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Tome 1, Chapitre 51 « L - Solitude - Deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 51
« Lumen ! »
    
    Sans plus penser à son propre épuisement, le jeune Ange se précipita vers son compagnon :
    
    « Tu ne m'as pas dit que tu étais touché ! »
    
    Il l'aida à se redresser, cherchant à voir la plaie ; il était difficile de tuer un Ange. Les blessures qui auraient dû être mortelles s'ils avaient été humains ne faisaient la plupart du temps que les affaiblir. Mais Lumen avait depuis longtemps perdu cette flamme profonde qui animait ses semblables et qui constituait leur force vitale.
    
    Une flèche empennée de plumes noires avait transpercé sa poitrine, au niveau du cœur. Quand il tendit la main pour essayer de l'arracher, son compagnon l'en empêcha :
    
    « Non... Ça ne servirait à rien... »
    
    Un triste sourire étira ses lèvres :
    
    « Je suis déjà mort, Angelus, depuis bien longtemps. Je suis mort le jour où j'ai cessé d'exister en tant que protecteur d'Adessa.
    
    — Adessa... » souffla le jeune Ange.
    
    Il se releva d'un bond et fila vers la tour, courant et volant tout à la fois... Comme à Cimes, la petite cahute de l'angelier se dressait non loin de la grande et sinistre bâtisse. Heureusement pour lui, personne ne s'était donné la peine de verrouiller la porte. En fouillant fébrilement dans les tiroirs et les placards, il finit par exhumer un jeu de clefs, sans doute le double de celui qui avait été confisqué à l'angelier. Puis il fonça vers les cellules, sans prendre le temps même de souffler. Il pouvait percevoir au loin les rumeurs des affrontements entre les hommes et les Anges, mais il s'efforçait de fermer ses sens à cette tragédie qui se nouait au-delà des murs de pierres.
    
    Il parvint sans peine à retrouver la prison d'Adessa. La femme, qui semblait plongée dans une profonde rêverie, ne l'entendit pas s'approcher. Ce ne fut que quand il l'interpella qu'elle sursauta légèrement et retourna vers lui :
    
    « Tiens... le jeune Ange... Qu'est-ce qui t'amène en mon humble séjour ? »
    
    Angelus ne répondit pas immédiatement, tirant les clefs pour déverrouiller la serrure de la cellule. Il poussa la porte et fit quelques pas à l'intérieur, hésitant à lui expliquer pourquoi il venait la voir. Il baissa la tête, soupira, avant finalement de demander :
    
    « Pouvez-vous me suivre ?
    
    — Te suivre ? »
    
    Elle le regarda comme s'il était un peu fou.
    
    « Mon enfant, reprit-elle, si tu me permets de t'appeler ainsi... Il y a bien longtemps que la liberté ne veut plus rien dire pour moi, bien que ton geste t'honore... »
    
    Il s'était attendu à ce genre d'accueil. Mais il était bien décidé à ne pas se laisser faire ; il s'approcha de la femme d'un pas ferme :
    
    « Vous devez venir avec moi... C'est... très important... »
    
    Ses mots lui parurent faibles et mal choisis. Comment pourrait-il jamais expliquer à cette femme, cette humaine dont la mortalité avait toujours été une certitude, que l'heure d'une autre mort, aussi tragique qu'improbable, était arrivée ? Et que seule sa présence pouvait en adoucir la tristesse et l'horreur ?
    
    Certes, il savait comme tous les siens que rien ne disparaissait jamais vraiment en ce monde, que l'univers entier n'était qu'un cycle de renaissances et de transformations, mais à l'heure des adieux, il était parfois difficile de garder en tête cette réalité.
    
    Peut-être finit-elle par percevoir à travers ses paroles l'urgence de la situation et tout ce qu'elle comportait de tragique. Elle baissa les yeux, soupira et vint enfin à sa rencontre :
    
    « Soit... je te suis... Même si je pense que le monde s'assombrira un peu plus encore... mais ce n'est pas comme si je pouvais l'oublier ? »
    
    Ils cheminèrent dans les corridors de pierres, l'Ange ouvrant la marche et la femme à sa suite. Il entendait parfois son pas la trahir, elle qui depuis des années n'avait parcouru que son étroite prison. Quand enfin il émergea dans la lumière du jour, même ternie par une épaisse couche de nuages qui avait voilé tout l'or du soleil, elle laissa échapper derrière lui un léger cri de surprise... ou de douleur peut-être. Après tout, elle avait vécu si longtemps dans les ombres qu'elle ne savait sans doute plus à quoi le ciel était censé ressembler au-delà de sa minuscule lucarne.
    
    Il se retourna vers Adessa, inquiet :
    
    « Est-ce trop pénible... »
    
    Elle secoua lentement la tête, protégeant de sa main ses fragiles prunelles :
    
    « C'est terrible... et c'est merveilleux aussi. Je ne sais si je rêve. Si c'est le Paradis que je peux enfin voir, ou l'enfer... Un enfer qui m'est réservé pour ne pas avoir gardé suffisamment confiance.
    
    — Le seul enfer, c'est celui qui existe ici-bas et que les autres humains vous ont fait subir, déclara-t-il d'une voix douce. Venez... »
    
    

Texte publié par Beatrix, 10 juillet 2018 à 21h46
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