« Quant à celui qui scrute l’abysse, l’abysse le scrute à son tour » Fiedrich Nietzche
— Xavier !
Le sorcier entendait la voix de Philomène comme si elle se trouvait très loin de lui. Pourtant, elle agrippait sa main de toutes ses forces. Un vent tourbillonnant secouait les arbres de la forêt et les forçait à se protéger le visage, à genoux sur le sol humide. Les adolescents qu’ils avaient sauvés étaient recroquevillés derrière un arbre.
Le sorcier ne pouvait arracher son regard du néant tourbillonnant. Les jeunes avaient mis la main sur un artefact et avaient voulu jouer avec dans la forêt. Résultat : une crevasse s’était ouverte au centre de la clairière, libérant une puissante tempête. Elle ouvrait sur un néant tourbillonnant qui crachait de puissantes rafales. Et au centre du cyclone se mouvait un amas ténébreux. Qui scrutait le sorcier en retour.
Philomène tirait de toutes ses forces sur le bras de son ami, mais il ne bougeait pas. La panique commençait à s’emparer d’elle.
— Xavier ! hurla-t-elle. Qu’est-ce que tu fais ? Lance ton sort, bon sang !
La magie brûlait au bout des doigts du sorcier et remontait le long des nerfs de son bras. S’il ne la relâchait pas, elle ferait des dégâts considérables dans son corps.
Pourtant, il était figé depuis plusieurs minutes, le regard rivé sur le fond de la crevasse. Les murmures attirants résonnaient dans son esprit. L’abysse l’appelait, lui enjoignait de la rejoindre, lui promettait puissance, connaissance et pouvoir. C’était une offre tentante. Et dangereuse.
Soudain, Philomène l’enlaça de ses deux bras, se serrant contre son dos. Son souffle effleura son oreille ; son cœur battit contre lui ; sa chaleur lutta contre le froid qui s’emparait de lui. Il reprit son souffle. Il perçut à nouveau l’humidité de l’herbe à travers son pantalon, le froid de la terre sous sa main droite, l’odeur d’humus, les respirations terrifiées des jeunes quelques mètres plus loin.
Xavier rompit le contact : il crispa les paupières et détourna le visage. Le sort se répandit dans la terre sous lui, traçant un cercle rempli de symboles. Le sceau appliqué, le sol trembla et l’abysse se referma dans un fracas terrifiant, ne laissant derrière lui qu’une cicatrice de terre soulevée.
Le souffle court, Xavier s’affaissa légèrement, mais Philomène le retint. Elle resta un long moment contre lui, tâchant de reprendre le contrôle de sa respiration et de son cœur.
Les jeunes s’approchèrent avec prudence. Xavier allait devoir s’occuper d’eux, mais à cet instant, il ne voulait pas bouger d’un pouce. L’étreinte de Philomène se desserra, mais elle le garda contre lui. Il percevait sa frayeur. Il posa sa main sur celles de son assistante, jointes sur sa poitrine, et laissa leurs deux cœurs s’apaiser

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