu inspecter la veille. Les citoyens avait-il remarqué, marchaient avec ordre dans les rues, suivant un sens de circulation précis. Il était rare que des disputes éclatent ici, les gens faisant rarement désordre. Au mieux on pouvait se procurer une dague au marché noir et ou faire du pickpocket dans les étroites ruelles. Mais l’entreprise était risquée : les arbalétriers en armure rouge qui patrouillaient sur les remparts surveillaient autant l’extérieur que l’intérieur et avait un excellent champ de vision depuis leur position. La paranoïa du Majah actuel ou la prudence extrême dont faisaient preuve les gardes avait souvent pour résultat une flèche dans le dos du voleur en guise de procès.

Dans le même ordre d’idée, le marché était curieusement calme, chaque commerçant hélant la foule sur un ton mesuré, ne dépassant jamais un certain volume. Les gardes qui quadrillaient les grandes places scrutaient la foule du regard cherchant un passant belliqueux. Les tavernes étaient silencieuses, les clients prenant leur commande en dressant la main avec une discipline quasi militaire, laissant systématiquement un pourboire aux serveurs et discutant à voix basse lorsqu’ils mangeaient en groupe.

Et Ucobo devait trouver cinq bandits dans cette ville ? Ce devrait plus facile qu’il ne l’avait prévu. Aussi il avait abordé les taverniers, leur donnant une description des compagnons qu’il recherchait. Il s’était procuré un bâton de marche et un chapeau de paille, sa besace toujours en bandoulière. Sa main dorée était bandée pour ne pas éveiller l’attention des gens. Il avait l’air d’un colporteur voyageant de ville en ville avec son accoutrement. A vrai dire, son sang à moitié Ambulant lui soufflait que les conditions étaient idéales pour marchander ici. Mais son instinct lui disait également de ne pas semer le trouble. Les gardes ne se montraient pas très conciliants avec les jeux d’argent.

Finalement Ucobo était entré à l’auberge du Hibou Rieur. Le bâtiment était d’une douce hypocrisie. Le portique et les murs avaient été repeints récemment, tout comme l’enseigne arborait un grand hibou argenté. Mais l’intérieur était vétuste et le bois séculaire qui servait de plancher protesta sous le poids d’Ucobo. Le tavernier essuyait le comptoir crasseux avec un torchon sale, son visage aussi flétri qu’une pomme trop mure. Il se révéla cependant très bavard. Le jeune Ambulant apprit que quatre hommes étaient arrivés ici la nuit dernière avec des barbes de plusieurs jours et une odeur très fâcheuse. Ils avaient pris chacun une chambre, fait un brin de toilette et mangé le lendemain matin à l’auberge. Le gérant pensait qu’ils resteraient encore quelques temps.

Ucobo avait donc décidé de patienter au Hibou Rieur en attendant leur retour.

-J’ai apporté une serviette humide à mon seigneur. Avec cette chaleur il ne faudrait pas qu’il attrape mal.

La serveuse était revenue à sa table, évitant son regard avec adresse, ses yeux se posant partout sauf sur Ucobo. Ses cheveux châtains attachés en arrière en couettes lui donnaient un air juvénile. Elle portait un chemiser blanc et une jupe rouge tomate. En fait la serveuse était plutôt mignonne trouva le jeune Ambulant. Un peu trop coincée à son gout peut-être. Mais il n’était pas là pour ça. En soupirant il se saisit du tissu.

-Je ne suis pas un seigneur. Mais merci quand même.

Son interlocutrice se fendit d’une rapide révérence et décampa le plus rapidement possible sans se compromettre devant le reste de la clientèle. Elle était venue plusieurs fois s’enquérir de ce qu’il voulait prendre à son arrivée, pensant certainement qu’il comptait occuper la place sans rien payer. Il avait donc prit une bière. À peine sa bière terminée elle était revenue à la charge. Il devait vraiment avoir l’air d’un sans-le-sou avec sa veste usée, ses cheveux blonds emmêlés et sa peau mal rasée. Mais ce n’était pas une raison pour faire preuve d’une telle incivilité ! Agacé il avait sorti un des galets en or de son sac et l’avait posé sur la table, exigeant qu’elle le laisse en paix dorénavant.

