Assis sur le pourtour de la fenêtre, Lyssandre observait la pluie tomber. Elle était légère, dansant au gré du vent. Les nuages s’éclaircissaient, annonçant la fin de l’averse.
Il prit une profonde respiration, l’humidité pénétrant dans ses poumons pour y déposer sa fraîcheur, avant d’être expirée. Les premières notes du petrichor commençaient à se faire sentir, et l’esprit de Lyssandre se mit à voguer loin de sa chambre.
À voguer vers sa rentrée au collège, où sa vie avait basculé.
En tant qu’elfe, la nature était au cœur de sa culture et de son éducation, lui donnant un regard de plus en plus désabusé envers les humains en grandissant. Ils ne respectaient rien, et encore moins la nature. Les autres races étaient à peine mieux lotis. Alors rencontrer un·e humain·e portant cette odeur si caractéristique l’avait ébranlé. Les humains n’ont pas d’odeur pour les non garou, même quand ils étaient des sorciers.
Sauf que Matthias en avait une.
Une odeur de petrichor qui englobait les sens de Lyssandre, le tentant à chaque seconde de s’enrouler autour d’iel pour ne plus jamais lea lâcher.
— Quelle joie ! s’était exclamée sa famille, ravie, lorsqu’il les a mis au courant de cet étrange phénomène. L’Harmonium ! Tu as trouvé le tien !
Lyssandre n’avait pas apprécié, croyant jusqu’à présent que cela ne concernait que les elfes. Il avait rejeté cette connexion, refusant de matcher, comme disaient les anglophones, avec un·e humain·e. Hors de question !
Fort de sa décision, et sachant que les gens n’avaient pas un seul et unique Harmonium dans leur vie, il avait pris ses distances avec Matthias avant même de le connaître. Le problème, c’était qu’ils se trouvaient dans la même classe et qu’il était difficile pour Lyssandre d’ignorer cette odeur entêtante. L’éveil de ses hormones, plus tard, n’avait franchement pas aidé.
Aujourd’hui, il se traitait d’imbécile d’avoir nier le cadeau de Dame Nature, surtout quand Matthias la représentait si bien.
Aujourd’hui, il ne voyait personne d’autre pour être son Harmonium.
Aujourd’hui, ils étaient meilleurs amis et Lyssandre s’en contenterait, même s’il désirait plus, car il ne voulait pas perdre ce lien, perdre cette odeur qui l’enveloppait dans une douceur piquante.
La pluie s’était arrêtée, le petrichor remplissant pleinement ses narines avec un bonheur presque douloureux, causé de l’absence de Matthias.
Lyssandre survivrait à ce vide, il refusait de faire moins que cela.

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