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Tome 1, Chapitre 50 « XLIX - Solitude - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 50
Le jeune Ange demeura un long moment prostré dans le couloir, recroquevillé à même le sol, ses ailes traînant derrière lui comme une cape déchirée. Il se sentait vide ; un énorme gouffre s'était creusé dans sa poitrine. Il avait replié ses deux bras sur son cœur, comme s'il y avait réellement, entre ses côtes, une blessure ouverte par laquelle sa vie s'écoulait.
    
    Ce n'était pas une agonie aussi intense que la mort d'un protégé ; selon toute évidence, elle demeurait sauve, mais désormais, il ne pourrait plus en avoir l'assurance. Bien souvent, on sous-estimait la douleur de cette perte ordinaire. En temps normal, il s'en serait sans doute plus vite remis, mais l'incertitude dans laquelle le plongeait le sort de sa chaîne ajoutait à sa souffrance. Il n'y pouvait rien : Catena... non, Solia ! Solia était une femme à présent, même si par bien des aspects elle restait une enfant. Tous les hommes n'avaient plus un Ange pour le protéger, mais il espérait de toute son âme qu'un de ses frères ou l'une de ses sœurs adultes viendrait à elle... Quelqu'un avec un cœur assez tendre pour être son ami autant que son gardien.
    
    Les pas qui retentirent dans le couloir le sortirent de son apathie ; Angelus se força à se remettre sur ses pieds. Juste devant lui, il vit accourir un rang de soldats ; il allait être bientôt pris en tenaille, sans avoir la possibilité de s'envoler dans cet espace restreint.
    
    « Frappez ses ailes ! »
    
    Angelus frémit d'horreur ; il ne devait pas se retrouver de nouveau infirme, incapable de prendre les airs. Il replia ses ailes sur son dos, aussi étroitement que possible, et recula vers le mur pour les protéger. Il ferma les yeux, s'attendant à tout instant de se trouver agressé par les individus. Iraient-ils jusqu'à tuer un Ange ? Les humains avaient toujours été arrêtés dans cet acte par leur respect pour les êtres qui veillaient sur eux depuis des temps immémoriaux. Mais cette fois, il ne pouvait pas l'espérer... Se retrouverait-il à terre, mutilé ? Incapable de bouger, dans l'impossibilité d'empêcher la guerre absurde qui se préparait ?
    
    Et de toutes les façons, y parviendrait-il ?
    
    Soudain, une ombre couleur de plomb surgit derrière les gardes qui bloquaient la porte, dissimulant la lumière du jour de ses vastes ailes. Le souffle de leur battement précipita au sol ses agresseurs.
    
    « Angelus ! Fuis ! Dépêche-toi ! »
    
    Il reconnut la voix de son sauveur : Lumen... Lumen était venu à son secours !
    
    Sans attendre, il se rua vers la sortie du bâtiment et dans la foulée, étendit ses ailes et bondit vers le ciel. Il entendit Lumen le suivre, avant que leurs poursuivants n'aient le temps de se remettre. Un tourbillon d'Anges formait des cercles au-dessus de la forteresse de Col d'Argent. Entre leurs mains, le jeune homme aperçut... des armes. Des lances, des épées, sans doute pillées à la salle des gardes. Certaines d'entre elles étaient tachées de sang. Il sentit une vague de nausée le parcourir... Il dut se reprendre pour éviter de perdre de l'altitude. À côté de lui, il perçut le battement des vastes ailes de l'Ange adulte et son souffle étrangement haletant. Il n'osa se risquer à regarder de son côté : il avait bien assez de mal à se maintenir dans les airs, en essayant d'esquiver les projectiles qui volaient dans leur direction.
    
    « Il n'a pas écouté, n'est-ce pas ?
    
    — Non », répondit-il tristement, sentant le vent emporter les paroles sitôt qu'elles quittaient sa bouche.
    
    De toutes les façons, Lumen connaissait déjà l'issue de cette entrevue désespérée. Et quand bien même il aurait eu une chance, les combats venaient de la lui arracher. Angelus entendait une sourde rumeur derrière eux et comprit que d'autres anges protégeaient leur fuite, tandis que son ami le menait vers la tour de l'angèlerie. Enfin, l'esplanade apparut devant lui et il put se poser, sentant ses jambes se dérober sous lui. Il resta un moment à genoux, tentant de retrouver son souffle, avant se tourner vers Lumen. Son compagnon était tombé sur le côté, ses vastes ailes ternies étalées sur la roche. En dessous de lui s'étendait une tache sombre qui grandissait encore et encore...
    
    

Texte publié par Beatrix, 5 juillet 2018 à 23h09
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