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Tome 1, Chapitre 14 « Chapitre 4, Partie 1 » Tome 1, Chapitre 14

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Un chapitre d'action ! J'espère qu'il vous plaira ! Il précède le chapitre 5, qui est un chapitre charnière de l'histoire sur plusieurs points. Bon je vous laisse à votre lecture !

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Goinfre, vipère et gargouille,

Pour le céleste Gener dansent

Leur vénéneuse valse.

Les agneaux battent la cadence,

Des sanois qui déjà rouillent.

Le soleil commençait à disperser sa tignasse rousse dans le ciel, brûlant les nuages à portée. Les arbres aussi paraissaient prêts à s’enflammer, leurs feuilles brunes les couvrant de tâches de rousseurs. La terre était sèche et friable, fatiguée par la chaude journée. Cette nuit, le froid viendrait recueillir son dernier soupir.

Mais ce soir, la température était idéale. Le vent soufflait doucement, leur accordant une brise agréable. Falarandre et ses quatre compagnons avaient disposés leurs chevaux un peu à l’écart puis s’étaient dispersés en silence.

Cela faisait maintenant deux heures qu’il sentait l’odeur du sang, son parfum suave et insistant faisait frémir ses narines et vibrer son corps. Ce soir la mort chevauchait à leurs côtés et viendrait faucher quelques âmes avant la nuit. Aussi quand Teko avait déclaré qu’ils étaient suivis, Falarandre avait choisi le lieu de l’embuscade et le petit groupe avait mis pied à terre. Ils s’étaient positionnés avec leur efficacité habituelle, décidé à bien accueillir leurs invités.

Deux choses que Falarandre ne discutait jamais : son instinct et les compétences de pisteur de Teko. La saveur épicée qu’il flairait depuis quelques temps lui assurait un combat plein de surprise. Il posa une main sur son front. Même à travers le gant Falarandre sentait qu’il était fiévreux. Ses mains tremblaient d’excitation. Pour se calmer, l’homme caressa la collection d’oreilles qui pendaient à son cou. Il les compta une par une, effleurant chaque lobe avec plaisir.

C’était mieux.

Falarandre regarda les deux cultistes à ses côtés. Polez, une armurerie ambulante torse nue, avait opté pour une hache de combat et une masse d’arme. Ses cheveux huilés tombaient lourdement sur son visage, couvrant même les lames de rasoir qui perçaient ses bajoues. Le grand guerrier faisait les cent pas, son impatience était visible. Falarandre sentait sa soif de sang inextinguible.

Teko, comme toujours armé de sa dangereuse chaîne à pointes métalliques, était calme et détendu. Il était avec Falarandre, le plus expérimenté des cinq. Tous les deux avaient le rang de Traqueur contrairement à leurs trois compagnons.

Polez était un puissant guerrier et psychologiquement assez stable aussi Falarandre l’avait laissé en combat rapproché. Pavlov et Miltid étaient dans les fourrés armés d’arbalètes. Ils étaient trop inexpérimentés. Miltid manquait d’assurance et son talent aux armes de tir le rendait de toute manière plus utile en retrait. Pavlov était bien trop impulsif. Il risquait de perdre la vie inutilement lors d’un combat. Rien qu’hier il avait manqué de mettre leur plan à l’eau en s’attaquant à un Esprit-lame !

Non, en tant que chef du petit groupe Falarandre s’assurerait qu’ils arrivent tous les cinq à Tarem.

Un moustique se posa sur sa nuque et le piqua, gonflant son petit corps au fur et à mesure qu’il pompait. Falarandre aussi avait soif. Il caressa avec amour la poignée dorée de sa rapière. La couleur allait bien avec sa tunique rouge, mais en réalité le pommeau était taillé dans de l’os. Il l’avait fait recouvrir d’une fine couche d’or après coup. L’idéal était quand même d’éviter de se faire remarquer.

Le moustique, ayant terminé son repas, s’envola. Falarandre sentit la fine pression sur sa nuque se relâcher. Le moustique était ralenti par sa nouvelle charge et, grisé par le sang, voyait ses mouvements perdre en précision. D’une main leste il captura l’insecte repu, lui saisissant les ailes. Le cultiste de Gener observa la petite bête se débattre un moment.

« C’est mon sang. »

Certainement, s’il avait pu parler, l’insecte aurait imploré sa pitié et juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Falarandre approcha le moustique de sa bouche et le croqua comme il l’aurait fait d’une mûre. Le fin abdomen explosa entre ses dents, libérant les gouttes de sang que l’insecte lui avait dérobé.

