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J'ai du mal à dormir cette nuit. Les médecins l'ont annoncé en fin d'après-midi. Une maladie fulgurante. Pas de traitement. Environ 24 heures.

Je me tourne et me retourne. Il fait de plus en plus chaud.

Je pense. Je ne peux rien faire d'autre.

Je pense à ce que j'ai fait au cours de mes années.

Pas tant de choses que ça.

Quelques activités, peu d'amis. Beaucoup de solitude. Ce n'est peut-être pas si grave.

Inutile de penser au futur.

Il faut déjà tout préparer pour le départ.

J'ai passé la soirée à faire du tri et du nettoyage.

J'ai mis tout ce qui était important sur un disque dur. Une vie qui tient dans une main.

Tout le reste a été supprimé. Les appareils formatés.

Je n'ai gardé intact que mon téléphone.

Je vais quand même essayer de me reposer avant le matin.

Je me lève tôt. Je n'ai pas dormi une seule minute.

Je commence à tout ranger. Je remplis des sacs et des cartons. J'en fais un tas. Je le transporte à la voiture. Je recommence.

Tout est vide.

Je commence le nettoyage. Il faut que tout soit propre. Encore plus que d'habitude.

Le studio n'est pas grand. Il me faut moins d'une heure.

Je n'ai pas encore mangé ce matin. Je n'ai pas faim.

Il est à peine 8 heures.

Je monte dans la voiture. Je pars.

Je ne mets pas de musique cette fois. Pas de radio. Rien.

J'écoute les bruits de la circulation.

Je regarde les paysages.

La route est longue. J'ai le temps.

Enfin j'arrive. Je vois la maison grandir.

Je descends de la voiture. Tout le monde est déjà dehors.

On n'échange que quelques mots.

On amène à l'intérieur tout ce que la voiture a pu contenir.

Je passe le reste de la matinée à parler.

Combien et où vendre ce que j'avais. Comment l'utiliser s'il n'y a pas de vente.

Je vois que tous voudraient en parler. Je ne veux pas. Je sais ce qui va arriver. Tout le monde le sait.

Parler pour ne rien dire ne fait qu'empirer.

Il est bientôt midi. Je n'ai toujours pas faim.

Je leur dis de venir me chercher dans la soirée.

Je pars à pied. Il y a à peine un kilomètre.

Le chemin est un peu boueux. Aucune importance.

Je ne croise personne. Que des oiseaux.

J'arrive au banc. Il n'a pas bougé.

Deux blocs de pierre informes pour les pieds.

Un grand bloc de granit taillé pour l'assise.

Lui ne tombera jamais.

Quelques feuilles sont posées dessus. Ce n'est pas grave.

Je m'y assois.

Tout autour, le vent. Les oiseaux.

Devant, l'eau coule.

Une dernière chose à faire aujourd'hui. Probablement une bêtise.

Plus aucune importance.

Je prends mon téléphone.

Il me faut un certain temps. Les mots sont difficiles.

J'explique tout. La situation. Ce que j'en pense.

Que je l'ai toujours aimée.

Et j'ajoute une note d'espoir. Les coordonnées du banc.

C'est envoyé.

Je repose le téléphone. Il ne servira plus.

Dans le temps qu'il me reste, je pense à elle.

Je l'ai vue pour la première fois en cours.

Quand elle est arrivée presque en retard. Dès le premier jour.

N'importe qui aurait dit qu'elle était banale.

Des yeux marron. Des cheveux un peu plus foncés.

Des lunettes et un visage ronds.

L'air timide.

Je l'ai trouvée magnifique.

Mais j'ai refusé de penser quoi que ce soit de plus.

Je ne connaissais même pas son nom.

J'ai essayé de me convaincre que ce n'était qu'une camarade de classe.

J'ai essayé de lui trouver des défauts.

Ses retards quotidiens, face à mes arrivées en premier.

Ses fautes d'orthographe, face aux reproches qu'on me faisait pour trop bien écrire sur les réseaux.

Sa beauté, face à moi.

Rien n'y faisait. Tout me paraissait insignifiant.

On avait le même caractère. Les mêmes loisirs. Les mêmes projets.

Elle habitait mes rêves.

Mais je n'ai jamais fait le premier pas.

Aujourd'hui, ce n'est plus un pas. C'est un signe de la main.

Quelques heures se sont écoulées.

Plusieurs personnes sont passées sur le petit chemin.

Certaines m'ont dit bonjour.

Je n'ai pas répondu. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon jour.

Il ne devrait plus rester très longtemps.

Je ferme les yeux.

J'écoute.

J'entends le vent. Les oiseaux. Les feuilles. L'eau. Un bruit de pas pressé qui se rapproche. Vite.

J'ouvre les yeux. Une ombre grandit dans les derniers rayons du soleil.

Elle est là.


Texte publié par Onyx, 4 novembre 2026 à 23h24
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