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Tome 1, Chapitre 10 « Chapitre 3, Partie 1 » Tome 1, Chapitre 10

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Voilà le chapitre 3 ! Personnellement c'est mon préféré des trois premiers. De l'action, l'introduction de personnages importants et on continue à suivre Elidorano et Ucobo !

Que pensez-vous des personnages jusque-là ? Des avis ?

Toujours pareil, si vous repérez des fautes ou s'il y a des termes qui ne se trouvent pas dans l'index, n'hésitez pas à me le faire savoir.

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Cinq ombres noircissent le ciel,

Grevant les ailes de l’oiseau.

Cinq ombres déversent leur fiel,

Dans Tomroe. Suçant les vieux os,

D’un indésirable roseau.

Comme prévu, le Convoi arriva à Tomroe quelques heures après l’entrevue d’Elidorano avec le Uo. Ce fut d’ailleurs là que les choses se compliquèrent. Le Convoi avançait à un bon rythme jusqu’alors, mais une fois aux portes de la ville les Kew durent se ranger derrière une importante file de charrettes et d’attelages de différentes tailles. Beaucoup de marchands et de colporteurs attendaient de pouvoir passer l’enceinte fortifiée de Tomroe. Ceux-ci se distinguaient à leurs chariots plein à craquer d’objets en tout genre. Ensuite venaient les villageois accompagnés de leur famille qui venaient profiter des festivités organisées pour l’Ocalem. Puis les guerriers, aisément reconnaissables, qui souhaitaient certainement participer ou assister au tournoi qui aurait lieu demain.

Aux portes, des gardes aux plastrons beiges vérifiaient les cargaisons des marchands, détaillaient les marchandises puis donnaient un emplacement au sein de la cité. Ils demandaient également aux personnes entrantes de décliner leur identité ainsi que les armes dont l’individu était en possession, qu’ils inscrivaient dans un épais registre. Tout cela était bien sûr afin d’éviter toute effusion de sang pendant l’Ocalem.

Elidorano jeta un coup d’œil au Convoi. Sur les cinq Kew, trois étaient restés à plusieurs centaines de mètres de là, avec les Lectavis. Il était préférable que ces derniers ne se joignent pas aux Ambulants et gardent les mufleurs et les grands chariots. D’abord parce que les Ruhons et les Lectavis avaient tendance à se taper dessus aux mauvais moments, ensuite parce qu’il fallait bien que certains se dévouent et gardent le reste du Convoi. De plus, la plupart des Lectavis avaient leur famille avec eux dans un des Kew resté en arrière.

Sur les cinq Kew qui composaient le Convoi, deux étaient dédiés aux Ambulants et à leurs affaires personnelles, deux étaient réservées à la cargaison transportée d’une ville à l’autre et le dernier aux familles des Lectavis. Bien qu’actuellement il abritait également des Brolls. Des charrettes accompagnaient en général les Kew, transportant pour la plupart des provisions. Au total le Convoi rassemblait près de quatre cent personnes en comptant la cinquantaine de Lectavis à cheval.

C’était la taille moyenne d’un Convoi d’Ambulants. Les plus petits rassemblant une centaine de personnes. Et bien sûr il y avait les deux ville-mobiles : Antarès et Mediville. L’équivalent de centaines de milliers de personnes voyageant de concert sur les Veines de Pierre, deux énormes routes pavées qui traversaient les Terres Marchandes. Ces impressionnants cortèges étaient dirigés par les plus hautes autorités Ambulantes, les Primitifs. À la connaissance d’Elidorano il en existait deux. Ces êtres avaient connus l’âge d’or de l’alchimie, l’art perdu des Ambulants. Maintenant très vieux, ils semblaient pourtant gouverner d’une main de fer les villes-mobiles et indirectement les Convois.

