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tome 1, Prologue « ~ Un souvenir oublié ~ » tome 1, Prologue

Le 30 juin 1997,

Albus Dumbledore se tenait devant son miroir. Ses doigts noircis se perdirent dans sa longue barbe blanche tandis qu’il observait son reflet vieillissant. Puis il plongea la main dans le bol et saisit par la queue un Malice Réglisse qui se tortillait parmi les autres confiseries.

Il la porta à ses lèvres. Le goût de réglisse lui arracha un sourire. Tant de souvenirs semblaient tenir dans cette saveur familière.

La douleur dans sa main le ramena brusquement au présent. Le directeur baissa les yeux vers ses doigts nécrosés. Il savait que le temps lui était compté.

Mais il lui restait encore un dernier cadeau à offrir au monde des sorciers.

Albus s’éclaircit la voix en raclant sa gorge à deux reprises. Le signal suffit. Dans leurs cadres respectifs, les anciens maîtres de Poudlard apparurent les uns après les autres, certains encore endormis, d’autres déjà intrigués par cet appel inhabituel.

— Mes chers amis, merci d’être présents.

Dumbledore les contempla tour à tour. Malgré les siècles qui les séparaient, il éprouvait pour chacun d’eux une profonde considération.

— Ce que je m’apprête à faire, nul ne doit le voir.

Dilys Derwent, ancienne guérisseuse de Sainte-Mangouste, s’avança dans son tableau.

— Est-ce en rapport avec vos doigts ?

Le sourire du directeur s’effaça.

— Je crois que oui.

— Albus…

— Ne prenez pas cet air-là, Dilys.

— Quel air ?

— Celui que vous aviez lorsque vous annonciez à un patient qu’il ne lui restait que quelques jours.

La guérisseuse resta silencieuse.

— Alors c’est bien cela, souffla-t-elle.

— Qu’allez-vous faire, alors ? hasarda Phineas Nigellus Black.

Dumbledore lui adressa un sourire.

— Ma modeste contribution.

— Ce n’est pas une réponse.

— C’est pourtant celle que je suis en mesure de donner.

Phineas plissa les yeux.

— Mes amis, faisons-lui confiance : il n’a jamais failli à sa mission. Combien de temps devons-nous vous accorder ?

— Maître Everard, toujours aussi direct. Votre sollicitude me touche. Une heure devrait suffire !

Les anciens directeurs quittèrent leurs tableaux, certains en jurant, d’autres adressant à leur successeur un dernier regard chargé de compassion. Lorsque le dernier cadre retrouva son silence, la pièce parut soudain plus petite, plus froide.

Albus sortit sa baguette et griffonna l’air. Une série de cliquetis vint briser le silence. La serrure de la porte s’illumina un instant avant de s’éteindre. Les rideaux des fenêtres se refermèrent avec légèreté, plongeant le bureau dans une pénombre presque intime. Seules les odeurs de citron et de vieux livres flottaient encore.

Les minutes s’égrènèrent. Lentes. Inéluctables.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, Dumbledore gisait au sol, livide et couvert de sueur. Sa longue robe de sorcier aux reflets argentés semblait avoir été déchirée en de multiples endroits. D’une main mal assurée, il s’agrippa au coin de son bureau aux ornements mouvants.

Tous ses précieux documents voltigeaient autour de lui tels des hiboux affolés. Le lustre oscillait avec frénésie, tandis que les bougies s’amusaient à changer de couleur. Dans l’air, la magie vibrait encore, si dense qu’il aurait presque pu la toucher.

Peinant à reprendre son souffle, le directeur posa une main sur son cœur. Le contact fut plus douloureux qu’il ne l’avait prévu. Il écarta deux lambeaux de sa tenue préférée et s’avança jusqu’à son miroir. Des zébrures noirâtres marquaient sa poitrine blafarde.

Albus esquissa un sourire gêné. Il retroussa ses manches afin de mesurer l’étendue des dégâts. Presque aucune partie de son corps n’avait été épargnée.

— Il paraît que les zèbres ont très bon caractère ! annonça-t-il en toussant.

Après s’être changé, le directeur leva la main. Dans un ballet parfaitement orchestré, livres, feuilles, instruments et le perchoir de Fumseck retrouvèrent leur emplacement habituel.

Plongé dans ses préparatifs depuis des jours, il n’avait pas remarqué l’absence de son ami. Le phénix quittait rarement le bureau de son maître.

Devant sa Pensine, Dumbledore mit de l’ordre dans ses pensées. Une fine traînée argentée quitta sa tempe et se suspendit au bout de sa baguette. Satisfait, il prit un flacon sur son étagère personnelle et y glissa le fragment de sa mémoire.

Albus expira lentement, puis souffla sur le verre. Deux mots apparurent, comme apportés par le vent.

MERCI HARRY.

Le directeur replaça le flacon parmi les autres, puis le fit pivoter d’un quart de tour. Quelle meilleure façon de cacher un trésor que de le laisser à la vue de tous ?

— Albus, ouvre-moi ! résonna une voix feutrée.

Sans un mot, Dumbledore ouvrit une armoire plongée dans la pénombre, dissimulée derrière une pile de livres. Un portrait de lui-même, faisant mine de dormir, trônait fièrement sur un socle. Sur son cadre doré, de petites étoiles dérivaient à leur guise.

— Tu vas semer le chaos !

— Dans un premier temps, oui… J’en suis conscient…

— Ton sort ne pourra pas les re…

— Silence, Harry arrive… Nous partons à la chasse aux Horcruxes !

Le dernier souvenir demeura plusieurs mois dans la pénombre. Tombé dans l’oubli, seule la poussière lui tenait compagnie. Puis, le 2 mai 1998, sans crier gare, il retrouva sa place parmi les autres, l’étiquette tournée vers l’extérieur.

— Avada Kedavra !

Une lumière verdâtre illumina le bureau de Rogue. La haine contenue dans le sort fit trembler les murs, faisant vaciller les flammes des bougies.

Quelque part, non loin de là, un sortilège déchira la nuit.

— Expelliarmus !

Une décharge de magie d’une puissance inouïe libéra une onde de choc. Les deux sortilèges se heurtèrent avec une violence telle que, puisant dans leurs dernières forces, les adversaires semblèrent arrêter le temps lui-même.

Soudain, un silence assourdissant régna en maître. Tout se figea. Les flammes cessèrent de vaciller, les poussières suspendues dans l’air ne retombèrent plus. Même les cris de joie semblèrent se perdre dans une éternité immobile.

Au-delà de la protection qui entourait le château, quelque chose apparut.

Un voile blanchâtre s’éleva dans la nuit. D’abord ténu, imperceptible, il s’étendit lentement avant de glisser vers Poudlard. La brume franchit la barrière magique sans la moindre résistance et se déversa sur les remparts comme une marée silencieuse.

Pendant quelques secondes, le monde demeura prisonnier de cette suspension irréelle. Sans prévenir, le temps s’écoula de nouveau.

La clameur des survivants gronda. Certains pleurèrent, d’autres rirent. Au milieu de cette joie fragile, le voile continua de s’étendre.

— Harry !

— Harry !

— Harry !


Texte publié par ZAODJA, 27 octobre 2026 à 21h29
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