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Tome 1, Chapitre 38 « XXXVII - Lumen - Premier mouvement » Tome 1, Chapitre 38
Angelus se sentait nerveux à l'idée de rencontrer les Chaînes retenues en ce lieu. Sa visite à l'angelier avait un peu éclairé le destin du malheureux, rien ne prouvait qu'il en irait de même pour les autres. L'attitude des Anges de Col d'Argent lui avait paru si cruelle, qu'il redoutait la façon dont leurs protégés le recevraient. Il ne serait pas surpris qu'ils considèrent tous les hommes comme leurs ennemis.
    
    Peut-être que leurs protecteurs refusaient de les libérer de crainte qu'ils ne se retournent contre eux...
    
    Mais il ne pouvait reculer !
    
    Comme à Cimes, les minuscules geôles s'organisaient le long de l'espace circulaire de la tour, à peine meublées d'une mauvaise couche dotée d'une couverture rapiécée et d'un tapis de paille. Les captifs derrière les barreaux ternis le regardèrent passer avec des yeux fatigués et éteints. Ils ne manifestaient pas l'animosité des Chaînes de Cimes, sans doute parce qu'ils étaient bien trop affaiblis ; tout ce qui restait de leur combativité, voire de leur volonté de vivre, avait été annihilé. Angelus les observa en silence, en se demandant comment les aborder : savaient-ils seulement que les messagers de la forteresse s'étaient rebellés ?
    
    Assise sur sa paillasse, une grande femme maigre, vêtue d'une longue robe qui avait connu des jours meilleurs, le toisait avec des yeux pâles et pensifs. L'Ange ne put s'empêcher d'être frappé par sa calme dignité. Il s'approcha de sa cellule :
    
    « Je suis venu vous apporter à boire, annonça-t-il en lui montrant son cruchon plein.
    
    — À boire ? »
    
    Elle le considéra avec incrédulité :
    
    « Depuis quand les Anges servent-ils de valets ? poursuivit-elle, caustique. C'est parce que tu es blessé qu'on t'a confié cette corvée ?
    
    — Je suis venu de mon plein gré, répondit Angelus en s'efforçant de garder son calme. Vous ne savez donc pas ce qui s'est passé aujourd'hui ? »
    
    — Ah bon ? Il s'est passé quelque chose ? »
    
    Elle haussa ses épaules osseuses :
    
    « Pour nous, mon garçon, chaque jour ressemble au précédent. Il n'y a pas d'hier, pas de demain....
    
    - Les choses ont changé ! Les Anges se sont révoltés. Ils ont coupé le pont entre l'angèlerie et la forteresse, et emprisonné l'angelier. Peut-être... »
    
    Angelus hésita : il n'avait pas envie de donner un faux espoir à la chaîne.
    
    « Peut-être pourraient-ils nous donner la liberté et gagner la leur, par la même occasion, mais il faut se rendre à l'évidence : nous sommes un fardeau pour eux, acheva-t-elle. Comme tu l'es sans doute, avec ton aile blessée et ton trop bon cœur. »
    
    Elle esquissa un rictus amer :
    
    « N'attends de moi aucune faiblesse, petit Ange. Mon cœur est devenu aussi sec que le leur ; cependant, je te respecte et t'envie : tu as su garder toute ta douceur paradisiaque. Tu es sans doute un être rare... »
    
    Elle baissa les yeux vers ses mains crispées et ajouta tristement :
    
    « Ce n'est hélas pas mon cas... »
    
    Angelus se mordit la lèvre, avant d'oser demander :
    
    « Vous n'êtes pas obligée de me le dire... mais... qui est votre Ange ?
    
    — Lumen... »
    
    Un sourire triste et léger flotta sur ses lèvres :
    
    « Je sais qu'il est devenu dur... indifférent. Mais au début, quand il est devenu mon protecteur, il m'apparaissait comme un rêve tombé des nuages. Ses ailes brillaient comme de l'argent. Son visage rayonnait de sérénité... Puis le maître de cette citadelle nous a capturés : il est devenu dur et sans pitié, même envers moi... comme si j'avais été responsable de cette situation !
    
    — Ce que nous protégeons devrait être considéré comme notre force, non comme notre faiblesse ! déclara le jeune Ange, le regard grave.
    
    — Quand bien même tu aurais raison, personne ne t'écoutera !
    
    — Je me suis battu pour qu'on me donne le droit de vous porter à boire. Je ne m'arrêterai pas là ! »
    
    En lui tendant son grossier godet de terre pour qu'il le remplisse, elle lui adressa un triste regard.
    
    «Tu es bien étrange, jeune Ange... Mais à la réflexion, si quelqu'un peut percer le mur de notre folie, que nous soyons victimes ou coupables, c'est bien toi. Allez, va à présent, je ne suis pas la seule à avoir besoin de tes services ! »
    
    Angelus la salue gravement et reprit sa tâche avec courage.
    
    

Texte publié par Beatrix, 19 décembre 2017 à 14h26
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