Le 2 mai 1998, 5h10.
À genoux, le visage tuméfié, Harry venait de mettre fin à la bataille. Dans la Grande Salle, les défenseurs scandaient son nom haut et fort.
Tout n’était que chaos. Les tables, jadis couvertes de mets délicieux, avaient été renversées. Certaines bannières de Poudlard pendaient en lambeaux au-dessus des survivants, tandis que des volutes de fumée s’élevaient encore çà et là. Les murs portaient encore les traces des sortilèges qui les avaient frappés, noircis par les flammes et creusés par les explosions.
— Harry ! Par la barbe de Merlin, tu as réussi !
— Ronald Weasley, veux-tu bien le lâcher tout de suite ? Tu vas l’étouffer…
— Oh… Pardon…
Hermione fusilla son ami du regard. Tant d’émotions se bousculaient en elle : la joie, la tristesse, la douleur d’avoir cru le perdre. Voldemort lui-même avait annoncé sa mort. Elle avait tenu jusque-là, refusant de laisser ses émotions prendre le dessus. Puis les dernières barrières cédèrent.
— Mais pas si fort, Hermione. Tu vas finir par le tuer pour de vrai…
Trois silhouettes se détachèrent de la foule qui commençait à se rassembler. L’épuisement se lisait sur leurs visages. Pourtant, rien au monde n’aurait pu les empêcher de venir jusqu’à lui.
— Potter.
McGonagall s’arrêta devant lui. Sa robe noire, autrefois impeccable, était couverte de poussière et légèrement déchirée au niveau de la manche.
— Professeur ?
Elle posa une main sur sa joue meurtrie.
— Vous avez une mine épouvantable.
Harry sourit.
— Je vais bien.
— Je n’en doute pas. Vous avez toujours eu un talent remarquable pour vous attirer des ennuis et survivre malgré tout.
Sa voix se brisa légèrement.
— Mais ne recommencez jamais cela.
Harry comprit alors que ce n’était pas une réprimande.
— Oui professeur ! J’ai eu de la chance.
— De la chance dites-vous ? questionna Slughorn. C’est nous qui avons eu la chance de vous avoir mon cher Harry.
Kingsley posa un genou au sol et plaqua sa main sur l’épaule du jeune homme.
— À vous seul, vous venez de mettre un terme à cette folie.
— Merci monsieur Shacklebolt, mais… Je n’étais pas seul, vous étiez tous là.
Soudain, un mouvement de panique s’empara de la cohue. Quelqu’un tentait de forcer le passage.
— Poussez-vous, je vous dis ! Où est-il ? Mais écartez-vous, bon sang !
— Ici, Hagrid ! Il est là ! s’écria Molly en montrant Harry du doigt, tandis qu’Arthur l’imitait.
Derrière le demi-géant apparurent des visages très familiers. Bill, Fleur et Percy coururent rejoindre les parents Weasley. Avec un léger temps de retard, Ginny finit de gravir un morceau du toit effondré.
Son regard trouva Harry.
Instantanément, son visage changea. L’épuisement disparut, remplacé par quelque chose de plus profond. Quelque chose qu’elle n’avait plus éprouvé depuis qu’elle avait cru l’avoir perdu.
Harry voulut la rejoindre. D’un pas tremblant, il tenta d’avancer. À cet instant précis, une étrange sensation le traversa. L’espace d’un clignement d’œil, quelque chose lui passa à travers. Une infime odeur de citron lui effleura les narines. Rien de douloureux. Pourtant, ses jambes se dérobèrent sous lui.
— Ça va, Potter ? demanda Neville, rejoint par Seamus Finnigan et Dean Thomas.
Épuisé par son périple, Harry trouva pourtant la force de marcher seul vers celle qui faisait battre son cœur. Tous s’écartèrent sur son passage, se contentant d’une tape sur l’épaule, d’un sourire ou d’un regard chargé de fierté.
Ils n’eurent pas besoin de mots. Ginny se jeta dans ses bras et Harry la serra contre lui, comme s’il craignait encore de la perdre. Leurs lèvres se trouvèrent dans un baiser tremblant.
Elle baissa les yeux. Ses doigts se crispèrent dans la veste de Harry.
— Fred est…
Harry baissa les yeux.
— Oui.
