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Tome 1, Chapitre 66 « LXV - Un ultime espoir - premier mouvement » Tome 1, Chapitre 66
Angelus trouva la porte du seigneur Arol fermée. Il songea que Pier avait dû partir avec lui pour voir comment rétablir le pont... Il se sentit perdu et découragé. Devait-il errer au milieu des cours et des allées de la forteresse ? Il pourrait aussi regagner la tour, mais Ivara ne le suivrait pas. Zéphyr accepterait-il de le guider à travers la brume qui pesait toujours sur la bâtisse ?
    
    Il n'avait pas d'autre choix, mais sans Pier, il lui serait difficile de rejoindre l'aire d'atterrissage du khaïte. Au moins ne rencontrerait-il pas de soldat en retournant au sommet de la tour.
    
    Le jeune ange se mit en route, prisonnier de cette énorme masse de pierre qui lui bloquait le ciel. Il se sentait plus seul, plus abandonné que jamais : en dépit des épreuves qui l'attendaient sans doute, il enviait le sort d'Ivara. Il n'avait plus personne à protéger, plus personne à qui dédier son existence. Il était devenu inutile, une créature d'un autre temps, piégée dans cette jeunesse apparente qui enfermait son esprit autant que son corps dans une vision immature du monde. Il aurait voulu posséder de vastes ailes, capable de le porter vers les Cieux où il demanderait des comptes à ces « pères » et « mère » si indifférents...
    
    Tout à ses réflexions, il laissa ses pieds le mener vers l'escalier long et étroit qui le ramenait à l'air libre. Même si sa forme mince et légère était plus alerte que celle d'un humain, il ressentait une certaine lassitude à l'idée de gravir toutes ces marches...
    
    « Eh, toi ! »
    
    Il se retourna, voyant devant lui un serviteur qui le toisait avec un mélange de crainte, de défi et d'hostilité.
    
    « Comment as-tu pu rentrer... Tu es là pour assassiner notre seigneur, c'est ça ? Puis nous tous, les uns après les autres ? »
    
    Sa voix tremblait, emplie d'une telle peur, d'une telle haine que Angelus sentait son cœur se briser. Tout espoir de redresser la situation lui paraissait soudain si vain...
    
    L'homme avait pris quelque chose à sa ceinture : il vit briller la lame d'un couteau. Le serviteur était-il prêt à le frapper ? Le jeune ange avait deux solutions, fuir ou se défendre. Mais il ne voulait pas risquer de blesser celui qui le menaçait ; ses convictions les plus profondes l'en empêchaient.
    
    « Je ne vous veux aucun mal... murmura-t-il d'un ton désespéré. Faites ce que vous voulez ! Ma place n'est pas ici. Ma place n'est nulle part en ce monde, je le crains... Ni sur la Terre où je n'ai aucune tâche à remplir... Ni aux Cieux dont je ne connais même plus la route. Ni même sur l'île des Semeurs de tempêtes où je me perdrai moi-même. Vous ne parviendrez pas à me tuer, mais si me blesser vous rassure, vous pouvez le faire ! »
    
    Il fit face au serviteur, les bras écartés, et en profita pour le détailler avec détachement : il n'était pas beaucoup plus grand que lui, mais plus trapu, un peu épais au niveau de la ceinture, avec un visage ingrat, mais pas repoussant pour autant. Pour la première fois, Luciellus se demanda ce que voyait un humain quand il regardait un ange : probablement une créature dotée d'une irréelle beauté, et d'une jeunesse qui défiait les siècles, qui n'aurait jamais à affronter les peines et les fardeaux de ce monde... Qui ne connaissait pas la misère, la maladie, la mort... Que la faim ou les blessures pouvaient affaiblir, mais pas pour autant tuer.
    
    Il comprit mieux pourquoi il y avait été si facile de rompre le lien : les humains ne pouvaient faire éternellement confiance à ces êtres qui possédaient si peu de choses en commun avec eux. Des créatures qui bien souvent bénéficiaient des offrandes des villages pour subsister, contre une protection qui n'était pas infaillible. Peut-être que la belle harmonie qu'il avait cru si longtemps vivre n'était qu'un leurre. Et que rien n'était gravé dans le marbre.
    
    Il ignorait comment était apparue la dépendance du lien entre gardien et protégé. Mais il commençait à comprendre comment elle avait fini par se briser. Il ne naissait plus de nouveaux Anges. Du moins, à sa maigre connaissance. Tandis que les hommes devenaient de plus en plus nombreux. L'âge des Anges était peut-être tout simplement révolu...
    
    Tandis qu'il partait dans ses pensées, il en avait presque oublié le serviteur ; il se tenait immobile, son couteau dans la main, surpris de le voir se soumettre ainsi à son bon vouloir.
    
    « Vous dites vrai... ? »
    
    Le jeune Ange hocha lentement la tête :
    
    « Les Anges ne savent pas mentir, avoua-t-il. Ils savent juste taire ce qu'ils ne désirent pas dire. Mais si je vous promets que je viens en paix, vous pouvez me croire... »
    
    Il laissa un temps de silence passer, afin que l'homme puisse réfléchir à ses paroles, avant de poursuivre :
    
    « Aidez-moi à trouver votre maître. Je n'ai pas d'arme et dans ces couloirs je ne peux pas fuir vers le ciel. Vous pourrez marcher derrière moi si vous avez peur que je vous frappe dans le dos. Je vous ferai confiance pour ne pas le faire... »
    
    Les yeux de l'homme s'élargirent : avait-il cette image de lui-même, celle de quelqu'un qui était prêt à frapper dans le dos une personne qui venait en paix ? Probablement pas, mais les humains, dans les situations les plus désespérées, devaient souvent mettre leurs idéaux de côté juste pour survivre. Plus Luciellus apprenait à les comprendre, plus il réalisait combien la cohabitation entre leurs deux peuples se révélait hasardeuse.
    
    Le serviteur le regarda avec hésitation, avant de déclarer :
    
    « Très bien... J'ai croisé mon maître, avec l'angelier Pier. Je pense savoir où ils sont allés... »
    
    Il lança un vague regard vers la fenêtre embrumée :
    
    « Si nous ne faisons rien, dès que le brouillard sera levé, le massacre reprendra. Vous faire confiance est peut-être notre seule chance de survie... alors... pourquoi pas ? Je vais vous dire où aller... »
    
    

Texte publié par Beatrix, 12 mai 2019 à 18h12
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