#OCTOberOctoquill Sous la cendre - A cœur ouvert
Note : ce récit peut se lire seul. Il fait référence à un épisode de la formation du protagoniste Xavier Wolfsong, pendant son adolescence.
À genoux, l’adolescent toussait, le poing crispé contre sa poitrine douloureuse. À travers le brouillard causé par les larmes et la fumée noire et suffocante, il scrutait le laboratoire. Où était son maitre ? Que s’était-il passé ? Une migraine lancinante taraudait son cerveau. Il essaya de se lever pour sortir de là, mais ses muscles refusaient de lui obéir.
— Xavier !
Des bras l’entourèrent et le tirèrent en arrière, dans le couloir. L’air frais s’engouffra dans ses poumons. Il se plia en deux, toussant à s’en faire mal, comme si son corps crachait les particules qu’il avait respirées. L’aura de son tuteur l’enveloppa et la pression sur sa poitrine s’affaiblit. Il leva les yeux et rencontra son regard inquiet.
— Attends-moi là, lui ordonna-t-il.
Raphaël se redressa et entra dans le laboratoire. La magie qu’il relâcha créa des picotements sur la peau de son élève. La fenêtre s’ouvrit et une brise puissante balaya la fumée vers l’extérieur.
Xavier reprit le contrôle de sa respiration et essuya ses yeux brulants. Il s’appuya sur le mur pour se remettre sur ses pieds et examina le laboratoire. Le brasier qui avait englouti sa création avait laissé des traces de suie sur les murs. Un établi avait été détruit et des fioles avaient explosé. Du golem qu’il avait créé ne subsistait qu’un tas de cendres. Pourtant, il avait réussi à contenir le plus gros des flammes à une zone limitée, sauvegardant les outils et matériaux précieux rangés dans le reste de la pièce.
Raphaël se tourna vers lui. Xavier avala sa salive et retint son instinct de se recroqueviller. Il baissa les yeux.
— Je suis désolé, souffla-t-il, d’une voix rauque.
Les poings serrés, il se prépara à subir sa punition. Il n’aurait jamais dû écouter Scyan. Il était si désespéré d’avoir son amitié qu’il s’était laissé manipuler. Il méritait d’être puni pour sa naïveté. Il sursauta quand la main de Raphaël se posa sur son épaule.
— C’est Scyan, n’est-ce pas ?
Xavier secoua la tête.
— Scyan n’a rien à y voir. C’est moi qui étais trop impatient et sûr de moi.
Raphaël soupira. Xavier lut le désappointement sur son visage aux traits tirés et son cœur se serra. Cependant, il resta droit et ferme, malgré l’épuisement qui menaçait de le faire sombrer. Son maitre lui offrit un sourire.
— Je n’aurais pas dû lui confier ton apprentissage.
— Ce n’est pas de sa faute !
— Non. C’est de la mienne. Il n’était pas prêt pour cette responsabilité.
— C’est moi qui…
— Tu as fait preuve d’imprudence, en effet. Ce n’est pas dans tes habitudes. Alors, explique-moi pourquoi.
Xavier se mordit les lèvres et détourna les yeux. Il découvrit Scyan, qui se tenait en silence au bout du couloir. Raphaël suivit son regard.
— Va te changer. Puis tu nettoieras le laboratoire.
Soulagé que cette conversation soit remise à plus tard — il ne se faisait pas d’illusions sur le fait que son maitre lui en reparlerait —, Xavier s’inclina, puis remonta le couloir. Scyan s’effaça pour le laisser passer et l’étudiant se précipita dans sa chambre.
Il frotta son corps pour ôter toute trace de suie. Une fois des vêtements propres enfilés, il se sentit un peu mieux. Quand il retourna dans le laboratoire, il ne croisa personne. Il tomba à genoux devant le tas de cendres. Le cœur avait-il été détruit par les flammes comme la cire qui composait le golem ? Les larmes lui montèrent aux yeux à cette idée. Il avait passé tellement de temps à façonner l’homoncule ! Il les ravala.
— Tu n’es plus un louveteau, se morigéna-t-il.
Il prit une profonde inspiration, attrapa des gants en cuir posés non loin, les enfila et plongea ses mains tremblantes dans le tas de cendres. Quelques secondes lui suffirent pour que ses doigts rencontrent un objet.
Il le dégagea, le nettoya et l’examina. Le cœur endommagé par les flammes dévoilait ses entrailles. Une partie avait fondu et laissait voir les pistons et les câbles qui composaient l’intérieur. La fiole de verre contenant l’essence énergétique avait explosé.
Xavier se remit sur ses pieds et déposa l’objet sur un établi. Puis il ramassa la cendre et les fragments de verre, il empila les morceaux de bois calcinés dans la cour arrière, rangea les produits qui avaient survécu. Une fois qu’il eut terminé, la fatigue lui brulait les yeux. Pourtant, il s’assit face au plan de travail survivant, prit un nécessaire de nettoyage et prit soin du cœur. Il le démonta, ôta toute trace de cendres, mit de côté les éléments trop endommagés et lustra les parties conservées.
Il était si concentré sur sa tâche qu’il n’entendit pas son maitre entrer. Il sursauta quand sa voix retentit dans son dos :
— Est-il récupérable ?
— Sans doute.
Raphaël tira un tabouret et s’installa près de son élève.
— Tu n’es pas sûr de toi ?
Xavier le regarda.
— Je suis prêt à recevoir ma punition.
— Pourquoi ?
— J’ai désobéi à vos ordres. L’incendie a détruit des objets précieux et les conséquences auraient pu être bien plus désastreuses.
— Tu as effectivement désobéi, je te l’accorde. Toute expérimentation porte une part de risques, surtout dans les arts magiques. Erreurs et corrections font partie de l’apprentissage. Tu as réussi à contrôler le feu, évitant des dégâts importants. Et je sais que tu as retenu ta leçon.
Xavier soupira.
— Laquelle ?
— Ne pas faire confiance à Scyan.
L’adolescent écarquilla les yeux.
— Scyan n’est pas…
Son maitre l’interrompit.
— Il l’est. J’ai eu tort de lui confier cette partie de ton apprentissage. Il n’est pas prêt à accompagner ton intelligence instinctive, Xavier.
— Il est compétent et très doué.
— Il n’est pas fait pour enseigner, rétorqua Raphaël d’un ton ferme. Malgré toutes ces années de compagnonnage, il n’a pas compris ta manière de penser. Il t’a donné une méthode incomplète, en pensant que tu abandonnerais. Sous une illusion de bienveillance, il t’a poussé vers l’échec. Tu as rempli les trous et tu as fait ce que tu as pu, mais tu n’avais pas le matériel et les conditions pour réussir.
Xavier considéra son maitre un long moment, tâchant de comprendre ce qu’il venait de lui expliquer. Raphaël posa une main sur son épaule et se pencha pour le regarder dans les yeux.
— Tu aurais pu être gravement blessé dans cet incident. Je ne l’aurais pas supporté. C’est ce que je reproche le plus à Scyan.
L’adolescent hocha la tête, incapable de parler. Au bout d’un moment de silence, Raphaël le lâcha.
— Vas-tu tenter de le réparer ?
— Je ne sais pas encore, répondit Xavier. En attendant, je vais le conserver à l’abri.
Son maitre hocha la tête, puis quitta la pièce. L’adolescent effleura la surface polie du cœur et sourit. Cet échec serait pendant longtemps une épine dans son esprit. Pourtant, il était apaisé. Il était fier de cet objet qu’il avait fabriqué avec tant de passion. Malgré les flammes magiques, il avait survécu, certes endommagé, mais toujours aussi beau.

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