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Tome 1, Chapitre 71 « LXX- L'Affrontement - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 71
Quand il parvint au sommet de la tour et qu'il passa la porte de l'échauguette, la brume s'était totalement dissipée. Les combats n'avaient pas encore repris, même si l'on voyait des archers sur les remparts et des Anges qui tournaient, indécis, dans le ciel. Il s'éleva de quelques battements d'ailes, le regard levé vers ses frères.
    
    Son œil aigu d'Ange lui montrait qu'ils portaient de nombreuses blessures, dont le sang mordoré s'était déjà figé, plus vif que les couleurs plombées de leur peau et de leurs plumes. Luciellus le constatait à présent : tout comme Lumen, ils n'étaient plus que des ombres d'eux-mêmes, ternis et privés de leur lumière intérieure. Il s'éleva légèrement, étendant ses ailes – qui lui semblaient bien réduites en comparaison de celles qu'il avait cru avoir quand il avait sauvé Arol du gouffre.
    
    À cette altitude, il n'était pas certain que les archers pouvaient le voir ; il espérait que toute leur attention était focalisée sur leurs ennemis et non sur sa silhouette solitaire perchée dans les hauteurs. Mais cela pouvait changer à tout instant. Il était prêt à encourir le danger s'il le fallait. Il étendit ses ailes, laissant le soleil accrocher ses plumes dorées.
    
    Comme il l'avait supposé, sa présence finit par attirer le regard des Anges de la forteresse, qui tournaient autour de Col d'argent comme une patrouille enragée, cherchant de nouveau un angle d'attaque. L'un d'entre eux s'immobilisa droit devant lui, flottant dans les airs comme seuls les leurs savaient le faire, le fixant avec dureté.
    
    Zénith...
    
    Connaissait-il le sort de Lumen ? Le concevait-il seulement ?
    
    « Toi ! »
    
    La voix forte du chef des anges de Col d'Argent portait si bien qu'il aurait pu se trouver juste à côté de Luciellus.
    
    « Que fais-tu là, sur la forteresse ? N'étais-tu pas censé rester à l'angèlerie avec les chaînes ?
    
    — Les chaînes ne sont plus à l'angèlerie... Elles sont libres !
    
    — Est-ce toi qui les as libérées ?
    
    — Oui, c'est moi ! »
    
    Un cri de rage s'éleva de la troupe ailée... Les Anges s'étaient regroupés derrière leur chef, attendant un signe d'eux pour fondre sur celui qui osait leur tenir tête. Luciellus aurait pu leur dire des dizaines de choses... Que jamais il ne serait justifié qu'un ange attaque un autre ange. Que même leur agression sur des humains était insensée... mais il savai que cela ne servirait à rien.
    
    « Où sont-elles à présent ? »
    
    Luciellus baissa la tête : tout reposait entre les mains de ses amis et alliés à présent. Il ignorait totalement où elles pouvaient se trouver dans la masse de la forteresse et de ses soubassements. La perception si claire, si prodigieuse qu'il avait reçue après avoir sauvé Arol semblait s'être évanouie.
    
    « Je n'en sais rien... mais je pense qu'elles sont en vie. En sécurité même.
    
    — Comment peux-tu avoir une telle assurance, alors même que tu te dis ignorant ? Ces chaînes ont forgé notre malheur ! Peu importe leur état. S'il le faut, nous sommes toujours décidés à les éliminer pour racheter notre liberté...
    
    — Si vous faites cela, déclara le jeune Ange fermement, vous perdrez votre dernière lumière... Vous disparaîtrez, même, comme Lumen, sans même avoir la chance de trouver, comme lui, un peu de rédemption.
    
    — Qui es-tu pour nous faire de la morale ? lança une Angelle à la droite de Zénith. Où est ta chaîne à toi ?
    
    — Je n'ai plus de chaîne, avoua Luciellus. Elle est entrée dans sa treizième année et n'est plus une enfant selon nos lois.
    
    — Et tu prétends nous donner des leçons ? reprit sévèrement le chef des Anges renégats. Mais dis-moi, puisque tu en as parlé... Qu'est-il arrivé à Lumen ?
    
    — Il a perdu ce qui lui restait de lumière... Et vous savez tous ce qui arrive dans ce cas... Vous le ressentez déjà. Je peux comprendre votre douleur, votre fardeau... Je l'ai porté aussi. Mais plus vous renoncez à votre lumière, plus il vous est pénible et vide de sens. À présent, vous n'avez même plus l'énergie de vous sauver vous-même... Est-ce vraiment ce que vous voulez ? »
    
    L'Angelle qui avait déjà pris la parole, dont les ailes d'un rose terne se tachaient d'étoiles de sang, baissa la tête.
    
    « Nous ne savons même pas ce que nous voulons vraiment... Cesser de souffrir, je suppose...
    
    — Et vous en avez la possibilité... »
    
    Il entendit soudain un froissement d'ailes derrière lui ; il reconnut l'éclat cuivré d'Aïzie. Son ami se posa à côté de lui, pour aussitôt se diriger vers Zéphyr à qui il caressa doucement la tête. Sa voix s'éleva, même s'il ne s'était pas tourné vers ses interlocuteurs :
    
    « Il est encore temps de revenir sur votre décision et de vous soucier de nouveau de vos protégés. Si ce monde vous fait trop horreur, vous pouvez venir sur notre île, qui n'est ni la terre ni les cieux... avec vos chaînes. Les humains perdront leur mortalité et vous perdrez vos ailes, vos souvenirs s'évanouiront, mais votre vie sera libre, heureuse et sans contrainte... »
    
    Zénith fit signe à ses troupes de rester en arrière et se rapprocha de l'aire au sommet de la tour. Alors, seulement, Aïzie se retourna pour le regarder.
    
    « Et qui es-tu pour nous parler ainsi ? demanda le chef des Anges révoltés, avec un mélange d'irritation et de curiosité.
    
    — Je me nomme Aïzie. Je suis un Ange, sans doute... Mais aussi un Semeur de tempêtes. Mes ailes ne sont revenues que pour me sauver la vie. Mais je les sens déjà s'affaiblir et sans doute vont-elles disparaître. Mais je ne regrette pas mon destin, quel qu'il soit. Il me semble que même en perdant ma nature première, je n'ai jamais trahi ma nature profonde... Je ne suis pas sûr de ce que je suis, mais je sais qui je suis... Les gens de l'île, les Nés du Ciel... Nous sommes une famille qui aspire à vivre en paix... Et nous n'avons qu'horreur pour ce que vous vous infligez mutuellement, Anges et humains... »
    
    Comme pour appuyer ses dires, Zéphyr blottit sa tête au creux de son épaule. Luciellus ressentit droit au cœur la fatigue et la lassitude de son ami, qui avait tant fait pour si peu de résultats. Pour lui, comme pour les autres, il ne devait pas lâcher prise.
    
    

Texte publié par Beatrix, 20 septembre 2019 à 23h48
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