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Tome 1, Chapitre 67 « LXVI -Un ultime espoir - deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 67
Angelus avait le sentiment d'avoir passé une éternité à cheminer dans la forteresse de Col d'Argent. Jamais de sa longue vie – aux yeux des humains du moins, car il était encore un tout jeune ange – il n'avait autant séjourné entre des murs... Même ceux de l'angèlerie s'ouvraient largement à l'extérieur par les vastes baies prolongées par les pontons, et les maisons sur l'île des Semeurs de tempête ne lui donnaient pas cette terrible sensation d'oppression, comme si une montagne entière pesait sur lui.
    
    Il supposa que le serviteur tentait d'emprunter les chemins les plus retirés afin d'éviter autant que possible de croiser du monde, mais cela ne faisait que rallonger leur périple. Certains des escaliers n'avaient sans doute pas été employés depuis des années, voire des siècles...
    
    « Quel âge a la forteresse ? demanda-t-il pensivement.
    
    — Je ne saurais vous le dire, messire Ange. Le grand-père de mon grand-père y travaillait déjà... je ne sais compter aussi loin... »
    
    Angelus hocha la tête : lui-même ne s'était jamais embarrassé de compter. Il était incapable de dire depuis combien d'années exactement il existait, parce que cela n'avait pas vraiment d'importance ... Mais peut-être que cela en avait, après tout !
    
    « Je sais juste qu'avant la construction de la forteresse, nous habitions dans les villages d'altitude. Mais comme nous sommes devenus plus nombreux, les terres cultivables se sont faites plus rares, et certains villages se sont mis à en attaquer d'autres pour les leur prendre. Nous ne pouvions plus compter sur les anges pour nous protéger, alors... certains d'entre nous sont venus se réfugier dans des grottes profondes qui forment encore le sous-sol de la forteresse. Et petit à petit, elle a été construite pour accueillir ceux qui fuyaient les villages quand avaient lieu les attaques. Au fil du temps, certains se sont mis à y vivre en permanence. Et je pense... »
    
    La voix dans son dos hésita, avant de reprendre :
    
    « Je pense que quand les hommes se sont mis à vivre dans les murs de pierre, les Anges ont eu plus du mal à les trouver. Ou peut-être était-ce à cause des guerres... Ils devaient penser que les hommes n'étaient plus dignes d'eux. Et les hommes ont perdu leur confiance dans les Anges... C'est ce que disait le grand-père de mon grand-père... »
    
    Angelus acquiesça gravement : il commençait à saisir la situation. Peut-être que, depuis le début, il aurait suffi d'écouter les hommes et d'essayer de les comprendre. Mais encore une fois, les solutions n'étaient jamais évidentes...
    
    « Et puis les gens des forteresses ont découvert qu'ils ne recevaient plus de gardien... Ils se sont dit que les Anges les ignoraient. Les villages dont les habitants avaient encore des protecteurs demandaient à leurs Anges de leur signaler les dangers et de prévenir les autres villages, et ils se sont sentis, je pense, jaloux de ne pouvoir en faire autant. Et ils ont compris qu'ils ne récupéreraient des Anges qu'en enlevant leurs protégés... C'est à ce moment qu'ils ont commencé à les nommer chaînes... Et parce que nous soumettions les Anges à ces contraintes, ils se sont mis à nous haïr pour cela... ce qui se comprenait ! Mais je pense que dans l'esprit de nos seigneurs, ils en étaient les principaux responsables pour nous avoir ainsi méprisés ! »
    
    Il marqua une pause pour souffler un peu avant d'ajouter :
    
    « Enfin, c'est ce que disait le grand-père de mon grand-père... »
    
    Angelus savait que s'il prenait la parole, sa voix ne porterait pas derrière lui. Malgré tout, il restait attentif aux explications de son guide. Ils cheminaient à présent au cœur même du surplomb rocheux, dans des galeries taillées de main d'homme, éclairées par les flammes ténues de lampes à huile... Ici, l'Ange se sentait aussi mal à l'aise qu'au fond des eaux. Il avait peine à respirer ; il se demanda si c'était une sorte de piège, auquel il était possible de réchapper... Mais s'il montrait la moindre défiance envers le serviteur, ne risquait-il pas de se retourner contre lui ?
    
    « Tournez vers la gauche, messire Ange... Je ne veux pas vous indisposer avec ces histoires. Mais comprenez-vous à présent pourquoi j'étais prêt à me défendre contre vous ? Peut-être n'y a-t-il pas vraiment de responsables, finalement...
    
    — Non, peut-être que non, admit-il, tout en sachant que l'homme ne l'entendait probablement pas.
    
    — Enfin, bref. Tenez, regardez... Nous sommes à l'endroit où l'on peut passer entre les deux pôles rocheux. Ni le seigneur ni les Anges ne le connaissaient... Mais je pense que Pier a dû y conduire messire Arol... »
    
    Le passage s'élargit sur une caverne plus vaste, au milieu de laquelle s'ouvrait un chiasme immense. Angelus ne pouvait voir ce qui se situait au-delà des lampes à huile tremblotante, dans leur misérable îlot d'or fané. Malgré tout, il pouvait discerner, surgissant de la pénombre dans le halo de leur lanterne, la forme rondelette du seigneur Arol et celle, plus élancée, de Pier. L'angelier l'avait-il donc trahi ? Ou peut-être avait-il décidé que c'était la meilleure façon de sauver les chaînes, en les ramenant dans la forteresse ?
    
    Il se retourna de nouveau vers son guide, mais il avait disparu. Il réalisa alors qu'il ne lui avait même pas demandé son nom.
    
    Un peu hésitant, il s'enfonça dans la pénombre vers cet îlot lumineux où il espérait trouver des réponses.
    
    

Texte publié par Beatrix, 12 mai 2019 à 18h13
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