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Tome 1, Chapitre 63 « LXII - Ivara - Deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 63
Luciellus décida de laisser Pier à ses négociations et de retracer ses pas pour retrouver son amie. Se doutait-elle seulement de ce qui lui arrivait ? Peut-être montrait-il trop d'imagination... mais il ne pourrait le savoir qu'en lui parlant directement. Il se glissa aussi furtivement que le pouvait un Ange à travers les couloirs désertés de la forteresse, que l'étrange chape de brume plongeait dans le plus profond des silences. C'était comme si tout Col d'Argent était lentement étouffé dans ce suaire cotonneux.
    
    Il avait l'impression de se perdre progressivement dans ces dédales de pierre, sans couleur, sans chaleur... Comment les humains pouvaient-ils vivre ainsi enfermés, sans contempler le ciel autrement que par ces étroites fenêtres ? Il n'arrivait pas à le comprendre ! Et il n'osait songer aux malheureuses chaînes prisonnières, retenues des années durant dans des cachots...
    
    L'Ange se pensait égaré, quand il crut reconnaître le bout de couloir où avaient résonné les cris. Il se revit, treize ans plus tôt, tournant comme une âme en peine autour de l'humble maison de Catena, dans le petit village d'altitude qui considérait encore les Anges comme des porteurs de chance, et leurs protégés comme des élus. Mais les choses s'étaient révélées différentes, d'atroce façon. Le village avait subi la cruelle attaque des hommes de Cimes, le sang avait coulé et l'une de ses enfants avait été emportée comme un trophée. Si aujourd'hui, Catena voulait revenir vers les siens, que se passerait-il ? Serait-elle rejetée, ou au contraire accueillie à bras ouverts ?
    
    Peut-être que l'île volante restait la seule véritable option pour les Chaînes comme pour les Anges, même s'il commençait à entrevoir un fait singulier. À aucun moment il n'avait eu l'impression que les Semeurs de tempêtes avaient été ternis, comme Lumen. De par son étrange statut, l'île devait apporter l'oubli à ses habitants, les libérant de la terre comme du ciel. Certains avaient été des Chaînes et d'autres des Anges. Les premiers avaient gagné la longévité intemporelle des seconds... Sans doute leurs liens s'étaient-ils défaits en douceur. Et nul ne savait plus ce qu'était l'autre...
    
    Pour trouver la paix, fallait-il donc perdre son identité ? Sa nature même ?
    
    C'était une question qui méritait d'être posée... et réfléchie. Ses amis de l'île céleste paraissaient heureux. Ils menaient une vie calme, loin des seigneurs cruels, des hommes jaloux et mesquins, des Anges aigris. Peut-être avaient-ils gardé, malgré leur retrait du mode, leur pureté originelle en ces lieux où plus rien ne les touchait vraiment. Jusqu'au jour où Angelus était venu troubler cette précaire sérénité.
    
    Il ne savait s'il devait s'en réjouir où le déplorer. Il était plus dans la nature des hommes que dans celle des Anges de s'en prendre au destin.
    
    Enfin, il crut retrouver la portion de couloir où la jeune semeuse s'était séparée d'eux. Plus par intuition que par véritable reconnaissance, car les murs de pierre et les portes de bois se ressemblaient tous.
    
    « Ivara ? »
    
    Il n'osait monter sa voix au-delà d'un souffle, de peur qu'un serviteur ou, pire encore, un garde ne vienne à le repérer. Plus aucun cri de peine ou de douleur ne troublait le calme irréel de la forteresse. Il avança à pas lent ; progressivement, il commença à percevoir une autre rumeur, d'une hypnotique douceur, qui se répandait dans le couloir comme une source bienfaisante. Un son qu'il n'avait pas entendu depuis dix ans... depuis le village de Catena, quand ses habitants vivaient en paix et que l'Ange se perchait sur les murets des terrasses pour les observer, tandis qu'ils vaquaient à leurs tâches quotidiennes.
    
    Dix années, c'était bien peu dans l'existence d'un Ange ; malgré tout, il lui semblait parfois que sa soumission à Euresme de Cimes avait duré une éternité ; c'était à peine s'il se souvenait de la vie qu'il menait avant d'être contraint à le servir. Il ne parvenait pas encore à prendre la mesure de sa liberté nouvelle ; après tout, la situation était bien loin d'être arrangée.
    
    Il se laissa guider par le chant, ce fil ténu de son qui portait en lui la rumeur d'une étrange tendresse, comme une main sur son épaule et une caresse dans ses cheveux. Toute crainte s'effaçait de son esprit ; ses doutes étaient emportés comme des fétus de paille par une eau vive. Il ne savait ce qu'il trouverait derrière cette porte close, à dix pas de lui, ni même si elle lui livrerait passage... Il ne voulait pas détruire l'harmonie dont il ressentait l'écho. Mais il devait avoir le cœur net !
    
    Car si la situation était bien celle qu'il supposait, il voyait enfin un espoir de changer les choses.
    
    

Texte publié par Beatrix, 14 avril 2019 à 21h23
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