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Tome 1, Chapitre 64 « LXIII - Ivara - Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 64
Quand il se trouva devant le battant de bois, il put se laisser aller à écouter le chant ; une voix fredonnait, avec un ton riche et timbré, même s'il y perçait une note de douleur et d'épuisement. S'y mêlait une seconde, d'une pureté si cristalline qu'aucun gosier humain n'aurait pu la produire. Il entendit enfin une troisième voix, à peine audible et cependant vigoureuse, des pleurs sans chagrin qui accueillaient le monde.
    
    La porte céda d'elle-même sous sa main, pivotant silencieusement sur ses gonds. L'intérieur de la pièce, éclairé par plusieurs chandeliers en plus du feu dans la cheminée, baignait dans une douce lumière dorée. Une odeur de fumée, de miel, de pétale de rose et de plantes aromatiques combattait celle, ténue, mais bien présente, du sang frais.
    
    Personne ne prêta attention à Angelus, comme si la scène devant ses yeux était figée dans le temps et l'espace. Au milieu de la chambre trônait un lit surmonté d'un baldaquin soutenu par quatre piliers de bois torsadé – une matière rare et précieuse dans le monde des Hauteurs. Appuyée contre une pile d'oreillers, ses longues mèches sombres coulant sur ses épaules, se trouvait une femme, jeune encore, qui tenait entre ses bras un paquet blanc.
    
    L'une des deux voix qu'avait entendues Angelus était la sienne. À son chevet, se dressait une autre femme, plus âgée et un peu ronde, les cheveux grisonnants sous sa coiffe. Elle contemplait avec un sourire bienveillant la mère et l'enfant. Angelus observa ce spectacle paisible, réalisant qu'à part les chaînes, il avait croisé bien peu de femmes ces dernières années : elles vivaient bien souvent dans la sécurité des fortins, tandis que des soldats peuplaient les cours et les murailles.
    
    Dans un second temps seulement, il dirige son regard vers l'autre côté du lit, où il aperçut une mince forme auréolée de longs cheveux blonds. Elle ne portait plus sa tenue de cuir, mais une simple chemise blanche qui dévoilait largement son dos... d'où s'étendaient désormais deux ailes d'une tendre couleur lilas. Elle liait sa voix douce et cristalline à celle de la dame de la forteresse, dans une mélopée qui petit à petit menait l'enfant vers un paisible sommeil.
    
    Impressionnée par cette scène intime, Angelus recula lentement, dans l'intention de sortir, quand les grands yeux bruns de la femme se posèrent sur lui. Son regard lui rappela un peu celui de Solia. Il recelait la même chaleur profonde...
    
    « Toi, qui es-tu ? demanda-t-elle d'une voix encore altérée par la fatigue de l'enfantement.
    
    — Je suis Luciellus », répondit-il d'une voix timide.
    
    - Luciellus... » répéta-t-elle avec douceur.
    
    Ivara cessa de chanter ; elle semblait briller de sa propre lumière, comme aucun ange ne le faisait plus, ni dans les Cieux ni sur la Terre.
    
    « Luciellus est mon ami, Livalie... Jamais il ne fera de mal quiconque et son plus cher désir est que la paix revienne sur Col d'Argent et dans le reste de ce monde ! »
    
    Le jeune ange s'inclina face à la dame de la forteresse ; sa physionomie lui parut ouverte et généreuse ; contrairement à son époux, elle manifestait une évidente bravoure.
    
    « Ivara dit vrai, Ma Dame, déclara-t-il avec sincérité. Je ne sais ce qu'il s'est passé après l'arrivée de mon amie en cette chambre : je l'ai quittée avec une apparence humaine et je la retrouve angelle.
    
    — Les choses se présentaient mal, expliqua dame Livalie. Mon fils refusait de prendre son premier souffle... Mais voilà que cette jeune fille est entrée et elle a pris l'enfant des bras de la sage-femme. J'ignore pourquoi, mais nous l'avons laissée faire. Et avec elle, il a enfin poussé son premier cri. C'est alors qu'elles sont apparues... Ses ailes... »
    
    Elle prit une pause pour respirer profondément avant que l'épuisement ne la terrasse.
    
    « À aucun moment elle n'a suscité en nous de peur. Quand j'étais enfant, j'ai eu un gardien, un protecteur... Mais quand je l'ai perdu... personne n'est venu à sa place. Ma grand-mère a connu un temps où rares étaient les humains sans gardiens... Qu'avons-nous fait à nos anges pour qu'ils disparaissent ainsi, pour que les anciens pactes soient rompus, pour que certains n'aient d'autre solution que de se dissimuler sous une défroque humaine ? J'ai vu mon époux se soumettre à ces coutumes cruelles... et la haine naître de part et d'autre... Mais quand cette jeune fille est arrivée, je me suis dit que peut-être avions nous encore une chance de voir de nouveau la lumière. »
    
    Elle se tut un instant, avant d'ajouter :
    
    « Peut-être est-ce un signe, que mon enfant soit né en des temps aussi troublés... Et qu'il ait justement... reçu une angelle pour le protéger. »
    
    

Texte publié par Beatrix, 29 avril 2019 à 01h34
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