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Tome 1, Chapitre 31 « XXX – Celestia – Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 31
L’aube nimbait l’arbre géant d’une lumière d’or pâle, légèrement teintée de rose ; des créatures ailées, délicates et colorées comme des joyaux, voletaient tout autour des frondaisons. Quelques nuées paresseuses rayaient le ciel de traits d’argent bordés de feu. Sur la plaine couverte de fleurs nacrées qui s’agitaient doucement dans la brise, les deux khaïtes, chargés de sacoches contenant des provisions fraîches, étaient prêts à décoller.
    
    Vêtus de leurs tenues et de leur casque de cuir, les deux semeurs de tempête attendaient Celestia, qui faisait ses adieux aux Cieux et aux autres Anges. Aïzie n’aurait jamais cru qu’il verrait la fière et dure Aeria pleurer en prenant son amie dans ses bras. Les larmes des habitants du Paradis ressemblaient à une brume éthérée, qui s’évanouissait dans les airs en particules irisées. Ce fut ensuite le tour de Brunea de dire au revoir à sa sœur de corail et d’azur, enfin à Etheris qui la serra contre lui en murmurant à son oreille quelques mots qui firent naître de la mélancolie sur son doux visage. Elle s’obligea à sourire :
    
    « Prenez soin des nymphéas, demanda-t-elle d’une voix un peu tremblante, et des alevins aussi. Dites-leur que je ne les quitte pas de gaieté de cœur. »
    
    Les autres Anges s’étaient rassemblés en un vaste cercle autour d’eux, leurs trois dirigeants au premier rang pour assister au départ. Ils étaient bien peu… trop peu, et malgré leur triomphante beauté, ils ressemblaient plus à des fleurs parsemées par le vent qu’à un peuple fier à glorieux. Les quitter restait la meilleure des solutions pour Celestia, même si elle devait subir la morsure de la solitude et de l’absence.
    
    Il échangea un sourire avec Ivara avant d’enfourcher Rafale. La vieille khaïte semblait revigorée après cette longue halte ; elle était impatiente de s’élancer vers le ciel. Zéphyr, tout aussi nerveux, levait le nez vers l’azur infini pour humer la brise. Tandis que les Anges agitaient leurs ailes en guise de salut, les deux semeurs de tempête ordonnèrent à leurs montures de décoller. Les khaïtes préféraient généralement se lancer d’un endroit élevé, mais ils parvinrent cependant à prendre l’air sans trop de difficultés et gagnèrent rapidement de l’altitude, accompagnés de l’Angelle aux plumes bleues. Celestia ne jeta pas un seul regard en arrière alors qu’ils laissaient derrière eux les paysages éthérés de ce Paradis qui n’en était plus un. Quand ils passèrent au-dessus de la gigantesque ville sur la rive de l’océan irisé, elle évita soigneusement de la contempler.
    
    C’était un voyage bien différent de celui qui les avait menés au Paradis, car cette fois, ils savaient où ils se rendaient : ils n’avaient qu’à laisser la terre les attirer vers elle, les rappeler en son sein. Celestia semblait infatigable, planant sur ses vastes ailes sans effort apparent. La mer nacrée se fondit dans une épaisse muraille de brume, disparaissant de leur champ de vision ; ils la traversèrent en aveugle, avant d’émerger dans un ciel d’un bleu intense, dénué de la moindre nuée. Très loin en dessous d’eux, s’étendait comme le dos épineux d’une créature reptilienne une longue chaîne de montagnes, dont les sommets gris et déchiquetés demeuraient poudrés par les neiges éternelles. Ils firent une halte nocturne sur un plateau qui leur laissait juste assez de place pour se serrer les uns contre les autres, humains et khaïtes, sous les ailes chaudes et douces d’une Angelle.
    
    Une aurore aux doigts pâles vint les effleurer pour les tirer d’un profond sommeil. Aïzie ouvrit un œil, puis deux, constatant que Celestia était déjà levée. De bout à l’extrémité du plateau, elle regardait aux loin, le visage pensif. Il remarqua qu’elle avait perdu un peu de son éclat ; la couleur de ses plumes et de sa peau s’était ternie. Il soupira silencieusement, espérant qu’elle ne subirait pas d’autres désagréments.
    
    Quand l’Angelle sentit Aizie approcher, elle se tourna vers lui :
    
    « Dis-moi… Sais-tu ce que je vais trouver sur cette terre ? J’avoue que cela fait très longtemps que je ne m’y suis pas rendue. »
    
    Le garçon hésita un peu, avant de répondre :
    
    « Il y a le meilleur, je pense… Et le pire aussi. Notre île est un havre agréable où nous ne manquons de rien pour nous même ni pour nos khaïtes, ceux que vous appelez les « Nés du Ciel ». Mais sur la terre elle-même, c’est un peu différent. Beaucoup d’hommes sont devenus durs et amers. D’autres se montrent voraces… Ils désirent toujours plus de puissance ou de biens… Et comme tu le sais, ils ont appris à faire ployer les Anges à leur volonté, au point qu’ils ne sont plus pour eux que de simples outils, des messagers dont ils usent et abusent. Tu nous as accompagnés par pure bonté… il serait si triste que cela t’arrive. »
    
    Celestia hocha la tête :
    
    « Même si je dois me mettre en danger, je ne regrette pas ma décision. Mais assez parlé des humains… Décris-moi le monde ! Je m’en souviens si peu, je ne sais plus à quoi il ressemble !
    
    — Tu verras cela par toi-même ! » répliqua Aïzie avec amusement.
    
    Les larges ailes bleues palpitèrent doucement :
    
    « Tu as sans doute raison, admit-elle avec résignation. J’aurais tout loisir de le découvrir. »
    
    Elle tendit la main au jeune semeur de tempêtes, qui l’entraîna aussitôt vers leur campement, où les attendait une Ivara à présent réveillée.

Texte publié par Beatrix, 13 septembre 2017 à 16h52
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