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Tome 1, Chapitre 3 « La morsure du crapaud » Tome 1, Chapitre 3
Chapitre III

    
    
La morsure du crapaud

    
    
    Deux semaines s'étaient écoulées depuis son arrivée et des sentiments contradictoires agitaient Calixte.
    
    Poudlard méritait indéniablement son titre de meilleure école de sorcellerie au monde.
    
    Le château était grandiose, bien plus que son ancien établissement, et la magie imprégnait les lieux au point de les rendre vivants. Les portraits murmuraient entre eux, les escaliers bougeaient et les tapisseries semblaient regorger de secrets. La somptueuse architecture rendait l'atmosphère solennelle et studieuse, mais également légère et d'une certaine manière, joyeuse.
    
    Les cours étaient pour la plupart passionnants, même celui d'Histoire de la Magie que tout le monde paraissait pourtant détester. Le fantôme du professeur Binns n'était certes pas très expressif mais les récits qu'il égrenait éveillaient son intérêt. Lui qui était d'habitude constamment privé par son tuteur, il pouvait cette fois avoir accès aux connaissances sans limites imposées.
    
    La bibliothèque notamment faisaient de sa part l'objet d'une grande fascination et il y avait emprunté L'Histoire de Poudlard, non sans avoir été fusillé du regard par l'étrange bibliothécaire qui ne supportait pas le moindre chuchotis.
    
    Ses inquiétudes et angoisses du premier jour s'étaient légèrement apaisées quand il était entré dans le quotidien des cours et de la vie commune. Il avait été rassuré quant à son niveau et prenait plaisir à travailler.
    
    Le préfet Malfoy ne lui avait pas reparlé depuis ce fameux soir où il l'avait interrogé sur son nom de famille. Il avait remarqué au fil des jours qu'une sorte de hiérarchie informelle subsistait au sein des Serpentards, certains profitant de leur rang pour s'accorder quelques privilèges. Mais il veillait à ne pas trop les approcher, peu désireux de se retrouver dans les ennuis.
    
    Et il s'était aussitôt entendu avec Priam, qui s'était révélé être un excellent soutien pour son adaptation.
    
    Néanmoins, il y avait une ombre au tableau.
    
    Le professeur Ombrage.
    
    Il avait bien effectué sa retenue, mais avait jugé pertinent de lui réaffirmer ses propos, refusant de nier ce qui s'était passé à Ster-Elorn. La soirée passée à souffrir en silence n'avait pas éteint ses convictions et lorsque l'enseignante lui avait demandé à la fin de la retenue s'il regrettait ses paroles, il avait répondu que l'attaque de son ancienne école était bel et bien l'œuvre de Mangemorts et non de simples voleurs.
    
    Cela avait évidemment déplu à Ombrage, qui s'était avisée, avec un large sourire malveillant, de lui accorder une semaine entière de retenue cette fois-ci.
    
    Et il la terminait juste.
    
    C'était la dernière soirée qu'il passait dans son bureau aux couleurs criardes, écrivant inlassablement ''Je ne dois pas me montrer insolent''. Faire des lignes n'avait en soi rien de douloureux : c'était seulement incroyablement long et ennuyeux.
    
    Simplement, la particularité d'Ombrage consistait en une étrange plume qui n'avait pas besoin d'encre.
    
    La seule encre qu'elle semblait tolérer était le sang de celui qui écrivait avec.
    
    La toute première fois, Calixte avait commis l'erreur de laisser échapper un gémissement surpris lorsqu'il avait écrit la première phrase et que les mots s'étaient imprimés sur sa main gauche. Des lettres coupantes avaient déchiré sa peau, tandis que le parchemin devant lui se couvrait d'une écriture rouge sang. Ombrage lui avait alors infligé un sermon mielleux où elle le qualifiait de petit garçon insolent à éduquer.
    
    Il avait enduré en silence les heures de retenues qui lui cisaillaient la peau et laissait sa main ensanglantée. Avec une habileté que lui-même ne soupçonnait pas, il était parvenu à dissimuler sa blessure dans ses poches ou sa cape de sorcier, n'étant pas pressé d'aller se plaindre à quiconque. Le professeur Ombrage le lui ferait certainement chèrement payer.
    
    Et puis, de toute façon, il avait trop de fierté.
    
    Pas question de venir pleurer, tout le monde lui dirait sans doute qu'il avait mérité ses retenues. Les enfants insolents étaient toujours punis.
    Il était presque minuit quand il quitta avec soulagement le bureau d'Ombrage après qu'elle l'eût gratifié d'un sourire hautement déplaisant. Sa main gonflée saignait plus que jamais, les plaies refusant de se refermer.
    
    Il avait mal.
    
    Et il avait faim.
    
    C'était le cinquième soir qu'il ratait ses dîner à cause des retenues, et qu'il s'endormait le ventre vide. Il ne savait pas où se trouvaient les cuisines, et de toute façon, il n'était pas sûr d'être autorisé à s'y rendre.
    
    Serrant les dents, ramenant son bras contre lui, il parcourut le château silencieux, en direction de la salle commune de Serpentard.
    
