Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 46 « XLV - Le sauvetage - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 46
À couvert des nuages, les khaïtes tournoyaient autour de Cimes ; les semeurs faisaient leur office, modifiant les courants du ciel de l'aile de leurs montures. Progressivement, de grosses nuées grises se rassemblaient tout autour de la forteresse ; emportées par les vents soigneusement suscités par les deux jeunes gens, elles se mirent à évoluer en tourbillons vers les bâtisses. D'une bourse à sa ceinture, Aïzie puisa une poignée de pépites de tonnerre, de petits graviers noirs mouchetés d'argents qui avaient le don de relâcher les orages. Quand Ivara et lui-même les projetèrent au cœur des masses argentées, la foudre y naquit, brasillant tout d'abord en leur cœur, en lueurs fragmentées.
    
    Puis soudain, tout se déchaîna ; les éclairs crépitèrent, le tonnerre retentit, la pluie se déversa en rideau serré sur les pierres grises : une véritable tempête éclata autour de Cimes. Tous les hommes qu'elle avait surpris dehors, effrayés par l'orage et trempés jusqu'aux os, se ruèrent vers les portes de bâtiments, abandonnant tout ce qu'ils étaient en train de faire. Même les gardes sur les hautes murailles se retranchèrent dans les tourelles, songeant sans doute que personne ne viendrait les attaquer sous un tel déluge.
    
    Aïzie, qui surveillait la scène par une trouée qu'il avait ménagée, décida qu'il était temps d'intervenir ; il manœuvra sa monture vers la tour, où plus un seul Ange ni angelier n'était visible.
    
    Le garçon conduisit Rafale au milieu du maelstrom, laissant Ivara et Celestia dans la zone de calme. Bravant les éléments, il chercha du regard l'angèlerie où devaient se trouver Angelus et Catena. Il aperçut quelques anges, tous adultes, qui regagnaient précipitamment leur abri pour fuir le mauvais temps. Est-ce que cela signifiait que son ami était aussi dans ce bâtiment sinistre ? Il décida de faire le tour de l'édifice, tout en restant à une distance raisonnable...
    
    Alors qu'il entamait une large boucle, il entrevit une forme sombre suspendue par une chaîne au-dessus du vide, se balançant comme un pendule sous les bourrasques. Il se souvint aussitôt des paroles de Luciellus : Euresme ne faisait-il pas subir ce sort régulièrement à la pauvre Catena ? La jeune fille se trouvait-elle dans la cage ?
    
    Pour le savoir, il fallait qu'il arrive à se rapprocher de la paroi sans que Rafale soit précipitée contre la falaise. La khaïte n'était plus toute jeune ; il craignait qu'elle n'ait pas la force de lutter contre les éléments.
    
    Ivara, qui l'observait à distance, dut comprendre sa réticence ; elle entraîna Zéphyr, bien plus jeune et robuste, dans une vaste courbe qui la mena vers l'aire autour de l'angèlerie, en surplomb de la chaîne. Sautant de sa monture, elle se dirigea vers le bord et se pencha prudemment. Aïzie, qui planait en cercles non loin d'elle, la vit faire de grands gestes en désignant la cage. Le garçon sentit son cœur sombrer en comprenant que la fillette devait bel et bien se trouver dedans.
    
    Sans prendre le risque de trop se rapprocher, il fit légèrement descendre Rafale afin de passer à la hauteur de la prison ; il pouvait distinguer la mince silhouette prostrée à l'intérieur. Il espéra qu'il n'était pas trop tard...
    
    À son profond soulagement, il la vit relever la tête de ses bras repliés. Ses grands yeux sombres s'écarquillèrent quand elle aperçut le garçon sur son Khaïte. Elle semblait effrayée – ce qui n'était guère étonnant, compte tenu du traitement qu'elle subissait. Elle n'avait aucune raison de penser que les nouveaux venus seraient plus bienveillants. Il fallait à tout prix qu'Aïzie parvienne à lui parler.
    