Ucobo avait eu l’effet inverse escompté. La serveuse, persuadée d’avoir affaire à un riche excentrique, revenait tous les quarts d’heure s’assurer que tout allait bien et que « son seigneur » était satisfait. Ucobo sirota sa bière le visage sombre. Il attendait depuis déjà plusieurs heures, sa patience commençait doucement à s’effriter. De plus les bandits qu’il recherchait étaient quatre et non cinq. Bien sûr ils avaient pu se séparer. Ce qui était problématique, la pierre pouvant être dans les mains du cinquième brigand.

La porte de la taverne grinça soudain puis s’ouvrit, interrompant la réflexion d’Ucobo. L’homme qui entra était svelte, presque maigre. Son visage anguleux et sec était semblable à un rapace, jusqu’à son nez crochu qui faisait songer à un bec. Il portait une tunique de simple facture et la grande cape typique des voyageurs. Les teintes brunes et orangées qu’il portait rappelaient à Ucobo les feuilles mortes qui tombaient des arbres pendant la sanois sèche. En outre l’individu portait d’épais anneaux en acier bosselés à chaque doigt. Ce n’était pas des décorations comprit Ucobo, ce type pouvait briser des os en frappant de son poing en métal. L’homme avait les cheveux auburn et des yeux verts, peu fréquents en Terre Marchande. Cet homme était probablement un étranger.

Comme pour confirmer ses propos, l’individu commanda du vin avec un atroce accent dezien, semblant écorcher chaque mot du Courant, la langue parlée en Terre Marchande. Puis il se déplaça souplement vers une table, étudiant les lieux à la manière d’un renard dans un poulailler.

C’était sûrement un des quatre hommes qui logeait ici décida Ucobo. Il ne s’attendait pas à qu’ils soient deziens cela dit. Mais peu importe. Il fallait qu’il s’assure que ce type était lié à l’Ourkkha.

Ucobo se leva et quitta la taverne du Hibou Rieur après avoir déposé un nouveau galet dorée sur la table. Puis il se dirigea tranquillement vers les Souterrains. Lors de ses recherches en ville, il s’était renseigné sur les quartiers louches, se doutant que les bandits qu’il recherchait pouvaient se trouver là-bas.

En fait les Souterrains ne se trouvaient pas sous terre mais constituaient un labyrinthe de ruelles sombres et de vieilles bâtisses abandonnées. Les habitués pouvaient se procurer des armes, du poison ou de l’opium. Il suffisait de connaître dans quelle maison se déroulerait le marché noir du soir. De même les assassinats et les règlements de comptes étaient fréquents ici. Les gardes ne passaient jamais dans les Souterrains. Ucobo avait même entendu qu’ils n’intervenaient pas quand des cris leur parvenaient. Le message était clair : faîtes ce que vous avez à faire là-bas et ne dérangez pas la voie publique.

La sordide rue qu’il empruntait serpentait entre des bâtiments décrépis aux charpentes vermoulues. À un tournant, Ucobo eut la confirmation qu’il était suivit. Le jeune Ambulant sourit, testant les pavés branlant avec son bâton. Il n’y avait rien de plus efficace que de montrer de l’or à un bandit pour l’appâter. Maintenant qu’il avait ferré le dezien, Ucobo abordait la partie la plus délicate. Et la plus dangereuse. Ses mains tremblaient, il ne savait si c’était de peur ou d’excitation.

Il déboucha finalement sur un cul-de-sac aux murs tachés de vomissures et au sol caillouteux. Ucobo se campa à l’angle droit que formait la ruelle. Le dezien avait dû remarquer que le passage était plus étroit ici. Sûrement pensait-il avoir coincé sa proie.

« Acier »

Le bâton de marche subitement plus lourd, Ucobo resserra sa prise sur l’arme contondante. Il entendait les pas léger du bandit se rapprocher peu à peu.

Puis l’homme entra dans la ruelle.