    À quelques pas du bureau du professeur Snape, il s'arrêta. Des éclats de voix lui parvenaient aux oreilles. Des gens se disputaient. Il entendait le directeur de sa maison s'énerver contre une seconde personne, dont le timbre était plus jeune.
    
    Il resta là, figé une longue minute dans le couloir faiblement éclairé.
    
    La porte s'ouvrit soudain violemment et heurta brutalement les battants, révélant un garçon plus âgé que lui. Il identifia aussitôt les cheveux noirs en bataille, les lunettes rondes et les yeux verts émeraude.
    
    « Potter ! » s'exclama une voix qu'il reconnu comme étant celle du Maître des Potions.
    
    Harry Potter, le visage tendu, l'air révolté, son sac valdinguant sur son épaule, marchait à grands pas furieux en direction de Calixte, le regard brillant de colère.
    
    Le professeur Snape surgit une seconde plus tard de la salle, ses capes tourbillonnant autour de lui.
    
    « Potter ! Revenez, c'est un ordre ! ».
    
    Le Gryffondor s'arrêta à un pas de Calixte et fit brusquement volte-face.
    
    « Non ! Laissez-moi !» cria-t-il avec force, et l'homme se figea, ses yeux noirs lançant des éclairs.
    
    Puis il pivota sur ses talons, bousculant rudement le jeune Serpentard, qui trébucha en arrière et s'étala sur le sol en pierre. Un air désolé se peignit sur les traits de Harry, qui s'empressa immédiatement de se précipiter à ses côtés.
    
    « Oh, pardon ! Je suis désolé, je n'ai pas fait exprès, je.. ».
    
    « Vingt points en moins pour Gryffondor ! » gronda Snape, rejoignant les deux étudiants.
    
    « C'était involontaire ! » se défendit abruptement le cinquième année.
    
    Il se tourner, anxieux, vers Calixte.
    
    « Es-tu blessé ? Je ne voulais pas te faire tomber. Excuse-moi ».
    
    Il l'aida à se relever.
    
    « Il n'y a pas de mal » fit son benjamin.
    
    « Peverell ! » claqua sèchement le professeur Snape en le vrillant de ses prunelles noires meurtrières. « Qu'est-ce que vous faîtes là à rôder dans les couloirs?! Il est minuit ! N'avez-vous rien de mieux à faire à cette heure-ci, comme dormir, par exemple ?! ».
    
    « Je sors de retenue, Monsieur » répondit l'enfant d'un ton mal assuré.
    
    Il recula imperceptiblement quand son directeur s'avança vers lui.
    
    « Écoutiez-vous aux portes ? » s'enquit l'enseignant avec des accents d'une froideur caressante.
    
    Il ne lui laissa pas le temps de s'expliquer, toisant le Gryffondor avec dédain.
    
    « Il semblerait que vous ne soyez pas le seul dans ce château à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas, Potter ! ».
    
    Ignorant l'inquiétude qui commençait à le gagner à l'idée qu'il allait sûrement être de nouveau puni pour sa seule présence fortuite dans ce couloir, Calixte s'agenouilla pour récupérer ses affaires qui s'étaient dispersées lors de sa chute. Il tendit le bras pour ramasser un des manuels d'Histoire de la Magie.
    
    « Qu'est-il arrivé à votre main ? » entendit-il au-dessus de lui.
    
    Il s'immobilisa brièvement, le rythme de son cœur s'accélérant, avant d'avoir le réflexe trop tardif de cacher sa main blessée sous sa cape. Il leva la tête et lorsqu'il croisa le regard dangereux du professeur Snape, il su qu'il devait avoir l'air coupable.
    
    « Rien » rétorqua-t-il avec une agressivité suspecte qu'il regretta immédiatement.
    
    Évidemment, les gouttes de sang qui tachaient les dalles de pierre ne jouèrent pas en sa faveur.
    
    « Peverell... Ne m'obligez pas à répéter ma question » fit doucereusement le Maître des Potions, pendant que Harry l'observait avec une étrange curiosité.
    
    Il se remit debout et recula légèrement, réfléchissant à toute vitesse pour s'extirper de cette délicate situation.
    
    « Vraiment, ce n'est rien, je me suis simplement coupé avec un bout de parchemin tout à l'heure ».
    
    L'expression de son professeur était franchement dubitative et sa colère n'était visiblement pas retombée puisqu'il s'enquit sévèrement/
    « Auriez-vous l'audace de me prendre un idiot, jeune homme ? ».
    
    Le Gryffondor jeta un coup d'œil oblique à l'homme tandis que Calixte secouait frénétiquement la tête avec dénégation.
    
    « S'il vous plaît, vous devez me croire. Ce n'est rien. D'ailleurs, je n'ai même pas mal » assura-t-il avec une désinvolture de façade.
    
    « Peverell, si vous ne me montrez pas votre main tout de suite, je vous réserve des retenues dont vous vous souviendrez longtemps » le prévint la voix onctueuse de Snape.
    
    Quelle sorte de punition pouvait bien lui promettre le professeur Snape ?
    
    Le jeune Serpentard pâlit et ses grands yeux frémirent d'angoisse. Ses épaules se raidirent. Il envisagea un court instant de détaler loin d'ici, mais son dos heurta le mur. Il vit Harry Potter lever les yeux au ciel et grimacer. Ce qui signifiait sans doute que les punitions de l'homme en noir devaient être particulièrement douloureuses.
    
