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Tome 1, Chapitre 6 « V - L'Île dans le ciel - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 6
Il flottait... Sur l'immensité cotonneuse des nuages, aussi doux et moelleux que leur apparence le faisait rêver. Une intense lumière blanche filtrait à travers ses paupières. Il se demandait ce qu'il allait trouver au-delà : le royaume perdu des Anges, au-dessus des cimes, au-dessus même du ciel visible ? Ou du bleu à perte de vue ?
    
    Comme sa conscience s'éclaircissait, il réalisa qu'il était couché sur le côté, sur une surface confortable, mais qui n'avait rien d'éthéré. Il ouvrit les yeux d'une faction : il entraperçut des murs, élevés dans une pierre qu'il n'avait jamais vue : blanche et d'apparence mousseuse, comme si elle avait été arrachée à la substance même des nuages. Par-dessus avaient été suspendues des tentures ornées de broderies colorées formant des dessins géométriques, avec quelques scènes plus figuratives : des personnages stylisés qui chevauchaient d'étranges animaux volants. Une vive lumière entrait dans la pièce par de longues ouvertures pratiquées tout en haut des murs et partiellement fermées par des claies de bois.
    
    Il essaya de se redresser pour en voir plus, mais la douleur fusa dans sa tête, sa poitrine, son dos, ses ailes, tout son corps. Il se laissa retomber, réalisant qu'il était vain de faire plus d'efforts avant de savoir ce qui lui était arrivé. La douleur se calma progressivement, se réfugiant en quelques points précis où elle palpitait au rythme de son cœur. Essentiellement dans son côté droit et surtout dans son aile. Il tenta de la déplier : elle refusa de bouger, mais la souffrance qui s'ensuivit lui fit comprendre qu'il était dangereux d'insister.
    
    « Reste tranquille ! » commanda une voix sévère au-dessus de lui.
    
    Il leva légèrement la tête, avec précaution pour éviter d'éveiller de nouvelles douleurs.
    
    Un homme étrange se tenait penché au-dessus de lui : grand, maigre, le corps entièrement recouvert d'un vêtement de cuir qui collait à sa peau, un bandeau de même matière retenant ses cheveux grisonnants.
    
    « Tu es encore mal en point. Heureusement que les Anges guérissent plus vite que les humains. »
    
    Une dizaine de questions se bousculait dans sa tête, mais il ne parvenait pas à les poser, faute de savoir quelle était la plus importante. Que lui était-il arrivé ? Où se trouvait-il ? Depuis quand était-il là ?
    
    L'homme dut les lire dans son regard car ses traits s'adoucirent et il s'accroupit pour le fixer dans les yeux :
    
    « Tu as été pris dans un tourbillon ; tu as été emporté jusque sur notre île où tu t'es écrasé. C'est Aïzie qui t'a trouvé.
    
    - Aïzie ? parvint-il à articuler d'un filet de voix.
    
    - Mon neveu. Il ne devrait pas tarder à rentrer. Il sera heureux de savoir que tu es réveillé. Est-ce que tu as soif ? »
    
    Il acquiesça d'un infime mouvement de tête. L'homme vida dans un gobelet de bois le contenu d'une grande cruche, avant de retourner au chevet du jeune Ange.
    
    « N'essaye pas de te redresser seul : ton aile droite est cassée ainsi que plusieurs de tes côtes ; tu risques de souffrir si tu t'entêtes à bouger. Laisse-moi t'aider. »
    
    Angelus sentit son cœur faire un bond douloureux dans sa poitrine : ce n'était pas la première fois que ses os d'anges, plus légers et fragiles que ceux des humains, se rompaient à la suite d'un atterrissage trop brutal ou d'un choc contre les parois montagneuses, où des vents trop violents les précipitaient parfois.
    
    La nature des Anges leur permettait de guérir en quelques jours des blessures les plus graves, sans même recevoir de soins particuliers ni en garder la moindre trace. Ils devaient cependant demeurer immobiles et éviter de bouger tant que leur corps n'avait pas retrouvé son intégrité. Mais il ne disposait pas du temps nécessaire.
    
    « Nous ne connaissons pas grand-chose aux Anges. Nous n'en voyons pas si souvent, reprit l'homme en versant le contenu d'un petit pichet en terre dans un godet. Notre guérisseuse Aïmara a fait au mieux. Elle a bandé tes côtes et remis en place l'os de ton aile avant de l'immobiliser. »
    
    Angelus baissa les yeux vers sa poitrine, remarquant pour la première fois les couches de bandages qui enveloppaient étroitement son torse et retenaient le membre contre son dos.
    
    « J'espère qu'elle n'a rien de fait de mal... » ajouta l'homme, avec un soupçon d'inquiétude dans son regard brun.
    
    Angelus se força à sourire :
    
    « Non... Je me serais remis de toute façon, mais ses soins m'aideront à guérir plus vite. Si je pouvais la remercier...
    
    - Tu en auras l'occasion », répondit son interlocuteur d'un ton bienveillant.
    
    Avec précaution, il passa un bras mince et vigoureux derrière le dos de l'Ange, évitant de même effleurer l'aile cassée, l'aida à se relever en position assise et le soutint le temps qu'il puisse boire. Angelus se sentait touché par ces attentions : à Cîmes, les anges blessés étaient juste confinés dans leur cellule jusqu'à ce qu'ils soient aptes à voler de nouveau, sans que personne ne se préoccupe de leur confort. Ce qui ne faisait que retarder leur retour dans les cieux, mais le Seigneur tenait à montrer son manque absolu d'estime pour ses messagers ailés.
    
    Le liquide frais coulant dans sa gorge lui apporta un profond soulagement : il n'avait pas réalisé à quel point il avait soif. Quand il eut terminé, l'homme lui demanda s'il en voulait encore, mais il déclina poliment. Son bienfaiteur l'aida à s'allonger, vérifiant qu'il reposait confortablement sur la couche moelleuse, calé par des coussins de couleur, avant d'aller reposer le gobelet.
    
    « Comment te sens-tu ? Tu n'as pas trop mal ? »
    
    Angelus sentit des larmes poindre dans ses yeux, menaçant d'inonder son regard : à part Catena, jamais aucun humain n'avait montré autant de gentillesse à son égard, en le traitant comme s'il était l'un des leurs et non une créature étrange crainte ou méprisée.
    
    « Quel est votre nom ? demanda-t-il à l'homme.
    
    - Je suis Afras, répondit-il avec un large sourire. Je suis un semeur de tempêtes. »
    
    Semeur de tempête ? C'était une appellation bien étrange, mais il se sentait trop épuisé pour tenter d'en savoir plus.
    
    « On m'appelle... Angelus..
    
    - Angelus ? »
    
    Afras sembla surpris, comme s'il se doutait que cette appellation n'était pas celle qu'il avait portée avant d'être capturé par les guerriers de Cîmes. Mais quel danger y avait-il à donner à cet homme bienveillant son véritable nom ?
    
    « Lucielus... murmura-t-il doucement. Vous pouvez m'appeler Lucielus. »
    
    Il ferma les yeux et laissa le sommeil l'emporter dans ses rets bienfaisants.
    

Texte publié par Beatrix, 15 janvier 2016 à 16h31
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