Appuyée au chambranle du petit salon, Philomène contemplait l’adolescent endormi. Il était pelotonné sous une épaisse couverture et le feu ronflait dans la cheminée près de lui. À genoux au pied de la méridienne, une main posée sur son front, Xavier gardait les yeux fermés.
Ses blessures au ventre n’étaient pas très profondes. Ils les avaient désinfectées et bandées. Pourtant, Xavier craignait qu’une infection s’installe. Les griffes des chiens démoniaques pouvaient parfois en transmettre.
Quelques secondes plus tard, Xavier retira sa main et ouvrit les yeux. Quand il rejoignit son assistante, il était plus détendu. Il tira la porte et l’entraina dans le Cabinet de Curiosités. Il se laissa tomber dans le fauteuil de Philomène et se frotta les yeux.
— Pas d’infection ?
— Pas pour l’instant, non.
— Il a pu te parler ?
— Il s’appelle Bastien. Il a dix-sept ans. Il m’a parlé de sa cave, d’une soirée entre potes, de son frère. Il a du mal à être cohérent.
— Tu m’étonnes ! commenta la jeune femme, en posant une fesse sur le bord du bureau.
Xavier soupira et posa sa main sur celle de Philomène.
— Je croyais que le portail du manoir était le seul reliant la Terre aux autres mondes, fit-elle remarquer.
Comme ce genre de phrase lui venait aisément après plus de six mois plongée dans ce monde !
— Reliant l’Europe aux autres mondes, corrigea-t-il. Le seul autorisé, oui. Tous les autres sont désactivés. En tout cas sur le papier. La garnison des Guetteurs est censée y veiller. Bastien a réussi à entrer dans le Pandémonium. Cela n’aurait pas dû se produire. Il a malheureusement croisé l’un des molosses d’Alastor. Si je n’avais pas été là, le pauvre garçon aurait disparu sans laisser de traces.
Philomène frémit.
— Il a eu de la chance.
— On peut dire ça. Il se dirigeait vers notre portail. C’est ce que font instinctivement les humains qui s’égarent là-bas. Et techniquement, les Terriens sont protégés par le traité entre les peuples. Mais cela n’aurait pas arrêté Alastor.
— Tu m’y emmèneras un jour.
Xavier leva les yeux vers elle et fronça les sourcils.
— Ta curiosité te perdra.
Un sourire mutin étira les lèvres de la jeune femme.
— Je ne risque rien avec toi.
Il lâcha une exclamation amusée et serra brièvement ses doigts entre les siens.
— Que fait-on pour Bastien ? reprit-elle.
— Quand il ira mieux, je vais l’interroger. Et ensuite on ira voir pour quelle raison ce portail s’est activé.

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