    Frappait-il les étudiants désobéissants ?
    
    Pire, les empoisonnait-il ? Il blêmit davantage à cette idée, sa respiration devenant plus hachée.
    
    « S'il vous plaît...Je ne peux pas le dire, elle me le fera payer, sinon » supplia-t-il.
    
    C'était, quelque part, humiliant.
    
    Devoir supplier un professeur devant un autre élève, le célèbre Harry Potter qui plus est, le dérangeait.
    
    Mais il n'avait pas le choix. Ombrage l'avait bien mis en garde. Et le premier soir de sa retenue, lorsque le concierge, un certain Rusard, était passé la voir, il les avaient entendus discuter de châtiments corporels. Il ne tenait pas à y goûter. D'un autre côté, il ne mourrait pas non plus d'envie d'expérimenter les retenues du professeur Snape.
    
    « Peverell ! » aboya celui-ci, exaspéré. « C'est la dernière fois que je vous le demande ! ».
    
    Nerveux, il remarqua le regard bizarrement compréhensif du Gryffondor aux yeux verts, qui lui adressa un petit sourire d'encouragement.
    Constatant que l'enfant ne ferait pas le moindre geste pour l'éclairer davantage, Snape soupira de frustration et, à une vitesse surprenante que lui conférait son agilité d'espion, il attrapa le bras du garçon et dégagea sa main gauche de sa cape. Peverell sursauta, fermant les paupières et s'affaissa contre le mur, comme s'il s'attendait à être frappé à tout instant.
    
    « Regardez-moi ! » ordonna-t-il.
    
    Le gamin obéit, rouvrant ses yeux bleus remplis d'inquiétude.
    
    « Vingt points en moins pour Serpentard pour non-coopération » décréta-t-il tranquillement.
    
    Il ne manqua pas la consternation qui passa dans le regard écarquillé de l'enfant. Lui enserrant fermement le poignet, il prit mesure de l'ampleur de la blessure. Une inscription ensanglantée barrait le dos de la main enflée. Des gouttes écarlates perlaient des plaies, sortes de petites coupures.
    
    Je ne dois pas me montrer insolent.
    
    Gravée en lettres de sang. Et à en juger par l'expression de douleur qu'affichait Peverell, ça faisait mal.
    
    « Qui ? » demanda-t-il sur un ton calme, refoulant la vague de haine qu'il sentait poindre en lui.
    
    Peverell eu l'intelligence de murmurer « Le professeur Ombrage, Monsieur ».
    
    Un éclair de fureur plus accentué que les autres passa dans les prunelles sombres.
    
    Il ne rata pas le malaise de Potter, qui ne semblait pas plus surpris qu'aurait dû l'être quelqu'un de normalement constitué.
    
    « Depuis quand ? Lundi ? ».
    
    L'enfant hocha la tête.
    
    « Êtes-vous allé à l'infirmerie voir Madame Pomfresh ? »
    
    « Madame Pomfresh ? » répéta Peverell avec intérêt.
    
    « L'infirmière de Poudlard » maugréa Snape. « Avez-vous signalé votre blessure à quelqu'un dans cette école ? ».
    
    Le jeune garçon hésita à répondre puis, sous le regard chargé de menace du Maître des Potions, fit:
    
    « Non. Le professeur Ombrage m'a dit que c'était ce qui arrivait aux élèves insolents et mal-élevés, et que je l'ai mérité »
    .
    La conviction que Snape perçu dans le ton de l'enfant lui déplût considérablement.
    
    Dégoûté, il tourna la tête vers Potter, qui avait maintenant l'air mortifié.
    
    « Potter ! Étiez-vous au courant des agissements de cette femme ? Je sais que, comme votre idiot de père, vous n'avez pas chômé pour vous retrouver en retenues plus que de raison ».
    
    Il se délecta de l'ombre furieuse qui passa sur le visage du Gryffondor, de ses poings serrés et de sa respiration précipitée.
    
    Il se délecta moins, en revanche, de l'hésitation et du regard soudainement fuyant de Potter.
    
    « Potter ! » rugit-il.
    
    « Oui, oui je suis au courant ! » s'égosilla l'insupportable morveux. « Vous êtes content ?! ».
    
    Et, pour appuyer ses paroles, il laissa tomber son sac et brandit un bras dans sa direction. Snape cru une fraction de seconde qu'il allait avoir le culot de le frapper, mais il se contenta de lui montrer sa main gauche. Les marques n'étaient pas à vif, mais les mots avaient laissé de fines cicatrices rouges.
    
    Je ne dois pas dire de mensonges.
    
    Ses yeux se réduisirent à deux fentes. Il inspira profondément, faisant fi des ondes de rage qui pulsaient dans son corps.
    
    Mais il n'était pas sûr que sa haine soit dirigée réellement contre Potter.
    
    « J'imagine que, compte tenu de votre incroyable arrogance, vous n'avez pas daigné informer un adulte compétent, Potter ? ».
    
    Le garçon haussa les épaules.
    