Ginny ferma les yeux.
— Tu étais là ?
Harry hocha la tête.
— George aussi ?
— Oui.
Elle détourna le visage.
— Alors ne me raconte rien.
Harry la serra un peu plus fort.
— D’accord.
Des larmes roulèrent silencieusement sur ses joues.
Ils restèrent ainsi quelques minutes encore, avant de se résoudre à se séparer. Ginny souhaitait retrouver les siens, au complet. Visiblement, George manquait encore à l’appel. Harry, quant à lui, estimait avoir mérité quelques heures de repos.
Accompagné d’Hermione et de Ron, le jeune sorcier déambula dans les couloirs pour rejoindre le dortoir des Gryffondor. Dans ce dédale assombri par la bataille, ils croisèrent quelques professeurs et des survivants qui prodiguaient les premiers soins. Les enseignants les saluèrent avec respect avant de retourner à leurs occupations.
Juste devant eux, Nick Quasi-Sans-Tête traversa un mur. Il observa le trio avant de leur adresser une légère révérence.
— Madame Pomfresh… Encore un corps… Derrière ce mur…
La tristesse se lisait sur tous les visages. Personne n’osait répondre. Depuis leur arrivée, les victimes s’accumulaient dans les couloirs du château.
— Il me reste une dernière chose à régler. Je vous dois la vérité.
— Harry ? Que se passe-t-il ? s’inquiéta son amie.
— Pas ici, je dois d’abord aller parler avec le portrait du professeur Dumbledore.
Ron s’apprêta à demander pourquoi, mais un simple regard d’Hermione l’en dissuada. Il préféra dépoussiérer sa veste à rayures bordeaux et grises, couverte de sang et de cendre.
Habillés comme des Moldus, les vêtements déchirés et salis, ils arrivèrent devant le bureau du directeur. Tous trois furent surpris de constater que le mot de passe n’avait pas changé.
— Citron sorbet.
L’escalier en colimaçon s’anima, déployant une à une les marches devant eux. Les ailes du griffon pivotèrent dans un bruissement métallique et libérèrent le passage.
Nommé directeur au début de l’année, Rogue n’avait visiblement rien changé au bureau de Dumbledore. Les affaires d’Albus occupaient encore leurs emplacements habituels. Même le perchoir de Fumseck demeurait intact, abandonné depuis que le phénix avait repris sa liberté après la mort de son maître.
Les portraits récalcitrants à son autorité avaient été relégués au fond d’un placard. Même après sa mort, Rogue semblait avoir laissé derrière lui quelques rancœurs.
Lorsque Harry ouvrit la porte, une cacophonie éclata. Certains portraits juraient, d’autres proféraient des menaces qu’ils semblaient attendre depuis des mois. De nombreux cadres s’entassaient dans cet espace exigu. Il fallut plusieurs minutes pour tous les extraire et retrouver le bon.
— Bonjour, professeur Albus Dumbledore.
— Bonjour, Harry. Je suis heureux de te revoir en vie.
— Vous le saviez, hein !? Vous l’avez toujours su.
Dumbledore baissa les yeux.
— Je savais certaines choses.
— Lesquelles ?
— Suffisamment pour avoir peur.
Harry resta silencieux.
— Alors vous saviez que j'allais survivre ?
— Non.
La réponse fut si rapide que Harry en resta déconcerté.
— Alors pourquoi vous souriez ?
Dumbledore leva les yeux vers lui.
— Parce que, Harry, je savais que tu avais enfin appris à écrire ta propre histoire.
— Professeur… Que… Que vous arrive-t-il ?
Le portrait porta lentement les mains à son visage avant de fondre en larmes.
— Avoir passé du temps avec chacun d’entre vous me rend extrêmement heureux et chanceux. Vous aussi, monsieur Weasley.
Ron, qui écoutait d’une oreille distraite, vagabondait dans le bureau. Son regard s’arrêta sur une petite fiole posée sur un présentoir. Le rouquin la saisit et commença à déchiffrer l’étiquette.
— Ron, pose ça tout de suite !
— Pourquoi ?
— Parce que c'est le bureau de Dumbledore !
— Justement. Il ne va pas venir se plaindre.
Hermione lui lança un regard noir.
— C'est précisément ce qui m'inquiète. Avec toi, je ne serais même pas surprise qu'il le fasse.