-Ils arrivent. dit soudain Teko.

Falarandre sonda l’horizon, il apercevait au loin deux tâches noires.

Seulement deux ? C’était là leur vengeance après l’assassinat du Majah ? Ah ! C’était risible. Bon il n’allait pas se plaindre. Leur mission s’était agréablement bien déroulée. Le Majah était mort gentiment dans sa chambre, empoisonné. Mieux, les cultistes avaient pu mettre la main sur le médaillon. Falarandre l’avait rangé dans son sac, le manipulant avec précaution. Il percevait constamment l’aura de pouvoir de l’artefact. Un bijou dangereux. Il avait hâte de le délivrer au Guide à Grudaz le siège du culte.

Les silhouettes s’étaient rapprochées. Les deux poursuivants avaient lancé leur monture au galop. Tant mieux, Falarandre n’avait pas que ça à faire.

-Un homme et une femme. annonça Teko.

Ce type avait dû être un aigle dans une autre vie. Falarandre ne distinguait pas grand-chose à cette distance. Encore un bon quart d’heure avant qu’ils soient sur eux. En soupirant Falarandre s’adossa contre un arbre et détendit ses muscles. Polez sortit une pierre à aiguiser et affina le tranchant de sa hache. Teko resta parfaitement immobile, focalisé sur les deux cavaliers et ne les lâchant pas une seconde du regard. Tel un rapace qui observe sa proie.

Falarandre ferma les yeux, s’accordant une pause.

Il se trouvait au temple de Grudaz, agenouillé devant le Guide, il lui tendait le médaillon en forme d’arbre qui luisait d’une lueur irréelle. Un sourire au visage, le Guide le remerciait et lui disait qu’il pouvait prétendre à l’Oequisten. Il descendait alors dans les catacombes profondes de Grudaz, suivant al’ijienaz, aussi nu que quand Gener l’avait donné au monde, ne portant que les el’laglias, les crocs du désespoir. Tout en bas de l’antre de la foi, au plus profond des entrailles de Grudaz, le dieu du désespoir l’attendait, ses dizaines de milliers d’yeux fixés sur lui.

Alors Falarandre se jeta à plat ventre et lui jura obéissance, lui clamant, non hurlant sa foi. Il sentait des larmes de joie dévaler ses joues et se mêler au tapis de sang séché qui recouvrait le sol et les murs. Ivre de bonheur il utilisa les el’laglias pour s’arracher les yeux et les offrit encore tous juteux au dieu qui l’observait. Sa foi était inébranlable. Gener le choisirait et il deviendrait Ledgovas, un de ceux qui voient.

Sa joue lui faisait mal. Le dieu du désespoir l’avait frappé ?

Une deuxième gifle acheva de le réveiller. S’ébrouant, Falarandre aperçut Teko à côté de lui.

-Bordel c’est pas trop tôt ! Nos invités arrivent.

Falarandre se leva, l’adrénaline qui se déversait dans son corps avait achevé de le réveiller. Il sonda en vitesse les alentours, repérant Pavlov et Mitrid à leur poste dans les broussailles et Polez debout, avide d’en découdre.

Leurs poursuivants, maintenant à une trentaine de mètres, venaient de mettre pieds à terre et avançaient d’un pas décidé. Falarandre se rendit compte avec surprise qu’il connaissait les deux Esprit-lames. Il avait rencontré la première dans une ruelle, quand cet imbécile de Pavlov s’apprêtait à saigner un chien d’Ambulant. Le deuxième était le molosse du Majah. Un type bien en muscle qui était connu comme Jikarai l’invincible dans l’est des terres marchandes. Falarandre claqua de la langue, agacé. Le combat s’annonçait plus difficile que prévu. Peut-être qu’ils auraient des pertes finalement.

-Je prends le balèze. déclara Polez.

Teka se positionna un peu en diagonale de Polez, déroulant en silence sa chaîne. Falarandre acquiesça discrètement. À deux c’était plus sûr. Donc… il allait s’occuper de l’impertinente de la dernière fois.

-Prudence, il est fort. dit-il après réflexion à ses deux compagnons.

Leurs deux adversaires n’étaient plus qu’à dix mètres. Falarandre se focalisa sur la jeune femme. Un joli morceau celle-là. Une blonde aux yeux bleus avec de tendres oreilles. Falarandre se lécha d’avance les babines à la pensée d’en ajouter une à sa collection. L’Esprit-lame avait une démarche souple et progressait avec prudence. Avait-elle remarqué les arbalétriers ? Peut-être pas. Leurs poursuivants devaient savoir qu’ils étaient cinq. Oui c’était cela. Deux manquant à l’appel leurs adversaires se montraient méfiants.