    « Je l'ai dit à Ron et Hermione ».
    
    « Je ne m'étonne pas que Monsieur Weasley ait gardé le silence, après tout n'exigeons pas trop d'effort de son plat cerveau. En revanche, je suis surpris que Miss Granger ne se soit pas montrée plus... raisonnable » ironisa-t-il.
    
    Il avait pensé que la préfète de Gryffondor aurait pris ses responsabilités.
    
    « Elle a essayé de me persuader d'en parler à McGonagall » répliqua Potter, ses yeux verts étincelant à la lueur des torches enflammées.
    
    « Le professeur McGonagall, Potter » le corrigea sèchement l'homme. « Votre célébrité ne vous dispense pas d'être poli ».
    
    « Le professeur McGonagall » reprit l'impertinent en levant les yeux au ciel.
    
    « Il ne faut pas en parler au professeur Ombrage » intervint Peverell, clairement paniqué. « Elle le fera chèrement regretter et... ».
    
    « C'est une menace, Peverell ? » lui demanda soyeusement Snape dans une voix de velours d'où perçaient des accents vénéneux.
    
    Il eu la satisfaction de voir un air outré se peindre sur le visage pâle du garnement.
    
    « Non Monsieur, je ne voulais pas du tout vous menacer ! C'est juste que le professeur Ombrage m'a interdit d'en parler. Elle voudra sûrement se venger » et il eu un frisson glacé.
    
    Snape émit un ricanement moqueur, et prononça théâtralement « Aucune personne saine d'esprit ne commet l'erreur de me menacer, Peverell. Ni ne blesse les étudiants en toute impunité ».
    
    « Ombrage n'est pas saine d'esprit » grogna Potter avec impulsivité.
    
    L'homme ne le reprit pas sur la marque de respect normalement due à un professeur. Le crapaud rose ne le méritait pas. Pas plus qu'elle ne l'eût mérité le jour de la rentrée. Il n'aimait pas cette folle.
    
    De son côté, Harry vit les lèvres de Snape tressaillir. Ce devait être sa façon de rire.
    
    Non, ridicule.
    
    Snape ne riait jamais.
    
    Surtout pas à ce qu'un Potter pourrait dire. Il se faisait des films. Oui, il délirait.
    
    Il constata cependant que le visage du petit Serpentard qu'il avait bousculé -Peverell, visiblement- s'était quelque peu éclairé à sa remarque.
    
    « Peverell, suivez-moi. Potter, hors de ma vue » intima Snape.
    
    « Où allez-vous ? » demanda Harry sur un ton ouvertement soupçonneux.
    
    « Ne croyez pas que je laisse mes étudiants errer blessés dans les couloirs au beau milieu de la nuit, Potter » répliqua le professeur avec acidité. « Contrairement à certains, j'ai des responsabilités à assumer ».
    
    Tenant toujours le poignet de Peverell, il entraîna avec lui l'enfant jusqu'à son bureau où la lourde porte était restée ouverte.
    
    Il l'approcha de la cheminée où flambait et craquait un grand feu.
    
    Il examina attentivement la main agitée de petits tremblements de Peverell. Les petites plaies semblaient peu profondes mais le sang ne s'arrêtait pas de couler en minces filets.
    
    Comment diable ce petit impertinent avait-il fait pour tenir plusieurs jours sans que personne ne le remarque ? Était-il un expert en la matière ? Il chassa cette idée dérangeante de son esprit.
    
    « Pourriez-vous arrêter de trembler ? » aboya-t-il.
    
    Et ce n'était pas une proposition.
    
    « Qu'avez-vous, encore ? Le froid ? » se moqua-t-il.
    
    L'enfant lui lança un regard d'excuse.
    
    « Non. Ça me fait mal » avoua-t-il timidement, comme si cela lui en coûtait de reconnaître une faiblesse. « Monsieur », rajouta-t-il en se souvenant des règles élémentaires de politesse.
    
    « Nous n'en serions pas là si vous aviez eu la perspicacité d'alerter un professeur dès votre première retenue au lieu de vous murer dans le silence» lui reprocha Snape, sans pitié. « Est-ce une plume qui a fait cela ? ».
    
    L'enfant hocha affirmativement le menton.
    
    « Ce genre de pratique est formellement interdite par le Ministère de la Magie depuis au moins deux siècles. Il y a d'autres moyens plus efficaces de punir un étudiant dissipé ».
    
    Rien dans le ton du professeur n'incitait Calixte à vouloir découvrir le genre de punitions efficaces auxquelles il faisait allusion. Il ne voulait pas le savoir.
    
    « Elle a dit que c'était ainsi que l'on corrigeait les enfants insolents » indiqua-t-il en fronçant les sourcils avec évidence.
    
    « Elle se trompe » réfuta l'homme en tâtant précautionneusement les plaies boursouflées.
    
    Peverell étouffa un gémissement douloureux, se mordit les lèvres, et esquissa un geste pour retirer sa main mais Snape ne lui lâcha pas le poignet, le fusillant du regard.
    
    « Qu'allez-vous faire ? » demanda le garçon avec affolement.
    