Ron observa la fiole.
— Il y a écrit « Merci ».
— Ron...
— Je regarde seulement.
— C'est exactement ce que tu dis avant de faire quelque chose d'idiot.
— Je ne fais rien de mal… Le bureau n’appartient plus à personne, à présent.
— Severus n’est plus ? Quelle tristesse… Cet homme a tant fait pour le monde des sorciers, sans que personne ne le sache. Il vous aimait, Harry. À sa façon, certes, mais il vous aimait.
— Professeur, j’aimerais vous poser une question. Savez-vous s’il est possible de réparer ma baguette ? Hermione a bien tenté de le faire, sans y parvenir.
— La baguette de Sureau ne te convient pas ?
— Elle m’obéit.
— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.
Harry regarda la baguette.
— Non. Ce n’est pas la mienne.
Un sourire discret apparut sur les lèvres du portrait.
— Non, Harry. Elle ne l’est pas. Et c’est précisément pour cela que ta réponse me plaît.
— Vous ne cherchez pas à me convaincre de la garder ?
— Après ce que tu viens de dire ? Ce serait bien mal te connaître.
— Beaucoup auraient été tentés de la garder, Harry. Surtout après avoir découvert ce dont elle est capable.
— Je ne veux pas devenir quelqu’un qui la désire simplement parce qu’elle est puissante.
— Voilà une réponse que ton ancien professeur aurait aimé entendre.
— Pourquoi ?
— Parce que le pouvoir n’a jamais été ton problème, Harry.
Dumbledore marqua une pause.
— C’est ce que tu en fais qui l’a toujours été.
Du bout des lèvres, Hermione murmura le sort qu’il devait utiliser, accompagnant ses paroles d’un léger mouvement du poignet.
Harry sortit les morceaux de sa baguette. Il les disposa au sol avant de pointer l’autre baguette vers eux.
— Réparo !
Chaque partie se mit à bouger. Telles des pièces d’un mécanisme invisible, elles glissèrent les unes vers les autres avant de s’emboîter avec précision.
Sous l’effet du sortilège, le bois de houx et la plume de phénix s’harmonisèrent à nouveau.
— Elle pourrait t’aider.
— Vous dites ça comme si vous me proposiez une arme.
Dumbledore sourit tristement.
— Parce que c’en est une.
— Elle fait partie des légendaires Reliques de la Mort.
— Encore exact, monsieur Weasley. D’ailleurs, si je ne m’abuse, vous les avez toutes en votre possession.
Harry sourit.
— Non, professeur, ce n’est plus le cas. La pierre de Résurrection est tombée au sol après mon réveil. La dernière fois que je l’ai vue, elle se trouvait près de quelques feuilles et d’herbes hautes, sûrement piétinées par la bataille dans la Forêt interdite.
— Tu as peut-être raison, après tout. Il est très difficile de trouver quelque chose qui se trouve sous nos yeux.
— Et la Baguette de Sureau ?
Hermione regarda Harry avec inquiétude.
— Elle ne peut pas rester quelque part où n’importe qui pourrait la retrouver.
— Gringotts ?
— Peut-être.
Elle hésita.
— Mais même là… Si quelqu’un découvre ce qu’elle est, nous aurons simplement déplacé le problème.
Ron soupira.
— Hermione, on vient de sauver le monde. Est-ce qu’on peut attendre demain avant de sauver la baguette aussi ?
— J’ai bien mieux ! Je garde la cape d’invisibilité. Elle m’a été offerte par vous, au nom de mon père, à mon premier Noël ici. Quant à la Baguette de Sureau, celle-ci reposera avec vous pour l’éternité.
Harry contempla la relique.
— À ma mort, je veux qu’elle disparaisse avec moi.
Ron fronça les sourcils.
— Tu veux dire… personne ne saura où elle est ?
— Personne.
Hermione comprit avant lui.
— Tu veux mettre fin à la lignée des maîtres de la Mort.
Harry hocha la tête.
— J’emporterai ce secret dans ma tombe !
Six heures trente sonnèrent sur la montre à gousset en or. Malgré l’heure matinale, la fatigue accablait Harry. Le contrecoup de la guerre commençait à peser sur ses épaules.
— Une dernière chose, professeur. Merci pour tout.
Derrière lui, Hermione et Ron posèrent chacun une main sur l’épaule de leur camarade.
— Tes parents seraient fiers de toi.
Les trois compagnons quittèrent le bureau, le cœur lourd. Ils venaient de faire leurs adieux à un directeur, à un professeur et, surtout, à un véritable ami.
Dans ce dédale de couloirs et d’escaliers, le trio croisa à plusieurs reprises des élèves désireux de prendre Harry dans leurs bras. Avancer devenait de plus en plus difficile.
Ce fut Luna Lovegood qui leur vint en aide. Elle improvisa une diversion qui leur permit de s’éloigner de la foule et de retrouver un peu de tranquillité.
— Oh, regardez ! Un Ronflak Cornu !
Toutes les têtes se tournèrent vers ce que Luna désignait. Profitant de cette seconde d’inattention, Harry enfila sa Cape d’Invisibilité et s’éclipsa discrètement.
Devant la gardienne de Gryffondor, Hermione, Ron et Harry attendirent que la Grosse Dame regagne son tableau. Elle les salua d’une révérence avant de leur ouvrir le passage, sans même demander le mot de passe.
— Harry, on se retrouve dans la salle commune à midi ?
— Attends, Hermione, je te suis au cas où !
— Non, reste avec lui pour le surveiller, au cas où ! ricana la sorcière avant de disparaître dans son dortoir.
— Elle n’a pas de cœur, cette fille-là…
— Allez, viens, mon chevalier !
En retrouvant son dortoir, Harry eut un pincement au cœur. Tant d’années s’étaient écoulées entre ces murs, et les souvenirs l’assaillirent. À bout de forces, il ne remarqua même pas le plateau-repas posé sur sa table de chevet.
Ron observa son ami et se mit à rire en silence. Son compagnon de toujours venait de s’endormir, lunettes toujours sur le nez, les bras en croix et les vêtements de Moldu réduits à des lambeaux.
— Il a fière allure, notre héros ! pouffa-t-il.
11 h 17.
La porte en bois de la tour de Gryffondor s’ouvrit lentement dans un grincement. Une tête mal peignée apparut dans l’entrebâillement. Le front ensanglanté de Neville témoignait encore de la violence des dernières heures.
— Arrêtez de pousser, bon sang ! Vous voyez bien qu’ils dorment !
— Pousse-toi, Neville, je vois rien… bougonna Seamus.
— C’est Harry que j’entends ronfler ?
— Tais-toi, Dean ! Je savais que j’aurais dû y aller seul.
Londubat hésita quelques instants. Ce qu’il avait à annoncer à Ron et Harry le tétanisait. Pourtant, il devait le faire.
Un corps manquait à l’appel.
Neville se racla la gorge pour signaler sa présence.
Les secondes défilèrent sans réponse. Il recommença, plus bruyamment cette fois. Le bruit ne sembla nullement déranger Harry, qui dormait paisiblement.
— Arrête ton boucan, Neville. Qu’est-ce que tu veux ?
Un silence s’installa. Les ronflements reprirent.
— Accouche !
Neville inspira profondément.
— C’est Rogue… Il a disparu !
— Il est mort, je sais. Tu es venu juste pour me dire ça ? Sérieux ?
— Oui, il est mort, mais… son corps a disparu.
— Comment ça, disparu ? C’est impossible !
Seamus s’avança à son tour et parla à voix basse.
— Des élèves de Poufsouffle ont aperçu son corps dans la Cabane hurlante. Ils sont allés prévenir McGonagall.
Encore engourdi par le sommeil, Ron se redressa dans son lit et se frotta les yeux.
— Quand les professeurs s’y sont rendus, il ne restait qu’une flaque de sang. Rien d’autre… Pas même sa baguette.
Neville s’approcha de Ron et posa une main sur son épaule. Il se pencha vers lui et murmura :
— Tes parents t’attendent… Ils… veulent dire au revoir à Fred… En famille.
Ron redoutait ce moment depuis des heures. Il avait prétexté une fatigue intense pour y échapper. En vain.
— Merci, Neville… Heu… Je m’occupe de réveiller Harry. Charge-toi d’Hermione, s’il te plaît.
— Déjà fait ! souffla Dean. Elle vous attend en bas.
11 h 32.