Falarandre lui fit son meilleur sourire. Un sourire de gentilhomme accompli. Une de ses grandes fiertés. Il dégaina sa rapière d’un mouvement fluide, adoptant sans y penser la posture de la-rose-aux-épines. La guerrière répondit à son invitation, optant pour le-pélican-avant-de-pêcher.

Falarandre ne lui laissa pas l’initiative. Se fendant, il feinta son adversaire avant de réaliser une splendide feuille-perdue-dans-la-bourrasque. Étrangement l’Esprit-lame para le coup, sûrement par chance. Mais cela importait peu, le cultiste avait réalisé son objectif : placer la jeune femme dos aux fourrés.

Un carreau siffla aussitôt, suivit d’un deuxième quelques secondes plus tard. De même, deux autres flèches fendirent l’air en direction de Jikarai.

À ce moment-là, un phénomène étrange se produisit.

L’air sembla soudain vibrer et un éclair de lumière vint frapper les deux carreaux en direction de la jeune femme. Sous le choc, les pointes en métal se plantèrent en tournoyant vers le sol, le bois et l’empennage brisé. Ce ne fut pas le cas de l’autre Esprit-lame, soumit à une forte pression par les incessantes attaques de Polez et Teko. Le guerrier aux cheveux blanc dévia une des flèches avec la lame de son bâton, esquivant à moitié la deuxième qui se planta dans le torse de l’Esprit-lame.

Invincible mon cul. C’était la fin du célèbre Jikarai. Les carreaux étaient empoisonnés, il mourrait en quelques minutes.

Falarandre reporta son attention sur la guerrière. Il l’attaqua de nouveau, exécutant le-couperet-du bourreau. L’Esprit-lame para avec le-tronc-du-cerisier et répondit par la-morsure-du-froid. Une jolie parade mais une mortelle réponse, le cultiste eut juste le temps de bondir en arrière, la lame de son adversaire traçant une belle estafilade sur sa jambe.

Falarandre se morigéna. Avait-il fait une erreur ? Sûrement. Il avait sous-estimé son adversaire. Sa technique était bonne, excellente même. Peu de deziens pouvaient se targuer d’avoir touché Falarandre. Non, l’Esprit-lame était une escrimeuse talentueuse. Il fouetta l’air avec sa rapière pour s’assouplir le poignet. Il allait devoir accélérer le rythme, bouger plus rapidement et forcer la jeune femme à rester sur la défensive. Après tout, sa lame était empoisonnée, une seule blessure suffirait à lui assurer la victoire.

Il enchaîna le-plongeon-du-héron avec l’avidité-du-voleur, passa de la-danse-du-sable aux crocs-du-cobra avec vivacité. L’Esprit-lame s’adapta rapidement à la cadence imposée par Falarandre, évitant avec astuce la mortelle lame qui virevoltait. Elle riposta à plusieurs reprises, mais ces contre-attaques n’avaient rien à voir avec la précédente. Acculée comme elle l’était, la guerrière de Naplot ne tarderait pas à perdre ses moyens.

Curieusement, Falarandre n’avait pas hâte que le duel se termine. Cela faisait plusieurs sanois qu’il n’avait pas rencontré un bretteur à son niveau. Tout ce temps sans ce sentiment de plénitude, sans le claquement et le chuintement des lames qui filaient à toute allure, sans cette sensation de danger immédiat. C’était comme déambuler sur un fil à plusieurs dizaines de mètres du vide avec un partenaire. Celui qui esquissait la plus belle danse ne gagnait pas forcément, tout comme celui qui se montrait impatient.

Au fil des combats, Falarandre avait compris que refouler ses émotions était une erreur fatale. Se laisser déborder par elles était bien sûr stupide, car alors l’adversaire lisait en vous comme dans un livre ouvert. Mais quelqu’un d’insensible à l’art du combat et de la lame ne pourrait jamais progresser, atteint un certain niveau il stagnerait. Avec son épée Falarandre exprimait sa soif de sang, sa foi pour Gener, son exaltation du moment.

Falarandre enchaînait coup sur coup, forçant son adversaire à reculer pas après pas. Mais la jeune guerrière ne laissait toujours aucune ouverture, résistant avec ténacité au mortel requiem que jouait le cultiste.