    « Les coupures se sont infectées » répondit-il le plus sérieusement du monde. « Elles vont pourrir, et il faudra très probablement couper pour que ça ne se propage pas au reste du corps. C'est ce qui arrive quand on laisse traîner ce genre de blessures sans la moindre guérison ».
    
    Il se régala sans honte de la pure lueur d'effroi qui traversa les yeux horrifiés de Peverell. Il crut même que les prunelles bleues étaient plus pâles qu'avant. Merlin, il avait l'air d'un fantôme. Il reporta son attention sur le membre blessé, faisant mine de l'examiner longuement, adoptant délibérément un masque sinistre et tragique.
    
    Et ça fonctionna.
    
    Il sentit la tension palpable submerger l'enfant et le pouls qui battait à son poignet s'accéléra vertigineusement.
    
    Si Minerva était là, elle l'aurait tué de ses propres mains, songea Snape avec amusement.
    
    Au moins, cela lui permettait d'ignorer la colère qu'il ressentait contre Ombrage. C'est en voyant les yeux vitreux du garçon et les fines gouttes de sueur qui glissaient sur son front moite qu'il décida d'arrêter de le faire tourner en bourrique. Il ne voulait pas que le jeune Serpentard s'évanouisse, il n'avait pas le temps pour ça, il n'était pas une infirmière.
    
    Il haussa un sourcil, narquois.
    
    « Vous êtes d'une naïveté stupéfiante, Peverell. Vous auriez eu votre place à Gryffondor, aux côtés de Potter » se moqua-t-il. « Vulnera sanentur » poursuivit-il d'une voix basse et caressante.
    
    Les plaies ensanglantées tiraillèrent la peau, se résorbèrent puis se refermèrent, laissant de fines cicatrices rouges. Certes, il aurait pu lancer un sort plus commun pour guérir les blessures, comme Episkey, mais il aimait utiliser ceux de sa propre invention. Question de principe.
    
    « Tergeo » termina-t-il, ce qui acheva de faire disparaître le sang frais comme séché, et nettoya l'inscription maléfique.
    
    Il considéra quelques instants l'air ébahi et incrédule de Peverell, qui semblait reprendre des couleurs.
    
    « Tout simplement » railla-t-il pour le faire se sentir ridicule.
    
    Le garçon parut embarrassé et du rose teinta ses joues.
    
    « Merci Monsieur » dit-il, un sourire illuminant son brillait littéralement de reconnaissance.
    
    N'importe quoi, pensa Snape. Ce n'était qu'une guérison, n'importe quel professeur ou adulte digne de ce nom aurait fait de même. Non ?
    
    Exceptée Dolorès Ombrage naturellement.
    
    Il déployait d'énormes efforts, soucieux de rester imperturbable et de masquer sa colère devant Peverell.
    
    Il n'était pas loin de courir dans les couloirs de Poudlard, pulvériser la porte des appartements d'Ombrage et transformer une bonne fois pour toute cette femme en crapaud. Non, mieux, lui faire subir quelques châtiments dont il avait personnellement le secret. Comment osait-elle utiliser ces sordides plumes interdite sur des étudiants ?
    
    Ce n'était ni plus ni moins que de la torture et il ne laisserait pas cela se faire.
    
    Il était étonnant que Potter, toujours le premier pour attirer l'attention sur lui comme le faisait son arrogant de père, ne soit pas allé se plaindre à McGonagall. Il n'aurait pas raté une occasion de jouer les héros martyrisés et tout le monde aurait rampé à ses pieds en débitant des paroles et complaintes larmoyantes sur fond de geignements victimaires.
    
    Il était encore plus inattendu, cependant, qu'un deuxième année garde le silence. Les enfants de cet âge étaient faciles à faire craquer, lui-même le savait d'expérience, nombre de ses jeunes étudiants n'hésitant pas à se plaindre de ses méthodes. Les plus âgés n'étaient pas en reste, ceci dit. Beaucoup s'arrangeaient, à la moindre blessure ou petit rhume, pour se rendre à l'infirmerie et se lamenter à l'infirmière.
    Supporter seul des retenues qui s'apparentaient à de la torture physique était tout à fait anormal.
    
    Pire, le gamin avait semblé trouver ça parfaitement compréhensible. Comme si le fait de voir une inscription se graver dans sa propre chair était acceptable.
    
    Quelque chose lui échappait.
    
    « Combien de temps êtes-vous resté en retenue ce soir ? » demanda-t-il soudain, brisant l'épais silence qui s'était installé.
    
    « J'ai commencé avant le repas, à dix-neuf heures » répondit Peverell en resserrant les pans de sa cape autour de lui. « Et je venais de terminer quand je vous ai entendu crier avec Harry Potter ».
    
    Snape le fusilla du regard.
    
    Il nota dans une partie de son esprit qu'il lui faudrait lancer un Silencio dans son bureau la prochaine fois que lui et Potter -ou quelqu'un d'autre- échangeraient des propos... véhéments.
    
    « Avant le repas ? » reprit-il, haussant les sourcils « N'avez-vous donc pas dîné ? ».
    
    « Non, Monsieur ». Fit Peverell, lui confirmant ses doutes. « Ni les autres jours ».
    
    Les yeux de Snape se plissèrent avec malveillance.
    