    Il tenta de nouveau de manœuvrer Rafale pour la conduire au plus près des barreaux, afin que la fillette puisse l'entendre. Quand elle vit la khaïte approcher, elle se recroquevilla tout au fond de la cage.
    
    Osant le tout pour le tout, le garçon dégagea ses pieds des étriers ; quand sa monture fut assez près, il sauta sur la prison. Elle se balança furieusement, l'obligeant à s'accrocher de toutes ses forces ; il frémit en sentant la structure heurter la falaise ; il espéra que Catena n'avait pas été blessée.
    
    Il attendit que les oscillations se calment pour se pencher et appuyer son front contre les barreaux, tentant de scruter l'intérieur ; dans un petit visage maigre, noyé de cheveux sombres, deux yeux le regardaient avec un effroi bizarrement mêlé de résignation et de curiosité.
    
    « Tu es Catena ? demanda-t-il d'un ton pressant. Je viens de la part de Luciellus...
    
    — Luciellus... Tu veux dire Angelus ? s'exclama-t-elle d'une voix chargée d'espoir, toute sa crainte envolée. C'est lui qui t'envoie ? Qui es-tu ?
    
    Le garçon réalisa qu'il ne s'était pas présenté ; il décida de réparer immédiatement son oubli :
    
    « Mon nom est Aïzie. Je suis un semeur de tempête ; nous avons recueilli Luciellus – celui que tu appelles Angelus – alors qu'il était blessé... »
    
    Les yeux de la jeune fille s'écarquillèrent de stupéfaction :
    
    « L'île des Tempêtes ? Alors c'est vous ? Il m'a parlé d'amis qui nous aideraient... et d'un endroit où nous pourrions nous réfugier et ne plus jamais avoir peur des seigneurs... »
    
    Sa voix avait repris un peu de vigueur ; la panique l'avait abandonnée :
    
    « Vous êtes vraiment venus pour moi ?
    
    — Bien sûr ! Je suis accompagnée par une amie, une chevaucheuse de khaïte comme moi, et par Celestia, une Angelle du Paradis qui a accepté de nous venir en aide.
    
    — Une Angelle... »
    
    Elle sembla soudain incertaine. Il se souvint alors du discours des Anges du Paradis, si indifférents au sort des hommes. Luciellus était-il le seul qui avait su la rassurer ?
    
    « Ne t'inquiète pas, Celestia est notre alliée. Maintenant, nous devons te faire sortir de cette cage et monter sur le dos de Rafale. Est-ce que tu es prête ?
    
    -... Rafale ?
    
    — C'est la khaïte sur laquelle je suis arrivée. N'aie aucune crainte, elle est très douce. Où est la porte de la cage ?
    
    — Sur le côté, répondit Catena en désignant les charnières. Mais elle est verrouillée... »
    
    Aïzie sentait le découragement le saisir. Il n'avait aucun instrument, aucun outil qui pourraient lui permettre d'aider la jeune fille. Et ni Ivara ni Celestia ne seraient capables d'y remédier. Que pouvait-il faire, à part subtiliser le nécessaire dans la forteresse même ? Mais il risquait d'être aussitôt repéré comme un étranger... S'il n'était pas carrément tué, il se retrouverait derrière des barreaux comme Catena.
    
    Il se redressa et fit signe à Rafale, qui tournait en cercles non loin. La khaïte, comprenant tout de suite son intention, passa sous la cage. Juste avant de sauter, il lança à la prisonnière :
    
    « N'aie aucune inquiétude, nous ne t'abandonnerons pas ! Nous allons juste chercher ce qu'il faut pour te sortir de là ! »
    
    

Texte publié par Beatrix, 10 mai 2018 à 10h04
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 46 « XLV - Le sauvetage - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 46
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1051 histoires publiées
501 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Akodostef
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés