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tome 1, Chapitre 1 tome 1, Chapitre 1

Bastien avala le fond de son verre. La tête lui tournait et il envisageait de se réfugier dans sa chambre. Léo, avachi sur le canapé face à lui, plaisantait avec ses amis. S’il s’éclipsait, il ne s’en apercevrait surement pas.

Les voix trop fortes et les rires graveleux du groupe lui portaient sur les nerfs. Léo avait insisté pour qu’il se joigne à eux. Il avait accepté de mauvaise grâce, surtout pour éviter la colère de son frère ainé. Mais il se sentait vraiment mal.

Il posa son verre vide sur la table basse et se leva avec lenteur. Un haut-le-cœur le secoua.

— Bastien, l’appela alors son frère.

Il se tourna vers lui. Goguenard, Léo l’examina.

— Puisque tu es debout, descends à la cave et rapporte-nous une bouteille.

Bastien soupira.

— Je vais me coucher, Léo.

— Tu fais comme tu veux. Mais rapporte-nous la bouteille avant, ok.

Ils se fixèrent du regard un long moment. Puis Bastien soupira et se dirigea vers le couloir.

— Ton frère ne tient pas bien l’alcool, commenta Jérôme, un des amis de Léo.

— Mon demi-frère, corrigea celui-ci.

Le cœur de Bastien se serra. Ce groupe de mots était devenu un automatisme dans la bouche de Léo. Il devait le prononcer sans y penser. Mais pour Bastien, c’était un coup de poignard supplémentaire dans son cœur déjà malmené. Son visage se ferma.

Bastien se dirigea d’un pas lent vers la porte menant à la cave et l’ouvrit. Un escalier d’une dizaine de marches s’enfonçait dans les profondeurs du sous-sol. Il appuya sur l’interrupteur. La lumière inonda la pièce et il avança, la main posée sur la rambarde de l’escalier.

Soudain, alors qu’il était à la moitié de la descente, il sombra dans le noir. Des rires assourdis retentirent et la porte claqua. Surpris, il s’immobilisa. Une vague d’irritation le traversa.

— Léo ! cria-t-il

Aucune réponse ne lui vint. Il lâcha un juron. Il prit son portable dans sa poche et activa la lampe torche. Une bulle de lumière se forma autour de lui, effaçant l’obscurité sur à peine un mètre.

— Cinq marches, murmura-t-il.

Une fois en bas, il pourrait rallumer la lumière. Il reprit sa descente, comptant les marches à voix basse. Le temps parut s’étirer et l’escalier paraissait infini. Il eut l’impression que la maison autour de lui avait disparu, qu’il ne restait plus que l’escalier dans un vide de ténèbres.

— 3… 4… 5

Une partie de son esprit lui fit remarquer qu’il aurait dû atteindre le sous-sol. Pourtant, dans un état de semi-conscience, il continuait à descendre.

Une nappe de lumière scintillante apparut devant lui. On aurait dit une étendue de métal liquide qui ondoyait.

— Je dois aller à la cave pour rapporter une bouteille d’alcool, murmura-t-il d’une voix atone.

Il traversa l’étrange substance. Un froid puissant remonta le long de ses nerfs. Son cœur manqua un battement ; sa poitrine se serra. Le désir de faire demi-tour s’empara de lui, mais il ne contrôlait plus ses muscles. Il fit encore deux pas et quitta l’atmosphère glaciale.

Tout à coup, une lumière parme lui brula les yeux. Il grimaça et crispa les paupières. Une brise effleurait la peau de ses bras. Tétanisé, serrant son portable si fort dans sa main qu’il commençait à avoir mal, il ouvrit lentement les yeux.

Le spectacle qu’il découvrit provoqua un vertige si puissant qu’il tomba à genoux. Ses mains s’éraflèrent sur le sol de pierre. Le souffle court, les yeux écarquillés, il scruta le paysage.

Il n’était pas dans sa cave. Il était … Il ne savait pas où il était. Il se tenait sur une plateforme de pierre et tout autour n’existait qu’un immense vide. Pas de murs, pas d’étagères. Pas de soleil, de nuages ni de ciel, pas d’étoiles. Un néant violet et noir, traversé par des éclairs lumineux à intervalles réguliers.

Un cri puissant retentit. Il leva les yeux et se recroquevilla lorsqu’une créature ailée titanesque traversa le ciel au-dessus de lui, en laissant une trainée de flammes, et disparut dans le lointain.

— Où… ? balbutia-t-il, en tremblant.

Devant lui, des marches descendaient. Il écarquilla les yeux quand il découvrit de multiples escaliers, passerelles et rampes qui s’enchevêtraient, tel un labyrinthe suspendu dans le vide.

Bastien se prit la tête entre les mains.

— Je dois être en train de rêver ! ça ne peut être que ça !

Il se frappa les tempes de ses poings serrés. Mais, rien ne changea autour de lui. Il regarda son portable, totalement éteint. Il essaya de le rallumer, sans succès. Puis, il se retourna et contempla ce qu’il avait sans doute traversé : une arche de pierre noire, gravée de symboles qu’il n’avait vus que dans les romans de fantasy dont il raffolait.

— Je suis passé à travers un foutu portail ? lâcha-t-il, incrédule. C’est dingue !

Des frissons incontrôlables se répandirent dans tout son corps. Il serra sa poitrine entre ses bras et se recroquevilla sur lui-même. Son cœur battait si vite qu’il avait mal à la poitrine. Il crispa les paupières.

— Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que…, répéta-t-il, comme un mantra entre ses dents serrées.


Texte publié par Feydra, 24 octobre 2026 à 16h18
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