    « Avez-vous faim ? ».
    
    L'enfant hocha vigoureusement la tête de haut en bas.
    
    Le professeur fit alors apparaître un sandwich qui flotta dans les airs. Il venait directement des cuisines, les elfes de maison lui en réservaient souvent de côté lorsqu'il était enfermé de longues heures dans son laboratoire. Ce qui arrivait souvent.
    
    Il vit le garçon s'éclairer et saliver.
    
    « C'est pour moi ? » s'enquit-il avec des accents joyeux.
    
    « Évidemment, Peverell » répliqua-t-il sèchement, effaré par tant d'ingénuité.
    
    Mordant dans le sandwich avec un plaisir apparent, il se répandit en remerciements qu'interrompit froidement Snape.
    
    « Taisez-vous donc et mangez. Je ne tiens pas à ce que vous en mettiez partout et nous n'avons pas la nuit pour ça ».
    
    Il ne lâcha pas l'enfant des yeux, l'observant déguster avec une joie démesurée son banal repas.
    
    Il le vrilla longuement de son regard noir insondable, mais cela ne parut pas déranger le garçon.
    
    Puis il lui ordonna de disparaître et verrouilla son bureau d'un geste négligent de la main.
    
    Il demeura de longues minutes immobiles à fixer pensivement l'âtre de sa cheminée, las.
    
    La journée avait pourtant bien commencé. Il était parvenu à faire pleurer deux Serdaigles de troisième année, avait distribué quelques retenues à des étudiants – des Serpentards cette fois - qui avaient manqué faire exploser sa classe. Et surtout, il avait réussi à faire sortir de ses gonds Potter. C'en avait été d'une facilité déconcertante, presque décevante à vrai dire. Une petite pique sur son arrogant de père avait suffit à le faire réagir au quart de tour, ce qui lui avait valu une retenue.
    
    Mais la découverte des sévices qu'infligeait Ombrage aux étudiants punis ne le ravissait pas, loin de là. Comment avait-elle pu se procurer ces plumes, normalement interdites par le Ministère de la Magie depuis plus de deux cent ans ? Il était inconcevable qu'une employée envoyée par le Ministère s'adonne à des pratiques illégales passibles d'une peine à la prison d'Azkaban.
    
    Quoique, connaissant l'homme, le Ministre Cornelius Fudge devait bien fermer les yeux sur les incartades de ses administrés. Cela ne le surprendrait même pas.
    
    Il refusait de laisser passer ça à Poudlard.
    
    Aussi se dirigea-t-il vers sa cheminée dans laquelle il jeta une poignée de poudre de cheminette.
    
    « Bureau d'Albus Dumbledore ! » lança-t-il.
    
    Et au diable l'heure tardive ! Il savait que le directeur était souvent sujet à des insomnies, et il devait certainement être perdu dans ses réflexions dans son bureau en train de jouer avec l'une de ses fragiles babioles au prix inestimable.
    
    Il valait mieux, d'ailleurs, qu'il soit debout, parce qu'il n'était pas certain de se retenir de surgir de lui-même dans les appartements de Ombrage.
    
    Pendant qu'il disparaissait dans les flammes vertes du réseau de cheminée, il ricana en se représentant la Grande Inquisitrice le recevant en chemise de nuit avant de s'interrompre abruptement, horrifié par ses propres pensées.
    
    
ooo

    
ooo

    
    Furieux, Harry lança avec hargne le mot de passe à une Grosse Dame somnolente. Elle fut outrée par l'impolitesse du ton mais consentit de mauvaise grâce à basculer. Il entra dans la salle commune vide et fit les cent pas, fulminant de rage.
    
    Il ne supportait plus Snape.
    Il avait cédé à l'une des remarques du Maître des Potions en cours, une banalité où il avait une fois de plus perçu la raillerie que Snape lui réservait tout spécialement. Mais ça avait été la goutte de trop, et il lui avait vertement opposé une réplique qu'il savait impertinente.
    
    L'homme en avait bien sûr profité pour lui donner une retenue le soir-même, de quoi terminer la semaine en beauté.
    
    Après qu'il eût récuré de vieux et gras chaudrons sans avoir la permission de faire usage de la magie, bien sûr, Snape avait mis à fin à cette tâche écœurante en lui infligeant un sermon à base de références nourries sur son père. Il avait naturellement touché une corde sensible puisque Harry s'était énervé, ce qui avait conduit à une dispute.
    
    Et les éclats de voix n'étaient pas passés inaperçus puisqu'un jeune Serpentard les avaient entendu.
    
    Enfin, il espérait qu'il n'avait entendu que les cris et non pas leur contenu.
    
    Sa vie ne regardait personne.
    
    Mais il n'était pas sûr que ce fut le pire.
    
    Le Serpentard lui aussi subissait la torture de la perverse Ombrage et Snape l'avait remarqué. Et son esprit analytique avait découvert l'inscription sur sa propre main.
    
    Voilà une nouvelle occasion pour lui de le railler et l'humilier en cours, pensa-t-il avec rage en donnant un coup de pied dans une boîte à flemme vide laissée sur le tapis par les jumeaux Weasley. L'objet laissa échapper un râle plaintif.
    
    Puis il sortit sa baguette et la pointa furieusement vers la cheminée où mourraient les dernières braises.
    
    « Incendio ! ».
    Un feu ronflant naquit aussitôt. La chaleur des flammes vint lécher son visage. Il se laissa tomber sur le tapis et enfouit la tête entre ses bras.
    Il était à bout de nerf.
    
    Deux semaines qu'il dormait très peu, voire quasiment pas.
    
    Depuis sa vision glaçante de Voldemort dans ce donjon étrange, ses nuits étaient peuplées de rêves centrés autour du Mage Noir. Il voyait sa figure pâle et ses prunelles de serpent où miroitaient des lueurs rouge sang. La joie maléfique avait cédé la place à de la convoitise mêlée de rage.
    
    Quelque chose le frustrait.
    
    Harry assistait à des périodes de calme où Voldemort conversait tranquillement avec ses serviteurs, entrecoupées de crises de démence où il s'impatientait et déchaînait sa violence. Le plus souvent sur des individus dont il ne parvenait pas à distinguer le visage, mais que les cris et les suppliques désespérées suffisaient à le faire se réveiller en pleine nuit, tremblant, le cœur palpitant.
    
    Et comme à chaque fois, sa cicatrice le brûlait comme une lame chauffée à blanc. Une douleur lancinante qui lui fendait le crâne et lui donnait envie de plonger la tête dans le lac.
    
    Impossible de dormir dans de pareilles conditions.
    
    Les moments d'accalmie étaient liés à un mystérieux plan qui paraissait se dérouler à merveille. Les excès de rage concernaient le fameux ''jeune ami'' qui faisait l'objet de l'obsession presque maladive du sorcier.
    
    À sa simple évocation, il entrait dans des colères noires, ses traits de reptile se figeaient dans une haine pure, et il finissait même par s'acharner à coup de Doloris bien sentis sur le serviteur qui aurait le malheur de déglutir ou de ciller.
    
    Pour une fois que ce n'était pas après lui qu'en avait Voldemort, pensa Harry en serrant les poings.
    
    Il ne s'en réjouissait pas pour autant.
    
    Parce que la personne qui perturbait tant le Seigneur des Ténèbres ne devait pas être plus âgée que lui -il l'appelait ''le garçon'' ou ''l'enfant''- et ça lui soulevait le cœur à l'idée qu'un innocent de plus soit encore victime du sanguinaire.
    
    Si seulement il savait de qui il s'agissait, il pourrait peut-être se rendre plus utile.
    
    Mais son nom n'était jamais prononcé quand il avait ces rêves chaque nuit. Comme si c'était un tabou.
    
    Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, somme toute.
    
    Quelle ironie.
    
    Sirius avait à peine répondu à son mot sur sa toute première vision, se contentant de lui affirmer qu'il n'avait pas entendu quoi que ce soit à ce sujet et que de toute façon, il était probable que leurs courriers étaient contrôlés. Preuve en était, sa chouette blanche Hedwige était un jour revenue avec une aile tordue. Il ne pouvait donc pas se permettre de dévoiler trop d'informations.
    
    Il semblait que les membres de l'Ordre du Phénix soient sur leurs gardes depuis ces derniers jours, conscients que quelque chose de gros se tramait dans l'ombre, sans savoir quoi précisément.
    
    Il se sentait inquiet et nerveux.
    
    Incapable de rester en place plus d'une minute, il finit par se relever d'un bond du tapis moelleux et tourna de nouveau autour de la salle commune comme un lion en cage. Il su qu'il allait cogiter toute la nuit sans trouver le sommeil.
    
    Il devait faire quelque chose.
    
    Comme s'aérer l'esprit.
    
    Alors il se rendit à pas furtifs dans son dortoir silencieux, attrapa son Éclair de feu et se drapa de la soyeuse cape d'invisibilité de son père. Il eu une pensée compatissante pour Fred et George, les batteurs de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, à qui Ombrage avait définitivement interdit de jouer pour s'être battu à la fin d'un match contre le capitaine de l'équipe de Serpentard, après une énième provocation.
    
    Lui-même s'était retenu de justesse et avait dû se faire violence pour ne pas frapper cette tête à claque de Marcus Flint. Ce qui avait été une bonne initiative puisqu'il avait conservé sa place d'Attrapeur. La tête dégoûtée et enragée du crapaud en avait valu le coup. Il esquissa un sourire moqueur.
    
    Quittant subrepticement la salle commune après avoir réveillé une Grosse Dame de mauvaise humeur, il se glissa dans le château. Il arriva sans encombres dans la cour rectangulaire où se trouvait la fontaine de Poudlard.
    
    Il faisait froid. Mais c'était un froid revigorant.
    
    La nuit était calme, claire, apaisante.
    
    Dans le ciel d'un noir d'encre brillait un beau croissant de lune panaché d'étain, entouré de nombreuses étoiles scintillantes.
    
    Vérifiant qu'il était bien seul, il retira et rangea sa cape d'invisibilité sous son pull, enfourcha son balai et décolla. L'air frais lui procura aussitôt une sensation d'intense liberté. Ses préoccupations s'envolèrent et le poids en lui se libéra, le laissant plus léger. Il s'éleva rapidement au-dessus des plus hautes tourelles de Poudlard, comme s'il s'en allait attraper une de ces étoiles étincelantes.
    
    Plus il montait, plus ses doigts s'engourdissaient de froid et ses yeux piqués par la température glaciale s'humidifiaient. Il les ferma, le vent mordant glissa sur sa peau. Il ressentait les infimes vibrations de l'Éclair de feu. Le balai de course fendait l'air à une vitesse vertigineuse, accélérant encore et encore.
    
    Il était libre.
    
    C'était un sentiment de plénitude incroyable. C'était...
    
    Magique, s'amusa-t-il.
    
    Il rouvrit les paupières et ralentit pour se stabiliser haut, très haut au-dessus du château.
    
    Il resta de longues minutes là, suspendu sous les étoiles, écoutant le doux murmure du vent dans les sapins aux cimes fourchues de la Forêt Interdite. Le temps semblait s'être arrêté. Rien ne venait troubler la paisible nuit.
    
    En bas, le château semblait plongé dans les ténèbres. Il ne distinguait que les faibles lueurs des torches enflammées qui paraient les remparts. Quelques graciles hiboux planaient tranquillement autour de la volière. Quant aux sereines eaux du lac, elles reflétaient l'éclat de la lune.
    
    Il frictionna ses mains pour avoir un semblant de chaleur et remonta le col de son pull.
    
    Il s'apprêtait à redescendre en piqué vers le terrain de Quidditch pour faire quelques tours, quand il remarqua un mouvement dans son champ de vision. Quelque chose bougeait dans le parc, à l'orée de la Forêt Interdite. Deux ombres se détachèrent de la masse noire des arbres, paraissant guetter le château.
    
    Il plissa les yeux. Il ne voyait pas bien à cette distance, et les silhouettes paraissaient massives. Il n'aurait su dire s'il s'agissait de personnes ou d'animaux.
    
    Il pencha le manche de son balai et se courba dessus, bien décidé à en avoir le cœur net.
    
    Il fondit vers le château, sentant le vent siffler à ses oreilles. Il contourna la haute tour d'Astronomie et bifurqua en direction de la forêt.
    Mais les ombres avaient disparu. Elles s'étaient tout bonnement volatilisées.
    
    Plus rien.
    
    Il veilla plusieurs minutes, aux aguets, ses yeux bondissant d'un coin à l'autre sur le parc et la Forêt Interdite, attentif au moindre souffle de vent, au moindre tressaillement qui viendrait perturber la quiétude des lieux.
    
    Après d'infructueuses observations, il dut se rendre à l'évidence. Les silhouette avaient dû retourner sous le couvert des arbres, ou se cacher quelque part dans le parc.
    
    D'ailleurs, était-il vraiment certain d'avoir vu quelque chose ? Peut-être que sa fatigue lui jouait des tours. Mais au fond de lui il en doutait fortement, sûr de ne pas avoir divagué. Il n'était pas fou. Son instinct ne lui disait rien de bon.
    
    Il secoua la tête.
    
    C'étaient probablement des animaux venus déambuler en profitant de la tranquillité.
    
    Quelles sortes de bêtes sauvages dans la forêt pouvaient bien venir folâtrer dans le parc, ne put-il pas s'empêcher d'objecter. Pas les araignées géantes, elles ne s'aventuraient jamais si près du château. Encore moins les Centaures. D'ailleurs, un Centaures n'était pas une bête sauvage.
    
    Quoi d'autre, alors ?
    
    Il songea brièvement à Hagrid avant d'écarter cette idée farfelue de ses pensées. D'abord, le garde-chasse n'était toujours pas revenu depuis la rentée, et ensuite, il n'était pas du genre à se balader dehors au beau milieu de la nuit. Et puis, sa Cabane était bien plus loin, en contrebas du Saule Cogneur. Il l'aurait vu si ça avait été Hagrid.
    
    Et si Voldemort... ?
    
    Non, ridicule, rejeta-t-il. Sa cicatrice lui aurait brûlé le front, si tel avait été le cas. Et il n'aurait pas pris ce risque, le château était très bien protégé. De toute façon, le Mage Noir avait une carrure beaucoup moins corpulente que celles qu'il avait aperçues.
    
    Quelqu'un voulait-il entrer en secret à Poudlard ? Qui donc aurait intérêt à se dissimuler aux yeux de tous la nuit ? Ce n'était pas normal.
    Une brise glaciale le coupa dans ses réflexions et il décida de mettre un terme à son escapade nocturne en filant vers la cour d'où il avait décollé. Il se couvrit de sa cape d'invisibilité et se rendit à pas de loups à l'intérieur du Hall.
    
    Il ne croisa pas âme qui vive en parcourant les couloirs du château et regagna vite son lit.
    
    Son vol l'avait vidé de son énergie et cette bonne fatigue lui permit de sombrer dans un sommeil qui, pour la première fois depuis deux semaines, fut sans les visions horribles de Voldemort.

Texte publié par Vibrato, 11 août 2015 à 13h35
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Tome 1, Chapitre 3 « La morsure du crapaud » Tome 1, Chapitre 3
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