Risquant un coup d’œil à côté, Falarandre se figea un bref instant. Jikarai était toujours debout, solide comme un roc, ferraillant de pied ferme avec Teko. Polez était à terre dans une mare de sang. Difficile de dire s’il était en vie. Le venin aurait dû agir depuis belle lurette. À moins que… Povlav et Miltid avaient-ils oublié d’enduire leurs carreaux de poison ? Les imbéciles. S’ils s’en sortaient, ils auraient droit à une sacrée correction.

Un coup d’estoc plus adroit que les autres lui entailla l’épaule, déchirant sa belle tunique. Falarandre grogna et recula d’un pas, brisant sa progression. Le cultiste contint avec peine sa rage.

« Ça fait deux fois que tu me touches salope. Rien que pour cela je te découperai tranche par tranche en commençant par les doigts de pieds. »

Il en avait assez finalement. De plus la situation devenait critique, il était temps d’abréger le combat. Falarandre releva son épée, resserrant sa prise sur la tête de serpent qui lui servait de pommeau. Il émit deux sifflements, un long et modulé et un court sec. Le signal indiquait aux deux cultistes en retrait de passer à l’attaque. La pointe de son épée désignait la personne à tuer.

Deux ombres surgir de leur cachette, s’approchant silencieusement de leur proie. Préoccupée par les attaques de son adversaire, la guerrière de Naplot n’avait pas dû les remarquer.

Falarandre bondit en l’air, comme l’oiseau-qui-bat-de-l’aile puis à peine sur ses pieds, traça une complexe arabesque avec sa lame, réalisant le-revers-de-l’hirondelle. La rapière cingla à plusieurs reprises, venant à bout de la défense de l’Esprit-lame. Déséquilibrée par férocité de l’assaut, la guerrière de Naplot recula de plusieurs pas.

Près des deux autres cultistes. La jeune femme les aperçut mais il était trop tard pour y remédier désormais.

Falarandre se délecta de la peur qui passa sur le visage de son adversaire. Et bientôt il pourrait l’admirer passer de vie à trépas, comme une fleur qui se fane plus tôt que prévu.

Mais il en fut pour ses frais. À nouveau l’air ondula et avec un petit crépitement, un flash lumineux éblouit tout le monde.

« Maudite Ledan ! Qui sont-ils donc ? »

Falarandre plissa douloureusement ses yeux, tentant d’apercevoir quelque chose.

Son adversaire avait profité de la confusion pour se retourner, esquivant la masse d’arme de Pavlov et parant l’épée de Miltid.

« Cette trainée de Naplot ne s’en sortira pas comme ça ! »

Minimisant les mouvements à exécuter il plongea en avant, son épée tendue telle le prolongement de son bras. Elle était peut-être une sorcière, mais il était un Traqueur. Ce titre était accordé aux plus fervents serviteurs du dieu du désespoir à deux conditions. La première était d’avoir au moins cinq ans d’expérience en tant que membre de la Main des Châtiments. C’était assez raisonnable. La seconde, plus difficile à exécuter, consistait à capturer ou tuer un Ledan. Le ramener vivant était toujours mieux considéré bien sûr car il était alors possible de le sacrifier sur l’autel par un prêtre qualifié. Les Ledans étaient la plus grande insulte faite au dieu Gener car il s’agissait de ceux qui, en s’enfuyant du monde des âmes lui avaient dérobé sa magie. Ces traîtres de la pire espèce manipulaient alors sciemment ce qu’ils nommaient Edah.

Falarandre se souvenait très bien du premier Ledan qu’il avait croisé. C’était un jeune garçon qui avait mis le feu à sa maison, brûlant toute sa famille. Du moins c’était ce que les villageois disaient. Encore naïf à l’époque, Falarandre avait attaché l’enfant à un arbre et avait attendu face à lui. Il désirait en avoir le cœur net. Au bout de deux jours et deux nuits le gamin était déshydraté et avait cessé de le supplier. Il pendait comme une poupée sans fils par les liens que Falarandre avait noué.

A ce moment-là, le cultiste avait décidé de le relâcher. Il s’était alors approché de l’arbre et avait entreprit de le détacher. A peine fut-il arrivé à portée que le tronc s’enflamma aussi rapidement qu’un claquement de doigt. Falarandre avait à jamais conservé les marques de brulures sur ses mains.

Plus tard il n’avait fait montre d’aucune pitié pour ses engeances maudites. Il les égorgeait comme des vaches pestiférées. Leur tranchait la langue pour ne plus entendre leurs suppliques.