Hermione se demandait encore et toujours comment Ron et Harry pouvaient manger dans des moments pareils. L’un dévorait une gaufre dégoulinante de sirop. L’autre tenait entre ses mains une saucisse et un croissant.
Ils avaient troqué leurs vêtements de Moldus contre leurs robes de sorcier, même si celles-ci portaient encore les traces de la bataille.
Ensemble, ils parcouraient les couloirs de Poudlard. Dean leur expliqua que tous les corps avaient été réunis dans la Grande Salle. Une cinquantaine de dépouilles y avaient été regroupées.
McGonagall, en accord avec le Magistère, prévenait les familles des défunts. Pendant ce temps, les elfes de maison et quelques volontaires nettoyaient la salle.
— Z’ai un truc à fous dire… Ze…
— Mais tu peux avaler avant de parler, Ron ? On ne comprend rien !
Sous l’air hilare de Harry et le regard réprobateur d’Hermione, Ron s’indigna.
— Te marre pas, Harry. C’est pas drôle…
— J’arrête, promis ! Qu’est-ce que tu voulais nous dire ?
Ron baissa les yeux.
— Fred… Je dois y aller… J’ai peur… Je ne sais pas quoi dire…
— Puis-je venir avec Ronald, s’il te plaît ? souffla Hermione en glissant sa main dans la sienne.
— Je viens aussi. Ginny doit être là… On ne vous laissera pas tout seuls.
Avant de franchir l’imposante porte menant à la Grande Salle, l’ambiance changea. L’air semblait plus lourd, chargé d’une tristesse que personne n’osait troubler. Les conversations s’étaient tues ; seuls les pleurs des familles endeuillées résonnaient derrière les immenses portes.
Ron posa la main sur la poignée, puis hésita. Son corps refusa d’avancer. Seule la caresse d’Hermione sur son bras lui donna la force de franchir le seuil.
Lorsque les battants s’ouvrirent, leurs cœurs se serrèrent. De chaque côté de la salle, des corps recouverts de draps blancs reposaient en silence. De petits paravents offraient aux familles un semblant d’intimité pour se recueillir.
Hermione aperçut Molly Weasley, qui serrait sa fille dans ses bras. Elles s’étaient réfugiées dans une alcôve éphémère. Mr Weasley pleurait à chaudes larmes en tenant la main de son fils défunt.
— Ron, ta famille est…
Sa phrase mourut lorsqu’elle comprit que les yeux de son ami ne parvenaient plus à retenir ses larmes. La jeune sorcière glissa délicatement une main dans son dos et l’accompagna jusqu’aux siens.
Harry brûlait d’envie de serrer Ginny contre lui. De la soutenir comme Hermione le faisait avec son frère. Pourtant, il resta en retrait, à quelques pas derrière.
Percy et Bill vinrent à la rencontre de Ron et d’Hermione. Les yeux rougis, le visage pâle, ils étreignirent leur frère cadet. Fleur, tout comme Harry, se tenait légèrement à l’écart.
George, jusqu’alors dissimulé par le paravent, apparut enfin. Sa robe était encore marquée par la bataille et son visage couvert de cendre. Il s’approcha de son frère, les yeux noyés de larmes.
— Pourquoi tu es parti ? Je fais comment sans toi ? Réveille-toi, Fred ! Réveille-toi…
Arthur força son fils à s’éloigner du corps de son jumeau. Retenu contre lui, George se laissa entraîner jusqu’à sa mère. D’un simple regard, Arthur invita les siens à se rapprocher. Les uns contre les autres, ils entourèrent le jeune homme.
Harry resta quelques secondes en retrait. Son regard croisa celui de Ginny, noyé dans les larmes. Il fit un pas vers elle, puis s’arrêta, comme s’il hésitait encore à franchir cette frontière invisible.
Molly tendit alors une main vers lui.
— Fleur, Hermione, Harry… venez aussi. Vous êtes de la famille.
Le moment fut solennel. Unis dans la tristesse, ils se serrèrent les uns contre les autres, puisant dans cette étreinte la force d’affronter ces heures sombres.
Personne ne remarqua ce qui venait de se produire. Pourtant, une voix familière brisa le silence pesant.
— Je m’absente cinq minutes et vous devenez tous sentimentaux ?

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