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Tome 1, Chapitre 35 « XXXIV - La Révolte - Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 35
« Réveille-toi... »
    
    La voix était profonde, sévère. Elle ne ressemblait pas au chuchotement fatigué et un peu craintif de l'angelier. Ni aux déclarations onctueuses et lourdes de menaces larvées du seigneur Arol. Il s'agissait du timbre vibrant d'un Ange adulte.
    
    Angelus se redressa brutalement, regardant fixement celui qui venait de lui parler. Il se tenait debout devant la grille, dans l'ombre de grandes ailes de bronze bruni. Éclairant un visage aux traits ciselés, ses prunelles évoquaient le métal en fusion.
    
    « Est-ce que tu es blessé ? »
    
    Il n'y avait aucune douceur, aucune compassion dans cette question, juste un besoin de s'informer rapidement qui rappela les soldats de Cîmes.
    
    « Non... je... tout va bien », balbutia-t-il.
    
    L'Ange inconnu s'écarta légèrement, laissant deux autres membres de leur race s'approcher, tenant chacun par une épaule l'angelier. L'homme était blême de terreur ; les clefs qu'il serrait entre ses doigts tremblaient tellement qu'il dut s'y reprendre à trois fois pour les glisser dans la serrure. Angelus ne put s'empêcher de ressentir de la pitié pour lui ; il n'avait rien de la brute cruelle qui surveillait ses semblables à la forteresse du seigneur Euresme.
    
    Les fers tombèrent enfin au sol, avec un claquement qui envoya un frisson dans le corps épuisé du jeune Ange. Il aurait dû se réjouir de recouvrer la liberté, mais il ne parvenait pas à éprouver autre chose qu'une sourde inquiétude.
    
    Déjà, autour de lui, les grilles s'ouvraient et les silhouettes ailées extirpaient des prisons des chaînes maigres et hâves ; certaines criaient de terreur, d'autres demeuraient muettes de stupeur ou tétanisées par la peur. Elles furent brutalement alignées, le dos au mur. L'Ange qui avait libéré Angelus, vraisemblablement le meneur de ce qui ressemblait de plus en plus à une révolte, posait sur elles un regard dur et dénué de la moindre compassion. Il se tourna vers les autres messagers de Col d'Argent :
    
    « Je sais que cet acte vous infligera une douleur considérable, dont vous aurez peine à vous remettre. Mais dites-vous que les humains tranchent parfois un membre gangrené, qui aurait entraîné la mort de son possesseur. Nous devons en faire de même pour les chaînes, à cause desquelles nous subissons l'agonie de notre esprit et de notre liberté.
    
    - Zénith, murmura une Angelle à la peau couleur de nacre, crois-tu que ce soit nécessaire ? À présent que nous les avons libérées, il suffirait que nous les mettions en sécurité...
    
    — Et nous trouver de nouveau vulnérables ? Il n'en est pas question !
    
    — Mais dès que tu les auras tuées, d'autres humains prendront leur place... intervint Angelus, luttant contre la nausée qui lui tordait le ventre à l'idée d'un massacre aussi affreux. Il vaut mieux que vous gardiez ces chaînes à l'abri de tout danger et que vous veilliez à ce qu'elles soient bien traitées, c'est la seule façon pour vous d'être vraiment libre ! »
    
    Il tremblait de sa propre audace, mais il sentit un soulagement non négligeable quand il vit le visage de Zénith devenir pensif, comme s'il considérait réellement cette idée.
    
    «Tu n'as pas tout à fait tort... Du moins dans un premier temps. Leur décès minerait nos forces et nous en avons besoin pour le moment. Mais il est hors de question que nous épargnions les autres humains de cette forteresse ! »
    
    Angelus sentit son cœur sombrer dans sa poitrine : il savait que la plupart des humains du lieu haïssaient les Anges et rêvaient de les faire tomber du ciel... mais il lui semblait indigne d'agir de même. Il devait bien avoir, parmi tous ceux qui vivaient à Col d'Argent, de parfaits innocents qui n'avaient jamais été impliqués dans le destin tragique de ses frères.
    
    « Zénith, ce n'est pas nécessaire... plaida-t-il. Vous pouvez peut-être... parlementer ? »
    
    Zénith le toisa avec une expression qui mêlait la perplexité et le dégoût :
    
    « As-tu donc tant vécu avec eux, malgré ton âge, que tu es presque devenu l'un des leurs ? »
    
    Le jeune Ange baissa la tête, songeant à Catena, Ayzïe, Afras et tous les habitants de l'île des Semeurs de Tempête.
    
    « Les hommes ne sont ni pires ni meilleurs que les Anges, murmura-t-il. Je crois juste de lutter pour sa liberté, mais pourquoi vouloir à tout prix la vengeance ? Cela ne fera que vous rendre comme ceux que vous détestez ! »
    
    Il devinait que son plaidoyer serait inutile : à l'éclat dur dans le regard de Zénith, le chef des Anges de Col d'Argent n'était pas près de revenir sur sa décision concernant les humains. En tant que meneur, il n'appréciait sans doute pas de voir un jeune Ange remettre ainsi en cause ses ordres. Angelus sentait déjà croître l'hostilité des autres à son égard. Zénith se retourna vers ses acolytes :
    
    « Montrez-lui quel sort a mérité l'angelier ! »
    
    Avant qu'il puisse protester, il vit les Anges adultes traîner l'homme vers le vide ; l'angelier était tellement tétanisé qu'il ne parvenait même pas à se débattre et se se laissait faire comme une poupée de chiffons.
    
    « Attendez ! s'écria le jeune Ange. Qu'est-ce que vous allez lui faire ?
    
    — Tout simplement ce que les humains infligent à nos chaînes quand nous refusons de leur obéir. »
    
    Horrifié, Angelus s'avança vers Zénith :
    
    « Vous ne pouvez pas faire une chose pareille ! Vous n'agirez pas mieux que les humains !
    
    — Quelle importance ? Pourquoi devrions-nous nous laisser dominer par cette engeance plus longtemps, sous prétexte d'être meilleurs qu'eux ? »
    
    D'un signe, il encouragea ses troupes à appliquer la terrible sentence. Angelus se laissa tomber à genoux, accablé. N'y avait-il donc personne pour entendre raison ? Ni les hommes, ni les Anges ? Jamais il ne pourrait se dresser seul contre ses frères. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était gagner du temps. Il se redressa péniblement :
    
    « Attendez ! »
    
    Zénith se retourna, le visage fermé, visiblement décidé à ignorer une fois encore ses supplications, mais le jeune Ange était déterminé :
    
    « Si vous voulez envoyer cet homme vers son châtiment, faites en sorte que ce soit de façon exemplaire, une fois que votre victoire sera acquise ! »
    
    Il plongea son regard dans celui de Zénith et le soutint vaillamment.
    
    « Qu'est devenue ta compassion ? demanda le chef des Anges d'un ton ironique.
    
    — Je désire juste qu'aucune mort ne soit inutile, répliqua-t-il d'un ton ferme, même si intérieurement, il tremblait de peine et de frustration.
    
    — Si ce n'est que cela, répondit l'Ange adulte en haussant ses vastes ailes, eh bien... soit. »
    
    Sur un signe de Zénith, la forme tremblante de l'angelier fut ramenée dans l'une des cellules. Angelus soupira en silence : pour le moment, aucune vie n'avait été perdue.
    
    Mais combien de temps restait-il avant que ce ne soit le cas ?
    
    

Texte publié par Beatrix, 30 octobre 2017 à 22h57
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