Ainsi, il déversa dans son coup d’estoc toute la haine qu’il ressentait. Sa rapière bondissant comme un cobra en colère.

La lame fendit l’air comme la chair, transperçant la jambe de la sorcière. Faisant pivoter son poignet, il sectionna les tendons de l’Esprit-lame avec dextérité.

Falarandre sourit. Enfin la victoire était à portée de main. Il s’apprêtait à retirer son épée pour achever son adversaire mais son instinct lui dicta le contraire. Tout bretteur apprenait à faire confiance à son intuition. Du moins ceux qui restaient en vie. Aussi le cultiste se contenta de poser un genou à terre, voutant les épaules.

L’air gémit lourdement au-dessus de lui, tranché par un puissant bâton en acier. Falarandre n’attendit pas que l’attaquant ait terminé son mouvement. Il dégagea sa rapière tout en percutant le guerrier aux cheveux blanc avec son épaule. Le cultiste eut l’impression de taper dans un mur de pierre. Cependant son adversaire semblait surpris.

Bien. Falarandre profité de la brève hésitation de Jikarai pour effectuer une roulade en avant et se relever souplement. Il faisait à présent face à l’Esprit-lame. La guerrière blonde derrière le guerrier au bâton était en piètre état. Blessée à la jambe, elle ne pouvait plus reculer et avait perdu en stabilité. Povlav et Miltid étaient sur le point de prendre le dessus.

Une large entaille barrait le torse de Jakarai. Visiblement Teko n’était pas mort sans blesser mortellement son ennemi. Et lui n’avait pas oublié d’enduire son arme de venin. Leurs deux opposants étaient déjà condamnés. Ils avaient gagné.

Falarandre en soupira presque de soulagement. L’affrontement avait été sauvage et ardue. Plus d’une fois il avait failli y laisser la vie, Polez et Teko étaient morts…

Pourtant, encore une fois, il se trompait. Le cultiste n’en cru pas ses yeux quand l’estafilade sur la poitrine de l’Esprit-lame se referma lentement d’elle-même. La plaie s’amincit avec un léger bruit de succion jusqu’à ne devenir une fine ligne rosâtre. Puis la mince coupure s’effaça elle aussi, ne laissant aucune trace de la blessure. Jikarai se tenait devant lui la peau aussi lisse qu’un bébé.

« Ce n’est pas possible. Ce type n’est pas humain… C’est un esprit envoyé par Naplot ! Peut-être Naplot lui-même ! »

Pour la première fois depuis bien longtemps, Falarandre sentit la peur s’immiscer en lui. C’étaient de vieilles retrouvailles. Le cultiste s’épongea le front de sueur avec un de ses gants.

Il devait se calmer. Le combat était perdu d’avance. Mais cela ne signifiait pas pour autant son arrêt de mort.

C’était le deuxième regard furtif que Jakarai jetait en arrière. L’état de sa compagne semblait le préoccuper. La guerrière de Naplot chancelait maintenant, visiblement elle n’était pas immunisée contre le poison. Elle en avait pour moins de trois minutes estima rapidement Falarandre. Mieux, dans moins d’une minute elle perdrait conscience. Mais son adversaire aux cheveux blanc l’ignorait. La seule chose qu’il voyait était que la jeune femme perdait du sang, semblait exténué à la manière dont elle chancelait et que c’était un coup de chance qu’aucun des deux cultistes ne soit encore parvenu à la blesser gravement.

Un mince sourire étira les lèvres de Falarandre quand il croisa le regard de Jakarai. Sans un mot il tourna les talons, piquant un sprint en direction de sa monture. Comme il s’y attendait, l’Esprit-lame ne chercha pas à le rattraper, venant au secours de son alliée. Grand bien lui en fasse.

Une fois à cheval, le cultiste talonna sa monture, la poussant au galop. Il n’y avait pas de temps à perdre. Sa survie était primordiale actuellement. Autrement le Guide ne recevrait jamais le médaillon.

Dans quelques minutes l’esprit qui avait la forme de Jakarai se rendrait compte qu’il ne pouvait plus rien pour la sorcière. Alors il chercherait probablement à se venger. Peut-être volerait-il jusqu’à lui sur son char de feu et ferait pleuvoir la foudre !

Falarandre se pencha en avant et motiva son équidé, tentant de lui faire saisir l’urgence de la situation.

-Allez galope foutu cheval ! S’il nous rattrape tu feras partis du repas toi aussi !


Texte publié par Louarg, 26 septembre 2015 à 16h39
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