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Tome 1, Chapitre 72 « LXXI - L'Affrontement - Deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 72
Luciellus reporta son regard sur ses adversaires :
    
    « Aïzie est sage et généreux. Vous devriez l'écouter. Et m'écouter aussi... les choses vont changer, ici, à Col d'Argent. Le fils du seigneur Arol vient de naître... et il a une protectrice. Une Angelle nommée Ivara. Il ne voit plus les choses de la même manière... Il est possible que tout change, ici, à Col d'argent !
    
    — Penses-tu vraiment que je vais te croire ? »
    
    Luciellus soupira... Comment pourrait-il vaincre leur entêtement ?
    
    Déjà, il entendait le brouhaha des soldats sur les remparts de la forteresse. Quelques flèches fusèrent en direction du vol d'Anges, qui s'éparpilla aussitôt ; certains firent mine de foncer vers les gardes, mais Zénith les retint :
    
    « Attendez... je pense que par cette tour, nous pouvons entrer dans la forteresse et débusquer le seigneur ! »
    
    Luciellus frissonna : Arol se trouvait juste derrière la porte. Que se passerait-il s'il venait à être découvert ? Et si les Anges investissaient l'endroit ?
    
    C'est alors qu'une étrange rumeur emplit la place... Elle semblait monter de l'intérieur même de la tour. Comme si des dizaines de pieds grimpaient vers eux. Il se tourna vers la source de ce bruit ; cet instant d'inattention faillit lui coûter cher. Les Anges renégats se ruèrent vers lui, bien décidé à forcer le passage pour pénétrer à l'intérieur du bâtiment principal de Col d'Argent. Luciellus voyait la masse volante se précipiter vers lui, à une effrayante allure, jusqu'à ce que leurs vastes ailes viennent lui bloquer toute la lumière. Il ferma les yeux, étendant ses propres ailes aussi largement qu'il lui était possible.
    
    Mais au moment où il aurait dû éprouver l'impact de leur rage, il sentit son corps s'élever de lui-même. À travers ses paupières closes, l'intense lueur était revenue... tout à la fois si étrange et si familière. Comme si elle avait toujours fait partie de lui. Peut-être que tous les Anges la possédaient, mais cet âge troublé l'avait enfouie au plus profond d'eux-mêmes.
    
    De nouveau, il discernait toutes les présences de la forteresse : Aïzie et Zéphyr, Ivara, Celestia et Serafelle, les soldats, les serviteurs, le seigneur et sa famille, Pier l'angelier, les chaînes... Et parmi elles, plus brillante que toutes, il y avait Catena !
    
    Non, plus Catena, plus jamais... Mais Solia, l'enfant qui lentement devenait femme, qui enfin s'épanouissait à la liberté. Et les chaînes apparurent, menées par la jeune fille, par la sage Adessa et les deux Angelles : une par une, elles prirent pied au sommet de la tour, rang après rang... Pour chaque Ange, un humain, encore pâle et hâve de son long emprisonnement. Ils clignaient des yeux dans la lumière, celle du soleil qui perçait les nuées, celle de l'Ange qui se dressait, seul et nimbé d'un éclat aussi vif que pur. Et tant qu'il les inonderait de cette clarté, leurs pensées agressives resteraient endormies :
    
    « Anges, vos protégés sont ici, libres... Ils ne retourneront pas dans leurs prisons. Cessez de verser le sang, cessez de vous battre, personne ne mérite d'être blessé à cause des traditions dont il a hérité... C'est à vous de changer les choses, mais pas par le sang. Que vous soyez de nouveau une chance les uns pour les autres... Vous, Anges, avant de perdre votre lumière et de disparaître... Et vous, Chaînes, avant de subir un sort plus dur que la mort ! »
    
    Le seigneur Arol s'avança enfin, timidement ; il semblait terrorisé, mais la pensée de son enfant et de sa femme devait l'aider à aller de l'avant.
    
    « Je ne veux plus de combats ici ! Je veux bien libérer les chaînes et les Anges, mais nous resterons sous la menace des forts les plus puissants... De Cimes... Des autres... Je désire vraiment que tout rentre dans l'ordre, mais... comment faire pour les tenir à l'écart ? Ils sont capables de demander mon enfant comme otage, comme chaîne... Même si je me soumets à eux... Je sais qu'ils le feront...
    
    - Non, répondit Luciellus, Ivara vous protégera, si elle reste ici. Elle est redevenue un Ange, mais elle a toujours le savoir des Semeurs de tempêtes ! Et les Anges pourront vous aider. Ils n'ont pas besoin d'être des esclaves pour cela. Vous le savez ! »
    
    Le seigneur acquiesça lentement.
    
    Les chaînes levèrent les yeux vers leurs Anges. Adessa s'avança, tenant Solia par la main :
    
    « Toutes deux, nous avons perdu notre protecteur. Le mien a disparu après avoir renoncé à sa mission. Celui de cette enfant ne peut plus l'aider à présent qu'elle approche l'âge adulte. Mais vous avez encore cette chance, alors ne l'abandonnez pas... Gardez juste à l'esprit le fait que vous avez besoin les uns des autres ! »
    
    Elle sourit un peu tristement.
    
    « Zénith... Votre chaîne est en vie, et elle est prête à oublier que vous aviez prévu sa mort ! »
    
    Elle poussa devant elle une femme un peu plus jeune qu'elle, qui serrait ses bras autour de son torse comme si elle tentait de se protéger d'un froid cruel. Sa longue chevelure rousse était emmêlée et elle ne portait en guise de robe que de pauvres haillons, les reliques d'une tenue de servante. »
    
    « Zénith, reprit Adessa, vous souvenez-vous de la première fois où vous l'avez vue ? Au lendemain de ses treize ans ? Vous souvenez-vous de cette douce chaleur que vous avez ressentie, de votre besoin de la protéger, de répondre à cette pulsion profonde qui fait de vous un Ange ? Qui fait flamber votre lumière ? Je sais que la création est injuste et que vous ne pouvez fuir cette responsabilité au risque soit de disparaître, soit de renoncer à ce que vous êtes... Mais c'est aussi à nous, humains, d'apprécier ce qui nous a été donné et de reconquérir votre confiance. Nous le savons et nous sommes décidés désormais à ne plus nous laisser faire... Nous devons de nouveau être précieux les uns pour les autres... »

Texte publié par Beatrix, 30 octobre 2019 à 07h56
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