Ce mode de vie en surprenait plus d’un, que ce soient les Ruhons, Les Muskav-laz, les nordiques, les Deziens, les Cyntiens ou les Yrois, tous tenaient les même propos et avaient le même air dubitatif. Les Déserteurs du Soir, qui soutenaient pourtant complètement le joug des Primitifs et accordaient une grande importance à leurs conseils, ne comprenaient pas pour autant le nomadisme des Ambulants. Le plus amusant était peut-être que les Ambulants, au contraire, ne saisissaient pas l’intérêt de mener une vie sédentaire.

Bien sûr le Convoi ne suivait pas une trajectoire erratique. Le point important était d’avoir le maximum d’opportunités pour troquer, marchander et développer les relations commerciales avec les autres peuples. On pourrait penser que la capacité de transformer la matière que possédaient les Ambulants, à des degrés différents, était la cause de leur opulence. Il n’en était rien. Si les pouvoirs des Ambulants n’était pas un secret, la plupart rechignait à faire des démonstrations et considérait la transmutation à des fins d’enrichissement personnel comme un gâchis et une honte. La vérité était que les Ambulants excellaient tout simplement au marchandage et qu’ils étaient les fournisseurs officiels pour certains produits de grandes villes comme Kalagoliel, Lagakiel, Bavur ou Acravon.

Bien sûr tous les peuples ne les accueillaient pas à bras ouverts et ils pouvaient toujours être victimes d’attaque étant donné la valeur des cargaisons qu’ils transportaient. Les Lectavis étaient là pour rendre la tâche plus difficile aux bandits. C’était plus une démonstration de force que la réelle défense du Convoi car de mémoire d’homme, jamais des brigands ne s’étaient attaqués à un Convoi. Il ne fallait pas s’y tromper cependant, les Lectavis étaient des soldats aguerris, au point de s’attirer le respect des Brolls. Ils étaient formés à Lactav, où des officiers de la légion des Déserteurs du Soir les soumettaient à un enseignement très strict pendant cinq années. Ils étaient ensuite conviés à Antarès ou à Mediville où on les orientait vers un Convoi à protéger. Le Uo s’occupait alors des payes et des provisions. Comme les Ambulants voyageaient sans cesse, les familles des Lectavis étaient autorisées à habiter dans un des Kew ou pouvaient suivre dans leur propre roulotte à condition qu’ils participent aux tâches quotidiennes des Ambulants.

Tous les Convoi ne permettaient pas ce type d’arrangements. Certains considéraient que côtoyer d’autres peuples trop longtemps rendait les mariages mixtes plus fréquents et contribuait à la perte de l’alchimie. Selon Elidorano ce genre de comportement montrait seulement à quel point les anciens Ambulants pouvaient être conservateurs et réductionnistes. Il était vrai qu’un couple d’Ambulant avait plus de chance que leur enfant ait des prédispositions en alchimie. Mais l’art se perdait malgré cela et sa disparition était inévitable. Se cramponner à de telles idéaux signifiait perdre de vue le vrai talent des Ambulants, c’est-à-dire le commerce.

En ce qui concerne les Ruhons, ces derniers rechignaient simplement à faire affaire avec les Ambulants. Ils n’étaient pas en bons termes avec les Lectavis et les Déserteurs du Soir, or ceux-ci soutenaient pleinement l’autorité des Primitifs. Logiquement ils se montraient méfiants et peu arrangeants avec les alliés de leurs rivaux. Mais ils ne pouvaient pas se permettre de refuser l’accès au Convoi, et c’est là que résidait la vrai force des Ambulants.

C’était l’étroite solidarité qui nouait les Ambulants. En dépit de leurs idéaux respectifs, ils ne faisaient qu’un quand on s’en prenait à leur peuple. Les Primitifs tels les antennes d’un insecte captaient et renvoyaient toute information qui lui remontait. Par exemple fermer la porte à un Convoi, serait connus de tous les Ambulants des terres marchandes en moins d’une sanois. Si les Primitifs l’estimaient nécessaire, la ville risquait un embargo de la part des Convois. Mais les conséquences ne s’arrêtaient pas là puisque nombre de Majah préfèreront ne pas endommager leur relation avec les Ambulants et suivre l’embargo.