La barre d’acier fendit l’air en direction de la tête du dezien, produisant un son grave. Surpris, le bandit eut juste le temps de se retourner. Le bâton percuta violemment son épaule avec un craquement sinistre, le jetant à terre. Ucobo releva son arme pour frapper à nouveau mais son adversaire lui faucha les jambes. Le jeune Ambulant s’étala par terre, ses poumons se vidant brusquement quand son dos heurta la roche.

Il fallut quelques secondes à Ucobo pour se relever, nauséeux. Le bandit était debout lui aussi, ses yeux émeraude fixés sur l’Ambulant luisaient férocement. Son bras invalide pendait le long de son corps, inutile. Pourtant cela ne semblait pas déranger le blessé. Ucobo porta encore un coup en y mettant toute sa force, visant les côtes de son adversaire.

Le poing du dezien le devança, l’atteignant à la figure. Au bruit sec, Ucobo comprit que son nez s’était brisé net. Aveuglé par le sang et par la douleur, le jeune Ambulant ne fut que vaguement conscient de la suite. Il sentit quelque chose lui percuter le ventre puis le paysage flou tournoya autour de lui.

Avant de s’arrêter sur le sourire mauvais du bandit. Ucobo était allongé sur le sol, le genou de son adversaire pesait sur sa poitrine. Le dezien fit tournoyer une dague de sa main valide puis l’approcha de la gorge de sa victime.

-Petit salopard. souffla-t-il.

Ucobo tenta de reprendre ses esprits. Sa vision n’était pas totalement claire. Son visage était en sang, il sentait le liquide chaud qui dégoulinait sur ses joues.

-Si c’est l’or que tu cherches c’est dans ma besace. parvint à articuler l’Ambulant.

Le bandit éclata de rire.

-Tu me prends pour un vulgaire voleur ? Je sais ce que tu es ! Tu es un Ledan qui utilise sa magie pour s’enrichir !

L’accent du dezien était si fort qu’Ucobo ne comprit qu’un mot sur deux. Ou peut-être était-ce ses sens qui étaient encore engourdis ? Tant pis il n’aurait pas de seconde chance.

Ucobo posa sa main sur le visage du tueur.

« Pierre ! »

Le flux d’énergie qui parcourait sauvagement sa main se stabilisa et fusa à travers ses doigts à la rencontre du corps étranger. Une onde de choc fit vibrer la face du bandit et Ucobo sentit la peau sous sa paume se contracter puis se durcir.

Son adversaire hurla de douleur et se dégagea, ses bras étreignant sa tête.

Ucobo se tata le visage. Son nez et sa bouche le lançaient atrocement, son torse était également douloureux, chaque respiration se révélant difficile. Et il n’était pas sûr que ses jambes flageolantes l’autorisent à se relever. Il roula sur le ventre et fit un essai, s’étonnant presque de parvenir à se redresser. La démarche hésitante, il tituba en direction de son adversaire encore à genoux et toucha le cou du dezien de sa main droite.

L’homme se figea, comprenant la menace implicite. Ucobo résista à l’envie de passer sa langue sur ses lèvres meurtries pour apaiser un peu la douleur. Il parla d’un ton rauque.

-Si tu ne veux pas que je termine de te changer en gargouille tu m’obéis au doigt et à l’œil. Pas un mot, tu peux faire un signe de la tête.

Son adversaire répondit d’un hochement lent de la tête.

-Très bien lèves-toi.

Le dezien se leva presque docilement et se laissa guider par Ucobo. Les deux hommes empruntèrent plusieurs ruelles en silence avant d’entrer dans une des vieilles bâtisses que le jeune Ambulant avait repéré à l’aller. De toute manière dans leur état, ils ne pouvaient pas sortir des Souterrains.

Ucobo n’était pas dupe, son prisonnier n’avait pas capitulé. Au contraire il attendait patiemment une opportunité pour renverser la situation. Il suffisait que le jeune Ambulant baisse sa garde pendant un instant et… Ucobo fit taire la panique qui s’instillait dans son esprit, il n’avait pas le droit à l’erreur. Une partie mortelle avait juste commencé entre lui et les quatre deziens et reculer maintenant signifierait perdre la vie. Il devait jouer le plus prudemment possible afin d’apprendre s’ils avaient la pierre.


Texte publié par Louarg, 26 septembre 2015 à 16h44
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