— Ma chère, ce n’est pas ainsi débraillée que vous allez vous mettre en valeur.
Anaïs fixa son reflet, le visage impassible. Elle aurait dû se douter que ça finirait de cette façon avec les antécédents de sa famille. L’image dans la glace lui renvoyait une moue hautaine, le regard parcourant sa silhouette avec un dédain manifeste.
Alors oui, sa tenue n’était pas des plus habillées, mais pour bosser dans l’atelier, son vieux jogging défraîchi et abîmé faisait très bien l’affaire. Le confort, c’était important, surtout quand on passait la moitié du temps à quatre pattes par terre à enchanter et assembler des pièces de machine, parties de meubles, ou autres.
— Et cette coiffure, mon Dieu ! On dirait une souillon !
— Je t’emmerde, marmonna Anaïs en récupérant ses notes.
Les effets secondaires étaient attendus à cause de la malédiction, mais elle avait pensé pouvoir les limiter ou les contraindre en une forme spécifique. Si les commentaires étaient l’objectif en soi, la personnalité de vieille matrone de la bourgeoisie du siècle dernier ne l’était pas.
Anaïs relut avec attention ses notes, ignorant les remarques désobligeantes du miroir avec plus ou moins de succès, pour trouver à quels endroits il y avait eu des ratés. Le cadre en bois pouvait être exclu, étant l’une des rares matières à ne produire quasiment aucun effet secondaire. Non, le problème venait vraisemblablement de la glace. Le verre était déjà de base un matériau difficile à manipuler par magie, alors y injecter un ensemble de sorts de type mental ne faisait qu’augmenter la complexité.
Après vingt bonnes minutes à chercher sans succès un début de piste sous les paroles de l’artefact, elle jeta l’éponge pour aujourd’hui. Sa tête pédalait dans la semoule, sans parler du fait qu’elle était cloîtrée dans l’atelier depuis le matin.
— Votre surpoids joue également en votre défaveur. Une bonne souplesse est importante dans la chambre à coucher, vous savez ?
Le regard assassin, Anaïs, dans un geste exaspéré et puéril, remonta brusquement son haut pour dévoiler sa poitrine nue au miroir. Le reflet poussa un hurlement d’effroi scandalisé, tandis qu’elle rabaissait le tissu en sortant de la pièce d’un pas rageur.
Par moment, Anaïs était vraiment tentée d’épouser un Valdefer pour mettre fin à cette malédiction qui leur pourrissait la vie. Puis elle se rappelait qu’elle avait bien trop de dignité pour ça.
Un mal pour un bien, sans doute.

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