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Tome 1, Chapitre 53 « LII - Solitude - Quatrième mouvement » Tome 1, Chapitre 53
Angelus avait failli oublier qu'il tenait en main les clefs des cellules. Plus aucun des Anges adultes n'était là pour l'empêcher de délivrer les Chaînes. Pour la plupart, elles écoutaient, prostrées derrière les barreaux, les rumeurs qui leur parvenaient du dehors : les bruits d'affrontement entre les hommes et les Anges révoltés ne promettaient aucun salut... Mais quand Angelus commença à parcourir les couloirs, ils reconnurent en lui celui qui leur avait offert à boire. La présence d'Adessa acheva de les rassurer. Les unes après les autres, les serrures étaient déverrouillées, les portes pivotaient...
    
    Les prisonniers hésitaient, tant la liberté était devenue pour eux une notion étrangère. Ils se levaient sur des jambes affaiblies, dans leurs habits usés, encore souillés par la paille de leurs cellules. Ils s'étonnaient de voir Adessa marcher aux côtés de l'Ange ; ils tendaient parfois la main pour se persuader qu'elle était bien réelle. Ils effleuraient les traces humides sur ses joues et s'émerveillaient de son sourire ; certains en firent de même pour Angelus. Ce ne fut qu'à ce moment que le jeune Ange s'aperçut que son propre visage était noyé de larmes.
    
    Enfin, il arriva à la prison dans laquelle avait été enfermé l'angelier. Angelus vit avec soulagement qu'il vivait encore. À l'instant de le délivrer, Adessa sembla hésiter ; la longue colonne des Chaînes libérées de leurs cellules, qui s'étendait dans les couloirs de la tour, s'immobilisa en silence.
    
    Dans leur mutisme, dans leur respiration, Angelus ressentait l'hostilité qui s'élevait. Mais il avait pu constater que l'homme n'était pas si mauvais. Et si les Chaînes qui l'accompagnaient ne lui pardonnaient pas, comment pourraient-ils pardonner aux autres habitants de la forteresse, ainsi qu'aux Anges qui les avaient abandonnés ? Il n'y avait rien à tirer de la vengeance, seulement plus de douleur et plus de larmes.
    
    Angelus se tourna vers Adessa : c'était sur elle que tout reposait. Toutes les Chaînes la connaissaient ; ils l'avaient vu passer devant eux quand elle était sortie de sa cage et promenée dans les couloirs pendant qu'on la nettoyait. Ils respectaient la noblesse qui semblait émaner d'elle. Sans doute suivraient-ils sa décision.
    
    Dignement, elle s'approcha des barreaux, en portant un regard attentif sur l'angelier. L'homme demeurait debout derrière la porte, tout aussi silencieux, attendant la sentence de ceux qu'il avait si longtemps maintenus prisonniers. Angelus n'osait dire un mot. Ses ailes ramenées contre son dos, il patientait. Son cœur cognait à coups redoublés dans sa poitrine.
    
    Finalement, Adessa se tourna vers lui :
    
    « Angelus... Je t'en prie... Ouvre la porte ! »
    
    Le jeune Ange obéit, les mains un peu tremblantes. Il dut s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir déverrouiller la serrure. Enfin, le battant pivota sur ses gonds ; l'homme s'avança aussitôt vers lui :
    
    « Si je suis encore de ce monde, je te le dois, jeune Ange. Tu as su me défendre auprès des tiens, mais face aux miens, je dois seul assumer mes fautes. »
    
    Il se tourna vers Adessa et tomba à genoux devant elle :
    
    « Comme je l'ai fait face aux Anges, poursuivit-il humblement, je ne cherche pas à me dédouaner de ce que j'ai pu faire... Sans doute, en un sens, ai-je été aussi prisonnier que vous. Si j'avais refusé de servir le seigneur, un autre que moi vous aurait gardé cette tour. Mais jamais je ne vous ai volontairement infligé des souffrances. Peut-être aurais-je pu parler à messire Arol, tenter de le persuader qu'il faisait fausse route. Mais je ne l'ai pas fait. J'ai accepté mon sort...
    
    — Comme nous l'avons tous fait, répondit Adessa. Humains et Anges. Il ne tenait qu'à nous de changer les choses. Nous n'avons pas osé le faire, pour de nombreuses raisons : la peur, la haine, la rancœur, l'aveuglement... Nous ne voulions pas nous retrouver seuls face à quelque chose qui nous dépassait. Ce dont nous avions le plus peur, ce n'était sans doute pas du seigneur Arol ni des soldats de Col d'Argent... Nous avions peur de nous même ! »
    
    Elle baissa les yeux vers l'angelier et posa les mains sur ses épaules :
    
    « Relève-toi. Que tu sois pardonné ou non, que tu sois des nôtres ou pas, cela importe peu. Si tu peux donner l'assurance qu'à partir de ce jour, tu ne nuiras plus à autrui, humain ou Ange, tu mérites de trouver la paix et le repos. Que sont nos colères et nos rancœurs face à l'étendue du ciel ? »
    
    Angelus soupira de soulagement ; il tourna la dernière clef dans la serrure avant de mener la petite troupe vers l'esplanade, loin des Anges et des soldats qui combattaient au-dessus de la forteresse.
    
    

Texte publié par Beatrix, 12 octobre 2018 à 16h01
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