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Tome 1, Chapitre 4 « III - La Mission - Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 4
La nuit commençait à tomber sur Cimes. La brume enveloppait les bâtiments, les plongeant dans une douce pénombre bleutée, au-dessus de laquelle le ciel dispensait encore un peu de clarté. D’un coup d’aile, Angelus se porta vers le ponton qui donnait sur sa cellule. Il prit pied sur le bois blanchi par les intempéries et leva les yeux vers les hauteurs, formulant le vœu de pouvoir un jour de nouveau voler en toute liberté, sans se trouver contraint par la menace constante qui pesait sur Catena.
    
    Au-dessus de sa tête, l’horizon se teintait de violet et d’orangé. Avec un soupir, il étira longuement ses ailes avant de les replier pour renter dans la petite pièce. Un repas frugal avait été disposé sur la table : des aliments adaptés à sa nature, de l’eau, des fruits, du pain blanc, du miel des villages de Mi-Haut… Le seigneur disait toujours qu’il était coûteux d’entretenir des Anges. Peut-être était-ce vrai…
    
    Il dissimula une pomme et quelques tranches de pain dans sa tunique avant de gagner les marches qui s’enfonçaient dans les profondeurs de la tour, là où étaient gardées les Chaînes.
    
    L’escalier était un peu étroit pour ses ailes ; quelques plumes se brisèrent sur les parois de pierre, mais enfin, il arriva au niveau le plus bas : des rangées de cellules fermées par des grilles s’y succédaient, mais seulement quelques-unes contenaient des Chaînes. L’une d’entre elles, une femme adulte aux cheveux grossièrement tressés, l’invectiva au passage :
    
    « Espèce de sale emplumé ! C’est à cause de toi et des tiens que nous en sommes là ! »
    
    Bientôt, d’autres voix ajoutèrent leurs reproches et leurs insultes. Angelus baissa la tête. Il pouvait comprendre ces humains : les Anges qui, comme lui, se préoccupaient de leur Chaîne étaient, hélas, trop rares. La plupart du temps, il leur suffisait de savoir que leur protégé ne risquait aucun dommage physique.
    
    Par-dessus la cohue, il entendit enfin sa voix :
    
    « Angelus !
    
    — Catena ! »
    
    Il se hâta vers sa cellule et referma ses mains autour des barreaux qui la séparaient de lui. Il distinguait à peine la fillette dans la semi-pénombre, mais ses yeux sombres brillaient intensément ; seulement parce qu’il était là.
    
    Les doigts pâles de Catena effleurèrent les siens. Regardant autour de lui pour vérifier que personne ne le voyait, il tira de sa tunique la nourriture qu’il avait apportée : les anges n’avaient pas besoin de grand-chose, compte tenu de leur nature presque éthérée, mais les Chaînes recevaient tout juste de quoi survivre. Elle lui adressa un sourire débordant de reconnaissance et s’empressa de les dissimuler sous les plis de sa maigre couverture, avant de revenir vers la grille, fermant ses doigts fins juste au-dessus des siens. Il appuya son front contre la surface froide et rugueuse des barreaux :
    
    « Je suis désolé, murmura-t-il doucement. Vraiment désolé. Je ferai de mon mieux pour que cela n’arrive plus jamais… »
    
    Elle sourit gentiment :
    
    « Ne me fais pas cette promesse, tu sais bien que tu ne peux rien y faire. Et de toute façon, ajouta-t-elle en un murmure, d’ici un an, tout au plus, je ne serai plus ta Chaîne. Tu recevras quelqu’un d’autre à protéger et je ne serai plus d’aucune utilité pour Cimes… Et alors… »
    
    Il y avait tant de tristesse, tant de résignation dans sa voix qu’Angelus ne put en supporter plus :
    
    « Non, Catena ! s’écria-t-il farouchement. Je ne veux pas que tu parles ainsi. Tu seras toujours importante pour moi… Même si tu n’es plus ma Chaîne. Tu seras toujours… mon amie. Solia… Ma seule amie… »
    
    Elle frémit légèrement en entendant prononcer ce nom interdit : Cimes lui avait volé son identité, comme tout le reste. Sauf pour Angelus, le dernier à se souvenir – mieux qu’elle – qu’avant de devenir Catena, elle était Solia, une petite fille promise à une vie simple, mais heureuse. Le front de l’enfant s’appuya juste en face du sien, même si les barreaux les empêchaient de se toucher réellement.
    
    « Je trouverai une solution avant que ce jour n’arrive, Solia, murmura-t-il avec tendresse. Et je te sortirai de là. Je t’en fais le serment… »
    

Texte publié par Beatrix, 4 septembre 2015 à 23h47
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