Perdu dans ses pensées, Elidorano n’avait pas remarqué que les Brolls étaient revenus de leur chasse. Le jeune homme sourit. Il avait craint de ne pas revoir Katala avant d’entrer dans Tomroe. Certainement, une fois le seuil des portes franchies, il serait difficile d’en sortir avant que le flux d’arrivants n’ait diminué. Finalement la longue file d’attente était peut-être une bonne chose. Elidorano jaugea le temps restant. Il y en avait pour une bonne heure encore avant qu’il faille décharger les marchandises. Sans perdre une seconde il fit tourner bride à son cheval.

Une clameur s’éleva du petit attroupement qui s’était formé près des mufleurs. Curieux, Elidorano mit pied à terre et s’approcha du groupe. Les Brolls entonnaient un chant victorieux battant des mains en cadence pour donner le rythme. Curieux, Elidorano se fraya un chemin, tentant d’atteindre la couronne intérieure. Quand il fut devant la scène, le jeune homme resta bouche bée de surprise.

Les trois personnes qui étaient l’objet de l’attention des Brolls s’agitaient sur leurs montures, agitant leurs lances en réponse aux cris d’allégresse de leur peuple. Parmi eux se trouvait Katala, qui affichait une joie infantile et souriait de toutes ses dents. Mais son état déplorable contrastait avec sa bonne humeur. Ses habits, déchirés à de multiples endroits et couverts de terre et de sang n’étaient plus que des lambeaux. La jeune Broll était couverte de contusions et sa peau était éraflée à de nombreux endroits. Un lambeau poisseux en toile, un reste de ses vêtements, ceinturait son ventre, juste au-dessus des hanches. Le tissu avait pris une teinte écarlate et ne couvrait pas la totalité de la blessure. A voir comment sa compagne grimaçait à chaque mouvement de l’équidé, elle avait sans nul doute une côte cassée.

Elidorano n’eut pas besoin de chercher bien loin pour comprendre ce qu’il s’était passé. Une grande litière en bois était accrochée à son cheval. Sur le support, ligoté solidement, se trouvait un impressionnant rhinocéros à la peau gris clair. Il devait peser plus de trois tonnes à voir le gabarit et son énorme corne était plus longue que le bras d’Elidorano.

Katala l’aperçut, et après une descente de cheval héroïque au vu de son état, se dirigea vers lui. Le jeune homme l’étreignit en faisant attention à sa blessure.

-Viens avec moi. souffla Elidorano.

Les Brolls leur firent rapidement un passage et ils sortirent de la foule sans problèmes. Elidorano se dirigea alors vers la roulotte d’Alako. L’herboriste s’occupait d’ordinaire des Ambulants malades ou blessés, aussi elle avait toujours un stock impressionnant de racines, de feuilles, de cataplasmes et d’onguent. Une fois à l’intérieur il demanda à Katala de se déshabiller et entreprit de fouiller les divers coffres devant lui.

-Mon mawako est-il satisfait ?

Katala, désormais nue comme un ver, semblait amusée par la situation. Elidorano revint finalement vers elle, avec du coton, de l’eau et un petit pot contenant une pâte blanche. Sans attendre il observa la blessure au niveau des côtes et la rinça avec précaution, nettoyant avec le coton humide les plaies.

-C’était un puissant coup de corne ! Mon rhinocéros est féroce, il fera un excellent Wobe.

Wobe signifiait compagnon de chasse. Il s’agissait des montures des Bawe.

-Il ne fera rien du tout s’il n’y a personne pour le dresser.

-Mon Wobe n’attendra pas longtemps. Dans quelques jours je serai remise !

L’optimisme de la Broll était parfois incroyable. Comment pouvait-elle s’imaginer qu’une blessure aussi profonde ainsi qu’une côte cassée guérirait en un si court laps de temps ? Agacé, Elidorano ne put s’empêcher de répliquer.

-Tu ne remonteras pas à cheval avant un demi-cycle ! Et dans le meilleur des cas tu pourras aller à la chasse au début de la sanois verte !

-Ca fait… vingt-et-un jours ? incrédule, Katala le dévisagea un moment, avant d’éclater de rire.

-Mowak me guérira avant ! J’ai choisi le rhinocéros le plus sauvage et je l’ai dompté ! Je n’ai même pas crié quand la corne m’a brisé une côte ! Mowak a vu ma force et il me respecte maintenant ! continua la jeune femme.

-Et quand ta blessure s’infectera et que ton état s’envenimera ? Quand tu ne tiendras plus debout à cause de la fièvre ? Ton dieu chasseur arrivera au galop pour soigner ta nausée et tes migraines ? Il viendra sucer le pus qui suintera de la plaie ?

Elidorano s’interrompit brusquement, douché par le réalisme de sa réaction. Katala était aussi surprise, ne s’attendant visiblement pas à ce qu’il cède le pas à sa colère. La colère ? Ce devait être ça, ce sentiment soudain d’être en feu, de bouillir intérieurement, de répliquer sous une impulsion... Emerveillé, le jeune homme se promit de retranscrire plus tard son émotion sur une toile.

Il commença à enduire la plaie de la pâte blanche. D’expérience, l’onguent qu’utilisait Alako était très efficace pour cicatriser et il apaisait la douleur. Katala se rétracta légèrement et esquissa une grimace quand il toucha la blessure.

-Ce n’est pas ton dieu Cocher qui me guérira. répondit finalement la jeune Broll.

-C’est ma réplique. Aucun dieu ou esprit ne viendra te soigner. Pour survivre tu dois t’en remettre à toi-même.

-Ou à mon Mawako ?

Ne sachant si c’était un sarcasme, Elidorano releva la tête. Katala le regardait intensément. Son expression était passionnée sans aucun doute. Ne trouvant rien à répondre, le jeune Ambulant termina d’étaler la pâte, puis banda la blessure avec du tissu blanc. Ensuite il nettoya en silence les multiples écorchures qui se trouvaient sur le corps de sa compagne. Une fois fini, il l’inspecta d’un air satisfait.

-Tu devrais dormir maintenant. Un peu de repos te feras le plus grand bien.

Katala voulut résister quand il l’allongea sur la couche, mais ses bras étaient autant dépourvus de force qu’un nouveau-né. Elidorano en fut attristé, la jeune femme devait être exténuée. Pour preuve elle ne protesta même pas quand il lui donna des feuilles de Leizer à mâcher. Plus fortes qu’une décoction à la verveine ou la valériane, les feuilles de Leizer la plongeraient dans un sommeil réparateur en quelques minutes.

Les Mustav-laz raffolaient du Leizer, certains en mâchaient matin et soir. Beaucoup mourraient en tombant par inadvertance des ilots volants sur lesquels ils habitaient. À forte dose les feuilles provoquaient une accoutumance dangereuse et leurs effets étaient néfastes à long terme. Elidorano avait vu nombre de Muskav-laz qui abusaient du Leizer ayant des pertes de mémoires régulières, quand ce n’était pas une totale amnésie. Au contraire à petite dose mâcher les feuilles relaxait le corps et la personne plongeait dans un sommeil sans rêves très rapidement. Le Leizer apaisait également la douleur, ce qui dans le cas de Katala convenait parfaitement.

Restant à proximité de sa compagne, le jeune Ambulant sortit ses ustensiles de dessin et deux toiles. Aujourd’hui il avait fait le plein d’expériences enrichissantes. Elidorano se souvenait parfaitement de la pointe d’inquiétude qu’il avait ressentie en voyant Katala juchée sur son cheval recouverte de sang. Et la colère qui l’avait envahi il y a quelques minutes… La netteté et la pureté de l’émotion était comme un puissant aphrodisiaque. Il se devait de retranscrire avec exactitude les deux scènes.

Tout en sifflotant l’ariette du cochet, Elidorano esquissa avec précision la troupe de Brolls autour des Kew. Il lui restait encore un peu de temps avant de devoir rejoindre le Convoi.


Texte publié par Louarg, 25 septembre 2015 à 22h50
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